
[{"content":"","date":"7 mars 2026","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/aristote/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Aristote","type":"philosophes"},{"content":"","date":"7 mars 2026","externalUrl":null,"permalink":"/articles/","section":"Articles","summary":"","title":"Articles","type":"articles"},{"content":"","date":"7 mars 2026","externalUrl":null,"permalink":"/categories/","section":"Categories","summary":"","title":"Categories","type":"categories"},{"content":"","date":"7 mars 2026","externalUrl":null,"permalink":"/","section":"DILECTIO","summary":"","title":"DILECTIO","type":"page"},{"content":"","date":"7 mars 2026","externalUrl":null,"permalink":"/categories/hlp-premi%C3%A8re/","section":"Categories","summary":"","title":"HLP Première","type":"categories"},{"content":"","date":"7 mars 2026","externalUrl":null,"permalink":"/tags/interpr%C3%A9tation-philosophique/","section":"Tags","summary":"","title":"Interprétation Philosophique","type":"tags"},{"content":" Critères d’évaluation # Pour réussir cet exercice, il faut avoir en tête que les correcteurs tiennent compte de 4 critères :\nQualité de l’expression écrite = qualité de l’orthographe, de la conjugaison, de la grammaire et du style. Qualité des définitions des concepts utilisés dans la réponse à la question posée. Deux cas de figure, soit les concepts sont dans la question et dans ce cas il faut tous les clarifier, soit vous avez besoin de concepts supplémentaires dans votre réponse, et là encore, il faut les clarifier. Ce critère correspond au premier acte de l’intelligence que la tradition appelle la simple appréhension, qui désigne notre capacité à comprendre le sens des mots utilisés. Cela revient à être capable de définir les concepts de manière claire et distincte. Qualité des jugements émis sur ce que dit le texte. Cela revient à repérer les affirmations et les négations présentes dans le texte. Trahir le texte vous pénalisera. Qualité de la mise en évidence de la démonstration à l’œuvre dans le texte ainsi que la qualité de la démonstration qui structure votre réponse. Travail préparatoire # Lire attentivement le texte ; Repérer les concepts de la question posée ; Au fur et à mesure de votre réponse à la question, clarifier au brouillon les concepts que vous utilisez pour votre réponse. Rédaction # Faire une brève introduction qui présente rapidement le texte et les principaux concepts utiles pour la réponse à la question : plus précisément les concepts présents dans la question. Dans le développement prévoir un paragraphe par concept interrogé présent dans la question. Puis répondre à la question en clarifiant les concepts supplémentaires utiles à la réponse. Faire une brève conclusion qui résume votre réponse. Pour faire un paragraphe, il est bon d’abord de formuler la définition ou le jugement concerné, puis de l’expliquer et enfin de prendre un exemple, soit dans le texte, soit dans l’histoire ou la vie actuelle. En abrégé, pour mémoriser, on peut dire qu’il ne faut jamais sortir sans ses FÉEs quand on rédige en philosophie. F pour Formuler, É pour expliquer, E pour exemple. Question du public # Est-ce qu’il faut remettre la définition des concepts à la fois dans l’introduction et dans le développement ? # Dans l’introduction on ne donne que la formule de la définition. Dans le développement on redonne la formule, on l’explique et on prend un exemple. La définition, c’est une phrase qui comporte au minimum, un sujet, un verbe et un prédicat. L’explication consiste à définir le sujet utilisé et le prédicat.\nCorrection par rapport au texte donné en exemple, p. 399 de L’esprit des lois de Montesquieu # La question posée comme exemple d’épreuve est la suivante : Qu’est-ce qui distingue l’esclavage dans un gouvernement modéré de l’esclavage dans un gouvernement despotique ?\nLes définitions des concepts # On ne donne que la définition valable dans le texte et le contexte donné.\nPremier concept : distinguer # Formulation : distinguer consiste à être capable de donner les points communs qui existent entre deux choses (ou plusieurs) et de clarifier ce qui spécifie chacune des choses par rapport aux autres. Explication : les points communs sont les choses qui sont partagées par les objets de la distinction. Les points spécifiques sont les choses qui n’appartiennent qu’à l’un des objets de la distinction. Exemple : dans le texte donné donné, Montesquieu différencie la liberté civile de la liberté politique. Point commun entre les deux, il s’agit à chaque fois de la liberté. Différences spécifiques, la liberté civile concerne la vie concrète en société, la liberté politique désigne le rapport qu’entretiennent les citoyens avec l’État. Au « propre » cela donnerait donc : Distinguer consiste à être capable de donner les points communs qui existent entre deux choses (ou plusieurs) et de clarifier ce qui spécifie chacune des choses par rapport aux autres. Les points communs sont les choses qui sont partagées par les objets de la distinction. Les points spécifiques sont les choses qui n’appartiennent qu’à l’un des objets de la distinction. Par exemple, dans le texte donné, Montesquieu différencie « liberté civile » de « liberté politique ». Point commun entre les deux : il s’agit à chaque fois de la liberté. Différences spécifiques : la liberté civile concerne la vie concrète en société, la liberté politique désigne le rapport qu’entretiennent les citoyens avec l’État.\nDeuxième concept : esclavage # Un esclave, c’est une personne humaine qui a perdu sa liberté. Cela veut dire que l’esclave ne peut pas prendre ses décisions par lui-même, il doit obéir aux décisions de son maître. Il a perdu la possibilité de choisir par lui-même, c’est son maître qui choisit à sa place. Il est donc sous la domination de quelqu’un d’autre. Par exemple, dans la Rome antique l’esclave ne pouvait décider par lui-même de la personne avec qui il aurait des enfants, c’est son maître qui choisissait pour lui.\n","date":"7 mars 2026","externalUrl":null,"permalink":"/articles/interpretation/","section":"Articles","summary":"","title":"Méthode de rédaction d'une question d'interprétation philosophique","type":"articles"},{"content":"","date":"7 mars 2026","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Philosophes","type":"philosophes"},{"content":"","date":"7 mars 2026","externalUrl":null,"permalink":"/tags/","section":"Tags","summary":"","title":"Tags","type":"tags"},{"content":"","date":"7 mars 2026","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/thomas-daquin/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Thomas D'Aquin","type":"philosophes"},{"content":"","date":"26 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/series/conscience/","section":"Series","summary":"","title":"Conscience","type":"series"},{"content":"","date":"26 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/conscience/","section":"Tags","summary":"","title":"Conscience","type":"tags"},{"content":" Introduction # Dans le cours sur l\u0026rsquo;inconscient chez Freud, nous avons vu que Sigmund Freud avait tendance à réduire l\u0026rsquo;inconscient à l\u0026rsquo;existence de pulsions libidinales présentes en nous à notre insu. Chez lui, le moi ne serait plus le maître en sa maison, il serait l\u0026rsquo;esclave malgré lui de pulsions qui coloreraient ses actions, même celles qui lui paraîtraient les plus désintéressées. On appelle cette théorie freudienne, théorie des pulsions.\nEn 1972 dans son livre La violence et le sacré, précisément au chapitre VIII où il analyse l\u0026rsquo;œuvre de Sigmund Freud intitulée Totem et Tabou, juste après avoir critiqué la notion freudienne de « complexe d\u0026rsquo;Œdipe » dans son chapitre VII, René Girard met en évidence un nouveau concept qu\u0026rsquo;il désignera sous le terme de méconnaissance. Grâce à ce concept girardien nous pouvons alors revisiter le concept d\u0026rsquo;inconscient freudien pour le corriger. C\u0026rsquo;est ce que nous ferons dans un deuxième temps. Dans un troisième temps, nous présenterons le concept de préconscient introduit par Jacques Maritain dans son livre Neuf leçons sur les notions premières de la philosophie morale publié en 1951. Ce concept permet d\u0026rsquo;envisager à la différence de Sigmund Freud, qui réduit l\u0026rsquo;inconscient à son ancrage dans la sensibilité et l\u0026rsquo;imagination, un rôle quasi instinctif de notre intelligence. Nous commencerons cependant par revenir sur la notion d\u0026rsquo;inconscient chez Sigmund Freud, pour montrer à quel point elle repose sur un mensonge sciemment et minutieusement élaboré, mensonge que toute personne cultivée peut connaître aujourd\u0026rsquo;hui grâce aux travaux de Jeffrey Masson.\nCes deux notions de méconnaissance et de préconscient pourront alors vous servir pour élaborer des dissertations plus riches au cas où vous seriez interrogés sur la notion d\u0026rsquo;inconscient le jour du bac. Les distinctions conceptuelles font en effet la richesse d\u0026rsquo;une bonne dissertation. Plus vous serez capables d\u0026rsquo;opposer inconscient et méconnaissance ou inconscient et préconscient, plus votre dissertation sera pertinente et cultivée.\nPar ailleurs, cet article se veut être un soutien moral et intellectuel à toutes les victimes qui auraient souffert de divers abus dans leur passé et qui n\u0026rsquo;auraient malheureusement été ni reconnues en tant que victimes, ni écoutées ni protégées. Trop souvent malheureusement, encore aujourd\u0026rsquo;hui, certains peuvent les culpabiliser, voire les rendre responsables du mal qu\u0026rsquo;on leur faisait pourtant subir en l\u0026rsquo;absence totale de leur consentement. Cet article espère que la honte et la peur changeront de camp, et qu\u0026rsquo;elles seront plus à l\u0026rsquo;avenir dans le cœur des bourreaux plutôt que dans celui de leurs victimes.\nTel le petit chaton sur la photo de cet article, espérons que ces victimes innocentes puissent rencontrer enfin une main secourable qui les accueille dans leurs souffrances et prenne soin de leurs besoins d\u0026rsquo;écoute, de reconnaissance et de justice.\nL\u0026rsquo;inconscient chez Sigmund Freud # Retour sur le complexe d\u0026rsquo;Œdipe # Grâce à René Girard qui dans le chapitre VII de son livre La violence et le sacré critique le complexe d\u0026rsquo;Œdipe de Sigmund Freud, nous avons un résumé de ce complexe, résumé d\u0026rsquo;autant plus fidèle que nous avons des citations directes de son créateur. Il rappelle en effet que Sigmund Freud a commencé par définir ce complexe dans le chapitre VII de son livre Psychologie collective et analyse du moi, qui porte pour titre « L\u0026rsquo;Identification » :\n« Le petit garçon manifeste un grand intérêt pour son père ; il voudrait devenir et être ce qu\u0026rsquo;il est, le remplacer à tous égards. Disons-le tranquillement, il fait de son père un idéal. Cette attitude à l\u0026rsquo;égard du père (ou de tout autre homme en général) n\u0026rsquo;a rien de passif ni de féminin : elle est essentiellement masculine. Elle se concilie très bien avec le complexe d\u0026rsquo;Œdipe qu\u0026rsquo;elle contribue à préparer ».\nSigmund Freud continue un peu plus loin en précisant ce qu\u0026rsquo;il entend par complexe d\u0026rsquo;Œdipe :\n« Le petit garçon s\u0026rsquo;aperçoit que le père lui barre le chemin vers la mère ; son identification avec le père prend de ce fait une teinte hostile et finit par se confondre avec le désir de remplacer le père, même auprès de sa mère. L\u0026rsquo;identification est d\u0026rsquo;ailleurs ambivalente dès le début. »\nRené Girard note que dans ces extraits du texte freudien, il apparaît que Sigmund Freud, au départ de l\u0026rsquo;élaboration du complexe d\u0026rsquo;Œdipe, constate la présence d\u0026rsquo;un désir que nous pouvons appeler désir mimétique avec René Girard. Le fils aurait pris son père comme médiateur externe et attraperait alors les désirs de son père. Cependant, il constate aussi que Sigmund Freud va très vite évacuer l\u0026rsquo;origine mimétique du désir du fils pour sa mère, et soutenir au contraire que le désir pour sa maman a une origine libidinale. C\u0026rsquo;est ce que l\u0026rsquo;on voit dans son œuvre un peu plus tardive Le Moi et le Ça :\n« De bonne heure, l\u0026rsquo;enfant concentre sa libido sur sa mère, [\u0026hellip;] quant au père, l\u0026rsquo;enfant s\u0026rsquo;assure une emprise sur lui à la faveur de l\u0026rsquo;identification. Ces deux attitudes coexistent pendant quelque temps, jusqu’au moment où les désirs sexuels à l\u0026rsquo;égard de la mère ayant subi un renforcement et l\u0026rsquo;enfant s\u0026rsquo;étant aperçu que le père constitue un obstacle à la réalisation de ses désirs, on voit naître le complexe d\u0026rsquo;Œdipe. L\u0026rsquo;identification avec le père devient alors un caractère d\u0026rsquo;hostilité, engendre le désir d\u0026rsquo;éliminer le père et de le remplacer auprès de la mère. À partir de ce moment, l\u0026rsquo;attitude à l\u0026rsquo;égard du père devient ambivalente. On dirait que l\u0026rsquo;ambivalence, qui était dès l\u0026rsquo;origine impliquée dans l\u0026rsquo;identification, devient manifeste. »\nRené Girard ne pouvait pas connaître en 1972 quand il écrit son livre La violence et le sacré le livre de Jeffrey Masson, Enquête aux Archives Freud, des abus réels aux pseudo-fantasmes, qui paraîtra en 1984. Il n\u0026rsquo;a donc pas connaissance des lettres écrites par Sigmund Freud qui ont été longtemps cachées. Mais déjà, il voit que le désir mimétique, pourtant aperçu, est sous-estimé et remplacé sans justification par le désir libidinal du fils pour sa mère. Il ne remet pas en question l\u0026rsquo;intégrité intellectuelle de Sigmund Freud, mais il constate cependant l\u0026rsquo;incohérence de ses propos.\nGrâce à la libération de la parole qui a fait suite au mouvement #MeToo, nous avons la chance aujourd\u0026rsquo;hui d\u0026rsquo;avoir un film réalisé par le médecin et psychothérapeute Michel Meignant, qui revient sur la falsification du réel réalisée par Sigmund Freud et qui est à l\u0026rsquo;origine de cette création artificielle du concept de complexe d\u0026rsquo;Œdipe. Comme ce film est librement disponible actuellement, je vous mets ici le lien pour que vous puissiez le regarder :\nAbandon de la théorie de la séduction # Ce que montre Jeffrey Masson, c\u0026rsquo;est que, dans un premier temps, Sigmund Freud a mis en place une théorie, la théorie de la séduction. Cette théorie explique l\u0026rsquo;émergence des troubles psychiques, dont ceux qui étaient jusque-là classés dans la catégorie de l\u0026rsquo;hystérie, par l\u0026rsquo;existence dans la vie passée des patientes concernées d\u0026rsquo;événements traumatiques de nature sexuelle. Les femmes qui venaient le consulter à Vienne lui confiaient qu\u0026rsquo;elles avaient été violées ou abusées sexuellement par leur père, leur oncle, leur frère ou un autre homme proche de la famille. Dans les lettres écrites par Sigmund Freud que Jeffrey Masson a retrouvées et faites publier, nous découvrons que Freud était tout à fait convaincu dans un premier temps que les traumatismes passés qu\u0026rsquo;avaient subis ces femmes étaient la véritable cause de leurs souffrances psychiques actuelles.\nJeffrey Masson remarque que ce n\u0026rsquo;est déjà pas anodin de choisir le mot séduction pour décrire les abus passés. En effet, le choix du mot séduction, en lui-même, est déjà ambigu. La séduction suppose certes un séducteur, mais elle peut aussi supposer un séduisant ou une séduisante, comme si le séducteur pouvait d\u0026rsquo;abord avoir été séduit par la séduction exercée par l\u0026rsquo;enfant.\nCependant, les textes écrits par Freud malgré ce choix malheureux du terme de séduction décrivent bien un abus que l\u0026rsquo;enfant a subi dans sa jeunesse, abus qui n\u0026rsquo;a été ni désiré ni choisi, mais qui représente une véritable violence que l\u0026rsquo;enfant a subie malgré lui. L\u0026rsquo;enfant ne pouvait ni se protéger, ni protester, ni par la suite faire des reproches tant il était soumis à la domination de cet adulte dont sa vie dépendait.\nLe problème, c\u0026rsquo;est que Sigmund Freud a abandonné cette théorie de la séduction au profit de la théorie des pulsions. En effet, lors de sa première communication de la théorie de la séduction à l\u0026rsquo;association des psychiatres de Vienne, il reçoit un accueil glacial de la part de ses confrères, plus âgés, plus établis, et plus célèbres que lui. Le président de cette association désigne même publiquement cette théorie par l\u0026rsquo;expression dégradante : « conte de fées scientifique ». Il faudra plusieurs mois pour que Sigmund Freud, constatant qu\u0026rsquo;il se retrouve exclu par ses pairs, imagine une nouvelle théorie à partir de la pièce de Sophocle, Œdipe Roi : la théorie des pulsions.\nLe mensonge de la théorie des pulsions # De la pièce Œdipe Roi, il ne va conserver que ce qui l\u0026rsquo;arrange pour redevenir respectable aux yeux de ses confrères, et il cache dans l\u0026rsquo;utilisation qu\u0026rsquo;il en fait quand il imagine la notion de complexe d\u0026rsquo;Œdipe, que le père d\u0026rsquo;Œdipe, Laïos, a été condamné par les dieux à être tué par son propre fils, car il a commis un crime impardonnable aux yeux des dieux en violant le fils d\u0026rsquo;un de ses amis, fils qui ne supportant pas la souffrance causée par cet abus violent, ne trouva que la solution du suicide pour échapper à cette souffrance. Le complexe d\u0026rsquo;Œdipe que nous avons présenté plus haut est donc une pure création imaginée par Sigmund Freud pour retrouver l\u0026rsquo;adoubement de ses pairs. Cette œuvre d\u0026rsquo;imagination sert à cacher la réalité du viol ou des abus sexuels. Elle tait d\u0026rsquo;abord le crime commis par Laïos, mais elle sert surtout à cacher le fait que les patientes de Sigmund Freud ont été réellement abusées par un homme de leur famille par le passé, pour réinterpréter les choses en soutenant qu\u0026rsquo;en fait, elles n\u0026rsquo;ont fait que fantasmer cet acte sexuel subi en raison de la présence en elle d\u0026rsquo;un désir libidinal refoulé et donc inconscient pour ce membre de leur famille. Leur souvenir de viol est donc un faux souvenir produit par leur propre complexe d\u0026rsquo;Œdipe.\nC\u0026rsquo;est à partir de cela qu\u0026rsquo;il va ensuite forger sa théorie des pulsions et voir dans la libido la principale pulsion à l\u0026rsquo;œuvre dans notre inconscient. Le « château de cartes » inventé par Sigmund Freud s\u0026rsquo;effondre alors. La psychanalyse freudienne, et ensuite la psychanalyse lacanienne ne feront finalement que reprendre cette théorie imaginée par Freud, qui cache la dure réalité des abus sexuels subis par leurs patients ou leurs patientes. Cela revient à prendre le parti des abuseurs au lieu de soutenir les victimes. Il est donc compréhensible que les psychanalystes aient eu autant de mal à accepter les révélations faites par Jeffrey Masson, car ils leur auraient fallu reconnaître publiquement et surtout auprès de leurs patients et patientes qu\u0026rsquo;ils s\u0026rsquo;étaient trompés.\nAvec le livre de Jeffrey Masson ou ce film, nous comprenons alors que le complexe d\u0026rsquo;Œdipe est un mensonge pour cacher la triste réalité des abus sexuels sur mineurs. Cela nous incite à revisiter la notion même d\u0026rsquo;inconscient, puisque cette dernière repose presque tout entière sur le complexe d\u0026rsquo;Œdipe. C\u0026rsquo;est pourquoi il me semble plus réaliste d\u0026rsquo;étudier les notions de méconnaissance et de préconscient. Cela ne veut pas dire que la notion d\u0026rsquo;inconscient soit complètement fausse, mais sans doute faut-il lui réserver une place beaucoup moins importante que celle que l\u0026rsquo;habitude intellectuelle de ces dernières décennies lui avait accordée.\nDu danger de l\u0026rsquo;esprit clanique # Il y a eu beaucoup de résistances dans les milieux psychanalytiques, surtout en France, pour reconnaître les travaux de Jeffrey Masson. Ce n\u0026rsquo;est pas la première fois que certains scientifiques sont critiqués, non pas parce qu\u0026rsquo;ils se trompent, mais au contraire parce qu\u0026rsquo;ils disent une vérité qui vient remettre en question un dogme de leur propre profession. Cela rappelle ce qui était arrivé à Ignace Philippe Semmelweis, ce médecin-obstétricien hongrois qui œuvra pour l\u0026rsquo;hygiène des mains et qui fut traité de fou par ses confrères qui refusaient de reconnaître leur propre responsabilité dans le décès de certaines patientes lors de l\u0026rsquo;accouchement.\nOn appelle esprit clanique la tendance très fréquente chez les êtres humains à soutenir ce que le clan auquel nous appartenons soutient, alors même que nous sont fournies les preuves que ce qu\u0026rsquo;il soutient n\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;une simple hypothèse ou pire encore un mensonge complet. Il est facile d\u0026rsquo;entretenir cet esprit clanique, car, en remettant en question ce que soutient le reste du clan, on risque d\u0026rsquo;être exclu de ce clan. C\u0026rsquo;est d\u0026rsquo;ailleurs ce qu\u0026rsquo;a vécu Sigmund Freud dans un premier temps. Il avait découvert une vérité dérangeante pour le clan des psychiatres viennois. Il a finalement préféré défendre le clan auquel il voulait appartenir plutôt que de défendre les victimes qu\u0026rsquo;il avait pourtant reconnues comme réelles victimes. Il a donc manqué de courage. Il n\u0026rsquo;a pas eu la force morale de s\u0026rsquo;opposer à l\u0026rsquo;obstacle que représentaient les croyances erronées de son clan pour défendre la justice que réclamaient ses patientes, qui étaient de réelles victimes.\nEn 1984 quand Jeffrey Masson vient en France présenter son livre dans une association psychanalytique parisienne, il va subir les mêmes moqueries que Freud avait subies un siècle auparavant auprès de ses confrères. Le temps passe, mais l\u0026rsquo;esprit clanique est toujours aussi fort.\nLa méconnaissance, selon René Girard # Bien que René Girard ne pouvait pas connaître les révélations faites par Jeffrey Masson, sa critique du Complexe d\u0026rsquo;Œdipe chez Freud, n\u0026rsquo;en devient que plus pertinente. Or, c\u0026rsquo;est dans la critique qui suit cette dernière, celle qui porte sur Totem et Tabou qu\u0026rsquo;il va forger le concept de méconnaissance. Ce concept est central pour comprendre le phénomène de bouc émissaire, phénomène qui met en évidence le mécanisme à l\u0026rsquo;œuvre dans nos sociétés humaines qui consistent à exclure ou à tuer des victimes innocentes tout en pensant qu\u0026rsquo;elles sont les causes uniques des problèmes sociaux. La notion de méconnaissance permet aussi de mieux comprendre cet esprit de clan que nous venons juste de décrire. C\u0026rsquo;est pourquoi il me semble important de vous la présenter.\nOrigine du concept # René Girard forge son concept de méconnaissance en réfléchissant à la théorie générale du sacrifice que Sigmund Freud ébauche dans son livre Totem et Tabou. Dans une première approche p. 290 de son œuvre La violence et le sacré, il désigne par méconnaissance :\n« … l\u0026rsquo;inattention, la simple paresse, cette tendance universelle, surtout, à condamner d\u0026rsquo;emblée — ou pire encore, à approuver d\u0026rsquo;emblée pour peu que la mode s\u0026rsquo;en mêle — toute démonstration dont la teneur nous échappe. »\nIl ajoute, p. 299, dans le même livre :\n« … il faudrait reconnaître que la méconnaissance est partout, que la violence est partout, qu\u0026rsquo;elle n\u0026rsquo;est pas vaincue parce que nous en repérons plus ou moins bien le jeu.»\nPour l\u0026rsquo;instant, cette notion de méconnaissance n\u0026rsquo;est pas si évidente à comprendre. La clé qui permet de la comprendre, même si cette notion n\u0026rsquo;est pas directement citée à ce moment-là, se trouve dans ce qu\u0026rsquo;il dit un peu plus loin dans la même page :\n« Notre lecture peut tenir compte de tout ce que voit Freud, de tout ce que dit Freud. Mais elle tient compte également de tout ce qui échappe à Freud et n\u0026rsquo;échappe pas à Sophocle. Elle tient compte, enfin, de tout ce qui échappe à Sophocle, de tout ce qui détermine le mythe dans son ensemble et de toutes les perspectives qu\u0026rsquo;on peut prendre sur lui, y compris la psychanalytique et la tragique : le mécanisme de la victime émissaire. »\nDans la conclusion de son livre La violence et le sacré René Girard revient plusieurs fois sur cette nouvelle notion de méconnaissance. À chaque fois, c\u0026rsquo;est pour redire le lien qui existe entre cette notion de méconnaissance et le phénomène de victime émissaire. L\u0026rsquo;idée générale qui en ressort, c\u0026rsquo;est que nous méconnaissant bien trop souvent le rôle du phénomène de victime émissaire dans les origines de nos sociétés, et dans la vie de nos sociétés, ainsi que dans nos propres vies. Il forge à cette occasion une nouvelle définition du religieux que l\u0026rsquo;on trouve p. 473 de ce livre :\n« Seront dits religieux tous les phénomènes liés à la remémoration, à la commémoration et à la perpétuation d\u0026rsquo;une unanimité toujours enracinée, en dernière instance, dans le meurtre d\u0026rsquo;une victime émissaire. »\nPour faciliter votre mémorisation, il me semble alors utile de distinguer plusieurs sens que nous pouvons donner à ce nouveau concept de méconnaissance mis en évidence par René Girard. C\u0026rsquo;est ce que nous allons faire maintenant.\nMéconnaissance générale # Par méconnaissance nous entendons dans un sens très général toute absence de connaissance dans un domaine particulier, c\u0026rsquo;est donc une forme d\u0026rsquo;ignorance. En ce sens, la méconnaissance a un point commun avec l\u0026rsquo;inconscient, tous les deux représentent l\u0026rsquo;absence de savoir concernant une réalité pourtant bien présente.\nCe qui distingue la méconnaissance de l\u0026rsquo;inconscient, c\u0026rsquo;est que la méconnaissance peut être levée par un travail suffisant de notre intelligence. Ce travail consiste d\u0026rsquo;abord à étudier les différents types de méconnaissance qui existent dans nos sociétés humaines, pour ensuite, par l\u0026rsquo;introspection et la réflexion personnelle, interroger sa propre méconnaissance.\nTrop souvent chez Sigmund Freud, on a l\u0026rsquo;impression que l\u0026rsquo;inconscient n\u0026rsquo;est accessible que par le travail de la psychanalyse conduite par un expert en psychanalyse, c\u0026rsquo;est-à-dire un psychanalyste reconnu comme tel par l\u0026rsquo;assemblée des psychanalystes. La personne semble avoir peu accès par elle-même à son propre inconscient. Elle aurait toujours besoin d\u0026rsquo;un tiers plus expert qu\u0026rsquo;elle-même pour accéder au contenu réel de son inconscient.\nDans la notion de méconnaissance mise en évidence par René Girard, il y a un encouragement à l\u0026rsquo;autonomie de la personne concernée. La personne peut volontairement décider de faire la lumière sur ses propres méconnaissances. Il n\u0026rsquo;y a pas forcément besoin d\u0026rsquo;un tiers expert pour que la révélation de sa propre méconnaissance puisse se faire.\nCependant, il faut rester prudent : il est facile pour chacun d\u0026rsquo;entre nous d\u0026rsquo;apercevoir la paille qui est dans l\u0026rsquo;œil de notre prochain, alors même que nous ne voyons pas la poutre qui est dans notre propre œil. Le regard du prochain peut donc être utile pour servir de miroir pour mieux apercevoir notre propre poutre. Cela rejoint le conseil avisé d\u0026rsquo;Aristote, qui disait que nos véritables amis nous connaissent mieux que nous-mêmes, car ils voient mieux ce que nous n\u0026rsquo;arrivons pas à voir de nos propres comportements. C\u0026rsquo;est un peu comme l\u0026rsquo;organe qu\u0026rsquo;est notre œil : il ne se voit pas lui-même, il ne peut voir que son reflet dans le miroir.\nMéconnaissance des désirs # Plus René Girard va avancer dans ses différents écrits, plus il va mettre en évidence l\u0026rsquo;importance des désirs mimétiques dans l\u0026rsquo;élaboration de nos vies et de nos sociétés humaines. Rappelons que le désir mimétique agit en nous à la manière d\u0026rsquo;un virus. De même que pour un virus, nous ne sentons pas que nous sommes en train de l\u0026rsquo;attraper. De même que pour un virus, nous ne prenons connaissance de sa présence que lorsque des symptômes se manifestent. Et, malheureusement, de même que nous n\u0026rsquo;avons pas senti l\u0026rsquo;entrée du virus en nous, de même nous n\u0026rsquo;avons pas senti le mécanisme mimétique qui repose sur nos neurones miroirs quand il s\u0026rsquo;est activé la première fois pour tel ou tel désir mimétique. Nous n\u0026rsquo;avons donc pas mémorisé cette activation passée.\nIl faut donc entendre la notion de méconnaissance en un sens cette fois-ci plus spécialisé. Elle désigne alors l\u0026rsquo;absence de connaissance que nous avons sur la nature mimétique de nos propres désirs. L\u0026rsquo;intensité de nos désirs vient en effet régulièrement cacher leur origine mimétique. Les symptômes de « fièvre », excités par l\u0026rsquo;intensité du désir, viennent masquer son origine extérieure mimétique. La notion de méconnaissance sert alors à désigner l\u0026rsquo;importance des désirs mimétiques dans la structuration de notre propre personnalité, personnalité qui peut donc, malgré elle, s\u0026rsquo;éloigner de son moi fondamental pourtant bien présent et continuant de chercher à s\u0026rsquo;épanouir malgré les carapaces des désirs mimétiques qui le restreignent.\nMéconnaissance religieuse # Il peut sembler exagéré d\u0026rsquo;utiliser cette expression de méconnaissance religieuse pour désigner la deuxième catégorie spécialisée de méconnaissance mise en évidence par René Girard. Cependant, c\u0026rsquo;est lui-même qui l\u0026rsquo;utilise p. 465 de son livre La violence et le sacré :\n« S\u0026rsquo;il peut en être ainsi et s\u0026rsquo;il en est réellement ainsi, c\u0026rsquo;est parce que la méconnaissance religieuse ne peut pas se penser sur le mode du refoulement et de l\u0026rsquo;inconscient. Bien que la violence fondatrice soit invisible, on peut toujours la déduire logiquement des mythes et des rituels, une fois qu\u0026rsquo;on a repéré les articulations réelles de ceux-ci. Plus on avance, plus la pensée religieuse devient transparente, plus il se confirme qu\u0026rsquo;elle n\u0026rsquo;a rien à cacher, rien à refouler. Elle est tout bonnement incapable de repérer le mécanisme de la victime émissaire. Il ne faut pas croire qu\u0026rsquo;elle fuit un savoir qui la menacerait. Ce savoir ne la menace pas encore. C\u0026rsquo;est nous-mêmes, en vérité, que ce savoir menace, c\u0026rsquo;est nous qui fuyons, et c\u0026rsquo;est lui que nous fuyons, plutôt qu\u0026rsquo;un désir de parricide et de l\u0026rsquo;inceste qui est au contraire, à notre époque, le dernier hochet culturel, celui que la violence nous agite sous le nez pour nous cacher encore un peu tout ce qui ne tardera plus à être révélé. »\nCette notion de méconnaissance religieuse à laquelle il tient tant désigne le fait que nous ne connaissons que trop peu notre participation mimétique au mécanisme de la victime émissaire. Nous connaissons trop peu notre participation à la violence dans ce monde, nous voyons sans trop de problèmes la violence des autres personnes qui nous entourent, surtout la violence de nos ennemis, mais nous avons déjà beaucoup plus de mal à voir la violence de nos alliés, et encore moins notre propre violence. Nous croyons beaucoup trop souvent que la victime émissaire mérite la violence que nous lui infligeons, car elle serait à l\u0026rsquo;origine de nos injustices vécues, elle serait à l\u0026rsquo;origine de notre propre mal-être. Nous préférons plus croire à sa responsabilité dans le mal que nous subissons que d\u0026rsquo;accepter de nous reconnaître nous-mêmes comme responsables de notre propre mal ou du moins de notre coresponsabilité dans l\u0026rsquo;existence de ce mal.\nCette méconnaissance est religieuse, non pas parce que nous nous reconnaissons nous-mêmes comme ayant une personnalité religieuse, mais parce que toute religion, selon René Girard repose sur le mécanisme de la victime émissaire. Or, malgré nous, sans le savoir, nous participons, beaucoup plus souvent que nous nous l\u0026rsquo;avouons, à ce mécanisme de la victime émissaire. Nous croyons toujours que ce sont les autres qui sont responsables du mal alors que nous participons nous-mêmes à la propagation du mal sur cette terre. Nous croyons toujours que c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;autre qui a commencé à dire du mal de nous ou à nous maltraiter, et nous ne voyons que très rarement nos propres initiatives médisantes ou maltraitantes, quand nous ne voyons pas non plus nos réactions médisantes et maltraitantes.\nCette notion de méconnaissance religieuse est certainement une notion très désagréable à entendre, car elle tourne le projecteur directement vers nos propres comportements et elle dit que nos comportements participent beaucoup plus souvent que nous nous l\u0026rsquo;avouons au mécanisme de la victime émissaire. Et comme peu d\u0026rsquo;entre nous possèdent une saine estime suffisante d\u0026rsquo;eux-mêmes pour accepter leurs péchés, qui existent pourtant en eux-mêmes en raison de leurs comportements déplacés, sans voir leur propre estime personnelle s\u0026rsquo;effondrer, nous avons tendance à nier l\u0026rsquo;existence de notre participation aux phénomènes de victime émissaire.\nAu sens de René Girard, nous sommes alors profondément religieux tout en niant ouvertement l\u0026rsquo;être. Et plus nous le nions ostensiblement, plus nous risquons finalement de l\u0026rsquo;être. Il vaut mieux reconnaître cette dimension religieuse en nous, dimension que René Girard désigne souvent par la notion de religieux païen, mais qu\u0026rsquo;il désigne aussi par l\u0026rsquo;expression de religieux archaïque (expression que je préfère pour ne pas la confondre avec les mouvements néopaïens qui apparaissent un peu partout en occident), pour pouvoir nous en prémunir. La nier risque fort de lui laisser une emprise sur notre propre personnalité, sans que nous ne nous en rendions compte.\nUne nouvelle conception de la religion # René Girard a beaucoup dérangé le milieu universitaire de son vivant, même s\u0026rsquo;il obtient à la fin de sa carrière universitaire la reconnaissance internationale en devenant professeur à l\u0026rsquo;université de Stanford. Alors même que les universités occidentales se présentaient de plus en plus comme laïques et donc non influencées par telle ou telle religion, il soutient que les êtres humains, ceux qui se disent proches de telle ou telle religion comme ceux qui se disent athées ou agnostiques, sont éminemment religieux au sens païen du terme. Il faut prendre conscience à quel point certains universitaires, français surtout, lui en ont voulu d\u0026rsquo;oser dire cela et de continuer à le soutenir malgré les violentes critiques qu\u0026rsquo;il a dues traverser. Cela explique peut-être pourquoi René Girard ne deviendra célèbre en France que tardivement. C\u0026rsquo;est surtout après le 11 septembre 2001, avec l\u0026rsquo;attaque sur les tours jumelles de New York, puis par la réaction vengeresse des États-Unis d\u0026rsquo;Amérique, que de plus en plus d\u0026rsquo;universitaires vont prendre conscience du caractère quasi prophétique de ses paroles concernant la présence du religieux, en son sens le plus violent, dans nos sociétés occidentales, mais aussi dans les autres sociétés de notre planète.\nPour lui, à côté des définitions classiques de la religion que nous reverrons bientôt dans notre cours sur la religion, il existe une définition plus originelle et malheureusement toujours actuelle de la religion. Il a choisi de désigner ce phénomène religieux originel, mais toujours actuel par l\u0026rsquo;expression de « religieux païen » ou de « religieux archaïque ». Comme nous l\u0026rsquo;avons cité déjà ci-dessus, voici à nouveau ce qu\u0026rsquo;il dit p. 473 de son livre La violence et le sacré :\n« Seront dits religieux tous les phénomènes liés à la remémoration, à la commémoration et à la perpétuation d\u0026rsquo;une unanimité toujours enracinée, en dernière instance, dans le meurtre d\u0026rsquo;une victime émissaire.\nJe remets ici cette citation, car de nombreux Français, en raison de l\u0026rsquo;importance qu\u0026rsquo;a pris la notion de laïcité dans nos régimes politiques depuis deux siècles, importance toujours d\u0026rsquo;actualité avec les dernières lois publiées par notre cinquième République, ont tendance à concevoir la religion comme relevant de la sphère privée et dont on ne doit surtout pas parler dans un cadre public ou professionnel, quand elle n\u0026rsquo;est pas perçue comme quelque chose d\u0026rsquo;éminemment dépassée à la manière d\u0026rsquo;Auguste Compte qui croyait que la pensée religieuse était comparable à de la crédulité infantile. Or, René Girard soutient que plus nous croyons que la religion est quelque chose de dépassée, quelque chose qui date de périodes révolues, plus nous prenons le risque du retour du religieux dans son sens le plus archaïque, le plus originel du terme.\nEn clair, les Occidentaux croyaient en avoir fini avec leur religion chrétienne, mais c\u0026rsquo;est la religion la plus archaïque et la plus païenne qu\u0026rsquo;ils retrouvent tout en niant la retrouver. Les Occidentaux deviennent sous les yeux de René Girard, des personnes de plus en plus impliquées dans des spirales mimétiques de la violence, dans le retour de nouvelles victimes émissaires. Les ennemis sont de retour, et évidemment, on proclame haut et fort sur nos ondes et nos écrans que c\u0026rsquo;est évidemment de leur faute. À aucun moment il ne s\u0026rsquo;agit de voir le phénomène religieux originel revenir. Nous retombons alors complètement dans ce qu\u0026rsquo;il appelle la méconnaissance religieuse qui consiste à soutenir que si la victime est victime émissaire, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;elle le mérite, puisqu\u0026rsquo;elle est la source de nos problèmes par sa propre volonté.\nL\u0026rsquo;erreur serait évidemment de croire que les chrétiens actuels, les juifs actuels ou les musulmans actuels, pour ne citer qu\u0026rsquo;eux, seraient protégés de ce retour du religieux archaïque en raison de leur adhésion à leur propre religion. Au sein même des communautés religieuses chrétiennes, juives ou musulmanes, on retrouve la désignation de victimes émissaires qu\u0026rsquo;il faut soit combattre en osant aller jusqu\u0026rsquo;au sang qui coule ou qu\u0026rsquo;il faut au moins expulser de la communauté.\nDans certaines communautés catholiques, par exemple, on n\u0026rsquo;hésite pas, encore aujourd\u0026rsquo;hui, à expulser des personnes parce qu\u0026rsquo;elles seraient responsables de tous les problèmes de la communauté, alors même qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;y a aucune justification rationnelle qui démontrerait le bien-fondé de cette expulsion. Et même quand le Vatican condamne cette expulsion et réhabilite la personne par l\u0026rsquo;intervention de la justice respectueuse du Droit Canonique, la communauté à l\u0026rsquo;origine de l\u0026rsquo;expulsion préfère rejeter la décision de l\u0026rsquo;autorité supérieure, en expulsant dans le quotidien des relations humaines cette personne pourtant officiellement réhabilitée, tout en faisant semblant d\u0026rsquo;être, en paroles, d\u0026rsquo;accord avec cette décision.\nJe vous laisse trouver d\u0026rsquo;autres exemples de communautés juives ou musulmanes se comportant de la sorte avec des membres de leur propre communauté ou des membres d\u0026rsquo;une communauté autre que la leur. Les exemples ne sont-ils pas visibles un peu partout dans le monde ?\nEt comment se comportent les contemporains athées ou agnostiques, sont-ils plus respectueux des personnes et refusent-ils plus que les personnes religieuses citées ci-dessus le retour des victimes émissaires ? La haine des immigrés, la haine des bourgeois, la haine de l\u0026rsquo;étranger qui vient des régions froides, la haine des Chinois ou d\u0026rsquo;autres peuples, a-t-elle diminué ces dernières années ? N\u0026rsquo;ont-ils pas tendance à leur tour à désigner trop souvent eux aussi telle ou telle religion comme étant responsable des problèmes de ce monde, comme si, en tant qu\u0026rsquo;athées ou agnostiques, ils étaient plus saints que les juifs, les chrétiens ou les musulmans ?\nDepuis la mort de René Girard en 2015, c\u0026rsquo;est un peu partout que nous voyons revenir le religieux dans son sens le plus archaïque. C\u0026rsquo;est pourquoi René Girard est considéré par certains commentateurs comme une sorte de prophète qui avait vu avant les autres hommes ce que l\u0026rsquo;avenir nous réservait. Allons-nous écouter le cri d\u0026rsquo;alarme qu\u0026rsquo;il poussait de son vivant, ou allons-nous continuer à participer à ce retour du religieux archaïque tout en niant y participer alors même que les signes visibles de notre participation deviennent de plus en plus flagrants ?\nVictime émissaire et bouc émissaire # Nous aurons l\u0026rsquo;occasion de revenir sur cette différence essentielle qui existe entre le phénomène de victime émissaire et le phénomène de bouc émissaire que René Girard distingue peu à peu. Cependant il semblait déjà utile dans cet article d\u0026rsquo;évoquer cette distinction. Le phénomène de victime émissaire désigne la méconnaissance que nous avons quand nous participons à la spirale mimétique de la violence qui cible telle ou telle victime désignée. Nous croyons que nous agissons pour le bien en désignant cette personne ou ce groupe de personnes comme responsables de nos problèmes. Nous croyons désigner un véritable ennemi dont il faudrait nous débarrasser et dont le rôle mauvais justifierait à son encontre les médisances que nous lui envoyons ou les maltraitances que nous lui faisons subir.\nLe phénomène de bouc émissaire est quant à lui à la fois plus complexe et plus cynique. Dans le phénomène de bouc émissaire, il y a toujours une élite dirigeante qui désigne la victime à la vindicte populaire en sachant très bien ce qu\u0026rsquo;elle fait. Cette élite sait très bien que la victime n\u0026rsquo;est pas responsable ou pas totalement responsable de tous les maux dont elle la charge. Elle choisit une victime qui, la plupart du temps, ne peut pas répondre ou qui peut difficilement répondre. En effet, cette victime désignée (qui est toujours la coupable désignée, vous l\u0026rsquo;aurez compris) ne peut pas répondre parce que soit les apparences jouent en sa défaveur, soit le ressentiment populaire à son encontre est déjà tellement élevé que la masse n\u0026rsquo;entend plus ses protestations pourtant justifiées, soit elle ne parle pas notre langue et il est interdit de diffuser ses réponses traduites, soit elle a effectivement une responsabilité partielle qui vient masquer nos coresponsabilités.\nÀ côté du rôle de cette élite dans ce phénomène de bouc émissaire qui ne méconnaît absolument pas ce qu\u0026rsquo;elle fait, la masse populaire est maintenue dans sa méconnaissance religieuse de sa propre participation au phénomène de victime émissaire. Elle y est maintenue par une propagande tous azimuts, minutieusement préparée, minutieusement anticipée, mais aussi minutieusement réactive à toute critique qu\u0026rsquo;elle pourrait rencontrer. Cette propagande est organisée par des spécialistes grassement payés : les experts en relations publiques formés par le legs d\u0026rsquo;Edward Bernays et de ses disciples. Pourquoi cette élite agit-elle ainsi ? Est-elle sciemment au service du mal ? Ou croit-elle encore à ce prétexte suranné qu\u0026rsquo;« il vaut mieux qu\u0026rsquo;un seul ne meurt plutôt que le groupe entier » ? Il semble difficile de déterminer ce qui se passe à l\u0026rsquo;intérieur de cette élite quand on n\u0026rsquo;en fait pas partie.\nLe préconscient, selon Jacques Maritain # ","date":"26 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/preconscient/","section":"Articles","summary":"","title":"Faut-il renoncer à la notion d'inconscient freudien ?","type":"articles"},{"content":"","date":"26 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/inconscient/","section":"Tags","summary":"","title":"Inconscient","type":"tags"},{"content":"","date":"26 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/jacques-maritain/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Jacques Maritain","type":"philosophes"},{"content":"","date":"26 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/jeffrey-masson/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Jeffrey Masson","type":"philosophes"},{"content":"","date":"26 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/m%C3%A9connaissance/","section":"Tags","summary":"","title":"Méconnaissance","type":"tags"},{"content":"","date":"26 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/categories/philoterm/","section":"Categories","summary":"","title":"PhiloTerm","type":"categories"},{"content":"","date":"26 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/pr%C3%A9conscient/","section":"Tags","summary":"","title":"Préconscient","type":"tags"},{"content":"","date":"26 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/ren%C3%A9-girard/","section":"Philosophes","summary":"","title":"René Girard","type":"philosophes"},{"content":"","date":"26 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/series/","section":"Series","summary":"","title":"Series","type":"series"},{"content":"","date":"26 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/sigmund-freud/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Sigmund Freud","type":"philosophes"},{"content":"","date":"26 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/sophocle/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Sophocle","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/henri-baruk/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Henri Baruk","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/karl-popper/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Karl Popper","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/leibniz/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Leibniz","type":"philosophes"},{"content":" Introduction # Nous avons vu dans le cours sur la conscience le rôle de la syndérèse ainsi que les difficultés que peuvent représenter les entraves à la syndérèse pour réussir à bien écouter cette voix qui murmure en nous en faveur du bien et contre le mal. Il existe aussi d\u0026rsquo;autres influences intérieures, influences qui se seraient intériorisées peu à peu tout au long de notre enfance, qui pourraient venir perturber la saine écoute de notre syndérèse. Nous devons à Sigmund Freud d\u0026rsquo;avoir mis en lumière ces influences obscures en faisant la publicité du concept d\u0026rsquo;inconscient.\nNous allons d\u0026rsquo;abord voir dans cet article la présentation de ce concept chez lui en résumant d\u0026rsquo;abord sa conception du psychisme humain. Puis nous présenterons rapidement deux critiques de cette conception : une faite par le philosophe français Yves Simon et l\u0026rsquo;autre réalisée par le psychiatre français Henri Baruk.\nHypothèse de départ # L\u0026rsquo;hypothèse qui est au point de départ de la psychanalyse inventée par Sigmund Freud et qui peut jusqu\u0026rsquo;à un certain point fournir des explications plausibles concernants un certain nombre de faits, c\u0026rsquo;est que certains symptômes névrotiques n\u0026rsquo;ont pas leurs causes dans des troubles physiologiques et des lésions organiques, mais dans des événements émotifs de la vie passée, ce que l\u0026rsquo;on peut désigner par le terme de traumatismes psychiques.\nL\u0026rsquo;effort du psychanalyste consistera à trouver la véritable signification des symptômes en s\u0026rsquo;appuyant sur l\u0026rsquo;interprétation des actes manqués, du récit fait par le psychanalysé au cours de la cure psychanalytique sous la forme de libres associations, et tout particulièrement du rêve, voie soit disant royale qui conduirait à la connaissance de l\u0026rsquo;inconscient, cet ensemble de pulsions qui existent en nous sans que nous sachions qu\u0026rsquo;elles nous influencent.\nLe but poursuivi par la cure psychanalytique sera de faire prendre conscience au psychanalysé du sens de sa conduite ou de sa souffrance présentes, en lui faisant découvrir leur origine inconsciente, en faisant apparaître le refoulé. Le principe fondamental de la psychanalyse consiste à admettre que le fait de démêler ce qui reste du conflit initial peut avoir des effets salutaires, à la condition que le malade parvienne à voir clair dans le jeu des forces en conflit.\nPendant la cure, le patient peut manifester des résistances à la communication de certaines idées. Ce serait alors selon Sigmund Freud la preuve de la présence d\u0026rsquo;un obstacle à la manifestation de l\u0026rsquo;oublié. La force qui empêchait ces contenus dynamiques de réapparaître à la conscience serait celle qui, jadis, avait rejeté ou refoulé ces éléments hors de la conscience.\nNévrose ≠ Psychose # Pour mieux comprendre cet hypothèse de départ, il est bon de revenir sur la distinction entre névrose et psychose. Dans son sens le plus général, la névrose est un trouble psychique dans lequel le sujet est conscient de sa souffrance psychique et s\u0026rsquo;en plaint. Sigmund Freud considère que les symptômes névrotiques sont l\u0026rsquo;expression d\u0026rsquo;un conflit psychique ainsi qu\u0026rsquo;un compromis entre la pulsion et la défense qui s\u0026rsquo;y oppose. Le conflit est intrapsychique, limité entre le Surmoi et le Ça à l\u0026rsquo;intérieur du Moi. Dans son sens étymologique, le mot névrose vient du grec neuron et ôsis, neuron désignant les nerfs ou tout ce qui a un rapport avec le système nerveux, et ôsis servant à désigner des maladies non inflammatoires. Pour résumer, disons que la névrose, c\u0026rsquo;est une souffrance affective ou morale qui ne semble pas avoir d\u0026rsquo;origine biologique, du moins dans la manière dont Sigmund Freud utilise ce terme.\nIl ne faut pas confondre névrose et psychose. Le mot psychose, vient lui aussi du grec. Il désigne les maladies non inflammatoires de l\u0026rsquo;âme (psyché). Psychosis en grec signifiait une anomalie de l\u0026rsquo;âme. Selon Elizabeth Roudinesco dans son Dictionnaire de la psychanalyse, Sigmund Freud définit la psychose comme la reconstruction hallucinatoire dans laquelle le sujet est tourné uniquement vers lui-même, dans une situation sexuelle auto-érotique, coupé du contact avec la réalité et privé du rapport aux autres.\nPeut-être pouvons-nous distinguer la névrose de la psychose en disant que la souffrance de la névrose n\u0026rsquo;a pas atteint un seuil suffisant pour éloigner complètement le sujet de la réalité et de l\u0026rsquo;existence des autres tandis que dans la psychose la souffrance a été tellement grande que le sujet s\u0026rsquo;est replié sur lui-même et sur les fruits de son imagination mais sans forcément avoir conscience que ces fruits sont imaginaires.\nDisons que cela pourrait du moins rendre compte de la différence qui est faite chez les psychanalystes qui s\u0026rsquo;inspirent de la pensée de Sigmund Freud. Il est peut-être possible de remettre en question cette distinction. C\u0026rsquo;est ce que nous allons voir à la fin de cet article avec le psychiatre français Henri Baruk.\nPsychologie freudienne # Très tôt, Sigmund Freud arrive à penser que l\u0026rsquo;origine des conflits psychiques de l\u0026rsquo;adulte est à chercher dans l\u0026rsquo;époque infantile et qu\u0026rsquo;elle est due au refoulement des désirs sexuels. Cette hypothèse devait l\u0026rsquo;amener à modifier et à étendre le concept courant de sexualité. Au lieu d\u0026rsquo;identifier sexualité et génitalité, Sigmund Freud élargit le concept et y rattache le domaine entier de la tendresse et du témoignage d\u0026rsquo;affection. Il donne à l\u0026rsquo;énergie sexuelle le nom de libido. Ce nom n\u0026rsquo;est pas sans défaut puisqu\u0026rsquo;il désigne en latin une notion plus générale, celle de désir voire de désir ardent. Le mot latin libido, inis désigne :\nLe caprice : fantaisie, volonté soudaine et irréfléchie (désir, envie) ; La débauche : le dérèglement des mœurs, la recherche excessive du plaisir sensuel ; Le désir ; Le désir amoureux au sens d\u0026rsquo;attirance sexuelle ; L\u0026rsquo;envie ; La fantaisie au sens de pensée capricieuse ; La sensualité. L\u0026rsquo;expression latine ad libidinem signifiait soit d\u0026rsquo;une façon arbitraire soit selon son bon plaisir. L\u0026rsquo;ambiguïté du concept freudien de libido n\u0026rsquo;est pas sans poser problème. Il risque de conduire à la confusion entre besoin d\u0026rsquo;affection et désir sexuel. D\u0026rsquo;une certaine manière cela dégrade la notion plus vaste de l\u0026rsquo;affection au point de la réduire exclusivement à un sous-entendu toujours sexualisé. C\u0026rsquo;est très réducteur de la complexité des rapports humains ainsi que de leur noblesse, de leur respectabilité. L\u0026rsquo;affection peut tout à fait à la fois être réelle et être complètement dénuée de sous-entendu érotique. Il y a une sorte de perversion morale à rabaisser l\u0026rsquo;affection toujours quelque chose qui aurait un lien avec l\u0026rsquo;érotique.\nRevenons à Sigmund Freud. Dans l\u0026rsquo;évolution de la libido, il distingue trois périodes principales, elles-mêmes subdivisées en phases.\nLa première période irait selon lui jusque vers l\u0026rsquo;âge de cinq ans et comprendrait :\nUne phase buccale ; Une phase anale ; Une phase phallique. Chacune de ces phases est caractérisée par un centre d\u0026rsquo;attrait et de plaisir différent : la bouche, la fonction de défécation, l\u0026rsquo;organe de reproduction. Au cours de la troisième phase, naît ce que Sigmund Freud appelle le complexe d\u0026rsquo;Œudipe, c\u0026rsquo;est-à-dire l\u0026rsquo;intérêt libidinal du garçon pour la mère, une attitude ambivalente à l\u0026rsquo;égard du père qui est perçu comme un rival à écarter ou à tuer (le meurtre est dans l\u0026rsquo;écrasante majorité des cas un meurtre symbolique), complexe qui s\u0026rsquo;inverse pour la fille.\nUne période de latence arriverait ensuite où l\u0026rsquo;enfant sous la pression de son entourage commencerait à s\u0026rsquo;intéresser au monde extérieur. Apparaît alors un processus important qui est celui de l\u0026rsquo;identification, ce processus permet de trouver une heureuse solution au complexe d\u0026rsquo;Œudipe (et évite de passer au meurtre réel du père !). Il consiste, par une sorte de phénomène de compensation, à se dédommager de l\u0026rsquo;amour charnel qui lui est refusé par une identification ou un désir d\u0026rsquo;identification du garçon à ses parents et surtout à son père. Le père est alors intériorisé.\nCette intériorisation produira la naissance et le développement du Moi-idéal ou Surmoi. Ce Moi-Idéal constitue selon Anna Freud, la fille de Sigmund Freud, le dépôt des anciennes représentations des parents, et en même temps, l\u0026rsquo;expression de l\u0026rsquo;admiration de cette perfection que l\u0026rsquo;enfant attribue à ses parents. Sigmund Freud voit dans cette identification, dans cette introjection (= projection intérieure), le point de départ de la conscience morale et de la religion.\nEnfin une dernière période apparaît, celle de la puberté.\nSa conception de la nature humaine # Dans la structure de la personne humaine, Sigmund Freud n\u0026rsquo;y distingue que trois domaines, qu\u0026rsquo;il appelle instance dans sa seconde topique (= description cartographique, topos voulant dire lieu) : le Ça, le Moi, le Surmoi. Pour chaque domaine, il existe en nous une partie inconsciente, l\u0026rsquo;ensemble des parties inconscientes étant désignées par le terme d\u0026rsquo;inconscient. L\u0026rsquo;inconscient, selon Sigmund Freud représente donc ce qui existe en nous sans que nous sachions consciemment que cela existe en nous. Cette formulation apparemment contradictoire, signifie que nous connaissons mal les émotions, les pulsions, qui nous animent et que ce que nous savons de nous est souvent très imprécis voire erroné. Reprenons maintenant chacune des trois instances :\nLe Ça est tout ce qui dans le domaine psychique est transmis, tout ce qui est apporté à la naissance et qui est fixé dans la constitution corporelle. C\u0026rsquo;est donc avant tout l\u0026rsquo;ensemble des instincts qui s\u0026rsquo;enracinent dans l\u0026rsquo;organisme corporel. Ce qui est surprenant, c\u0026rsquo;est que Sigmund Freud réduit l\u0026rsquo;ensemble de ces instincts à seulement deux sortes d\u0026rsquo;instinct : L\u0026rsquo;instinct de mort ou de destruction qu\u0026rsquo;il appelle aussi pulsion de mort, ces disciples désigneront cette pulsion par le nom du dieu grec qui personnifie la mort : Thanatos. Et l\u0026rsquo;instinct sexuel qu\u0026rsquo;il appelle aussi libido et que certains de ses disciples désignent par le nom du dieu grec Éros. Le Moi qui est la partie consciente du Ça. Il doit permettre l\u0026rsquo;adaptation de la poussée aveugle de la libido aux conditions concrètes du réel. Ce n\u0026rsquo;est plus comme pour le Ça le principe de plaisir qui le guide, mais le principe de réalité. Pour Sigmund Freud, le Moi est une partie évoluée du Ça, cependant ses activités les plus complexes, telles que le jugement, prennent naissance dans la libido. Le Moi chez Sigmund Freud est donc d\u0026rsquo;origine libidinale. Le Surmoi n\u0026rsquo;est au fond que le complexe d\u0026rsquo;Œdipe transformé, Sigmund Freud écrit : « L\u0026rsquo;idée se fit jour qu\u0026rsquo;une troisième partie très importante de l\u0026rsquo;activité psychique, c\u0026rsquo;est-à-dire celle qui a créé les grandes institutions de la religion, du droit, de la morale et de toutes les formes de la vie publique, a comme objet, au fond, de permettre à l\u0026rsquo;individu de surmonter son complexe d\u0026rsquo;Œdipe et de transférer sa libido, des attachements infantiles à des attachements sociaux qui, en fin de compte, sont seuls retenus comme désirables. »\nCe transfert de l\u0026rsquo;activité libidinale en activité proprement culturelle s\u0026rsquo;appelle la sublimation. De nombreux textes de Sigmund Freud présentent la sublimation comme un succédané (produit qui peut en remplacer un autre au niveau de ses effets même s\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;est pas de même nature) de la libido. Sigmund Freud considère que la sublimation est nécessaire pour la survie de nos civilisations. C\u0026rsquo;est particulièrement visible dans son dernier livre Malaise dans la culture parfois traduit par Malaise dans la civilisation.\nOn peut donc parler quand il s\u0026rsquo;agit de décrire la pensée freudienne de pansexualisme. Les trois instances de la personnalité, le Ça, le Moi, et le Surmoi naissent tous de la libido. L\u0026rsquo;instinct du Moi, c\u0026rsquo;est-à-dire celui qui arrive à sa conscience, celui qu\u0026rsquo;il est capable de se représenter consciemment, est lui aussi de nature libidinale. Ainsi toute activité consciente de l\u0026rsquo;homme naît de la libido. Il n\u0026rsquo;y a que l\u0026rsquo;instinct de destruction qui ne puisse se réduire à l\u0026rsquo;Éros, même si certaines représentations ou certains affects sont selon Sigmund Freud des mélanges d\u0026rsquo;Éros et de Thanatos. La sublimation est le processus par lequel se réalise la conversion de la libido en activités spécifiquement humaines.\nLiberté conditionnée # Nous pouvons souligner que la conception de Sigmund Freud change profondément la conception traditionnelle de l\u0026rsquo;homme. Pour la philosophie classique, l\u0026rsquo;homme décide de son action, en connaissance de cause en réfléchissant de manière rationnelle sur ses motivations et en réussissant par les vertus à dominer ses instincts. Même dans les systèmes philosophiques qui nient l\u0026rsquo;existence de la liberté comme les systèmes de déterminisme psychologique de Leibniz ou de Spinoza, l\u0026rsquo;homme reste défini comme substance pensante dirigée par la raison.\nLa psychologie freudienne, qu\u0026rsquo;on appelle parfois psychologie des profondeurs, a mis l\u0026rsquo;accent au contraire sur la présence en l\u0026rsquo;homme de l\u0026rsquo;inconscient, c\u0026rsquo;est-à-dire de forces occultes qui le manipulaient sans qu\u0026rsquo;il le sache clairement. Elle met donc l\u0026rsquo;accent sur l\u0026rsquo;importance de forces irrationnelles (instinctives et pulsionnelles) dans ses activités humaines. Pour Sigmund Freud et un bon nombre de ses successeurs, tout se passe comme si, au niveau de sa conscience claire, l\u0026rsquo;homme croyait agir en se déterminant librement, alors qu\u0026rsquo;en réalité sa conduite n\u0026rsquo;est que l\u0026rsquo;effet des tendances instinctives dont il ignore, sinon toujours l\u0026rsquo;existence, du moins l\u0026rsquo;action qu\u0026rsquo;elles exercent en lui. Les motivations conscientes ne sont plus qu\u0026rsquo;une tromperie, puisqu\u0026rsquo;ils se réduisent à des formes déguisées de la libido.\nIl y a sans doute là une part de vérité dans le sens où nos décisions conscientes sont souvent difficiles à analyser dans leurs origines et qu\u0026rsquo;elles peuvent être un mélange de différentes tendances. Cependant, autant cette conception est utile pour remettre en question une mauvaise conception de la liberté, celle de la liberté d\u0026rsquo;indifférence qui se croit toute puissante, autant c\u0026rsquo;est oublier qu\u0026rsquo;il existe des degrés de liberté, et qu\u0026rsquo;il est possible peu à peu d\u0026rsquo;apprivoiser nos tendances instinctives. Sigmund Freud a trop tendance à être l\u0026rsquo;un des maîtres absolus du soupçon : le Moi ne serait plus du tout le maître dans sa maison !\nIl est paradoxal de voir que la logique de Sigmund Freud peut être retourner contre elle-même. C\u0026rsquo;est ce qui fait dire au philosophe Karl Popper que la théorie freudienne est une pseudo-science et qu\u0026rsquo;elle n\u0026rsquo;a aucune valeur scientifique. Vous trouverez plus de précisions dans cet article.\nLa critique de Yves Simon # Dans son livre intitulé Morale, philosophie de la conduite humaine, le philosophe français Yves Simon) utilise la morale que l\u0026rsquo;on trouve dans la doctrine thomiste, c\u0026rsquo;est-à-dire dans la pensée de Thomas d\u0026rsquo;Aquin, pour faire les remarques suivantes concernant à la fois les apports de la pensée de Sigmund Freud et ses limites :\n« La liberté humaine, même dans les conditions normales de son exercice, est donc une liberté limitée et débile ; et c\u0026rsquo;est là le signe de son incarnation. C\u0026rsquo;est pourquoi rien ne serait plus dangereux ni plus faux en même temps que l\u0026rsquo;idée d\u0026rsquo;une liberté désincarnée, ignorante de ses limites et des forces impersonnelles qui collaborent avec elle à la position de l\u0026rsquo;acte humain. Car l\u0026rsquo;idée d\u0026rsquo;une liberté despotique conduit à nier l\u0026rsquo;importance du conditionnement organique et l\u0026rsquo;influence des forces intérieures. On aboutit alors à une mutilation de l\u0026rsquo;être humain. Et le plus souvent, comme l\u0026rsquo;expérience le démontre, l\u0026rsquo;instinct nié prend sa revanche : “L\u0026rsquo;homme n\u0026rsquo;est ni ange ni bête, dit Pascal, et le malheur veut que qui veut faire l\u0026rsquo;ange fait la bête”. »\n« Inversement, il ne faudrait pas majorer la force des tendances instinctuelles et faire de leur jeu complexe la force déterminante de l\u0026rsquo;activité humaine, ni même leur reconnaître une prépondérance qu\u0026rsquo;elles n\u0026rsquo;ont pas. Il y a assurément un devoir de lucidité de l\u0026rsquo;homme vis-à-vis de lui-même. Mais il ne consiste pas seulement dans une prise de conscience des forces obscures qui agissent sous la motivation rationnelle, comme si elles étaient les seules agissantes de la personne, mais encore dans le regard par lequel l\u0026rsquo;esprit se saisit comme étant à l\u0026rsquo;origine de ses actes ; il y a malgré tout un commencement absolu qu\u0026rsquo;aucune détermination organique, aucun mobile psychique, conscient ou inconscient, ne suffit à expliquer. »\n« Sur cette influence des forces de l\u0026rsquo;instinct, la doctrine thomiste nous paraît offrir les principes d\u0026rsquo;une solution métaphysique, “l\u0026rsquo;arrière-plan métaphysique” nécessaire à la psychologie des profondeurs. Et cela, comme on l\u0026rsquo;a dit, en raison de l\u0026rsquo;unité substantielle de l\u0026rsquo;homme. Dans un texte de la Ia-IIae, q. 77, a. 1, saint Thomas se demande si la volonté peut subir l\u0026rsquo;influence de la passion. Et il répond ainsi à la question : “La passion ne peut pas directement attirer ou mouvoir la volonté. Mais elle le peut indirectement et cela de deux façons : 1° par une sorte de distraction des énergies de l\u0026rsquo;âme ; toutes les puissances de l\u0026rsquo;âme étant en effet enracinées dans la même essence, quand l\u0026rsquo;une est tendue dans son acte, il faut nécessairement qu\u0026rsquo;une autre soit relâchée dans le sien ou même tout à fait empêchée”. Le texte est significatif, car il parle de l\u0026rsquo;enracinement des puissances de l\u0026rsquo;âme dans une même essence. Si bien que la tension psychique dépensée dans l\u0026rsquo;acte passionnel est soustraite à l\u0026rsquo;énergie que l\u0026rsquo;âme pourrait dépenser ailleurs. Action indirecte donc par un détournement des énergies de l\u0026rsquo;âme au profit de la passion ; action indirecte encore, comme le montre la suite du texte, par la véhémence que présente l\u0026rsquo;objet de la passion à l\u0026rsquo;imagination. »\n« Sans doute la doctrine thomiste accentue-t-elle plus que ne le font les moralistes d\u0026rsquo;aujourd\u0026rsquo;hui la part de la liberté. Cela est particulièrement évident dans sa manière d\u0026rsquo;envisager les péchés de faiblesse, plus précisément, les mouvements désordonnés, mais indélibérés de l\u0026rsquo;appétit sensitif. Il s\u0026rsquo;agit des mouvements de l\u0026rsquo;appétit sensitif qui se produisent sans être commandés par la raison et la volonté. Par rapport à ces mouvements, la raison, dit encore saint Thomas, se tient dans une “une attitude qui n\u0026rsquo;est ni de résistance ni de connivence, mais qui suppose une espèce d\u0026rsquo;acquiescement.” Il y a péché véniel, estime saint Thomas, parce que la “sensualité” est faite pour être soumise à la raison et que dans le cas présent elle ne l\u0026rsquo;est pas. Cela suppose évidemment de la part de la raison une vigilance extraordinaire et qu\u0026rsquo;on peut estimer surhumaine. Dans la mesure où cette vigilance est au-dessus des forces de l\u0026rsquo;homme, sa responsabilité n\u0026rsquo;est pas engagée. »\n« À vrai dire, écrit Dom Lottin, cette théorie suppose qu\u0026rsquo;on puisse entretenir en son âme une vigilance toujours en éveil. Mais il faut bien reconnaître que celle-ci dépasse les forces humaines ; et comme le faisait remarquer Mgr A. Brenninkmeyer, cette faiblesse congénitale fait partie du fomes peccati (Une amorce pour le péché qui vient de la blessure originelle qu\u0026rsquo;on désigne dans la pensée chrétienne par l\u0026rsquo;expression péché originel) lequel n\u0026rsquo;est pas péché. Mais comme le dit encore le même auteur, il ne faudrait pas se hâter de rejeter cette doctrine. Si on peut penser qu\u0026rsquo;elle est trop sévère, elle souligne toutefois et non sans raison, qu\u0026rsquo;il y a un devoir de vigilance et que bien des mouvements de la sensibilité nous échappent, qu\u0026rsquo;une générosité plus grande aurait dû prévenir, qu\u0026rsquo;une fidélité plus constante (et possible) au service des valeurs morales aurait dû empêcher. C\u0026rsquo;est pourquoi cette doctrine, si paradoxale au premier abord, garde une si profonde vérité humaine. »\nLa critique de Freud par Henri Baruk # Multiplicité des causes des névroses et des psychoses # Certains courants de psychologie ont tendance à trop réduire la complexité du réel en généralisant un peu trop rapidement des vérités qui sont valables dans un domaine à des domaines connexes. Concernant les névroses et les psychoses, elles n\u0026rsquo;ont pas forcément des causes purement psychologiques. C\u0026rsquo;est le premier reproche qu\u0026rsquo;on pourrait faire à Sigmund Freud qui a tendance parfois à trop rapporter les explications à son interprétation de la structure du psychisme. Henri Baruk discerne 4 causes possibles aux névroses et aux psychoses :\nDes causes anatomiques qui reposent sur la lésion d\u0026rsquo;un certain nombre d\u0026rsquo;organes suite à une maladie organique ou à un accident ; Des causes physiologiques qui reposent sur un déséquilibre du fonctionnement normal du corps dans sa globalité, soit en raison de déséquilibres endocriniens soit en raison d\u0026rsquo;intoxication, soit en raison d\u0026rsquo;autres maladies qui affectent l\u0026rsquo;ensemble de la physiologie ; Des causes psychologiques qui viennent de conflits émotionnels ou sentimentaux ; Des causes morales qui viennent des décisions prises par la personne qui affectent sa conscience morale. Pour chaque névrose ou psychose, les causes peuvent s\u0026rsquo;entremêler. Réduire trop rapidement la souffrance de la personne à l\u0026rsquo;une de ces causes possibles revient à faire une erreur de diagnostique. Pour éviter cela, il faut développer une réelle connaissance de la sémiologie, c\u0026rsquo;est-à-dire de l\u0026rsquo;étude des symptômes des différentes maladies possibles, et de l\u0026rsquo;étiologie, c\u0026rsquo;est-à-dire de l\u0026rsquo;étude des causes possibles. Sans une sémiologie et une étiologie sérieuse, on risque d\u0026rsquo;être incapable d\u0026rsquo;apporter des soins adéquats à la personne concernée.\nIl me semble qu\u0026rsquo;il serait bon d\u0026rsquo;ajouter à ce que dit Henri Baruk deux catégories de causes possibles :\nLe fait que nous pouvons attraper les émotions et les sentiments des personnes que l\u0026rsquo;on rencontre par mimétisme, un peu comme il est possible d\u0026rsquo;attraper un virus, sauf que là ce serait un virus émotionnel. C\u0026rsquo;est ce que la découverte récente des neurones miroirs semble mettre en évidence. Henri Baruk ne pouvait pas le savoir puisque la découverte s\u0026rsquo;est faite après sa mort (Sigmund Freud était d\u0026rsquo;ailleurs mort depuis encore plus longtemps). Nous devons la mise en évidence de l\u0026rsquo;importance de nos désirs mimétiques dans l\u0026rsquo;apparition de nos souffrances morales au philosophe René Girard. Le fait que la constitution même de la personne diffère des autres personnes. D\u0026rsquo;un point de vue originaire, chaque personne diffère des autres, pensons par exemple aux autistes ou à ceux qui sont dits HPI, leur souffrance ne vient pas forcément d\u0026rsquo;une défaillance anatomique, physiologique ou psychique, mais plutôt du handicap que leur différence entraîne dans une société qui ne tient pas assez compte des différences personnelles. La prise de conscience de l\u0026rsquo;importance de ces différences personnelles dans notre vie en société n\u0026rsquo;en est qu\u0026rsquo;à ces débuts. Importance de la conscience morale # La critique la plus importante qu\u0026rsquo;Henri Baruk adresse à Sigmund Freud concerne la réduction que ce dernier fait du rôle de la conscience morale. Sigmund Freud réduit la conscience morale en définitive à un conflit entre individu et société (à un conflit entre le Ça et le Surmoi) et mésestime la constitution morale naturelle du psychisme humaine. Rien ne vaut la lecture de textes de Henri Baruk pour bien le comprendre, en voici deux : Textes de Henri Baruk. Ces textes sont extraits de son livre : La désorganisation de la personnalité. Cette critique a été écrite en 1952, il ne faudra donc pas être trop surpris du ton lyrique utilisé. Les craintes d\u0026rsquo;alors étaient gigantesques puisque nous venions tout juste de sortir de la seconde guerre mondiale, de l\u0026rsquo;horreur de la Shoah, et que le mois d\u0026rsquo;août 1945 avait sonné comme un glas possible pour l\u0026rsquo;humanité : Hiroshima et Nagasaki avaient en effet été réduites en cendre en un instant sous le feu ravageur de deux champignons atomiques.\nPour résumer son texte, nous pouvons dire que selon lui l\u0026rsquo;évolution des sciences humaines depuis plusieurs décennies a contribué à répandre une vision tronquée de l\u0026rsquo;homme où ce dernier est rabaissé au statut d\u0026rsquo;un animal parmi les autres. Que ce soit par une certaine compréhension de la théorie de Charles Darwin, une certaine vision du psychisme humain initiée par Sigmund Freud, une tendance de la sociologie à réduire les individus aux influences sociales déterminantes, ou encore en raison de la vision psychologique initiée par le béhaviorisme de John Broadus Watson qui refuse toute introspection pour ne conserver que les comportements observables, nous en arrivons à la même dégradation de la conception de l\u0026rsquo;homme où celui-ci perd ses plus hautes facultés morales que l\u0026rsquo;antiquité et le Moyen-Âge, non sans quelques excès certes, lui concédaient. L\u0026rsquo;homme, réduit à être un animal parmi les autres, perd ainsi ses facultés supérieures : la conscience morale, la volonté et l\u0026rsquo;intelligence. Cela n\u0026rsquo;est pas sans danger pour nos sociétés, cela n\u0026rsquo;est pas sans danger pour l\u0026rsquo;éducation.\nHenri Baruk n\u0026rsquo;évoque pas du tout dans son livre l\u0026rsquo;importance des vertus, en revanche il voit l\u0026rsquo;importance fondamentale de la volonté et d\u0026rsquo;une saine reconnaissance de cette importance. C\u0026rsquo;est ce à quoi il appelle dans la conclusion de son livre que je vous mets aussi.\nNous pouvons en déduire que l\u0026rsquo;un des problèmes majeurs de la modernité, c\u0026rsquo;est d\u0026rsquo;avoir sous-estimer l\u0026rsquo;importance d\u0026rsquo;une éducation de la volonté. À force de vouloir réduire l\u0026rsquo;homme à un animal comme les autres, ou presque, nous avons oublié qu\u0026rsquo;un petit d\u0026rsquo;homme ne se dresse pas par des apprentissages réflexes, mais s\u0026rsquo;éduque par l\u0026rsquo;exemplarité, par la bienveillance chaleureuse et juste, par l\u0026rsquo;attention au caractère unique de chaque personne qui nous est confiée. Tout cela faisait partie de l\u0026rsquo;éducation des vertus même si malheureusement une forme de haine du corps avait dans l\u0026rsquo;antiquité et le Moyen-Âge pris sans doute trop souvent une place exagérée.\nAvec Yves Simon, nous pouvons voir que les vertus réelles étant écartées, même si le mot peut être encore utilisé pour présenter tout autre chose, de nouveaux substituts modernes des vertus furent présentés. Aucun de ses substituts sont à même de remplacer efficacement les vertus, il est donc important de les réhabiliter.\nVous trouverez ci-dessous les liens vers les cours sur ces substituts modernes des vertus et sur les vertus :\nLes substituts modernes de la vertu 8 décembre 2025\u0026middot;4825 mots\u0026middot;23 mins PhiloTerm Séminaire Bonheur Pouvons-nous être heureux sans vertu ? 7 décembre 2025\u0026middot;2772 mots\u0026middot;14 mins PhiloTerm Bonheur Justice Liberté Nature ","date":"17 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/inconscient/","section":"Articles","summary":"","title":"Notre conscience sait-elle toujours ce qu'elle fait ?","type":"articles"},{"content":"","date":"17 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/spinoza/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Spinoza","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/yves-simon/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Yves Simon","type":"philosophes"},{"content":"","date":"8 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/series/bonheur/","section":"Series","summary":"","title":"Bonheur","type":"series"},{"content":"","date":"8 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/bonheur/","section":"Tags","summary":"","title":"Bonheur","type":"tags"},{"content":"","date":"8 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/charles-fourier/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Charles Fourier","type":"philosophes"},{"content":"","date":"8 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/henri-bergson/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Henri Bergson","type":"philosophes"},{"content":"","date":"8 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/jean-jacques-rousseau/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Jean-Jacques Rousseau","type":"philosophes"},{"content":" Introduction # En janvier 2021, nous avons eu la chance de voir la maison d\u0026rsquo;édition Pierre TÉQUI sortir la traduction du livre du philosophe thomiste Yves Simon, The Definition of Moral Virtue, sous le titre français : Enquête sur la vertu morale. Je vous recommande sa lecture car comme nous le dit Vulcan Kuic, ancien professeur de philosophie à l\u0026rsquo;université de Caroline du Sud et élève de Yves Simon quand il enseignait à l\u0026rsquo;université de Chicago :\n« Vous comprendrez mieux n\u0026rsquo;importe quel problème si vous pouvez lire quelque chose d\u0026rsquo;écrit à ce sujet par Yves Simon. “Tout ce qu\u0026rsquo;il touche se change en or” ».\nÉtant donné l\u0026rsquo;importance de ce qu\u0026rsquo;on découvre dans ce livre écrit par le disciple et ami de Jacques Maritain, je vous propose la synthèse suivante de son premier chapitre dont cet article reprend le titre. Il permet en effet de mieux percevoir l\u0026rsquo;importance de la philosophie morale qui s\u0026rsquo;appuie sur les vertus par rapport aux autres courants de pensée que nous trouvons depuis Les Lumières. Cette synthèse vous permettra de prendre un peu de hauteur pour pouvoir mieux choisir en âme et conscience le chemin de vie qui sera le vôtre pour vous insérer dans ce monde habité, et développer votre véritable personnalité, c\u0026rsquo;est-à-dire pour reprendre les mots de Henri Bergson, votre moi profond, votre moi fondamental.\nCe livre permet aussi de mieux comprendre combien il est important d\u0026rsquo;encourager en nous le développement des vertus. Non seulement c\u0026rsquo;est la seule garantie du bien vivre en société, mais c\u0026rsquo;est aussi le seul chemin fiable pour développer harmonieusement notre personnalité. Sur le chemin du développement de notre personne, loin des nombreuses techniques actuelles de développement personnel, il représente un chemin d\u0026rsquo;exode qui nous permet de nous libérer de l\u0026rsquo;oppression des fausses représentations de nous-mêmes pour avancer vers la terre promise, le plein épanouissement de notre moi profond, tel qu\u0026rsquo;il nous a été donné en tant que promesse de joie.\nJe dis bien « moi profond » à la manière de Henri Bergson et non notre « soi profond », concept que différents courants de pensée, orbitant de manière plus ou moins proche de ce centre de gravité qu\u0026rsquo;on nomme le New Age, tendent de plus en plus à utiliser. Il s\u0026rsquo;agit bien de développer pleinement cette personne inamissiblement unique en nous, c\u0026rsquo;est-à-dire celle qui a été désirée, voulue et aimée de toute éternité par notre Créateur.\nIl ne s\u0026rsquo;agit pas de nous fondre dans une sorte de divinité panthéiste où toute identité personnelle finirait par disparaître, ce que finalement la notion de « soi véritable » représente. Nous ne sommes pas appelés à nous fondre dans un tout impersonnel pour vivre une éternité de sérénité comparable finalement à l\u0026rsquo;Enfer, mais bien d\u0026rsquo;entrer dans un dialogue d\u0026rsquo;amour avec notre Créateur. Il ne peut y avoir de véritable dialogue d\u0026rsquo;amour entre deux personnes sans qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;y ait d\u0026rsquo;abord un profond respect de la différence de chacune d\u0026rsquo;entre elles.\nL\u0026rsquo;abolition des différences dans une fusion soit disant apaisante ou de type orgasmique, n\u0026rsquo;est en réalité que la pire des aliénations que nous puissions envisager. J\u0026rsquo;ai bien peur que ce ne soit finalement qu\u0026rsquo;une nouvelle manière de présenter comme désirable ce que depuis des siècles la tradition chrétienne appelle « possession démoniaque ».\nLoin de cette manière aliénante de penser, le développement de nos multiples vertus, sous la conduite de ces trois vertus essentielles que sont la charité, la prudence, et la justice, permet non seulement d\u0026rsquo;assumer notre présence localisée à la fois dans le temps et dans l\u0026rsquo;espace pour accomplir le bien qu\u0026rsquo;il nous est possible d\u0026rsquo;entreprendre, mais aussi de révéler notre manière unique d\u0026rsquo;être ce que nous sommes.\nPersonne vertueuse et personne fiable # Avant de présenter les trois catégories de substituts modernes de la vertu, Yves Simon nous offre cette introduction :\nIl n\u0026rsquo;y a rien de pire sur un plan pédagogique que de commencer un discours par une définition toute faite sans lien avec l\u0026rsquo;expérience et la pensée personnelle de l\u0026rsquo;enseignant. La discussion d\u0026rsquo;un sujet doit toujours débuter par la compréhension commune qu\u0026rsquo;on a de celui-ci. Certes, d\u0026rsquo;aucuns pensent que la vertu est très difficile à définir, quand d\u0026rsquo;autres pensent pouvoir avancer une définition sans peine. Il n\u0026rsquo;importe. Ce qui importe, c\u0026rsquo;est que chacun reconnaisse la différence entre les personnes qui sont réellement vertueuses et celles qui ne le sont pas. Par exemple il y a des personnes très bienveillantes et aimables, pourvu que tout aille bien pour elles et qu\u0026rsquo;elles soient heureuses. Mais il y a aussi des personnes qui sont bienveillantes et aimables indépendamment des circonstances, et indépendamment de leur bonheur. Ce sont ces dernières que j\u0026rsquo;appelle vertueuse, parce que la bonne disposition des premières n\u0026rsquo;est que conditionnelle. Imaginons un honnête homme qui est honnête tant qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;est pas face à de grandes tentations. Il ne volera jamais cinquante dollars à quiconque, mais s\u0026rsquo;il avait l\u0026rsquo;occasion d\u0026rsquo;en voler cinq mille, sans trop risquer d\u0026rsquo;être pris, il le ferait probablement. De façon similaire, il n\u0026rsquo;est pas si rare que les gens soient sincères tant qu\u0026rsquo;ils sont libres de toute pression. Cependant, sous la pression, beaucoup se parjureront et mentiront. Ce comportement conditionnel n\u0026rsquo;est pas exactement celui que l\u0026rsquo;on peut qualifier de vertueux, même si c\u0026rsquo;est un moindre mal et qu\u0026rsquo;il est assez utile dans le domaine des relations sociales. En fait, l\u0026rsquo;honnêteté et la sincérité relatives sont peut-être bien la plupart du temps ce que l\u0026rsquo;on peut attendre de la plupart des personnes. Néanmoins, la vertu de justice n\u0026rsquo;est pas ainsi, car on peut se fier à l\u0026rsquo;homme juste pour se tenir à ce qui est juste indépendamment des circonstances. Et c\u0026rsquo;est également ce que signifie la vertu dans sa compréhension commune, première chose dont nous avons besoin pour débuter notre discussion.\nDe nos jours toutefois, disserter sur la vertu exige également que nous soyons conscients de certains développement d\u0026rsquo;importance dans l\u0026rsquo;histoire moderne des idées éthiques. Ainsi, nous devons réaliser que de nombreux auteurs influents, alors qu\u0026rsquo;ils emploient le terme, veulent en réalité se débarrasser de la vertu, parce qu\u0026rsquo;ils attendent de meilleurs résultats de quelque chose d\u0026rsquo;autre. Ces philosophes sociaux et moralistes ont eu un impact significatif sur l\u0026rsquo;approche philosophique moderne des questions éthiques, et nous ne pourrions pas aller bien loin sans reconnaître leurs contributions. Il convient donc que nous passions du temps à discuter de ce que j\u0026rsquo;aime à appeler « les substituts modernes de la vertu ». On peut les classer en trois grandes catégories. »\nLa « bonté naturelle » # La première catégorie mise en évidence par Yves Simon, il la désigne à l\u0026rsquo;aide de 2 étiquettes, soit celle de « bonté naturelle » soit celle de « spontanéité naturelle ». Il choisit de la présenter à l\u0026rsquo;aide de deux philosophes principaux : Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) et Ralph Waldo Emerson (1803-1883). Emerson est assez peu connu en France mais il faut noter que sa philosophie a beaucoup influencé des intellectuels américains comme Henri David Thoreau (1817-1862), Walt Whitman (1819-1892), et William James (1842-1910), ainsi qu\u0026rsquo;un jeune penseur allemand de l\u0026rsquo;époque Friedrich Nietzsche (1844-1900).\nAperçu rapide de la pensée de Rousseau # Dans la présentation de cette première catégorie Yves Simon va d\u0026rsquo;abord comparer la manière de pensée de René Descartes vis-à-vis de la science et la manière de pensée de Jean-Jacques Rousseau vis-à-vis de la morale. Nous ne nous intéresserons ici qu\u0026rsquo;à ce qu\u0026rsquo;il dit de Rousseau.\nBien sûr, Rousseau a sans cesse le mot « vertu » à la bouche et le terme apparaît non moins fréquemment dans les œuvres de ses disciples. Mais tout le monde sait ce en quoi Rousseau croyait. Il croyait en la libération de la bonté innée de l\u0026rsquo;homme, dont il pensait qu\u0026rsquo;elle était inhibée et déformée par la société. Rousseau se rendait compte que les hommes devaient vivre en société et que la société requérait une certaine forme d\u0026rsquo;ordre. Mais il considérait également les formes et les normes sociales comme inhibant, détériorant, frustrant l\u0026rsquo;innocence originelle de l\u0026rsquo;homme, qui a grand besoin qu\u0026rsquo;on la désinhibe.\nIl cite alors ce petit texte de Rousseau extrait du paragraphe concluant son Discours sur les sciences et les arts en 1750 :\nÔ vertu ! Science sublime des âmes simples, faut-il donc tant de peines et d\u0026rsquo;appareil pour te connaître ? Tes principes ne sont-ils pas gravés dans tous les cœurs, et ne suffit-il pas pour apprendre tes lois de rentrer en soi-même et d\u0026rsquo;écouter la voix de sa conscience dans le silence des passions ?\nOu encore ce petit texte extrait d\u0026rsquo;une lettre à Malesherbes qui date de 1792 et que l\u0026rsquo;on trouve en citation dans l\u0026rsquo;introduction du Contrat Social :\nOh ! Monsieur, si j\u0026rsquo;avais jamais pu écrire le quart de ce que j\u0026rsquo;ai vu et senti sous cet arbre, avec quelle clarté j\u0026rsquo;aurais fait voir toutes les contradictions du système social, avec quelle force j\u0026rsquo;aurais exposé tous les abus de nos institutions, avec quelle simplicité j\u0026rsquo;aurais démontré que l\u0026rsquo;homme est bon naturellement et que c\u0026rsquo;est par ces institutions seules que les hommes deviennent méchants ! »\nRousseau pourrait sembler reprendre la notion de verbum mentis de saint Augustin, que l\u0026rsquo;on peut traduire soit par verbe de l\u0026rsquo;esprit ou en reprenant une expression proche de celle utilisée par Blaise Pascal verbe de cœur, mais en fait, il n\u0026rsquo;en est rien. Rousseau confond ce dont parlait saint Augustin avec les émotions et les sentiments. Ce dont parlait saint Augustin, c\u0026rsquo;était la fine pointe de notre âme, ce verbe intérieur qui permet de savoir qui nous sommes en nous aidant à sélectionner parmi les mots de notre langue maternelle (ou d\u0026rsquo;une autre apprise) ceux qui décrivent au mieux ce que nous éprouvons, ce que nous pensons et qui nous sommes.\nC\u0026rsquo;est un verbe accessible à l\u0026rsquo;intelligence et la volonté qui permet de prendre de la hauteur par rapport à nos émotions et à nos sentiments pour réussir à désigner adéquatement de quoi il s\u0026rsquo;agit. Rousseau évacue le verbe intérieur et maintient l\u0026rsquo;homme dans une sorte d\u0026rsquo;animalité béate où il suffirait d\u0026rsquo;écouter ce que nous ressentons immédiatement comme si ce que le moyen âge appelait « la voix de la conscience » pouvait se confondre avec ce qui arrive immédiatement à notre conscience.\nAprès avoir développé la comparaison entre Descartes et Rousseau, Yves Simon résume alors la pensée de Rousseau, en profitant de l\u0026rsquo;occasion pour la distinguer de la doctrine des vertus qu\u0026rsquo;on peut trouver déjà chez Aristote :\nAristote, par exemple, attribue le progrès à la fois moral et scientifique à des qualités acquises qu\u0026rsquo;il appelle des vertus. Mais tout ce que Rousseau ou Descartes veulent, c\u0026rsquo;est libérer les énergies innées. Certes, Rousseau et ses disciples ne cessent de parler de « vertus ». Cependant, si l\u0026rsquo;on dépasse les simples mots, on se rend vite compte que c\u0026rsquo;est autre chose qu\u0026rsquo;ils recherchent. Leur idée du moyen d\u0026rsquo;atteindre l\u0026rsquo;excellence morale n\u0026rsquo;est pas de travailler pour l\u0026rsquo;obtenir, mais plutôt d\u0026rsquo;exploiter dans l\u0026rsquo;individu une spontanéité naturelle à la bonté, qu\u0026rsquo;ils tiennent pour antérieur à la fois à la rationalité et à l\u0026rsquo;ordre social. Souvenons-nous de ce célèbre passage de Rousseau où l\u0026rsquo;homme qui pense est décrit comme un « animal dénaturé » qui « naît bon » et que la société corrompt.\nIl cite alors ce texte de Rousseau extrait de son Discours sur l\u0026rsquo;origine et le fondement de l\u0026rsquo;inégalité parmi les hommes :\nC\u0026rsquo;est la raison qui engendre l\u0026rsquo;amour-propre, et c\u0026rsquo;est la réflexion qui le fortifie ; c\u0026rsquo;est elle qui replie l\u0026rsquo;homme sur lui-même ; c\u0026rsquo;est elle qui le sépare de tout ce qui le gêne et l\u0026rsquo;afflige. C\u0026rsquo;est la philosophie qui l\u0026rsquo;isole ; c\u0026rsquo;est par elle qu\u0026rsquo;il dit en secret, à l\u0026rsquo;aspect d\u0026rsquo;un homme souffrant : Péris, si tu veux ; je suis en sûreté. […] L\u0026rsquo;homme sauvage n\u0026rsquo;a point cet admirable talent ; et, faute de sagesse et de raison, on le voit toujours se livrer étourdiment au premier sentiment de l\u0026rsquo;humanité.\nDans cet extrait, l\u0026rsquo;appel au premier sentiment est déjà plus manifeste, et la critique de la raison (et sans doute de l\u0026rsquo;intelligence) paraît plus visible aussi. C\u0026rsquo;est le problème de Jean-Jacques Rousseau, il écrit de manière séduisante, il est donc parfois difficile de bien comprendre ce qu\u0026rsquo;il veut vraiment soutenir. Il faut donc être très attentif à l\u0026rsquo;ensemble de sa pensée pour voir que c\u0026rsquo;est la spontanéité sentimentale qu\u0026rsquo;il défend.\nYves Simon ajoute enfin concernant Rousseau :\nRousseau était bien sûr assez intelligent pour ne pas défendre ces paradoxes avec une absolue constance ; en effet, s\u0026rsquo;il l\u0026rsquo;avait fait ainsi, il n\u0026rsquo;aurait pas eu de lecteurs. Et c\u0026rsquo;est à ce titre, celui de substitut d\u0026rsquo;une authentique théorie sur les vertus, que l\u0026rsquo;enseignement de Rousseau continue d\u0026rsquo;agir en profondeur, le plus souvent inconsciemment, dans nos sociétés. Mais n\u0026rsquo;oublions pas que, pour Rousseau, au lieu d\u0026rsquo;une qualité acquise de l\u0026rsquo;esprit et du caractère, la « vertu » ne signifie rien d\u0026rsquo;autre qu\u0026rsquo;une « spontanéité naturelle ».\nAvec notre connaissance de la pensée d\u0026rsquo;Augustin d\u0026rsquo;Hippone dans son De Trinitate, nous voyons combien Rousseau renverse, tout protestant qu\u0026rsquo;il se réclame, la pensée d\u0026rsquo;Augustin. Là où Augustin voyait le début de la sagesse dans l\u0026rsquo;harmonie de l\u0026rsquo;intelligence (la raison) et de la volonté, harmonie qui sera reprise et développée amplement par Thomas d\u0026rsquo;Aquin, Rousseau voit l\u0026rsquo;origine du mal dans la raison et appelle à la libération de notre spontanéité. Pour nous autres français, 1793, nous a montré combien la libération de la spontanéité conduit finalement et paradoxalement à « la déesse Raison » et aux pires des horreurs réalisées au nom même de l\u0026rsquo;amour de l\u0026rsquo;humanité !\nAperçu rapide de la pensée d\u0026rsquo;Emerson # Ralph Waldo Emerson va plus loin encore que Rousseau et de manière plus explicite encore. Il a d\u0026rsquo;une certaine manière le mérite de sa franchise. Yves Simon constate que pour réussir à le faire bien comprendre il est plus simple de le citer directement car ses écrits sont construits de « manière décousue » mais que ses formulations sont limpides.\nLa première citation qu\u0026rsquo;il nous donne nous permet de saisir l\u0026rsquo;individualisme acharné d\u0026rsquo;Emerson :\nCroire à sa propre pensée, croire que ce qui est vrai pour soi, en son for intérieur, est vrai pour tout homme, c\u0026rsquo;est là le génie. Les grandes œuvres d\u0026rsquo;art n\u0026rsquo;ont rien de plus émouvant à nous enseigner que cela. Elles nous enseignent qu\u0026rsquo;il faut obéir à notre première impression avec humour et abandon, et ce d\u0026rsquo;autant plus que le concert des voix prend le parti opposé.\nEmerson nous conseille par ailleurs de ne pas avoir peur de la contradiction. Or nous savons depuis Aristote que nous ne pouvons avoir aucune science sans le respect premier du principe de non contradiction. Aucun logicien sérieux, aucun scientifique sérieux et aucun philosophe sérieux ne peut prétendre le contraire. Croire que la morale pourrait reposer sur l\u0026rsquo;acceptation des contradictions dans nos raisonnements pourrait conduire par exemple à soutenir que pour sauver l\u0026rsquo;humanité il faudrait commencer par supprimer des hommes, ce qui s\u0026rsquo;est produit historiquement plusieurs fois malheureusement.\nEmerson par ailleurs soutient que tous les hommes sages ont été incompris, et résume cela par cette formule : « être grand, c\u0026rsquo;est être incompris ».\nYves Simon fait alors le constat suivant :\nComme avec beaucoup d\u0026rsquo;autres expressions d\u0026rsquo;Emerson, le problème est ici que ce qu\u0026rsquo;il dit n\u0026rsquo;est pas entièrement faux. L\u0026rsquo;assertion « être grand, c\u0026rsquo;est être incompris » est certes logiquement défectueuse, parce qu\u0026rsquo;elle implique que pour être grand il suffit d\u0026rsquo;être incompris. Mais ce n\u0026rsquo;est évidemment pas ce qu\u0026rsquo;Emerson veut dire. Ce qu\u0026rsquo;il veut dire c\u0026rsquo;est que, lorsque la pensée est réellement profonde, elle est susceptible d\u0026rsquo;être mal comprise, ce qui est assez souvent avéré. Toutefois à mesure qu\u0026rsquo;il poursuit, vitupérant à la fois contre la conformité et la constance, Emerson fait des déclarations extravagantes au sujet du pouvoir qu\u0026rsquo;ont les individus d\u0026rsquo;écrire l\u0026rsquo;Histoire et de la plier à leur volonté. Et ainsi de suite : un lieu commun puis un trait de génie suivi par une demi-vérité, elle-même suivie par des contradictions parfois arrogantes et parfois inaperçues. Pourtant, parmi tous ses paradoxes, aucun n\u0026rsquo;est plus caractéristique de l\u0026rsquo;approche d\u0026rsquo;Emerson que son enthousiasme à placer le spontané et le volontaire en opposition.\nYves Simon ajoute :\nSi nous appelons spontanée toute action qui procède de l\u0026rsquo;intérieur d\u0026rsquo;une personne et que nous admettons en même temps des degrés dans cette provenance depuis l\u0026rsquo;intérieur, nous reconnaissons que certaines actions sont plus spontanées que d\u0026rsquo;autres. Ainsi, il n\u0026rsquo;est pas rare que des écoles de philosophies soutiennent que l\u0026rsquo;action volontaire est spontanée d\u0026rsquo;une façon particulière. Nombreux sont ceux qui pensent que cette action procède de la partie la plus profonde du moi et qu\u0026rsquo;elle est tout à fait opposée à la spontanéité d\u0026rsquo;un simple réflexe physique. Emerson soutient toutefois l\u0026rsquo;opinion contraire.\nIl cite alors Emerson :\nLe magnétisme qu\u0026rsquo;exerce toute action originale s\u0026rsquo;explique lorsque l\u0026rsquo;on interroge la raison de la confiance en soi. À qui accorde-t-on la confiance ? Quel est le moi autochtone sur qui se fonde la confiance universelle ? Quelle est la nature du pouvoir de cet astre déconcertant la science, sans parallaxe, sans éléments calculables, qui confère un éclat de beauté à des actions triviales ou impures si la moindre marque d\u0026rsquo;indépendance y apparaît ? La recherche nous mène à cette source, tout à la fois essence du génie, de la vertu et de la vie, que nous appelons Spontanéité ou Instinct.\nQuand il utilise le mot « vertu », il faut bien comprendre que ce mot n\u0026rsquo;a plus du tout le même sens que celui qu\u0026rsquo;utilisait Aristote, Cicéron ou Thomas d\u0026rsquo;Aquin. Emerson va même jusqu\u0026rsquo;à dire que cette « vertu », c\u0026rsquo;est-à-dire cette sagesse première selon lui, n\u0026rsquo;est imputable ni à la rationalité ni à la volonté, mais à l\u0026rsquo;intuition, mais cette notion d\u0026rsquo;intuition est évidemment très loin du sens de ce mot chez Henri Bergson. Son intuition n\u0026rsquo;a rien à voir avec la notion d\u0026rsquo;intelligence des anciens, mais relève beaucoup plus du sentiment immédiat qu\u0026rsquo;éprouve la conscience, sentiment qui peut tout aussi bien être une émotion, un désir par exemple, ou encore un fruit de l\u0026rsquo;imagination. Il justifie tout cela par son panthéisme :\nLa prépondérance de la nature sur la volonté n\u0026rsquo;est pas moins notable dans la vie pratique. Il y a dans l\u0026rsquo;Histoire moins d\u0026rsquo;intention que nous n\u0026rsquo;en assignons. Nous attribuons des plans profondément élaborés et longuement prévus à César et à Napoléon, mais le meilleur de leur pouvoir était dans la nature, pas en eux-mêmes. Les hommes à l\u0026rsquo;extraordinaire succès ont toujours chanté, à leurs heures honnêtes : « Non pas à nous, non pas à nous. » Selon la foi de leurs époques, ils ont érigé des autels à la Fortune, à la Destinée, ou à saint Julien… Un peu d\u0026rsquo;attention pour ce qui se passe autour de nous tous les jours devrait nous montrer qu\u0026rsquo;une loi plus élevée que celle de notre volonté règle les événements, que nos tâches pénibles sont inutiles et infructueuses, que nous sommes forts uniquement dans notre action spontanée, simple, facile, et qu\u0026rsquo;en nous contentant nous-mêmes avec obéissance nous devenons divins. La confiance et l\u0026rsquo;amour, un amour confiant, nous soulageront d\u0026rsquo;une charge immense de soucis. Ô mes frères Dieu existe. Il y a une âme au centre de la nature et au-dessus de la volonté de tout homme, de sorte qu\u0026rsquo;aucun d\u0026rsquo;entre nous peut faire du mal à l\u0026rsquo;univers.\nÉtrange Dieu que celui qui nous soutiendrait dans l\u0026rsquo;écoute et la mise en pratique du premier sentiment qui passe par notre conscience, quitte à ce que nos actions soient « impures » comme il le dit plus haut ! À ce rythme-là de nombreuses perversions peuvent être encouragées, il suffirait de suivre « sa spontanéité » et rien de mal ne pourrait arriver à l\u0026rsquo;univers ! Pourtant, combien de bourreaux ne deviendraient-ils pas capables avec cette devise de justifier leurs crimes sur des victimes innocentes ? « Je l\u0026rsquo;ai fait parce que j\u0026rsquo;ai senti qu\u0026rsquo;il fallait le faire, et de toute façon l\u0026rsquo;univers répond de mon action. » Quelle conception naïve de l\u0026rsquo;action humaine. Conception naïve et laxiste qui risque de conduire aux pires conséquences.\nL\u0026rsquo;ingénierie sociale # Yves Simon choisit de nous présenter la pensée de Charles Fourier (1772-1837) car il considère que c\u0026rsquo;est sans doute le représentant le plus explicite de cette croyance opposée à celle de Rousseau. Autant Rousseau pensait que c\u0026rsquo;était la société qui corrompait les hommes et situait l\u0026rsquo;âge d\u0026rsquo;or de l\u0026rsquo;humanité dans le passé, autant Fourier pense que c\u0026rsquo;est au contraire la bonne organisation sociale qui sauvera l\u0026rsquo;humanité dans le futur. Il se propose, parfois de manière très étrange, d\u0026rsquo;appliquer les nouvelles pratiques industrielles de la fabrication des objets manufacturés aux individus humains, considérant que tous les problèmes humains se résoudront par une bonne ingénierie sociale. Yves Simon résume la pensée de Fourier ainsi :\n« Comme pratiquement tous les théoriciens sociaux de son époque, Fourier divise l\u0026rsquo;histoire de l\u0026rsquo;humanité en un nombre fini de différents stades. Il appelle « civilisation » la phase dans laquelle il vit, mais la considère tout bonnement atroce. De meilleurs temps viendront, toutefois, car l\u0026rsquo;« Âge de la Civilisation » est sur le point d\u0026rsquo;être remplacé par un « Âge de l\u0026rsquo;Harmonie », dans lequel les rapports sociaux suivront un plan strictement rationnel, scientifiquement conçu. Cet « Âge de l\u0026rsquo;Harmonie » doit être inauguré par la découverte (par Fourier lui-même) de la loi d\u0026rsquo;attraction passionnelle universelle, qu\u0026rsquo;il suffira ensuite d\u0026rsquo;appliquer par le biais de dispositifs institutionnels appropriés. Parmi ces dispositifs, également fourni par Fourier, le phalanstère est le plus célèbre. Probablement inventé par Fourier lui-même, à partir du grec phalanx, qui désigne une formation militaire, et de monastère, résidence des moines et des moniales, le terme de phalanstère désigne à la fois une unité de base de la société et le bâtiment qui l\u0026rsquo;abrite. D\u0026rsquo;après les plans détaillés de Fourier, un phalanstère typique devait comporter des dortoirs suffisants, une immense salle à manger, une cuisine et d\u0026rsquo;autres installations communes destinées aux 1500 membres environ qui s\u0026rsquo;y rassemblent dans un double objectif : surmonter l\u0026rsquo;écueil du travail nécessaire à la vie en société et pouvoir s\u0026rsquo;adonner à leurs passions « naturelles », quelles qu\u0026rsquo;elles soient. Par exemple, il envisageait le ramassage des ordures et le nettoyage des égouts par équipes, ou bandes de garçons qui aimaient effectivement jouer dans la saleté. Et il prévoyait différents phalanstères selon que les gens préfèrent le mariage monogame durable, le mariage monogame temporaire, le mariage polygame ou polyandre, le prétendu « amour libre », et d\u0026rsquo;autres sortes de relations sexuelles, le tout disposé selon une succession biologique ordonnée. Le caractère plutôt loufoque de tout cela n\u0026rsquo;a apparemment pas empêché certaines idées de Fourier de survivre jusqu\u0026rsquo;à ce jour, quoique dans des versions plus « académiques ». La propre foi invincible de Fourier en l\u0026rsquo;harmonie universelle à venir ne se limitait toutefois aucunement aux dispositifs sociaux. En effet, il était convaincu que l\u0026rsquo;harmonie sociale contribuerait à l\u0026rsquo;harmonie de la nature de telle sorte que la nature répondrait en produisant toute sorte de merveilleuses nouvelles espèces animales et végétales à l\u0026rsquo;usage de l\u0026rsquo;homme. La façon dont Fourier nomme et décrit cette faune et cette flore imaginaires constitue peut-être le comble de son excentricité. Cependant, nous pouvons également considérer cela comme étant la preuve définitive que jamais un penseur social n\u0026rsquo;a été plus convaincu que Fourier que la réponse ultime à tous les problèmes de l\u0026rsquo;homme se trouvait dans “l\u0026rsquo;ingénierie sociale”. »\nYves Simon n\u0026rsquo;avait peut-être pas découvert la pensée d\u0026rsquo;Edward Bernays, de Walter Lippman et d\u0026rsquo;Aldous Huxley, mais il est évidemment possible de tenir compte de ce que disent ces trois auteurs. Nous pouvons aussi penser au livre de Serge Tchakhotine (1883-1973), Le viol des foules par la propagande politique. Pour ceux que cela intéresse, vous avez aussi le livre de Noam Chomsky (né en 1928) et de Robert W. McChesney (né en 1952) intitulé Propagande, médias et démocratie. Vous trouverez un cours complet sur la fabrique du consentement en lisant cet article.\nLes psycho-technologies # Bien qu\u0026rsquo;il ne faut pas sous-estimer l\u0026rsquo;apport réalisé par les différentes écoles de psychologie, Yves Simon considère que le troisième et dernier substitut des vertus vient de la place trop importante que les techniques de psychologies, que l\u0026rsquo;on peut aussi désigner par le terme de techniques de développement personnel, prennent dans la manière de répondre aux problèmes humains, aux problèmes rencontrés par les personnes humaines. L\u0026rsquo;influence de Freud dans cette prépondérance n\u0026rsquo;est évidemment pas mince, même si de nombreux autres penseurs lui ont succédé soit pour le critiquer soit pour préciser et développer sa pensée. Si vous voulez en savoir plus sur ce que dit Yves Simon sur Freud, je vous conseille de lire cet article.\nCe que Yves Simon reproche à la psychologie ce n\u0026rsquo;est pas d\u0026rsquo;apporter un soulagement aux souffrances humaines quand l\u0026rsquo;efficacité des méthodes est démontrée par les résultats de l\u0026rsquo;expérience. Que certains d\u0026rsquo;entre nous, à certains moments de notre vie, ayons besoin d\u0026rsquo;un accompagnement psychologique ou psychiatrique pour nous aider à traverser au mieux une période de souffrance morale qui met à mal notre capacité à discerner, n\u0026rsquo;a évidemment rien de mauvais. Ce qui est plus embêtant, c\u0026rsquo;est de croire que tout problème affectif trouverait sa réponse dans un accompagnement psycho-technique nous dispensant alors d\u0026rsquo;avoir à développer nos vertus personnelles.\nEn faisant preuve d\u0026rsquo;un peu d\u0026rsquo;humour en passant, il se remémore un dessin publié dans The New Yorker :\nJ\u0026rsquo;ai vu un jour dans The New Yorker un dessin dont la portée dépasse à mon avis le simple amusement. On y voit un homme, qui semble être un banquier prospère allongé sur un sofa, et un psychanalyste barbu, muni d\u0026rsquo;un stylo et d\u0026rsquo;un carnet, qui lui dit : « Vous vous sentez l\u0026rsquo;âme d\u0026rsquo;un misérable parce que vous êtes un misérable. »\nCe que reproche Yves Simon à la place grandissante qui a été prise par les psycho-techniques ce n\u0026rsquo;est pas qu\u0026rsquo;elles puissent aider à apaiser certains problèmes psychiques, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;elles finissent par cacher le fait que des problèmes psychiques peuvent en partie être liés aussi à une dimension morale. Il est vrai que la vision que Freud avait de la conscience morale ne risquait pas d\u0026rsquo;aider à se poser les vraies questions morales ! Son ressentiment vis-à-vis de l\u0026rsquo;autorité paternelle a produit un délire en effet particulièrement redoutable ! Et, en France, il n\u0026rsquo;a pas toujours été facile de critiquer la pensée de Freud tant ses disciples se sont sentis jugés par les critiques pourtant fondées qu\u0026rsquo;un certain nombre de psychiatres (Henri Baruk (1897-1999) et Rudolf Allers par exemple) émettaient.\nComme Yves Simon nous le rappelle :\n« Peu de personnes songent au fait que, derrière le problème des émotions maladives, des passions tordues, des compulsions destructrices, etc., demeure le réel problème du bon et du mauvais usage des tendances et des émotions saines, qui est un problème pour chacun, y compris pour ceux qui ont besoin d\u0026rsquo;une aide psychologique. Il semblerait que les gens refusent de voir un quelconque problème lié à l\u0026rsquo;usage, disons, d\u0026rsquo;une volonté solide, d\u0026rsquo;une bonne mémoire, d\u0026rsquo;une haute intelligence, d\u0026rsquo;un talent de chef, et ainsi de suite. Or, une telle attitude pourrait bien être précisément ce que la psycho-technique requiert pour fonctionner. À mon avis toutefois, la propagation d\u0026rsquo;une telle insensibilité morale représente l\u0026rsquo;un des problèmes les plus graves de notre époque. »\nConclusion faite par Yves Simon # Yves Simon termine ce chapitre en rappelant que la conception commune de la vertu désigne la fiabilité humaine face aux aléas des épreuves que nous traversons. Il termine ainsi :\n« Le bon état de santé des qualités naturelles d\u0026rsquo;une personne ne garantit aucunement que cette personne en fera un bon usage. Être sain de corps et d\u0026rsquo;esprit n\u0026rsquo;implique pas d\u0026rsquo;être également honnête, fiable, charitable, sincère, courageux, juste, ni en un mot, vertueux. Et c\u0026rsquo;est pourquoi j\u0026rsquo;insiste sur le fait que, au-delà de ce que les techniques psychologiques peuvent faire en matière de maladies mentales et d\u0026rsquo;entretien des bonnes dispositions, la seule façon de garantir la fiabilité de l\u0026rsquo;homme passe par l\u0026rsquo;acquisition des vertus. »\nLien avec la notion de personne # Pour résumer, avec Thomas d\u0026rsquo;Aquin nous découvrons qu\u0026rsquo;une personne humaine ne devient elle-même que par le développement de ses vertus. La maîtrise de soi n\u0026rsquo;est possible que par le développement des vertus. Seul le développement de nos vertus assure le développement unifié du composé humain corps et âme. Le corps devenant l\u0026rsquo;instrument privilégié de l\u0026rsquo;incarnation et donc de la réalisation des vertus. Comment en effet penser une justice ou une charité qui ne seraient pas incarnées ?\nPour le dire autrement, au terme de tout ce que nous avons vu sur la notion de personne, l\u0026rsquo;identité d\u0026rsquo;exode dont je vous ai parlé dans ma seconde introduction, consiste à répondre par nos actes vertueux aux événements que la vie nous offre. Nous pouvons certes répondre autrement que par des actes vertueux mais nous développons alors une personnalité altérée voire aliénée. Seul le développement des vertus nous assurent d\u0026rsquo;avancer dans la bonne direction, c\u0026rsquo;est-à-dire vers la terre promise que représente notre moi profond pour reprendre l\u0026rsquo;expression chère à Henri Bergson.\n","date":"8 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/substituts/","section":"Articles","summary":"","title":"Les substituts modernes de la vertu","type":"articles"},{"content":"","date":"8 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/ralph-waldo-emerson/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Ralph Waldo Emerson","type":"philosophes"},{"content":"","date":"8 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/categories/s%C3%A9minaire/","section":"Categories","summary":"","title":"Séminaire","type":"categories"},{"content":"","date":"7 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/augustin/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Augustin","type":"philosophes"},{"content":"","date":"7 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/denis-diderot/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Denis Diderot","type":"philosophes"},{"content":"","date":"7 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/gilbert-keith-chesterton/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Gilbert Keith Chesterton","type":"philosophes"},{"content":"","date":"7 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/jean-de-saint-thomas/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Jean De Saint Thomas","type":"philosophes"},{"content":"","date":"7 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/jean-paul-sartre/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Jean-Paul Sartre","type":"philosophes"},{"content":"","date":"7 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/justice/","section":"Tags","summary":"","title":"Justice","type":"tags"},{"content":"","date":"7 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/libert%C3%A9/","section":"Tags","summary":"","title":"Liberté","type":"tags"},{"content":"","date":"7 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/nature/","section":"Tags","summary":"","title":"Nature","type":"tags"},{"content":" Introduction # Nous avons vu dans le cours précédent qu\u0026rsquo;il y avait plusieurs conceptions du bonheur, dans celui-ci nous nous concentrerons sur le bonheur tel qu\u0026rsquo;il est vu par Aristote et Thomas d\u0026rsquo;Aquin. Nous distinguerons ces deux auteurs. Le premier n\u0026rsquo;envisage pas l\u0026rsquo;action possible de Dieu en nous, tandis que le second qui complète la tradition aristotélicienne de tout l\u0026rsquo;enrichissement de la tradition chrétienne, l\u0026rsquo;envisage. Nous ne pourrons pas ici développer la dimension spécifiquement chrétienne des vertus chez Thomas d\u0026rsquo;Aquin par respect pour la loi française sur la laïcité.\nCependant, il est bon pour votre culture générale de savoir que derrière toute conception du bonheur se trouve des croyances religieuses. Pour certains se sera la croyance dans le panthéisme (tout est divin, dieu est la nature, la nature est dieu), tels que les stoïciens avec leur cosmopolitisme ou Spinoza avec sa formule célèbre :\n« Deus sive Natura », « Dieu ou La Nature ».\nPour d\u0026rsquo;autres, ce sera l\u0026rsquo;athéisme et le matérialisme comme pour Thomas Hobbes, Denis Diderot ou encore, Jean-Paul Sartre.\nLe rôle des vertus chez Aristote et Thomas d\u0026rsquo;Aquin va consister à nous fournir les forces pour tenir bon face aux difficultés que nous rencontrons pour fortifier notre capacité à être heureux. Non pas comme chez les stoïciens où la vertu et le bonheur se confondent, mais parce que le bonheur vient comme une sorte de récompense à nos actions vertueuses.\nDans la tradition dite « réaliste » que représentent ces deux auteurs, le bonheur n\u0026rsquo;est pas d\u0026rsquo;abord un état sentimental ou une passion, mais plutôt une conséquence d\u0026rsquo;actions très particulières : les actions vertueuses. C\u0026rsquo;est pourquoi, pour bien les comprendre, il faut d\u0026rsquo;abord clarifier les caractéristiques de la vertu en général.\nDocuments # J\u0026rsquo;utilise un diaporama pour donner ce cours à l\u0026rsquo;oral. Le voici : vertus.pdf. J\u0026rsquo;ai cependant cette année ajouté les compléments qui suivent à la fois pour faciliter pour certaines personnes leurs révisions mais aussi pour ajouter quelques considérations qui n\u0026rsquo;étaient pas présentes dans le diaporama.\nLa gradation des vertus # Nous pouvons distinguer différents degrés au niveau de nos vertus. Ce sont des forces morales et en tant que forces de la volonté, elles sont plus ou moins développées. Certaines vertus sont plus développées chez nous dès la naissance que chez d\u0026rsquo;autres personnes, et inversement. C\u0026rsquo;est pourquoi nous pouvons faire des distinctions entre les vertus en fonction de leur origine. En réalisant la synthèse de ce que disent Aristote et Thomas d\u0026rsquo;Aquin, nous pouvons distinguer 4 origines possibles de nos vertus, qui vont venir modifier la manière dont nous pouvons les nommer :\nLes vertus innées sont le niveau de vertu que nous possédons à la naissance. Il est difficile de savoir quelles sont les causes de ces différences de niveaux entre les personnes, mais tous les parents découvrent vite que leurs enfants n\u0026rsquo;ont pas tous les mêmes vertus initiales. C\u0026rsquo;est donc un constat réaliste de soutenir que nous n\u0026rsquo;avons pas de naissance les mêmes niveaux concernant nos vertus respectives. Certains enfants sont plus courageux que d\u0026rsquo;autres alors que d\u0026rsquo;autres sont plus tempérants. Cela est sans doute en lien avec ce que l\u0026rsquo;on désigne par le terme de tempérament et la constitution physiologique de la personne n\u0026rsquo;y est sans doute pas pour rien. Les vertus acquises correspondent aux niveaux de nos vertus qui vont se développer tout au long de notre vie. Le rôle de nos parents et de nos éducateurs n\u0026rsquo;est évidemment pas négligeable, mais il ne faudrait pas oublier l\u0026rsquo;importance de l\u0026rsquo;auto-discipline, de l\u0026rsquo;amitié, des modèles vertueux que nous choisissons (les médiateurs externes pour parler comme René Girard), et des personnes incarnant la véritable autorité que nous avons l\u0026rsquo;occasion de rencontrer. Les vertus infuses correspondent aux niveaux de nos vertus qui vont se développer par l\u0026rsquo;action de la Grâce de Dieu en nous. Dieu agit en nous un peu à la manière de l\u0026rsquo;infusion de thé dans la théière, nous sommes comme une théière, un vase d\u0026rsquo;argile, dans lequel Dieu peut venir infuser ses vertus. Cette conception n\u0026rsquo;apparaît pas chez Aristote. Elle se trouve plutôt chez Thomas d\u0026rsquo;Aquin. Il y a des modalités particulières dans la tradition chrétienne pour demander à Dieu d\u0026rsquo;augmenter en nous les vertus, c\u0026rsquo;est le rôle particulièrement de la prière, de l\u0026rsquo;oraison, et des sacrements. Cependant le programme de philosophie de l\u0026rsquo;éducation nationale ne permet pas d\u0026rsquo;aborder ces sujets en raison de la loi sur la laïcité. Précisons cependant que pour comprendre les chrétiens que vous rencontrerez que les vertus infuses augmentent les vertus des personnes mais dans les limites données par notre nature humaine. Avec les dons du Saint Esprit, la tradition chrétienne va encore plus loin puisqu\u0026rsquo;elle reconnaît en tenant compte de la Révélation et de la longue tradition des Saints que des dons particuliers existent qui sont données à des personnes par Dieu pour réaliser sur terre un grand bien. Dans la tradition ces dons sont au nombre de 7. Les voici : Le don d\u0026rsquo;intelligence, les dons de sagesse et de science, le don de conseil, les dons de piété, de force et de crainte filiale. Pour en savoir plus sur ce sujet, le livre de Jean de Saint-Thomas intitulé Les dons du Saint-Esprit est une référence incontournable. Là encore, la loi sur la laïcité ne nous permet pas de développer ce sujet dans le cadre du programme de philosophie de l\u0026rsquo;éducation nationale. Ces dons ne doivent pas être confondus avec certaines vertus qui portent le même nom. Ce sont des vertus cependant, mais des vertus particulières car elles permettent aux hommes d\u0026rsquo;être hissés au-dessus de leur nature humaine. Ce sont des dons surnaturels accordés par Dieu. La vertu est un habitus tourné vers le bien # La vertu est un habitus, ce n\u0026rsquo;est pas une habitude.\nLe point commun entre l\u0026rsquo;habitus et l\u0026rsquo;habitude, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;ils sont tous les deux des aisances à agir acquises par la répétition des actes correspondants.\nLa différence entre l\u0026rsquo;habitus et l\u0026rsquo;habitude consiste dans le fait que l\u0026rsquo;habitus est toujours conscient et objectif tandis que l\u0026rsquo;habitude est plus inconsciente, plus automatique et subjective.\nPar conscient, il faut entendre que l\u0026rsquo;habitus est une force qui utilise les connaissances actuelles des circonstances pour s\u0026rsquo;exercer. Elle ne saurait être purement automatique et répétitive. De même, comme ce sont des connaissances de la réalité et non pas des préférences sensibles ou imaginatives, elles sont adaptées au réel. En cela, l\u0026rsquo;habitus est donc objectif.\nLa vice est une habitude tournée vers le mal # Par vice ont désigne une habitude acquise qui est tournée vers le mal. La volonté est bien engagée par choix personnel dans cette force, mais peu à peu, avec la répétition des actes mauvais, la force grandit et la volonté a de plus en plus de mal à ne pas se laisser gouverner par cette force qu\u0026rsquo;elle a laissé elle-même l\u0026rsquo;envahir. Le vice est une forme d\u0026rsquo;addiction au mal, elle est plus ou moins consciente, mais elle suppose toujours notre responsabilité consciente.\nComme le vice est une sorte d\u0026rsquo;habitude, il est difficile de le perdre. Nous pouvons guérir de nos vices par l\u0026rsquo;éducation, l\u0026rsquo;auto-discipline, l\u0026rsquo;amitié, les médiations externes et les autorités de qualité. Selon Thomas d\u0026rsquo;Aquin Dieu peut aussi de manière infuse nous aider à guérir de nos vices.\nSelon Yves Simon dans son livre Enquête sur la vertu morale, le vice est plus une habitude qu\u0026rsquo;un habitus car il est plus subjectif qu\u0026rsquo;objectif. Selon lui le vice vient justement de notre incapacité à bien ordonner nos facultés humaines. Nous laissons notre volonté choisir notre sensibilité subjective plutôt que de choisir l\u0026rsquo;objectivité de notre intelligence. Grâce à lui nous prenons conscience combien il est important de fortifier notre volonté afin de correctement ordonner nos facultés pour qu\u0026rsquo;elles développent notre liberté de qualité plutôt que notre liberté d\u0026rsquo;indifférence. Nous aurons l\u0026rsquo;occasion d\u0026rsquo;en reparler ci-dessous quand nous parlerons des volitions.\nLa vertu est une « Arété » # Par le mot Arété Aristote désigne une excellence, une adaptation parfaite aux circonstances. Ce n\u0026rsquo;est pas l\u0026rsquo;excellence par rapport aux autres, mais l\u0026rsquo;excellence par rapport à notre propre nature personnelle. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;excellence complètement déconnectée de tout processus de comparaison aux autres. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;adaptation aux circonstances présentes. Cette adaptation concerne la personne agissante et les personnes touchées par son action. Ce n\u0026rsquo;est pas une perfection visant la perfection pour la perfection, c\u0026rsquo;est une perfection visant la bonté.\nOn peut donc opposer la philosophie aristotélicienne et la philosophie stoïcienne. Les stoïciens choisissent plutôt l\u0026rsquo;excellence pour l\u0026rsquo;excellence, et cette excellence vise l\u0026rsquo;adéquation à l\u0026rsquo;ordre du monde tel qu\u0026rsquo;il est, y compris avec ces injustices. La bonté conforme à la nature des êtres n\u0026rsquo;est pas ce qui est recherché par les stoïciens.\nLa plupart des vertus sont des justes milieux # Par juste milieu, il ne faut pas penser à un milieu mathématisable ou calculable. C\u0026rsquo;est plutôt un sommet d\u0026rsquo;adaptation aux circonstances présentes entre un vice par défaut et un vice par excès. Par exemple la vertu de courage est un juste milieu entre la lâcheté, son vice par défaut, et la témérité, son vice par excès.\nSelon Thomas d\u0026rsquo;Aquin seules les vertus de prudence et les vertus théologales que sont la Foi, l\u0026rsquo;Espérance et la Charité ne sont pas des justes milieux car elles n\u0026rsquo;ont pas de vice par excès. Ainsi, contrairement à ce que pourrait laisser croire l\u0026rsquo;expression française que nous utilisons parfois « tu es trop prudent », nous manquons toujours de prudence, c\u0026rsquo;est-à-dire d\u0026rsquo;intelligence pratique connaissant adéquatement la réalité présente qui nous entoure. Quand nous disons : « tu es trop prudent », en réalité nous voulons dire soit « tu manques d\u0026rsquo;audace » et dans ce cas nous reprochons l\u0026rsquo;absence d\u0026rsquo;une émotion ; soit nous voulons dire « tu manques de courage », et dans ce cas nous reprochons l\u0026rsquo;absence de la vertu de force ou vertu de courage.\nImportance du « Kaïros » # Par kaïros, Aristote désigne le moment opportun, le bon moment. Dans un vocabulaire ancien qui a changé un peu de sens dans notre français contemporain, nous pourrions dire aussi la bonne occasion. C\u0026rsquo;est le moment qui permet d\u0026rsquo;être le plus efficace et le plus efficient. Par efficacité, nous entendons la force d\u0026rsquo;atteindre le but visé. Par efficience, nous entendons la force la plus petite permettant d\u0026rsquo;atteindre le but visé. Certaines personnes dépensent beaucoup d\u0026rsquo;énergie et sont efficaces. D\u0026rsquo;autres, non seulement sont efficaces mais réussissent à dépenser peu d\u0026rsquo;énergie pour atteindre le but visé : elles sont alors efficientes. Il vaut mieux être efficient qu\u0026rsquo;efficace car cela permet de garder notre énergie pour d\u0026rsquo;autres activités.\nLe kaïros n\u0026rsquo;a lieu ni trop tôt ni trop tard. Il se trouve juste au moment où il le faut en fonction des circonstances présentes. Nous aurons l\u0026rsquo;occasion d\u0026rsquo;en reparler dans notre cours sur le temps.\nLa vertu est une adaptation aux circonstances # Nous l\u0026rsquo;avons répété à plusieurs reprises, la vertu est toujours une force morale qui s\u0026rsquo;adapte aux circonstances présentes. Les circonstances désignent tout ce qui entoure la personne qui agit : évidemment d\u0026rsquo;abord elle-même, mais aussi les autres personnes concernées par son action, les contraintes du monde humain dans lesquelles elles vivent, les contraintes de la nature puisque les hommes ne vivent pas en dehors de la nature, et les conséquences prévisibles de l\u0026rsquo;acte posé.\nLa vertu respecte la hiérarchie des biens # Par hiérarchie des biens, nous entendons le fait que certains biens sont plus essentiels que d\u0026rsquo;autres. Par exemple, il nous faut d\u0026rsquo;abord respecter notre propre existence plutôt que telle ou telle émotion car sans notre existence, nos émotions ne seraient pas possibles. Il y a donc une hiérarchie des biens qui correspond à l\u0026rsquo;ordre interne à notre nature humaine et à notre nature personnelle, ainsi qu\u0026rsquo;à l\u0026rsquo;ordre du Cosmos tel qu\u0026rsquo;il devrait être.\nLa notion de cosmos est finalement polysémique, c\u0026rsquo;est pourquoi plus j\u0026rsquo;avance en âge, plus je préfère distinguer l\u0026rsquo;ordre cosmique d\u0026rsquo;un côté et l\u0026rsquo;ordre supra-cosmique de l\u0026rsquo;autre. Les stoïciens reconnaissent l\u0026rsquo;importance de l\u0026rsquo;ordre cosmique mais cet ordre correspond à l\u0026rsquo;état du monde à leur époque. Ainsi ils sont pour l\u0026rsquo;esclavage. L\u0026rsquo;esclave doit respecter cet ordre, il doit donc accepter d\u0026rsquo;être esclave et être un bon esclave pour son maître. En revanche, j\u0026rsquo;entends par ordre supra-cosmique la conception chrétienne de l\u0026rsquo;ordre dans l\u0026rsquo;univers. Cet ordre a été voulu par la bonté de Dieu mais a été boulversé par ce qu\u0026rsquo;Augustin appelle la chute. L\u0026rsquo;ordre actuel n\u0026rsquo;est pas l\u0026rsquo;ordre voulu par Dieu, mais l\u0026rsquo;ordre qui s\u0026rsquo;est réalisé peu à peu en raison des péchés de l\u0026rsquo;homme. C\u0026rsquo;est pourquoi si nous interprétons mal la loi de la laïcité française et que nous taisons complètement cette distinction entre l\u0026rsquo;ordre cosmique et l\u0026rsquo;ordre supra-cosmique, nous risquons de confondre la philosophie stoïcienne et la philosophie chrétienne alors même qu\u0026rsquo;elle sont éminemment différentes.\nPour que la liberté de choix existe véritablement en France, il faut prendre conscience des différences proposées, sinon le choix n\u0026rsquo;est plus éclairé mais manipulé de manière sournoise.\nLe problème de la conception cosmique de l\u0026rsquo;ordre par rapport à la conception supra-cosmique, c\u0026rsquo;est que l\u0026rsquo;on risque de défendre un ordre des choses au nom même de sa présence actuelle. Tous les puissants pourraient être d\u0026rsquo;accord pour défendre cette position puisque justement dans l\u0026rsquo;ordre actuel, ils sont puissants. Mais que fait-on des petits, des fragiles, des faibles, des pauvres ?\nSi nous nous focalisons sur la nature mortelle de notre corps, nos biens particuliers doivent s\u0026rsquo;ordonner au bien commun de la cité et de notre maison commune (La Terre). Si nous nous focalisons sur la nature immortelle de notre âme, ce bien commun doit s\u0026rsquo;ordonner à notre bien ultime, c\u0026rsquo;est-à-dire Notre Salut, selon Thomas d\u0026rsquo;Aquin.\nL\u0026rsquo;harmonie des vertus # Les vertus sont toutes reliées les unes aux autres. Si nous voulons donc les développer, il faut respecter l\u0026rsquo;harmonie des vertus. Gilbert Keith Chesterton nous disait au début du XXème siècle que l\u0026rsquo;Occident correspondait dans son comportement à des vertus chrétiennes devenues folles, car elles étaient déconnectées les unes des autres.\nLa vertu de Charité par exemple ne peut pas exister sans la vertu de Justice.\nPas de vertus sans amitiés véritables # Les difficultés de l\u0026rsquo;existence, les épreuves de la vie, les crises émotionnelles que nous pouvons traverser à certains moments de notre existence, font que nous avons besoins d\u0026rsquo;amis pour pouvoir nous aider. Seuls, nous n\u0026rsquo;avons pas toujours la force de développer nos vertus. Nous pouvons être trop tristes, trop fatigués, trop désespérés. C\u0026rsquo;est là que l\u0026rsquo;amitié véritable est si importante. Le véritable ami, c\u0026rsquo;est en effet celui qui veille sur notre bien. Il sera donc une aide précieuse pour nous encourager à tenir bon face aux épreuves. De même, comme l\u0026rsquo;amitié véritable est réciproque quand notre ami sera trop fragilisé, nous serons là pour l\u0026rsquo;aider.\nImportance des volitions # Dans la tradition philosophique nous désignons par le mot volition l\u0026rsquo;acte effectif réalisé par notre volonté. Pour le dire autrement, une volition, c\u0026rsquo;est un acte conscient précis et présent de volonté. Il y a une chose fort simple à comprendre mais aussi à réaliser, c\u0026rsquo;est que nous pouvons délibérément choisir de poser chaque jour des volitions. Pour être sûr de poser une volition, il suffit de contrarier la tendance de notre sensibilité, bref : il suffit de faire un effort de volonté. Par exemple, vous avez envie de pendre une cigarette, faites alors l\u0026rsquo;effort de ne pas la prendre. Vous désirez regarder votre fil instagram sur votre smartphone, empêchez-vous de regarder votre smartphone.\nToutes les fois que nous nous efforçons de retenir une émotion, un désir, une peur, une colère, etc. de prendre le contrôle de notre action, nous posons un effort de volonté, nous posons une volition. Ainsi, plus nous posons des volitions plus nous fortifions notre volonté. C\u0026rsquo;est un moyen simple de s\u0026rsquo;exercer chaque jour pour fortifier notre volonté. Cela ne coûte rien, cela ne demande aucune aide extérieure particulière, il suffit simplement de se forcer soi-même à le faire.\nÀ partir du moment où nos volitions sont tournées vers le bien, nous réalisons une auto-discipline personnelle qui permet le développement de nos vertus. Il serait dommage de s\u0026rsquo;en priver !\nImportance de la véritable autorité # Je terminerai rapidement ce cours en indiquant combien la véritable autorité qui s\u0026rsquo;oppose à l\u0026rsquo;esprit de domination est importante pour le développement des vertus. Certains philosophes sous-estiment trop le rôle si important des personnes qui sont dans la véritable autorité dans la formation de nos vertus. L\u0026rsquo;autonomie ne s\u0026rsquo;acquiert pas du jour au lendemain, et nous avons toujours besoin des conseils des personnes plus avisées que nous sur tel ou tel sujet. C\u0026rsquo;est pourquoi nous devons prendre soin d\u0026rsquo;encourager le développement de la véritable autorité et ne pas hésiter à prendre modèle sur les personnes en qui nous reconnaissons cette véritable autorité.\n","date":"7 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/vertu/","section":"Articles","summary":"","title":"Pouvons-nous être heureux sans vertu ?","type":"articles"},{"content":"","date":"7 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/thomas-hobbes/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Thomas Hobbes","type":"philosophes"},{"content":"","date":"3 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/aristippe-de-cyr%C3%A8ne/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Aristippe De Cyrène","type":"philosophes"},{"content":"","date":"3 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/emmanuel-housset/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Emmanuel Housset","type":"philosophes"},{"content":"","date":"3 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/%C3%A9pict%C3%A8te/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Épictète","type":"philosophes"},{"content":"","date":"3 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/%C3%A9picure/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Épicure","type":"philosophes"},{"content":" Problématique # Introduction # Nous recherchons tous à être heureux et, si nous le sommes déjà, à faire en sorte que notre bonheur puisse durer le plus longtemps possible. Cependant, le concept de bonheur qui traverse toute l\u0026rsquo;histoire de la philosophie a reçu des sens très différents qui peuvent nous influencer de manière obscure sans que nous le sachions clairement. C\u0026rsquo;est pourquoi, le but premier de ce cours sera de clarifier différentes conceptions possibles du bonheur. Cela vous permettra de mieux discerner quelle est celle qui pilote actuellement votre manière d\u0026rsquo;être au quotidien.\nÀ la question posée en titre, « le bonheur dépend-il de nous ? », il existe plusieurs réponses possibles. Au lieu de répondre à la manière d\u0026rsquo;une dissertation de philosophie en envisageant d\u0026rsquo;abord une réponse plutôt négative, puis une réponse plutôt positive et enfin une solution au problème, nous structurerons cette brève présentation en présentant 4 conceptions différentes que vous pourrez ensuite approfondir à votre guise en faisant vos propres recherches.\nLes douleurs, les souffrances et les injustices # Avant de voir une échelle du bonheur permettant de mémoriser différentes manières de concevoir notre bonheur. Rappelons que la vie nous réserve malheureusement des douleurs, des souffrances et des injustices dont nous nous passerions bien mais que malheureusement nous subissons. La présence du mal sur cette terre n\u0026rsquo;a pas besoin d\u0026rsquo;être démontrée, elle se montre suffisamment par elle-même. Chaque école de pensée que nous allons voir essaie de répondre en tenant compte de cette présence du mal sur cette terre, mais leur réponse sont très différentes les unes des autres. La présence de ces maux pourrait évidemment nous faire croire que le bonheur ne dépend pas de nous, et que la première définition du bonheur que nous allons voir serait sans doute la plus crédible.\nUne échelle du bonheur # Avec le recul des années, il m\u0026rsquo;apparaît qu\u0026rsquo;il est plus facile de comprendre les différentes conceptions du bonheur en prenant conscience qu\u0026rsquo;il existe dans l\u0026rsquo;histoire de de la philosophie une sorte d\u0026rsquo;échelle du bonheur que nous pourrions dégager de la confrontation des différentes écoles de philosophie.\nJe vous propose de retenir cette échelle de bonheur, échelle assez subtile qui demande de bien mémoriser les différentes écoles philosophiques correspondantes. Cette échelle comporte des degrés, et chaque degré correspond à une identification du bonheur avec ce degré. Par exemple, si nous restons en bas de l\u0026rsquo;échelle, par exemple à son deuxième degré, cela signifie que pour nous le bonheur, c\u0026rsquo;est le plaisir dans son sens cinétique. En revanche, si nous préférons le troisième degré, c\u0026rsquo;est que pour nous, le bonheur c\u0026rsquo;est plutôt un plaisir pensé comme repos.\nJ\u0026rsquo;ai réalisé cette échelle après avoir médité le livre écrit par Jacques Maritain (1882-1973) intitulé La philosophie morale, examen historique et critique des grands systèmes, publié en 1960 chez Gallimard. Il tenait beaucoup à ce livre car c\u0026rsquo;est le dernier livre dont sa femme Raïssa aura méticuleusement relu et corrigé toutes les pages. Elle mourra en effet en novembre 1960, et le livre paraîtra peu après en décembre 1960. Le livre représente aussi un peu l\u0026rsquo;accomplissement de la carrière de Jacques aux États Unis d\u0026rsquo;Amérique puisqu\u0026rsquo;il arrêtera à la même époque d\u0026rsquo;enseigner à l\u0026rsquo;université de Princeton. À la mort de sa femme, il reviendra s\u0026rsquo;installer définitivement en France jusqu\u0026rsquo;à la fin de sa vie.\nVoici donc la première échelle du bonheur qui présente différentes conceptions que l\u0026rsquo;on se fait sur lui :\nLe bonheur pensé comme bonne fortune, la chance qui se dit tukhê en grec ancien. On retrouve ce sens d\u0026rsquo;ailleurs dans notre dictionnaire actuel. C\u0026rsquo;est croire que le bonheur, c\u0026rsquo;est une question de chance et qu\u0026rsquo;alors il ne dépendrait pas de nous. Soit nous avons de la chance dans la vie, soit nous n\u0026rsquo;en avons pas. Il faut reconnaître, et Aristote le reconnaît lui-même, qu\u0026rsquo;il est quand même plus facile d\u0026rsquo;être heureux avec de la chance que sans. En comprenant l\u0026rsquo;importance de la vertu de prudence qui fournit le kaïros, nous pouvons compenser peu à peu notre manque de chance. Cependant cela demande de sortir de la représentation du bonheur comme chance et de nous hisser au moins jusqu\u0026rsquo;à la représentation numéro 5 du bonheur que nous allons voir ci-dessous. Le bonheur pensé comme plaisir c\u0026rsquo;est-à-dire comme simple satisfaction présente et immédiate, une sorte de mouvement doux qui ne saurait se confondre avec le mouvement dur de la douleur ou de la souffrance. C\u0026rsquo;est une conception cinétique du plaisir dans le sens où il s\u0026rsquo;agit d\u0026rsquo;un plaisir qui demande un mouvement. Le représentant le plus connu de cette école est un disciple de Socrate qui s\u0026rsquo;appelle Aristippe de Cyrène (-435, -356) et qui fonda l\u0026rsquo;école dite cyrénaïque. C\u0026rsquo;est une certaine manière de voir le bonheur qu\u0026rsquo;on a tendance a classé parmi ce que l\u0026rsquo;on appelle les hédonismes, hédonè signifiant plaisir en grec. Le bonheur pensé comme plaisir mais cette fois-ci défini plutôt comme repos du corps, aponie, ou comme repos de l\u0026rsquo;âme, ataraxie, et qui ne doit donc pas se confondre avec la vision cinétique des cyrénaïques. Le bonheur s\u0026rsquo;obtient alors dans une ascèse des désirs qui permet un plaisir dans la durée grâce à la force d\u0026rsquo;âme de celui qui arrive à trier ses différentes désirs pour ne conserver que ceux qui sont naturels et nécessaires. Cette conception est représentée par les épicuriens dont le principal représentant est Épicure. Le bonheur pensé comme félicité et qui revient à identifier le bonheur à la vertu. C\u0026rsquo;est une conception assez complexe finalement qui a été défendue par les stoïciens dont les représentants principaux sont Épictète (50, 125) et Marc Aurèle (121, 180). Le bonheur pensé comme récompense naturelle d\u0026rsquo;une vie vertueuse avec Aristote. C\u0026rsquo;est une représentation qui met l\u0026rsquo;accent sur l\u0026rsquo;importance du développement des vertus mais non plus pour éprouver sa propre force comme chez les stoïciens, mais pour faire le bien. D\u0026rsquo;ailleurs ce qui change aussi pour lui par rapport aux stoïciens qui sont plutôt des hommes d\u0026rsquo;action, c\u0026rsquo;est que l\u0026rsquo;un des plus grands biens que l\u0026rsquo;homme peut atteindre, c\u0026rsquo;est la contemplation. En revanche, comme ce chemin de vertus ne repose que sur les seules forces humaines de l\u0026rsquo;individu concerné, ou de celles de ses amis, ce chemin est rare et réservé à quelques rares privilégiés. Cela reste donc, comme chez les stoïciens, une vision très aristocratique du bonheur. Le bonheur pensé comme béatitude imparfaite possible dès cette vie présente selon Thomas d\u0026rsquo;Aquin, grâce au développement de nos vertus par nos propres forces mais aussi par l\u0026rsquo;action de la Grâce de Dieu en nous via ce qu\u0026rsquo;il appelle les vertus infuses ainsi que les dons du Saint Esprit. C\u0026rsquo;est une conception du bonheur qui change radicalement la manière de concevoir la vie humaine. Elle tient compte de l\u0026rsquo;apport de la révélation chrétienne tout en respectant les avancées intelligentes que les grecs et les romains avaient réalisées. C\u0026rsquo;est une conception beaucoup plus égalitaire du bonheur avec une préférence très nette pour l\u0026rsquo;accueil des plus petits, des plus fragiles, des plus pauvres. Cette béatitude imparfaite se manifeste par des actes d\u0026rsquo;amour et de connaissance, un amour de charité vis-à-vis des personnes que nous rencontrons à l\u0026rsquo;image de l\u0026rsquo;amour de charité que le Christ nous a donné en acceptant de mourir sur la croix pour nous sauver. Les individus ne sont plus considérés comme des individus remplaçables car membre d\u0026rsquo;une même espèce et au service d\u0026rsquo;un ordre du monde déjà là et juste simplement parce que déjà là, comme chez les stoïciens. Ils sont maintenant considérés comme des personnes uniques et donc irremplaçables. D\u0026rsquo;ailleurs, le concept même de personne, comme le philosophe français Emmanuel Housset nous le montre dans son livre La vocation de la personne, apparaît lors de la reprise du mot latin persona par les pères de l\u0026rsquo;Église en changeant radicalement le sens initial qu\u0026rsquo;il avait de masque de théâtre. Le bonheur pensé comme béatitude parfaite qui est ce que nous sommes appelés à vivre après la mort si nous choisissons de faire grandir en nous la vertu de charité et les deux autres vertus théologales que sont la foi et l\u0026rsquo;espérance selon Thomas d\u0026rsquo;Aquin et tous ses disciples dont fait parti Jacques Maritain. Par l\u0026rsquo;ascèse des plaisirs le bonheur dépendrait de nous # À la différence des cyrénaïques, l\u0026rsquo;hédonisme d\u0026rsquo;Épicure ne correspond pas à cette croyance plutôt naïve qu\u0026rsquo;il suffirait de rechercher les plaisirs pour être heureux. Il conseille plutôt d\u0026rsquo;apprendre à trier nos plaisirs grâce à notre raison pour préférer ceux qui conduisent à l\u0026rsquo;aponie et à l\u0026rsquo;ataraxie.\nEn effet, outre que de rechercher les plaisirs immédiats peut conduire à la démesure rapidement et demande une richesse suffisamment grande pour pouvoir les satisfaire en permanence, ce qui est loin d\u0026rsquo;être donné à tout le monde, la position d\u0026rsquo;Épicure est plus réaliste et plus nuancée. Plus réaliste car elle se méfie des conséquences négatives d\u0026rsquo;un abus des plaisirs, plus nuancée car elle distingue parmi les plaisirs ceux qui viennent de désirs nécessaires et naturels de ceux qui viennent de désirs futiles.\nIl y a donc chez Épicure cette croyance que le bonheur dépend effectivement de nous, même si nous avons peu de forces pour changer le cours des choses. Il dépend de nous en tant qu\u0026rsquo;il dépend de notre capacité à modérer nos plaisirs pour ne conserver que ceux qui sont naturels et nécessaires.\nIl distingue en effet 3 catégories de désirs qui conduisent à la satisfaction que l\u0026rsquo;on nomme plaisir :\nLes désirs naturels et nécessaires, comme le fait de manger et de boire ; Les désirs naturels mais non nécessaires, comme le fait de goûter tel plat particulier ; Les désirs qui ne sont ni naturels ni nécessaires, comme le fait de posséder des choses artificielles qui n\u0026rsquo;apportent rien au corps. Selon lui pour être heureux, il faut apprendre à se contenter des désirs naturels et nécessaires, ce qui fait que le sage épicurien est presqu\u0026rsquo;indépendant des circonstances extérieures. Comme le dit Jacques Maritain :\n« Avec un peu de pain et d\u0026rsquo;eau il rivalise en félicité avec Jupiter ».\nC\u0026rsquo;est une sorte de conception héroïque du bonheur qui demande de mettre en pratique un tetrapharmakon, un remède (pharmakon) composé de 4 ingrédients (tetra) :\nComprendre que les dieux ne sont pas à craindre (ils ne se soucient pas des hommes) ; Comprendre que la mort n\u0026rsquo;est pas à craindre (mourir c\u0026rsquo;est perdre la sensibilité donc perdre toute douleur et toute souffrance) ; Comprendre que le bien est d\u0026rsquo;acquisition facile (il suffit de combler les désirs naturels nécessaires) ; Comprendre que le danger est facile à supporter (le souvenir des plaisirs passés chassent les douleurs présentes, et les douleurs trop grandes conduisent à la mort donc à l\u0026rsquo;absence de douleur). Je ne suis pas sûr que nos contemporains puissent être hédonistes en ce sens-là, et vous ?\nLe bonheur pensé comme vertu serait la force permettant d\u0026rsquo;accepter son destin # Avec l\u0026rsquo;école Stoïcienne, la réponse à la question est aussi positive, le bonheur dépendrait de nous. Là encore, il s\u0026rsquo;agit d\u0026rsquo;une conception plutôt héroïque du bonheur où le bonheur s\u0026rsquo;identifie complètement à la vertu. Être heureux n\u0026rsquo;est plus alors le fait de ressentir du plaisir mais plutôt l\u0026rsquo;exercice même de sa propre force, de ses vertus. Il n\u0026rsquo;y a plus de distinction entre bonheur et vertu, les deux se confondent.\nLes représentants principaux de l\u0026rsquo;école stoïcienne romaine sont :\nSénèque (-4, 65), un homme politique et dramaturge romain qui sera aussi le précepteur du futur empereur Néron, Épictète (50, 125), un ancien esclave romain, Et Marc Aurèle (121, 180) un empereur romain. La manière la plus rapide de présenter leur conception du bonheur est de citer ce que dit Épictète dans son livre qui s\u0026rsquo;appelle Le Manuel :\n« Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d\u0026rsquo;autres non. »\nIl ajoute pour expliquer cette citation :\n« De nous, dépendent la pensée, l\u0026rsquo;impulsion à agir, le désir, l\u0026rsquo;aversion, bref, tout ce en quoi c\u0026rsquo;est nous qui agissons. Ne dépendent pas de nous le corps, l\u0026rsquo;argent (les possessions), la réputation, les charges publiques, tout ce en quoi ce n\u0026rsquo;est pas nous qui agissons. »\nL\u0026rsquo;homme vertueux, c\u0026rsquo;est celui qui sait s\u0026rsquo;adapter à l\u0026rsquo;ordre du monde, au Cosmos, non pas en changeant l\u0026rsquo;ordre du monde mais en s\u0026rsquo;adaptant à l\u0026rsquo;ordre du monde en agissant sur la seule chose qui soit totalement en son pouvoir : ses propres représentations du monde. L\u0026rsquo;homme vertueux, c\u0026rsquo;est donc celui qui apprend peu à peu à maîtriser ses représentations : il développe une force morale qui lui permet de réinterpréter les événements qui adviennent de telle manière qu\u0026rsquo;il puisse résister aux turbulences intérieures qu\u0026rsquo;ils peuvent lui causer.\nCe changement des représentations ne se fait pas dans le laxisme d\u0026rsquo;un laisser faire mais dans une réelle revendication d\u0026rsquo;une action qui se veut fidèle à l\u0026rsquo;ordre du monde. Dans cet ordre du monde, si je suis un esclave, alors je dois m\u0026rsquo;efforcer d\u0026rsquo;obéir à mon maître. Dans cet ordre du monde, si je suis un empereur romain alors il est normal que je demande la dévotion totale de mes citoyens, moi qui suis à l\u0026rsquo;égal d\u0026rsquo;un dieu. Si les citoyens refusent cette dévotion alors il est normal de les condamner à mort car ils viennent perturber l\u0026rsquo;ordre du monde, le Cosmos. Les chrétiens qui refusèrent donc de reconnaître l\u0026rsquo;empereur Marc-Aurèle comme l\u0026rsquo;un de leur dieu seront donc massacrés par lui. Et il n\u0026rsquo;aura aucune pitié, aucune compassion pour eux, puisqu\u0026rsquo;il les jugeait complètement fous de choisir la mort plutôt que la dévotion à son égard. Il n\u0026rsquo;a éprouvé aucune honte à éradiquer ces fous qui osaient s\u0026rsquo;opposer à l\u0026rsquo;ordre du monde qui s\u0026rsquo;incarnait à travers ses propres décisions.\nLe stoïcisime est en effet un panthéisme, l\u0026rsquo;ordre du monde est divin, le monde est divin. Tout est dieu, tout est en dieu. S\u0026rsquo;en prendre à l\u0026rsquo;ordre du monde, c\u0026rsquo;est s\u0026rsquo;en prendre à un ordre sacré.\nLes penseurs contemporains admirent parfois le stoïcisme pour sa force et le respect de l\u0026rsquo;ordre du monde. Ils l\u0026rsquo;admirent aussi pour son cosmopolitisme. Mais ce cosmopolitisme, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;idée qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;existe qu\u0026rsquo;une seule cité dans le monde, que nous sommes tous citoyens du monde. C\u0026rsquo;est cependant être profondément naïfs de croire que nous serions dans cette représentation tous à égalité en tant que citoyen du monde. Il y a un ordre hiérarchique qui existe déjà, et être cosmopolite en ce sens, c\u0026rsquo;est respecter cet ordre hiérarchique. L\u0026rsquo;esclave est un esclave et le restera sauf si son maître en décide autrement par sa propre souveraine volonté. L\u0026rsquo;empereur est une sorte de représentant humain du Cosmos et doit donc être assimilé à une sorte de dieu pour lequel tout citoyen doit entière obéissance.\nLe cosmopolitisme des partisans d\u0026rsquo;un gouvernement mondial pourrait fort ressembler à cette conception stoïcienne du politique où les élites dirigeantes décident de ce qui est bon pour l\u0026rsquo;ensemble des citoyens du monde et où les citoyens du monde doivent obéissance absolue à ce que les élites ont décidé. Les élites sont les élites parce que l\u0026rsquo;ordre du monde l\u0026rsquo;a voulu ainsi. Elles savent ce qui est bon pour cet ordre du fait même de la place qu\u0026rsquo;elle occupe dans cet ordre. La position sociale serait le signe de l\u0026rsquo;adéquation avec l\u0026rsquo;ordre voulu par le monde même.\nÉtrange bonheur que celui qui consiste à croire qu\u0026rsquo;il réside dans la force de décider de ses représentations tout en se faisant obéissant jusqu\u0026rsquo;à accepter son esclavage par rapport à cet ordre cosmique constaté, non ?\nLe bonheur serait la récompense naturelle d\u0026rsquo;une vie vertueuse # Nous développerons très peu la pensée d\u0026rsquo;Aristote dans ce cours car nous prendrons le temps dans les cours suivants de distinguer sa pensée de celle de Thomas d\u0026rsquo;Aquin.\nRetenons ici que l\u0026rsquo;homme peut aussi se diriger vers le bonheur grâce aux vertus. Cependant, il ne faut pas confondre la doctrine aristotélicienne des vertus avec celle des stoïciens. Le mot est le même mais les concepts sont différents. La vertu chez Aristote comme chez Thomas d\u0026rsquo;Aquin, sont des forces morales tournées vers le bien. Le bonheur n\u0026rsquo;est pas la vertu, le bonheur c\u0026rsquo;est la récompense obtenue par l\u0026rsquo;exercice des vertus qui elles-mêmes permettent de faire le bien.\nDans la morale aristotélicienne, même si les choses sont encore confuses par rapport à Thomas d\u0026rsquo;Aquin, le bonheur suppose de viser le bien, non pas l\u0026rsquo;ordre déjà donné, mais le bien suprême. Certes, Aristote croit encore au fait que certains hommes sont naturellement faits pour l\u0026rsquo;esclavage, il y a donc encore chez lui un élitisme qui de toute façon sera présent dans la plupart des sociétés humaines de l\u0026rsquo;antiquité. Mais il y a en germe ce que les philosophes chrétiens pourront reconnaître ensuite chez lui grâce aux nouveautés apportées aux cultures grecques et romaines par la révélation judéo-chrétienne.\nRetenons que le bonheur chez Aristote ne peut être atteint sans le développement des plus hautes facultés humaines dont l\u0026rsquo;intelligence, et qu\u0026rsquo;ainsi qu\u0026rsquo;il est pour lui impossible d\u0026rsquo;être heureux sans contemplation. La contemplation, cette activité de l\u0026rsquo;âme qui lui permet de se réjouir de la vérité, est en effet la joie la plus grande et la plus noble que l\u0026rsquo;homme puisse connaître sur cette terre. Il ne comprend pas comment nous pourrions envisager notre bonheur sans cette activité essentielle pour la délectation de notre âme. Il craint cependant que seuls de très rares hommes, suffisamment riches, suffisamment chanceux aussi, puisse avoir le luxe de la contemplation.\nLa vertu serait le chemin vers la béatitude # Le christianisme change complètement la représentation des vertus que se faisait les anciens grecs et romains. On peut certes trouver certaines prémisses chez Platon et Aristote qui pourront servir aux pères de l\u0026rsquo;Église à mieux comprendre les données de la révélation, mais il leur faudra des siècles pour en prendre conscience.\nLa nouveauté apparaît avec le concept de béatitude. Avec Thomas d\u0026rsquo;Aquin qui nous fournit une sorte de synthèse qui tient compte à la fois de la révélation chrétienne et des concepts laissés disponibles par les cultures grecque et romaine, une nouvelle échelle du bonheur apparaît que l\u0026rsquo;on pourrait résumer ainsi :\nIl y a d\u0026rsquo;abord une inclination naturelle qui nous informe qu\u0026rsquo;un bien pour notre corps est présent, c\u0026rsquo;est le plaisir ; Il y a ensuite une inclination naturelle qui nous informe qu\u0026rsquo;un bien pour notre âme est présent, c\u0026rsquo;est la joie ; Il y a la félicité qui peut se construire par la fortification de nos vertus humaines naturelles, et qui représente cette sorte de bonheur qui est plus stable temporellement parlant que le plaisir et la joie en raison de l\u0026rsquo;aisance fournie par les vertus développées pour affronter les épreuves et les difficultés de la vie ; Il y a la béatitude imparfaite qui s\u0026rsquo;obtient à l\u0026rsquo;aide des vertus infuses et des dons du Saint Esprit, qui supposent évidemment la recherche des vertus naturelles tout en osant s\u0026rsquo;appuyer en même temps sur la Grâce de Dieu agissant directement en nous, vertus et dons qui nous permettent de tenir face à des épreuves où nos simples forces de mortels s\u0026rsquo;épuiseraient inévitablement. Il y aura enfin la béatitude parfaite qui sera un bonheur sans fin lorsque nous pourrons avec notre corps glorieux contempler Dieu tel qu\u0026rsquo;il est vraiment à la fin des temps. Cette béatitude parfaite dépend de notre oui à la bonté de Dieu, même si seul Dieu peut nous donner notre corps glorieux. Dieu nous laisse libre de refuser son don et de préférer nos propres forces plutôt que son aide. ","date":"3 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/bonheur/","section":"Articles","summary":"","title":"Le bonheur dépend-il de nous ?","type":"articles"},{"content":"","date":"3 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/marc-aur%C3%A8le/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Marc Aurèle","type":"philosophes"},{"content":"","date":"3 décembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/s%C3%A9n%C3%A8que/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Sénèque","type":"philosophes"},{"content":"","date":"29 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/fiedrich-nietzsche/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Fiedrich Nietzsche","type":"philosophes"},{"content":"","date":"29 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/fran%C3%A7ois-de-sales/","section":"Philosophes","summary":"","title":"François De Sales","type":"philosophes"},{"content":"","date":"29 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/hannah-arendt/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Hannah Arendt","type":"philosophes"},{"content":"","date":"29 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/jean-monbourquette/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Jean Monbourquette","type":"philosophes"},{"content":" Explication de l\u0026rsquo;image choisie # Dans l\u0026rsquo;antiquité et au Moyen-Âge, sans doute sous l\u0026rsquo;influence de Pline l\u0026rsquo;Ancien (23, 79), on croyait que le cerf combattait les serpents et avait le pouvoir de guérir les hommes de leur venin. Il peut donc être utile de symboliser la force du pardon contre le poison du ressentiment par la force du cerf contre le venin des serpents. Nous pouvons d\u0026rsquo;ailleurs remarquer que dans l\u0026rsquo;œuvre de J.K. Rowling qui raconte les aventures de Harry Potter, ce dernier utilise bien un sort magique appelé Patronus en forme de Cerf Blanc qui le protège du « venin » du « l\u0026rsquo;homme-serpent » Voldemort.\nPrésentation du problème # Dans notre cours sur la conscience, nous avons vu que notre conscience, quand elle réussit à remplir son rôle, nous permet d\u0026rsquo;utiliser notre intelligence pour décider correctement des choses que nous avons à faire chaque jour. Nous avons indiquer dans notre cours sur la syndérèse, que pour réussir à jouer ce rôle protecteur, Thomas d\u0026rsquo;Aquin nous conseillait de réussir à bien écouter cette petite voix qui murmure en nous contre le mal et nous incite au bien. Malheureusement, nous avons vu aussi, grâce à lui et à certains philosophes qui ont complété sa pensée, qu\u0026rsquo;il existait des entraves à cette syndérèse qui nous empêchaient de bien l\u0026rsquo;écouter.\nParmi ces entraves que vous trouverez ici, nous avons particulièrement insisté sur les dangers du ressentiment. Il semble en effet selon René Girard et Philippe Muray que nos sociétés occidentales, par leur structure de plus en plus compétitive et concurrentielle, transforment peu à peu leurs citoyens en hommes et femmes de ressentiment. C\u0026rsquo;est d\u0026rsquo;ailleurs ce que disait déjà Max Scheler dans la deuxième partie de son livre L\u0026rsquo;homme de ressentiment.\nIl devient donc urgent de chercher un antidote à ce poison du ressentiment. Il me semble que le meilleur antidote possible c\u0026rsquo;est le pardon. Cependant, cette notion n\u0026rsquo;est pas aussi facile à cerner qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;y paraît.\nNous allons synthétiser et clarifier ici le cours sur le pardon que vous trouverez ici. Nous manquons en effet de temps pour voir l\u0026rsquo;intégralité du diaporama réalisé. Pour réussir à synthétiser ce diaporama nous allons essayer de répondre à la question qui sert de titre à cet article : Le pardon permet-il de guérir du ressentiment ?.\nProblématique # Dans un premier temps, on pourrait croire qu\u0026rsquo;une connaissance claire du concept de pardon suffirait à rendre son acte possible et nous permettrait ainsi de guérir du ressentiment. En effet, grâce à Vladimir Jankélévitch, nous pouvons clarifier le concept de pardon en le distinguant de ces faux-amis. Cette clarification permet de comprendre que si notre ressentiment résiste au pardon, c\u0026rsquo;est peut-être que nous n\u0026rsquo;avons pas réellement réussi à pardonner. Non pas tant en raison de la difficulté de son acte, mais en raison d\u0026rsquo;une mauvaise compréhension concernant sa nature. Une meilleure compréhension de sa nature permettrait donc de réussir à utiliser correctement cet antidote au ressentiment.\nCependant, la réalité de notre processus émotionnel fait que la compréhension claire et distincte de ce qu\u0026rsquo;est le pardon ne nous suffit pas toujours pour réussir à poser l\u0026rsquo;acte de pardon. C\u0026rsquo;est un peu comme si la compréhension intellectuelle ne suffisait pas pour déclencher l\u0026rsquo;acte de notre volonté. Notre volonté peut en effet être entravée par la puissance des émotions que nous ressentons, que ce soit la puissance de notre souffrance ou la puissance de notre colère. C\u0026rsquo;est pourquoi, il semble réaliste de soutenir que nous avons besoin de découvrir un chemin nous donnant peu à peu la force de pardonner. Nous présenterons ce chemin grâce au psychologue québécois Jean Monbourquette.\nEnfin nous constaterons que ces deux connaissances, connaissance de ce qu\u0026rsquo;est le véritable pardon d\u0026rsquo;abord, puis connaissance du chemin à parcourir pour réussir à poser l\u0026rsquo;acte-même du pardon ensuite, ne suffisent malheureusement pas toujours. Nous avons besoin de soutien pour réussir à parcourir ce chemin. C\u0026rsquo;est pourquoi nous mettrons l\u0026rsquo;accent sur ce que nous pouvons appeler, le bâton du pèlerin, un trio de vertus mis en évidence par François de Sales.\nLes faux-amis du pardon # En nous inspirant de ce que dit Vladimir Jankélévitch dans son livre Le Pardon publié en 1967, nous pouvons distinguer 6 faux-amis du pardon. Le sixième, il n\u0026rsquo;en parle pas, mais il semblait utile de le signaler car l\u0026rsquo;oublier revient parfois à rendre le pardon impossible. Voici donc ces six faux-amis du pardon :\nLe pardon n\u0026rsquo;est pas l\u0026rsquo;oubli ; Le pardon n\u0026rsquo;est pas l\u0026rsquo;intégration ; Le pardon n\u0026rsquo;est pas l\u0026rsquo;excuse totale ; Le pardon n\u0026rsquo;est pas l\u0026rsquo;excuse partielle ; Le pardon n\u0026rsquo;est pas la liquidation ; Le pardon n\u0026rsquo;est pas la réconciliation. Par contraste, nous pourrons alors définir le vrai pardon\nL\u0026rsquo;oubli # L\u0026rsquo;oubli peut être un effet du temps sur notre conscience face à la blessure vécue. Cependant certaines blessures trop profondes ne s\u0026rsquo;oublient pas. Chercher à oublier la blessure ne revient pas à pardonner à la personne qui nous a blessés. L\u0026rsquo;oubli peut être précieux pour éviter d\u0026rsquo;avoir toujours à la conscience l\u0026rsquo;ampleur de la souffrance liée à la blessure, mais l\u0026rsquo;oubli peut aussi cacher le refoulement de la souffrance.\nAutant il est vrai qu\u0026rsquo;il vaut mieux éviter de faire revenir volontairement à sa conscience les actes blessants pour réussir à pardonner, autant il peut être illusoire de chercher à forcer l\u0026rsquo;oubli des blessures. La mémoire est un processus complexe sur lequel nous avons une maîtrise limitée. Autant nous pouvons éviter de nous nous remémorer l\u0026rsquo;acte blessant, autant il est difficile de ne pas se souvenir de la blessure.\nCe que nous pouvons retenir c\u0026rsquo;est que le pardon a besoin du souvenir pour être possible. Le pardon doit garder en mémoire l\u0026rsquo;injustice vécue pour la reconnaître comme injustice. Pardonner, c\u0026rsquo;est reconnaître l\u0026rsquo;existence d\u0026rsquo;une injustice, et non pas oublier qu\u0026rsquo;il y a eu injustice. Cette injustice a un responsable qui sera peut-être même un coupable. Oublier l\u0026rsquo;injustice, c\u0026rsquo;est prendre le risque de nier la responsabilité de la personne qui nous a blessés. En faisant cela, nous risquons de faire deux erreurs : d\u0026rsquo;abord nous risquons de ne pas nous reconnaître à notre juste place de victime ; ensuite nous risquons de déresponsabiliser la personne qui nous a blessés.\nLe véritable pardon reconnaît et la victime, et la personne responsable de la blessure !\nL\u0026rsquo;intégration # L\u0026rsquo;intégration désigne le fait que nous nous adaptons aux conséquences de la blessure. Dans cette adaptation, il y a parfois, voire même assez souvent, une acquisition de nouvelles compétences, de nouvelles forces, que nous n\u0026rsquo;avions pas auparavant. En un sens, on pourrait y reconnaître la formule célèbre de Fiedrich Nietzsche dans son livre le crépuscule des idoles :\n« À l\u0026rsquo;école de guerre de la vie : ce qui ne me tue pas me rend plus fort ».\nCe que ne dit pas cette citation, car elle est évidemment trop brève pour pouvoir le dire, c\u0026rsquo;est que nos blessures peuvent aussi nous fragiliser. Certes, nos forces morales peuvent s\u0026rsquo;intensifier après une blessure vécue, mais elles peuvent aussi se transformer en durcissement de notre personnalité. Notre personnalité peut « se carapaçonner » ! Au lieu de devenir plus vertueux, la blessure peut nous rendre plus dur et plus aigri. L\u0026rsquo;acquisition de compétences, par cette force d\u0026rsquo;adaptation que nous avons été obligée de mettre en œuvre, peut aussi cacher une augmentation de notre ressentiment. Les adversaires qui nous ont blessés risquent aussi de ne pas vraiment être reconnus comme des personnes responsables du mal qu\u0026rsquo;ils nous ont faits mais plutôt comme des occasions d\u0026rsquo;augmenter notre résistance à l\u0026rsquo;adversité.\nCela peut conduire à deux erreurs d\u0026rsquo;évaluation. La première erreur consiste à oublier l\u0026rsquo;impact à long terme des blessures sur notre personnalité. Nous risquons de surestimer notre faculté adaptative en niant la fragilisation. L\u0026rsquo;empoisonnement du ressentiment risque alors d\u0026rsquo;être sous-estimé. La seconde erreur consiste à nous auto-centrer sur nous-mêmes en oubliant le responsable de la blessure. Le responsable n\u0026rsquo;est plus vu comme une personne mais comme une force adverse. Il ne s\u0026rsquo;agit pas de condamner celui qui fait cette double erreur, mais plutôt de l\u0026rsquo;aider à prendre conscience du processus à l\u0026rsquo;œuvre en lui.\nLe véritable pardon reconnaît l\u0026rsquo;ampleur de la blessure et ses impacts sur le futur (du moins ceux qui sont prévisibles). Il reconnaît aussi le responsable comme une personne. Le pardon suppose d\u0026rsquo;avoir chercher à distinguer si cette personne responsable était intentionnellement responsable et donc coupable, ou si elle n\u0026rsquo;était que la cause occasionnelle de la blessure.\nLe véritable pardon recquiert bien de la force pour être posé, mais cette force correspond à la vertu de force c\u0026rsquo;est-à-dire au courage non à l\u0026rsquo;endurcissement. Le pardon est tourné vers le bien, il n\u0026rsquo;est pas l\u0026rsquo;endurcissement de l\u0026rsquo;indifférent ou celui du vengeur inactif par condescendance.\nL\u0026rsquo;excuse totale # L\u0026rsquo;excuse totale est plutôt facile à distinguer du pardon. L\u0026rsquo;excuse totale est l\u0026rsquo;acte par lequel nous reconnaissons que le responsable de la blessure n\u0026rsquo;était pas cause intentionnelle de son acte mais seulement cause occasionnelle. Nous sommes causes occasionnelles quand des forces extérieures plus fortes que nous nous imposent d\u0026rsquo;agir de la sorte. Nous sommes causes intentionnelles quand nous décidons par notre propre volonté d\u0026rsquo;agir de la sorte.\nDans la réalité, il peut très bien y avoir un mélange des deux, c\u0026rsquo;est pourquoi il faut éviter d\u0026rsquo;excuser trop rapidement le responsable d\u0026rsquo;un acte. Il faut d\u0026rsquo;abord clarifier quel est le degré d\u0026rsquo;implication de sa volonté dans sa responsabilité. Ce n\u0026rsquo;est pas toujours simple à discerner.\nPar ailleurs, du point de vue de la vérité morale, on ne dit pas « je m\u0026rsquo;excuse », mais « je vous demande de m\u0026rsquo;excuser » ou dans un registre plus soutenu : « je vous prie de bien vouloir m\u0026rsquo;excuser ». En étant responsable de la blessure, il n\u0026rsquo;y a que le blessé qui peut nous excuser. Si nous ne sommes vraiment que des causes occasionnelles de la blessure, il aura peut-être cependant du mal à nous excuser sous le coup de l\u0026rsquo;émotion. Il est possible néanmoins qu\u0026rsquo;il réussisse à nous excuser une fois que son intelligence aura pu analyser les raisons que nous lui donnerons.\nPrécisons que nous sommes toujours responsables de nos actes car nous pouvons toujours répondre de nos actes. Seuls ceux qui ont perdu la raison ne peuvent pas être responsables de leurs actes. Cependant, la perte de la raison est quelque chose de très rare, et donc il serait déraisonnable d\u0026rsquo;attribuer trop rapidement sans enquête préalable la perte de la raison au responsable d\u0026rsquo;un acte malveillant.\nLe véritable pardon diffère de l\u0026rsquo;excuse dans le sens où le pardon ne consiste pas à reconnaître que l\u0026rsquo;autre n\u0026rsquo;est que cause occasionnelle de la blessure. Le pardon consiste au contraire à reconnaître que l\u0026rsquo;autre est cause intentionnelle.\nAinsi, si nous sommes des causes occasionnelles de la blessure d\u0026rsquo;une personne, nous devons présenter nos excuses. Et, si nous sommes causes intentionnelles de cette blessure, nous devons demander pardon. Présenter ses excuses et demander pardon sont deux actes moraux distincts. L\u0026rsquo;un consiste à fournir les raisons qui expliquent pourquoi nous ne voulions pas blesser la personne même si nous l\u0026rsquo;avons pourtant fait, l\u0026rsquo;autre consiste à reconnaître que nous avons décidé de mal agir.\nCependant, il ne faut pas oublier qu\u0026rsquo;il est un peu facile de chercher des excuses à nos actes malveillants quand ils sont faits sous l\u0026rsquo;influence d\u0026rsquo;une émotion forte. C\u0026rsquo;est notre responsabilité de veillez à développer suffisamment notre tempérance en amont pour maîtriser suffisamment nos émotions pour qu\u0026rsquo;elles ne blessent pas inutilement les autres. Autant, on peut comprendre qu\u0026rsquo;un enfant ou un jeune adolescent ne soit pas encore suffisamment tempérant, autant il est plus difficile d\u0026rsquo;accepter l\u0026rsquo;intempérance d\u0026rsquo;un adulte.\nL\u0026rsquo;excuse partielle # Dans la réalité des circonstances complexes de la vie, il n\u0026rsquo;est pas toujours aisé de distinguer la part que prend l\u0026rsquo;implication de la volonté dans l\u0026rsquo;acte malveillant. La personne peut à la fois être entraînée par des causes extérieures et manquer de courage. En un sens, l\u0026rsquo;excuse partielle peut se comprendre. C\u0026rsquo;est une sorte de bénéfice du doute. Comme nous ne pouvons pas déterminer avec certitude si la personne était vraiment volontaire dans l\u0026rsquo;acte malveillant, nous préférons l\u0026rsquo;excuser.\nCependant, il faut faire attention, surtout en cas de récidive des actes malveillants. Il ne faudrait pas déresponsabiliser trop la personne blessante ni sous-estimer l\u0026rsquo;ampleur des blessures vécues. Il ne faudrait pas confondre excuse partielle et besoin de pardon.\nLa liquidation # Vladimir Jankélévitch est très sévère avec ce faux-ami du pardon, il considère que c\u0026rsquo;est une trahison de la justice. Il va même jusqu\u0026rsquo;à dire :\n« Plutôt le ressentiment que la liquidation ! »\nEn effet, il désigne par liquidation l\u0026rsquo;effort de volonté de la personne blessée pour tourner artificiellement la page de l\u0026rsquo;offense vécue, c\u0026rsquo;est une sorte de bon débarras forcé ! La personne blessée place sa volonté au-dessus de son intelligence et ne veut pas regarder la vérité de l\u0026rsquo;injustice vécue ni celle de la culpabilité de l\u0026rsquo;autre. C\u0026rsquo;est un peu comme une stratégie de fuite pour laisser la blessure derrière nous. Malheureusement, notre psychisme ne fonctionne pas à l\u0026rsquo;image d\u0026rsquo;un déménagement : nous ne pouvons pas déménager de nous-mêmes. Et si nous pouvons par nous-mêmes choisir de déménager physiquement, ce qui peut d\u0026rsquo;ailleurs être une véritable stratégie salvatrice, nous ne pouvons pas déménager de nous-mêmes, c\u0026rsquo;est-à-dire laisser nos blessures morales de côté comme on laisse un ancien appartement.\nLa liquidation essaie de forcer la libération de la souffrance. Elle est évidemment compréhensible chez une personne qui a beaucoup souffert, mais ce n\u0026rsquo;est malheureusement pas une stratégie suffisamment libératrice pour notre âme. La liquidation peut simuler le pardon dans le sens où les mots « Je te pardonne » peuvent même être prononcés, mais il n\u0026rsquo;y a pas la libération du cœur : il y a plutôt une sorte de ressentiment refoulé.\nSi Vladimir Jankélévitch est si sévère à l\u0026rsquo;égard de la liquidation, c\u0026rsquo;est parce qu\u0026rsquo;il pense à la Shoah et au déni de justice que représenterait un bon débarras forcé. Ce serait forcer un départ pour réaliser un nouveau départ mais en oubliant de faire hommage aux victimes et à la victime qu\u0026rsquo;il est lui-même en tant que personne ayant perdu de nombreux proches dans la Shoah.\nBien sûr, quand il s\u0026rsquo;agit du pardon pour les crimes commis par les Nazis, la question même de la possibilité du pardon peut paraître blasphématoire ! Cependant, Vladimir Jankélévitch préfère croire à la puissance créatrice du pardon, à cette sorte d\u0026rsquo;oxymore qu\u0026rsquo;il appelle le pardon fou ou encore le pardon de l\u0026rsquo;impardonnable. Il n\u0026rsquo;en reste pas moins réaliste quand il reconnaît qu\u0026rsquo;il ne se sent pas capable de cette sorte de pardon par ses propres forces et qu\u0026rsquo;il espère seulement que sa fille réussira à poser cet acte de bonté pure car totalement inconditionnelle.\nLa réconciliation # Vladimir Jankélévitch ne parle pas de la réconciliation. Cependant, il me semble important de rajouter cet acte relationnel aux faux-amis du pardon. Non pas parce qu\u0026rsquo;il serait mauvais, mais plutôt parce qu\u0026rsquo;il me semble réaliste de constater que certaines réconciliations ne sont pas possibles alors même que le vrai pardon a été réellement donné.\nEn effet, la réconciliation suppose qu\u0026rsquo;une nouvelle relation va se tisser entre la victime et la personne blessante. Certes, si la blessure est grande, cette réconciliation ne consistera pas à rejouer l\u0026rsquo;ancienne relation. L\u0026rsquo;ancienne relation a été définitivement brisée par l\u0026rsquo;ampleur de la blessure. Cependant, dans certains cas, une nouvelle relation, plus réaliste et plus prudente, peut se tisser. Cela n\u0026rsquo;est possible que par la liberté de qualité des deux personnes concernées. La réconciliation n\u0026rsquo;est donc possible que si les vertus des deux personnes sont suffisamment développées.\nCependant, il existe des blessures qui sont trop grandes pour permettre la réconciliation. Il peut y avoir vrai pardon sans réconciliation. La personne blessée réussit à pardonner à la personne blessante, mais n\u0026rsquo;est pas en mesure de tisser à nouveau une relation avec son agresseur. Elle est obligée par mesure de protection personnelle de mettre définitivement à distance son agresseur. Lui demander de se rapprocher de son agresseur pourrait d\u0026rsquo;ailleurs dans certaines circonstances être pervers voire criminel.\nLa victime et les proches de la victime sont responsables de sa santé physique et mentale. Autant l\u0026rsquo;acte de pardon aura un effet salvateur sur la victime quand celle-ci a réussi à comprendre quelle était la nature de cet acte, autant la réconciliation n\u0026rsquo;a pas toujours un effet salvateur. Il faut donc faire preuve de discernement avant toute réconciliation. Il faut prendre conscience des circonstances réelles, des fragilités réelles, et des méchancetés réelles qui peuvent subsister.\nCertaines personnes réussissent à pardonner l\u0026rsquo;impardonnable par une force qui ne semble pas venir d\u0026rsquo;elles-mêmes, mais il faut rester prudent et ne pas viser une réconciliation qui est actuellement au-dessus de nos forces et qui pourrait nous mettre en danger.\nLe vrai pardon # Définition du pardon # Pardonner, c\u0026rsquo;est rendre le bien pour le mal. C\u0026rsquo;est donc d\u0026rsquo;abord refuser de rentrer dans l\u0026rsquo;imitation de l\u0026rsquo;offenseur. C\u0026rsquo;est un peu comme si nous disions :\n« Je ne veux pas te ressembler dans cette manière d\u0026rsquo;agir, elle est indigne et déshonnorante. Je préfère agir autrement que toi ! »\nC\u0026rsquo;est, plus encore, se tourner vers l\u0026rsquo;offenseur, pour essayer de susciter un nouveau départ positif pour lui ou pour notre relation. Cela ne veut pas dire que cette nouvelle relation se fera forcément dans la proximité car parfois, seul l\u0026rsquo;éloignement reste crédible. Cependant, c\u0026rsquo;est se tourner vers lui pour l\u0026rsquo;encourager à choisir la liberté de qualité et lui indiquer par un don gracieux de notre part qu\u0026rsquo;il reste digne et capable de faire le bien.\n3 caractéristiques du pardon # Le véritable pardon comporte 3 caractéristiques principales :\nC\u0026rsquo;est un événement daté, c\u0026rsquo;est une décision volontaire qui s\u0026rsquo;incarne dans un acte précis et qui s\u0026rsquo;inscrit donc dans le temps. Nous pouvons donc nous souvenir ou nous remémorer la date de cette action, l\u0026rsquo;offenseur aussi ; C\u0026rsquo;est un don gracieux : bien que ce don ait des conséquences sur nous-mêmes et notre ressentiment qu\u0026rsquo;il va contribuer à faire disparaître, nous ne le faisons pas d\u0026rsquo;abord pour nous, mais pour l\u0026rsquo;autre, gratuitement, sans attendre ni retour ni reconnaissance ; C\u0026rsquo;est un rapport personnel à l\u0026rsquo;autre : le souci de l\u0026rsquo;autre passe avant le souci de nous-mêmes sans pour autant oublier notre propre protection. Non pas parce que nous nous dévalorisons, mais au contraire parce nous croyons en la force de notre liberté de qualité qui permet de faire un don pour l\u0026rsquo;autre. Ce don doit évidemment être proportionné à la prise de conscience de l\u0026rsquo;autre, et à la protection de nous-mêmes. Nous reconnaissons l\u0026rsquo;autre par ce geste gratuit comme une personne en devenir. Le pardon et l\u0026rsquo;impardonnable # Le pardon ne pardonne pas forcément parce que l\u0026rsquo;autre est pardonnable. Il peut pardonner aussi parce que l\u0026rsquo;autre ne l\u0026rsquo;est pas. C\u0026rsquo;est justement par l\u0026rsquo;acte de pardon reçu que l\u0026rsquo;offenseur peut devenir pardonnable car pardonné !\nPardonner, c\u0026rsquo;est donc parier sur l\u0026rsquo;avenir de l\u0026rsquo;autre, en lui donnant une chance de se tourner vers un avenir où à son tour il peut faire le bien, où il peut se remettre dans la liberté de qualité. Cela, sans naïveté, avec prudence et mesure, et avec une grande protection de soi.\nIl peut donc y avoir à la fois de l\u0026rsquo;impardonnable et le pardon, même si d\u0026rsquo;un point de vue logique au départ cela semble contradictoire. L\u0026rsquo;acte mauvais de l\u0026rsquo;offenseur peut être impardonnable, mais l\u0026rsquo;offensé peut réussir à pardonner l\u0026rsquo;offenseur pour lui montrer que le bien est plus fort que le mal.\nC\u0026rsquo;est une sorte de victoire contre le mal. C\u0026rsquo;est le bien qui refuse de se laisser contaminer par le mal et qui décide de montrer au méchant que la bonté est plus forte que la méchanceté. Plus forte, plus digne et plus honnorable !\nCependant cela ne doit pas se faire de manière naïve. Il faut garder conscience que le méchant ne se convertira pas forcément au bien par la bonté de notre pardon. Le méchant peut continuer de choisir d\u0026rsquo;être méchant. Il faut donc garder une distance raisonnable pour ne pas être à nouveau blessé par le méchant autant que possible. Le pardon reste une sorte de pari pour le bien, conscient que ce pari peut être perdu.\nPar le pardon, l\u0026rsquo;offensé refuse la vengeance qui l\u0026rsquo;amènerait petit à petit à prendre le risque de se transformer lui-même en image du méchant. En revanche, le pardon ce n\u0026rsquo;est pas laisser faire l\u0026rsquo;injustice. L\u0026rsquo;injustice est autant que possible stoppée.\n« L\u0026rsquo;Acumen Veniæ » # Le pardon est pour Vladimir Jankélévitch l\u0026rsquo;« Acumen Veniae » : le « le pardon fou ». Cette folie n\u0026rsquo;est pas à comprendre dans un défaut d\u0026rsquo;intelligence ou un défaut de raison, mais plutôt comme un pari qui dépasse la compréhension de la logique vengeresse habituelle.\nVoici ce qu\u0026rsquo;il dit dans son livre Le Pardon :\n« Le généreux renvoie le bien, qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;a pas reçu, au lieu du mal qu\u0026rsquo;il a reçu ; contre les mauvais procédés de la malveillance, il échange son offre d\u0026rsquo;amour ; il se rend ainsi capable non seulement de neutraliser l\u0026rsquo;acte malfaisant, mais de réformer, de transfigurer, de convertir l\u0026rsquo;intention malveillante. »\nLe pardon exige donc une véritable force morale, c\u0026rsquo;est pourquoi on peut dire qu\u0026rsquo;il ne dépend pas que de la vertu de charité mais aussi de la vertu de force, c\u0026rsquo;est-à-dire du courage.\nLe chemin du pardon # Jean Monbourquette (1933, 2011), psychologue québécois, soutient que pour réussir à pardonner nous avons besoin de passer par un chemin constituer de 12 étapes. Cela ne veut pas dire qu\u0026rsquo;il faille suivre l\u0026rsquo;ordre énoncé, ni que chaque étape va demander autant de temps qu\u0026rsquo;une autre, mais plutôt que le processus émotionnel qui permet de poser l\u0026rsquo;acte de pardon n\u0026rsquo;est pas si facile à réaliser. Il lui faut du temps et ce temps peut être plus ou moins long en fonction de l\u0026rsquo;importance de la blessure vécue.\nNotre intelligence peut en effet comprendre ce qu\u0026rsquo;est le vrai pardon mais nous pouvons manquer d\u0026rsquo;énergie pour réussir à poser l\u0026rsquo;acte de pardon dans notre vie. Le pardon est en effet un acte de volonté, et en tant que tel, il demande une certaine énergie psychique, une certaine force morale. Il peut falloir du temps pour réussir à trouver suffisamment de force morale pour poser cet acte. Les étapes du pardon conseillées par Jean Monbourquette visent justement à nous aider à trouver l\u0026rsquo;énergie nécessaire pour poser l\u0026rsquo;acte de pardon.\nVoici ces 12 étapes :\nD\u0026rsquo;abord, prendre soin de soi, faire preuve d\u0026rsquo;un tendre souci à l\u0026rsquo;égard de soi :\nFaire cesser les gestes offensants et ne pas se venger ; Reconnaître sa blessure et sa fragilité ; Partager sa blessure avec quelqu\u0026rsquo;un de bienveillant ; Bien identifier sa perte pour en faire le deuil ; Accepter de reconnaître en soi-même la présence des affects de colère, de ressentiment, voire même de désir de vengeance, sans pourtant accepter de se laisser piloter par ces affects ; Se pardonner à soi-même d\u0026rsquo;avoir été victime, de ne pas avoir anticipé les dangers, d\u0026rsquo;avoir fait peut-être des mauvais choix, d\u0026rsquo;avoir été trop naïf ou trop imprudent. Puis, se tourner vers l\u0026rsquo;autre, et pour ceux qui sont croyants, s\u0026rsquo;ouvrir à l\u0026rsquo;action de la Grâce de Dieu en eux :\nChercher à mieux comprendre son offenseur : quelles étaient les causes extérieures et les causes intérieures de ses actes ? Quelle a été sa biographie ? Trouver dans sa vie un sens, une signification, à l\u0026rsquo;offense. Qu\u0026rsquo;est-ce que l\u0026rsquo;offense nous apprend sur notre propre personnalité et sur le monde ; Se savoir digne de pardon et déjà pardonné par le Créateur (cela suppose peut-être d\u0026rsquo;envisager son existence) ; Cesser de s\u0026rsquo;acharner à vouloir pardonner. Accepter que cela puisse prendre plus de temps que ce que nous aimerions ; S\u0026rsquo;ouvrir à la Grâce de pardonner, c\u0026rsquo;est-à-dire oser s\u0026rsquo;abandonner à l\u0026rsquo;action transformante de Dieu en nous ; Décider de mettre fin à la relation ou de la renouveler. La bâton du pèlerin # Il me semble que ce chemin du pardon que nous venons de voir peut être difficile à parcourir pour un certain nombre d\u0026rsquo;entre nous qui avons été particulièrement blessés. C\u0026rsquo;est pourquoi j\u0026rsquo;aimerais terminer ce cours en vous présentant brièvement les 3 vertus que nous propose François de Sales (1567, 1622) dans son livre Introduction à la vie dévote. Même si cette œuvre peut sembler trop religieuse pour ceux qui confondent laïcité et fermeture à l\u0026rsquo;altérité et à la transcendance, elle a le mérite de donner des conseils pratiques qui ne demandent pas forcément de croire en Dieu. Voici les trois vertus qu\u0026rsquo;il nous recommande de faire grandir en nous pour pouvoir traverser les épreuves de la vie, dont les blessures que nous avons du mal à pardonner. C\u0026rsquo;est un peu comme si nous devions nous munir d\u0026rsquo;bâton de pèlerin composé de ces 3 vertus pour réussir à avancer sur le chemin de pardon qui est aussi un chemin de vie :\nLa Patience : c\u0026rsquo;est-à-dire la fermeté de l\u0026rsquo;âme vis-à-vis des épreuves, le fait de permettre au temps d\u0026rsquo;agir, en prenant conscience qu\u0026rsquo;il ne faut pas seulement être patient avec les autres, mais d\u0026rsquo;abord avec soi-même. L\u0026rsquo;Humilité : c\u0026rsquo;est-à-dire se faire petit pour laisser la place à l\u0026rsquo;autre, mais d\u0026rsquo;abord se faire petit vis-à-vis de soi pour laisser le temps à nos talents de porter du fruit. La Douceur : c\u0026rsquo;est-à-dire la modération de nos colères et de nos énervements, pour que nous restions toujours au service de la justice. Douceur vis-à-vis des autres pour être justes avec eux, mais aussi douceur avec nous-mêmes pour réussir à n\u0026rsquo;être ni trop exigent avec nous, ni trop peu. ","date":"29 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/pardon/","section":"Articles","summary":"","title":"Le pardon permet-il de guérir du ressentiment ?","type":"articles"},{"content":"","date":"29 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/max-scheler/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Max Scheler","type":"philosophes"},{"content":"","date":"29 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/philippe-muray/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Philippe Muray","type":"philosophes"},{"content":"","date":"29 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/vladimir-jank%C3%A9l%C3%A9vitch/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Vladimir Jankélévitch","type":"philosophes"},{"content":"","date":"20 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/josef-pieper/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Josef Pieper","type":"philosophes"},{"content":"L\u0026rsquo;Éthos, c\u0026rsquo;est tout ce qui relève normalement de la morale.\nDistinction entre mœurs et morale # Les mots mœurs et morale en français viennent tous les deux du latin mors, moris. Mors a donné mœurs, moris a donné morale. Le mot mœurs désigne les habitudes culturelles d\u0026rsquo;un peuple à une époque donnée. Elles peuvent être bonnes comme mauvaises, c\u0026rsquo;est varié. La morale en revanche désigne l\u0026rsquo;ensemble des bonnes actions. Une action est bonne si elle garantit la pérennité de la nature de l\u0026rsquo;être considéré, et son épanouissement. Une action est mauvaise quand elle vient blesser provisoirement ou définitivement la nature de l\u0026rsquo;être considéré.\nDistinction entre valeur et vertu # Grâce au philosophe français Jacques Maritain nous pouvons dire qu\u0026rsquo;une valeur désigne la part désirable d\u0026rsquo;un bien. Pour le dire autrement, une valeur c\u0026rsquo;est un bien digne d\u0026rsquo;être désiré. Exemple, la liberté, c\u0026rsquo;est en effet un bien désirable pour l\u0026rsquo;homme. Encore faut-il la définir correctement.\nLa vertu, c\u0026rsquo;est la force morale qui nous permet d\u0026rsquo;incarner les valeurs. Si nous renonçons aux vertus alors les valeurs ne sont que des paroles en l\u0026rsquo;air. Bref, sans vertu, les valeurs ne sont qu\u0026rsquo;hypocrisie. On dit aussi que la vertu, c\u0026rsquo;est une force morale toujours tournée vers le bien. Par définition, une force psychique tournée vers le mal est un vice, et ne peut jamais être une vertu.\nLes vertus cardinales # La tradition philosophique considère qu\u0026rsquo;il y a 4 vertus principales qu\u0026rsquo;il nous faut développer en nous pour garantir notre bonheur et celui des personnes qui nous sont confiés. Voici ces 4 vertus que nous classerons de la manière suivante, en respectant les conseils du philosophe allemand, résistant au nazisme, Josef Pieper :\nLa vertu de prudence, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;intelligence pratique, c\u0026rsquo;est elle qui nous donne le juste milieu et le kairos (le moment opportun) pour chacune des autres vertus. Elle permet d\u0026rsquo;anticiper les difficultés et de s\u0026rsquo;y préparer. La vertu de justice, c\u0026rsquo;est la force morale de rendre les bien dus aux êtres concernés. La vertu de courage qui est la force morale qui permet d\u0026rsquo;affronter les obstacles au bien ou les maux. La vertu de tempérance qui est la force morale qui nous permet d\u0026rsquo;apprivoiser nos émotions et nos sentiments. Les vices et les fausses valeurs # On appelle vice les forces psychiques tournées vers le mal. 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Heureusement, l\u0026rsquo;acte de pardon peut nous aider à nous libérer de nos ressentiments et ainsi libérer notre conscience des influences néfastes du ressentiment. Afin de mieux comprendre ce qu\u0026rsquo;est le ressentiment et ce qu\u0026rsquo;est le pardon, nous utiliserons dans ce cours deux diaporamas que je vous mets à dispositions ci-dessous.\nComme ces deux diaporamas sont plutôt longs, nous n\u0026rsquo;aurons sans doute pas le temps de voir le deuxième diaporama intégralement en classe. Je le mets cependant ici à disposition pour ceux qui aiment bien avoir des supports visuels pour réaliser leurs révisions.\nDocuments # Diaporama sur le ressentiment Diaporama sur le pardon Into the Wild # Pour mieux comprendre le ressentiment, lors du dernier cours de cette année, nous regarderons des extraits du film Into the Wild qui raconte les aventures d\u0026rsquo;un jeune américain Christopher Johnson McCandless. Cela vous permettra de mieux prendre conscience de l\u0026rsquo;impact que le ressentiment peut avoir sur notre personnalité et nos décisions. En attendant, voici la bande annonce de ce film :\n","date":"19 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/ressentiment-pardon/","section":"Articles","summary":"","title":"Ressentiment et pardon","type":"articles"},{"content":" Introduction # Les philosophes ou les sophistes tiennent compte des émotions dans l\u0026rsquo;organisation de leur discours. C\u0026rsquo;est pourquoi le triangle rhétorique tient compte du pathos. Le pathos se traduit par le mot français passion mais dans son ancien sens. Une passion, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;émotion voire le sentiment que nous subissons. En effet, passion et être passif, ont la même origine étymologique.\nComme Aristote n\u0026rsquo;est pas assez précis dans son analyse des émotions, nous allons voir maintenant la classification des émotions réalisée par l\u0026rsquo;un des lecteurs d\u0026rsquo;Aristote qui s\u0026rsquo;appelle Thomas d\u0026rsquo;Aquin, philosophe italien du XIIIème siècle, dont l\u0026rsquo;enseignement a contribué à la réputation européenne de La Sorbonne. Thomas d\u0026rsquo;Aquin distingue deux grandes catégories d\u0026rsquo;émotions : le concupiscible et l\u0026rsquo;irascible.\nLe concupiscible # Le concupiscible, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;ensemble des appétits sensibles qui nous poussent vers un bien ou nous détournent d\u0026rsquo;un mal. Le bien dont il est question est plutôt facile à atteindre. Le mal dont il est question est plutôt facile à éviter. Tout ce qui est facile relève du concupiscible. Par appétit sensible, Thomas d\u0026rsquo;Aquin désigne les inclinations naturelles, c\u0026rsquo;est-à-dire des réactions naturelles que nous avons face aux informations qui nous renseignent sur la réalité. Un appétit, est une caractéristique de notre personne qui vise soit le bien, soit à nous protéger d\u0026rsquo;un mal. Pourquoi sensible ? Parce que cela vient des informations données par les 5 sens. Cela vient donc de ce que l\u0026rsquo;on appelle la sensibilité.\nSelon Thomas d\u0026rsquo;Aquin, il existe 6 types d\u0026rsquo;émotions qui appartiennent à la catégorie du concupiscible.\nL\u0026rsquo;amour ; Le désir ; Le plaisir et la joie ; La haine ; L\u0026rsquo;aversion ou le dégoût ; La douleur et la tristesse. L\u0026rsquo;émotion d\u0026rsquo;amour # C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;émotion qui nous avertit de la présence d\u0026rsquo;un bien. Le problème c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;il faut réussir à distinguer si ce bien est un bien apparent ou un bien réel. Par exemple, ce samedi vous êtes avec des copains et des copines. L\u0026rsquo;hôte vous a déjà servi un verre de Whisky Coca. L\u0026rsquo;hôte propose un deuxième verre. Un bien apparent serait de croire que le deuxième est bon pour vous. Du point du bien réel, il vaudrait mieux s\u0026rsquo;arrêter-là.\nLes sophistes aiment manipuler nos émotions d\u0026rsquo;amour. Ils ont tendance à nous faire prendre des biens apparents pour des biens réels. Parfois, ils visent des biens réels mais en les mettant dans le mauvais ordre par rapport à la hiérarchie des biens. Par l\u0026rsquo;expression hiérarchie des biens, on désigne le fait que certains biens sont plus importants que d\u0026rsquo;autres et qu\u0026rsquo;il est bon de respecter les degrés d\u0026rsquo;importance.\nLe désir # Le désir c\u0026rsquo;est une émotion qui nous donne l\u0026rsquo;énergie pour aller vers le bien mis en évidence par l\u0026rsquo;émotion d\u0026rsquo;amour. Qui dit énergie, dit motivation. Encore faut-il que le bien en question soit un bien réel et non un simple bien apparent car autrement nous sommes motivés pour des choses qui ne servent à rien. N\u0026rsquo;oubliez pas que nous pouvons attraper des désirs comme des virus par simple imitation. C\u0026rsquo;est ce que nous rappelle René Girard.\nLe plaisir et la joie # Le plaisir, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;émotion qui nous avertit que le bien est présent en nous. Cela s\u0026rsquo;appelle la satisfaction. Le plaisir est corporel. Or nous sommes des êtres corporels. La joie, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;émotion qui nous avertit que le bien de notre âme est présent. La joie, c\u0026rsquo;est une satisfaction psychique ou spirituelle. Psychê en grec veut dire âme.\nLa haine # La haine, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;émotion qui nous avertit de la présence d\u0026rsquo;un mal. Il peut être bon rappeler ce qu\u0026rsquo;est le mal, ce qu\u0026rsquo;est le bien. Le mal, c\u0026rsquo;est ce qui nous prive d\u0026rsquo;un bien. Pour le dire autrement, le mal, c\u0026rsquo;est la privation d\u0026rsquo;un bien. Rappelons qu\u0026rsquo;on désigne par bien tout ce qui permet de préserver notre nature ou de l\u0026rsquo;épanouir. La distinction entre le bien et le mal n\u0026rsquo;est pas une invention humaine. C\u0026rsquo;est une distinction qui nous est donnée par la nature. Notre système nerveux, quand il est fonctionnel, sait nous le dire. Nous avons physiquement mal quand notre corps est en danger, nous éprouvons du plaisir quand notre corps est respecté dans son intégrité et son devenir.\nLe mal comme le bien peut être apparent. Il peut aussi être réel. Le but c\u0026rsquo;est de savoir les distinguer.\nL\u0026rsquo;aversion ou le dégoût # L\u0026rsquo;aversion ou le dégoût nous donne l\u0026rsquo;énergie de fuir le mal. Rappel : le mal en question peut être apparent ou réel. L\u0026rsquo;énergie nous permet de fuir le mal. Est-ce que le dégoût varie en fonction des personnes. Réponse : oui et non.\nOui, dans le sens où nous avons tous une personnalité différente. Nous avons donc des spécificités personnelles qui ne sont valables que pour notre âme et notre corps. Non dans le sens où nous partageons aussi une nature commune avec les autres membres de notre espèce. La douleur et la tristesse # La douleur, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;émotion qui nous avertit qu\u0026rsquo;il y a un mal présent dans notre corps. La tristesse, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;émotion qui nous avertit qu\u0026rsquo;il y a un mal présent pour notre âme. Je rappelle que le mal c\u0026rsquo;est la privation d\u0026rsquo;un bien, donc la tristesse nous donne deux informations. La première information qu\u0026rsquo;elle nous donne, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;il y a une privation. La deuxième information qu\u0026rsquo;elle nous donne c\u0026rsquo;est que c\u0026rsquo;est une privation d\u0026rsquo;un bien, et donc que ce bien était présent auparavant.\nL\u0026rsquo;irascible # L\u0026rsquo;irascible chez Thomas d\u0026rsquo;Aquin désigne l\u0026rsquo;ensemble des émotions qui nous permettent soit de connaître ou de rejoindre un bien difficile à atteindre, soit de connaître et d\u0026rsquo;éviter un mal difficile à combattre. Il y a 5 émotions car la première n\u0026rsquo;est pas une émotion selon Thomas d\u0026rsquo;Aquin. Le premier état, il l\u0026rsquo;appelle le calme, et c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;absence d\u0026rsquo;émotion au sens positif du terme, il n\u0026rsquo;y a ni bien ni mal à l\u0026rsquo;horizon. Les 5 autres états sont quant à eux des émotions :\nL\u0026rsquo;espoir ; L\u0026rsquo;audace ; La peur ou la crainte ; Le désespoir ; La colère. L\u0026rsquo;espoir # L\u0026rsquo;espoir, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;émotion qui nous avertit de la présence d\u0026rsquo;un bien difficile à atteindre. Thomas d\u0026rsquo;Aquin parle de bien ardu. La vertu qui est chargée de modérer et de fortifier l\u0026rsquo;espoir en nous, c\u0026rsquo;est la magnanimité, qui étymologiquement désigne la grandeur d\u0026rsquo;âme.\nL\u0026rsquo;audace # L\u0026rsquo;audace, c\u0026rsquo;est une passion qui nous donne l\u0026rsquo;énergie pour affronter les maux futurs qui nous empêchent d\u0026rsquo;atteindre un bien. L\u0026rsquo;audace se distingue de l\u0026rsquo;espoir en ceci qu\u0026rsquo;elle nous permet d\u0026rsquo;affronter les obstacles alors que l\u0026rsquo;espoir vise un bien ardu. La vertu qui fortifie l\u0026rsquo;audace, c\u0026rsquo;est le courage ou la force. N\u0026rsquo;oublions pas que les maux en question doivent être des maux réels et non des maux apparents. Sinon on se bat contre des moulins à vents (voir Don Quichotte).\nLa crainte ou la peur # C\u0026rsquo;est une émotion qui nous avertit de la présence d\u0026rsquo;un mal futur pour nous éviter de connaître la douleur ou la tristesse. Encore faut-il que ce mal futur soit réel, sinon la peur peut nous paralyser ou nous empêcher de prendre la bonne direction.\nLe désespoir # C\u0026rsquo;est une émotion qui nous avertit que le mal qui s\u0026rsquo;annonce est trop grand pour réussir à l\u0026rsquo;affronter. La difficulté est au-dessus de nos forces. Le désespoir est légitime quand le mal annoncé est réel. Il est illégitime quand c\u0026rsquo;est notre imagination qui nous joue des tours. Comme toujours, c\u0026rsquo;est notre intelligence, et non pas notre sensibilité ou notre imagination, qui nous dira si ce mal est réel ou non.\nLa colère # La colère est une émotion qui nous avertit de la présence d\u0026rsquo;un mal actuel difficile à vivre. Encore faut-il vérifier que ce mal est réel et non pas imaginaire ou apparent.\nBon ordre de nos facultés # Je rappelle qu\u0026rsquo;il existe un bon ordre d\u0026rsquo;utilisation de nos facultés. Le voici :\nUtiliser toujours en priorité l\u0026rsquo;intelligence, parce que c\u0026rsquo;est la faculté qui nous permet de connaître le réel tel qu\u0026rsquo;il est. Or nous ne vivons pas dans notre imagination ou dans nos désirs, mais dans le réel. En second, on place toujours la volonté, car c\u0026rsquo;est elle qui a le pouvoir de placer l\u0026rsquo;intelligence en 1. La sensibilité se place toujours après l\u0026rsquo;intelligence et la volonté, car nos émotions peuvent se tromper, et leur intensité peut être en décalage complet avec la situation présente. En revanche, il est bon que l\u0026rsquo;intelligence tienne compte des émotions, même si c\u0026rsquo;est pour en définitive les rejeter dans certaines circonstances. Il est bon de ne pas oublier l\u0026rsquo;imagination, mais à condition qu\u0026rsquo;elle soit en dernière place. L\u0026rsquo;imagination bien utilisée permet d\u0026rsquo;avoir une vision d\u0026rsquo;ensemble de la situation. Compléments # Pour ceux qui préfèrent les mindmaps, vous pourrez les trouver dans mon cours pour les terminales en cliquant sur l\u0026rsquo;image suivante :\nLes émotions peuvent-elles entraver notre pensée ? 19 août 2025\u0026middot;878 mots\u0026middot;5 mins PhiloTerm Bonheur Liberté Raison ","date":"16 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/pathos/","section":"Articles","summary":"","title":"Le pathos dans le triangle rhétorique","type":"articles"},{"content":"","date":"5 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/bo%C3%A8ce/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Boèce","type":"philosophes"},{"content":"","date":"5 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/series/la-personne/","section":"Series","summary":"","title":"La Personne","type":"series"},{"content":"Ce cours est réalisé à partir du livre d’Emmanuel Housset intitulé La vocation de la personne, aux éditions PUF Épiméthée 2007, précisément le chapitre V.\nL’homme comme être de frontière # À l\u0026rsquo;occasion de ce cours nous reverrons ou nous anticiperons des données du cours sur l\u0026rsquo;âme et le corps.\nThomas d’Aquin réussit à montrer que le terme de personne « tient ensemble la double dimension de la subsistance propre et du don de soi ». Grâce à une reprise de la pensée aristotélicienne enrichie par la tradition biblique, il décrit la personne humaine comme un être de frontière. L’homme n’est ni un ange ni un simple animal. Il n’est pas un ange car il est totalement corporel. Il n’est pas un simple animal car il est totalement spirituel, c\u0026rsquo;est-à-dire totalement intelligent. Je rappelle que les anciens grecs désignaient les esprits par l\u0026rsquo;expression intelligences séparées.\nL’homme est un être de frontière car il est en même temps totalement corporel et totalement spirituel. Thomas d’Aquin donne toute sa force à l’unité de la personne humaine en affirmant l’unité foncière de l’âme et du corps. En reprenant la notion de forme à Aristote, il permet de penser l’âme humaine comme forme spirituelle du corps, et permet ainsi de libérer notre représentation de l’union de l’âme et du corps comme étant accidentelle. L’âme et le corps sont intimement unis dès le départ, dès la conception, car l’âme humaine n’est rien d’autre que la forme du corps humain, c’est-à-dire cette puissance formatrice qui rassemble les différents atomes qui composent l’ensemble de notre corps. Cette puissance formatrice est spirituelle car\nintellectuelle. Elle est donnée directement par Dieu à l’instant même de la conception, et c’est elle qui ordonne l’ensemble du composé matériel humain.\nDifférence avec la pensée gnostique # La personne humaine n’est donc plus pensée comme chez Platon ou chez les gnostiques comme un esprit qui s’incarne dans un corps qui aurait une constitution indépendante, un peu comme si le corps n’était qu’un simple véhicule passager. La personne humaine est une unité indissociable d’une âme spirituelle qui informe un corps matériel. Le fait que cette âme spirituelle puisse subsister après la mort ne change pas le fait que le terme de personne ne s’applique qu’au composé humain, c’est-à-dire à l’union de l’âme et du corps considérés. Le corps en question qui constitue notre personne est soit notre corps actuel, soit notre futur corps glorieux. Dans l’attente de son corps glorieux, l’âme subsistante ne peut pas à proprement parler être appeler une personne humaine. Dire cela n’épuise évidemment pas l’épaisseur du mystère.\nLa personne humaine est donc le seul être de frontière car elle est la seule créature qui est à la fois matérielle et spirituelle. Pour Thomas d’Aquin, les animaux n’ont pas d’esprit même s’ils ont une âme immatérielle non spirituelle et les anges ne sont que spirituels, ils n’ont pas de corps même s’ils peuvent semble-t-il prendre l’apparence d’un corps en contrôlant la matière à un niveau sans doute sub-atomique (mais nos connaissances en ce domaine sont très limitées). Le livre de référence actuel à ce sujet est le livre du père Jean-Baptiste Golfier intitulé Tactiques du diable et délivrances aux éditions Artège Le Thielleux.\nC’est aussi un être de frontière dans le sens où en tant qu’esprit, l’homme est toujours en relation avec Dieu. Emmanuel Housset le développe particulièrement dans la partie de son livre consacré à la notion de relation subsistante qui est constitutive de la notion de personne chez Thomas d’Aquin. Ainsi, la philosophie moderne qui aboutit à la définition kantienne de la personne comme fin en soi, et qui parle surtout de la personne en termes de conscience de soi, de droit, d’égalité et de propriété, ou comme d’un étant ayant conscience de lui-même et possédant des droits et des devoirs, oublie complètement la définition de Thomas d’Aquin.\nVocation et identité d\u0026rsquo;exode # Emmanuel Housset insiste sur ce point. Chez Thomas d’Aquin, toute personne humaine est une vocation qui s’accomplit dans sa chair. Il utilise aussi l’expression d’ipséité d’exode de la personne charnelle. L’homme est un être de frontière dans le sens où il n’est jamais totalement séparé de son créateur. Son intelligence le relie naturellement et en permanence à son créateur, même si l’homme peut refuser de raviver ce lien. Ravivant ce lien, la personne humaine chemine vers la promesse d’une pleine activation du dialogue amoureux avec son Créateur. Au contraire, la conception moderne de la personne humaine fait d’elle un être totalement solitaire, coupé de Dieu.\nApproche juridique et approche biblique de la personne # Emmanuel Housset désigne la conception moderne de la personne humaine par l’expression : l’approche juridique de la personne humaine. Il désigne la conception thomiste de la personne humaine par l’expression : l’approche biblique de la personne humaine. Cela ne veut pas dire que la conception moderne ne nous apprend rien sur la personne humaine, mais cela veut dire que cette approche manque forcément quelque chose d’essentiel à toute personne humaine. Le rejet de la pensée thomiste au profit d’une pensée kantienne ou néo-kantienne conduit inévitablement à la perte d’une dimension essentielle de la personne.\nUne autre donnée importante qui nous vient de Thomas d’Aquin, et qui vient enrichir notre connaissance de toute personne humaine, c’est que l’âme humaine forme du corps est individuellement intelligente, personnelle et immortelle. C’est vers 1270 dans le livre 2 de la Somme contre les Gentils, que saint Thomas va pleinement soutenir que l’intellect est forme du corps et donc qu’il est par nature uni au corps de l’homme.\nCependant, il est difficile de savoir si nous avons bien pris la mesure à l’époque et dans les siècles suivants de l’ampleur de cette affirmation. L’intellect est la forme substantielle du corps humain, ou pour le dire autrement, c’est son principe animateur et organisateur. Cela veut dire aussi que l’intellect humain est individué en lui-même. Le principe intelligent de chaque être humain est unique et se distingue de celui des autres humains. Notre intelligence propre est unique, comme nous sommes unique. Il n’existe pas une intelligence identique pour tous les hommes à laquelle chaque homme participerait. Il y a autant d’intelligences humaines que d’êtres humains.\nImportance de la syndérèse # Cependant comme toute intelligence humaine est éclairée naturellement par la lumière de la syndérèse, elle est capable d’éclairer la réalité qu’elle appréhende d’une lumière personnelle qui prend sa source dans des principes communs. Ainsi des êtres intelligents d’une intelligence à chaque fois unique et propre à chacun, sont capables de retrouver les principes logiques communs grâce à cette syndérèse qui les maintient en permanence en lien avec l’intelligence divine.\nPour en savoir plus sur la notion de syndérèse, je vous invite à prendre le temps de regarder mon cours sur la conscience que vous trouverez ici :\nNotre conscience peut-elle être éclairée ? 21 octobre 2025\u0026middot;Mis à jour : 12 novembre 2025\u0026middot;3429 mots\u0026middot;17 mins PhiloTerm Conscience Justice Œuvre Mystère de l\u0026rsquo;âme intellectuelle # De même l\u0026rsquo;une des conséquences d\u0026rsquo;avoir une âme intellectuelle, c\u0026rsquo;est que notre intelligence ne saurait se réduire au fonctionnement de notre cerveau. Les recherches récentes concernant l\u0026rsquo;intelligence émotionnelle montrent d\u0026rsquo;ailleurs que notre « deuxième cerveau », c\u0026rsquo;est-à-dire l\u0026rsquo;ensemble des neurones qui entourent nos intestins, aurait un rôle essentiel dans notre fonctionnement émotionnel. Or ce « deuxième cerveau » semble influencé par la plus ou moins grande harmonie règnant dans notre microbiote intra-intestinal. Ces recherches biologiques récentes montrent que notre intelligence ne serait donc pas seulement logée dans notre cerveau. La conception de Thomas d\u0026rsquo;Aquin va cependant encore plus loin, elle envisage l\u0026rsquo;intelligence comme étant la force animatrice de l\u0026rsquo;ensemble de notre corps et pas seulement la forme animatrice de notre système nerveux.\nÉvidemment cela reste encore éminemment mystérieux pour nous. Cependant, la notion même de code génétique devrait pourtant nous interroger. Comment un code génétique pourrait exister sans être intelligent. Tout informaticien sait qu\u0026rsquo;un code informatique est intelligent et ne peux exister sans avoir à sa source une ou plusieurs intelligences. Croyez-vous vraiment que le code génétique est moins complexe que le code informatique d\u0026rsquo;une application ?\nLa notion même de code devrait interroger nos frères en humanité qui se disent athées ou agnostiques.\nIndividuation et incarnation # Importance de la résurrection du Christ # La résurrection du Christ vient bouleverser complètement la représentation que l’homme se faisait de son propre corps. Le fait que Thomas d’Aquin rejette la conception substantialiste de l’âme, c’est-à-dire la conception qui fait de l’âme une substance, pour affirmer que c’est le composé corps-âme qui est une substance, vient modifier la représentation que l’homme pouvait se faire de son propre corps. La singularité d’un être humain, c’est-à-dire le fait que cet être humain est singulier et unique, n’est pas une individuation et une limitation par la matière d’une espèce humaine qui s’incarnerait dans tel corps particulier. La singularité d’un être humain est une singularité à la fois du corps et de l’âme.\nPour Thomas d’Aquin l’individuation, qui est un ensemble d’actes communs à l’âme et au corps, commence avec l’union de l’âme humaine avec la matière signée de l’ovule fécondé, et se fait par l’histoire et par la liberté de la personne humaine.\nNotion de matière signée # Cette notion de matière signée nous fait évidemment pensé aujourd’hui à la rencontre de l’ADN maternel et de l’ADN paternel. Mais le problème est plus complexe car, le reste de la matière apporté par l’ovule est aussi signé, je pense particulièrement à l’ADN mitochondrial, qui nous viendrait d’une ancêtre commune à tous les hommes et qui fait que les scientifiques eux-mêmes parlent de l’Ève mitochondriale (comme ils parlent aussi de l’Adam Y-chromosomique). Ce qui est amusant quand on lit ce que disent les scientifiques à ce sujet, c’est qu’ils précisent toujours que cela n’a rien à voir avec la référence biblique, tout en oubliant de préciser que les découvertes récentes viennent rendre scientifiquement possible la narration biblique…\nL’âme humaine n’est pas une substance individuelle, disions-nous, mais elle est cependant subsistante et c’est elle qui communique au corps l’être qui lui est propre. L’âme intellective est donc bien la forme substantielle unique qui assure l’unité de la personne humaine, qui fait l’unité de l’âme et du corps. Emmanuel Housset cite alors Gilles Emery : « la corporéité de l’homme c’est son âme intellective », Nova et Vetera, 2000/2, p. 68. Il n’y donc pas 3 âmes en l’homme comme le pensent certains commentateurs de Thomas d’Aquin, mais une seule âme. C’est l’âme intellectuelle qui assure les fonctions sensitives et nutritives (végétatives) du corps humain. La référence thomiste concernant cette affirmation qu’il n’y a qu’une seule âme en l’homme qui assure les fonctions intellectives, sensitives et nutritives (végétatives), se trouve dans son commentaire du traité de l’âme d’Aristote p.130 de la traduction française réalisée par Jean-Marie Vernier, et les références pour retrouver le texte latin sont 412a15-412a22. Je donne ces précisions pour ceux qui croiraient un peu trop facilement certains commentateurs qui sur-interprètent le texte originelle de Thomas d\u0026rsquo;Aquin.\nLe mode de connaissance que l’homme peut donc avoir du monde et de lui-même est donc un mode de connaissance lié à notre corps. L’âme intellective connaît le monde et se connaît elle-même par l’intermédiaire de ses sens. Elle peut connaître les principes de la raison et les principes moraux par l’intermédiaire de la syndérèse mais c’est à peu près tout. Pour le dire autrement, pour Thomas d’Aquin, l’être humain ne possède pas du tout le même mode d’intellection que celui des anges. Pour parler en termes bergsoniens nous pourrions dire que l’homme possède très peu d’intuition (à la différence d’ailleurs de ce que Bergson croyait lui-même). En termes thomistes, on pourrait dire que l’homme est bien plus raisonnable qu’intelligent, son intelligence est ridiculement réduite par rapport à celle des anges.\nL\u0026rsquo;erreur d\u0026rsquo;une représentation angélique de la personne humaine # Dans son livre, 3 réformateurs, Jacques Maritain remarquera d’ailleurs que lorsque René Descartes définit l’intelligence humaine, il confond l’intelligence humaine avec l’intelligence angélique. Ou pour le dire autrement, la manière dont René Descartes définit l’intelligence humaine correspond à la manière dont la scolastique décrivait l’intelligence angélique. Nous pourrions en déduire que Descartes était peut-être sous l’influence d’un Malin Génie, et c’est vrai que ce que la tradition appelle les songes de Descartes pourrait nous le laisser accroire, mais évidemment c’est invérifiable, et de plus, cette interprétation est peu appréciée par les spécialistes actuels de Descartes.\nRevenons maintenant sur la distinction entre l’ange et l’être humain. Voilà ce que nous dit Emmanuel Housset p. 169 :\n« En effet, à la différence de l’ange qui a une intellection directe de l’individu, la personne humaine peu seulement atteindre les universaux et n’a qu’une intellection indirecte et donc imparfaite de l’individu, y compris de sa propre individualité. Pour saint Thomas, il appartient à l’essence de la personne humaine que sa singularité ne lui soit pas directement donnée à voir, et cela parce que la connaissance de soi n’est pas la fin de la vie humaine. La personne ne s’individue vraiment par liberté qu’en se portant vers son principe et donc en se transcendant vers ce qui n’est pas elle, et on peut se demander si la thèse d’une intellection directe de soi n’est pas ce qui conduit à la perte de la transcendance de la personne et ainsi à l’oubli du sens d’être de la personne. »\nImportance de la liberté de qualité pour notre identité d\u0026rsquo;exode # C’est donc par son incarnation et par sa liberté que l’homme réalise son individualité. L’individuation humaine n’est pas séparable de son corps, pas seulement de son corps donné, mais de son corps agissant, c’est-à-dire de son corps agissant librement. Pour le dire autrement, nous devenons nous-mêmes par notre corps et par nos choix libres. Il n’y a pas une individualité déjà existante qu’il me faudrait connaître, je suis une individualité qui se déploie par les actes de mon corps.\nCette individualité qui se déploie, quand on a compris grâce à Servais Pinckaers que la liberté de qualité diffère de la liberté d’indifférence, peut se déployer en s’éloignant d’elle-même, en s’aliénant peu à peu par les choix qu’elle pose. Elle peut aussi se déployer en épanouissant le potentiel qui lui est déjà donné en choisissant délibérément la liberté de qualité. Ainsi devenir vraiment nous même dans cette identité d’exode dont parle tant Emmanuel Housset, consiste à choisir en âme et conscience de développer notre liberté de qualité.\nLe rôle des vertus dans l\u0026rsquo;identité d\u0026rsquo;exode # Ce qu’Emmanuel Housset ne met pas assez en évidence dans son livre quand il parle de la pensée de Thomas d’Aquin, c’est que cette liberté, liberté définie comme liberté de qualité, ne peut se réaliser que par le développement des vertus. Autant Thomas d’Aquin développe longuement dans ses livres l’importance des vertus, autant il y a presque un silence complet sur ce thème chez Emmanuel Housset. C’est dommage. C’est pourquoi je vous recommande de prendre le temps de lire Servais Pinckaers et Josef Pieper au sujet de la vision thomiste des vertus humaines. Ce qui me rassure, c’est que vous avez des cours de théologie morale qui devrait vous équiper sur la pensée de Thomas d’Aquin concernant le lien entre liberté de qualité et développement des vertus. Le livre référence de Josef Pieper à ce sujet s\u0026rsquo;intitule Le Quadrige.\nQuand Emmanuel Housset dit p. 170 que « la liberté de l’homme est sa façon d’assumer un double pâtir : celui de l’intellection et celui du sentir », il oublie de préciser que cette façon d’assumer peut se faire soit en développant ses vertus soit en laissant grandir les vices. Par le développement des vertus, l’homme devient toujours plus lui-même, c’est-à-dire ce que Dieu de toute éternité a voulu qu’il devienne, par le développement des vices, l’homme finit petit à petit par s’aliéner.\nEn revanche, j’approuve complètement ce qu’il dit p. 173 :\n« la distinction entre les hommes n’est ni une simple distinction entre les corps, ni une simple distinction entre les intellects, mais c’est une distinction entre les singuliers qui agissent ».\nIl ajoute p. 174 :\n« la personnalité, qui est une perfection de la créature, est ce qui peut advenir en accomplissant sa liberté dans une existence incarnée ».\nCette manière de décrire ce que peut être la personne humaine et ce que peut devenir notre personnalité me semble en effet correspondre complètement à ce que dit Thomas d’Aquin. Je crois cependant que ce serait encore plus compréhensible d’intégrer l’importance des développement de nos vertus dans ce processus d’individuation. C’est être plus fidèle à Thomas d’Aquin que de témoigner de l’importance qu’il accorde au développement des vertus. Penser la liberté de qualité sans penser en même temps l’importance des vertus, me semble en effet impossible.\nLa définition de la personne # Défintion de la personne chez Boèce # Grâce à tout ce que dit Emmanuel Housset, même s’il oublie de parler de l’importance des vertus, nous pouvons donc réussir à distinguer la définition de la personne humaine chez Boèce de celle donnée par Thomas d’Aquin. Cette distinction n’est pas facile à faire car en latin, elle s’exprime par les mêmes mots. Si nous traduisons la définition latine de la personne chez Boèce, nous obtenons, si nous ne prenons garde, la même formulation que nous trouvons dans certaines traductions de la définition latine de Thomas d’Aquin, c’est-à-dire : substance individuelle de nature rationnelle.\nPourtant, à certains moments Emmanuel Housset traduit différemment, et nous trouvons parfois des traductions différentes en fonction des éditions française de la Somme de Théologie. Nous trouvons parfois, non pas substance individuelle de nature rationnelle mais substance individuelle de nature raisonnable. En français les traducteurs échangent souvent les adjectifs rationnel et raisonnable comme s’ils étaient équivalents. Ainsi, ils peuvent commencer par utiliser l’adjectif raisonnable et continuer ensuite en revenant à l’adjectif rationnel.\nDéfinition de la personne chez Thomas d\u0026rsquo;Aquin # Je crois qu’il y a là à la fois une erreur et une heureuse trouvaille, une erreur quand on confond les 2, une heureuse trouvaille quand on traduit le latin en mettant raisonnable pour la formule de Thomas d’Aquin, et rationnel pour la formule de Boèce.\nCela permet de mieux comprendre pourquoi Emmanuel Housset peut dire p. 174 :\n« La personne n’est pas un individu doué de raison (Boèce) mais elle est ce qui devient un individu par l’acte de penser et de vouloir ».\nIl ajoute quelques lignes plus loin :\n« la substantialité de la personne ne doit plus être considérée comme la permanence d’un substrat, mais comme le maintient volontaire d’un acte d’intellection, qui est aussi une tâche d’incarnation ».\nCette dernière phrase n’est pas forcément claire par elle-même. Je la comprends en considérant la différence entre l’adjectif rationnel et l’adjectif raisonnable. Par rationnel, on entend souvent doué de raison, lié à l’utilisation de la raison. Par raisonnable, on ajoute à l’adjectif rationnel, le sens moral, le sens de l’action tournée vers le bien. Quand on demande à quelqu’un d’être rationnel, on lui demande d’utiliser sa raison, de réfléchir. Quand on lui demande d’être raisonnable, on lui demande non seulement de réfléchir, mais d’agir de manière ajusté au réel, d’agir de manière juste. L’adjectif raisonnable permet d’intégrer, il me semble, la dimension morale donc vertueuse, dans la référence à la raison.\nEn mettant l\u0026rsquo;accent sur une définition de la personne chez Thomas d\u0026rsquo;Aquin qui pourrait se retenir aisément par la formule substance individuelle de nature raisonnable, il me semble que nous sommes fidèle aux paroles de Jésus rapportées par Matthieu dans son évangile au chapitre 6, verset 33 :\n« Cherchez d\u0026rsquo;abord le royaume de Dieu et sa justice et tout cela vous sera donné par surcroit. N\u0026rsquo;ayez pas donc point de souci du lendemain, le lendemain aura aura souci de lui-même : à chaque jour suffit sa peine ».\nIl me semble que c\u0026rsquo;est cela la véritable identité d\u0026rsquo;exode qui nous permet de développer notre moi fondamental : c\u0026rsquo;est la recherche constante aujourd\u0026rsquo;hui de l\u0026rsquo;incarnation dans notre vie de la justice là où nous sommes. Or la justice, le fait de rendre à chacun selon son dû, ne peut pas être réalisée sans vertu de justice ni sans les autres vertus. Le développement des vertus est donc la condition sine qua non du développement de notre véritable personnalité. Une fois que nous avons compris cela, nous comprenons pourquoi Thomas d\u0026rsquo;Aquin consacre autant de temps dans ses livres à développer sa réflexion sur les vertus.\n","date":"5 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/personne-aquinas/","section":"Articles","summary":"","title":"La personne chez Thomas d'Aquin","type":"articles"},{"content":" Introduction # Aristote n’envisage pas la rhétorique comme son maître Platon. Platon est toujours négatif quand il aborde la rhétorique, tandis qu’Aristote est nuancé. Il a été l’élève de Platon à l\u0026rsquo;Académie, la tradition nous dit qu’il a même été son meilleur élève. En revanche, il n’a pas pu prendre la suite de Platon à la tête de l’Académie car il n’était pas athénien, il était macédonien. Il va donc créer une autre école : le Lycée.\nAristote est l’inventeur de la science qu’on appelle la rhétorique. Il est le premier à en faire la synthèse et à systématiser son étude. La rhétorique est la science qui donne tout son pouvoir au langage. Cette science, comme toute autre science, peut être au service du bien comme au service du mal. Pour synthétiser la pensée d’Aristote à ce sujet, nous montrerons que la rhétorique doit tenir compte de 3 grandes catégories que nous pouvons appeler, en reprenant les expressions grecques :\nLe logos, qui désigne l’utilisation de l’intelligence, la raison, la logique, le raisonnement, c’est-à-dire tout ce qui relève de la démonstration ; Le pathos, qui désigne l’ensemble de notre sensibilité, c’est-à-dire nos passions, nos émotions, nos sentiments ; L’éthos, qui représente normalement l\u0026rsquo;ensemble des bonnes actions, c\u0026rsquo;est-à-dire les valeurs et les vertus. Avant de présenter ces 3 catégories une à une, il est utile d\u0026rsquo;avoir une représentation d\u0026rsquo;ensemble que vous trouverez dans la mindmap suivante.\nMindmap sur le triangle rhétorique # Le logos # Distinction paralogisme et sophisme # Le logos désigne tout ce qui relève de l’utilisation de notre faculté que l’on appelle l’intelligence ou la raison. Quand cette utilisation est au service du bien et de la vérité, alors on utilise des syllogismes dialectiques valides et vrais. Quand cette utilisation est soit naïve soit sophistique, on utilise soit des paralogismes, soit sophismes.\nOn appelle paralogisme, une erreur involontaire de raisonnement. On utilise incorrectement des syllogismes, mais comme on ne connaît de construction des syllogismes, soient nos syllogismes sont invalides, soit ils sont faux. On appelle sophisme, l’erreur volontaire réalisée par le sophiste dans son raisonnement pour manipuler son public.\nLe syllogisme # Prenons un exemple célèbre de syllogisme :\nTous les hommes sont mortels ; Or Socrate est un homme ; Donc Socrate est mortel. Le syllogisme, c’est la forme de raisonnement la plus simple, la moins complexe. C’est le « lego » de base de nos raisonnements. Il est constitué toujours de 3 propositions. Les deux premières s’appellent des prémisses. La dernière s’appelle la conclusion. Sur toutes ces questions-là le manuel de référence, c’est celui du philosophe américain Peter Kreeft intitulé Socratic Logic.\nPour que le syllogisme soit valide, il faut que sa structure formelle respecte les règles de la logique, c’est-à-dire les règles qui caractérisent les 3 opérations de l’intelligence. Pour que le syllogisme soit vrai, il faut en plus que les deux prémisses soient vraies. Cela demande évidemment de savoir faire la différence entre la vérité et la validité.\nLa vérité relève de la deuxième opération de l’intelligence, qu’on appelle le jugement. La validité relève de la troisième opération de l’intelligence, qu’on appelle le raisonnement. Évidemment ces 2 opérations supposent d’avoir réussi au préalable la première opération de l’intelligence, qu’on appelle la simple appréhension.\nDéfinition de la vérité # La vérité c’est la correspondance de notre pensée avec le réel qu’elle prétend décrire. Par exemple, je peux soutenir que « le crayon que je vous présente est noir ». Cette affirmation n\u0026rsquo;est vraie que si le crayon que je tiens effectivement dans la main est réellement noir. Ce qu\u0026rsquo;il faut retenir c\u0026rsquo;est que la vérité ne caractérise que certains de nos jugements, les jugements vrais, mais pas nos simples appréhensions. En revanche, comme les raisonnements sont composés de jugements, elle peut les caractériser aussi.\nDéfinition de la validité # La validité ne caractérise que nos raisonnements, elle ne caractérise pas nos jugements ni nos simples appréhensions. C’est la préservation de la vérité. Ceci veut dire que si les prémisses sont vraies alors la conclusion l’est aussi. Un syllogisme valide c’est un syllogisme qui préserve la vérité. Un syllogisme invalide, c\u0026rsquo;est un syllogisme qui ne préserve pas la vérité, car sa structure comporte une faiblesse.\nLes 3 opérations de l’intelligence # Pour comprendre ce qui précède, il faut comprendre que notre intelligence est capable de réaliser 3 grandes catégories d\u0026rsquo;opérations. Voici ces 3 catégories.\nLa simple appréhension qui nous donne des concepts et qui est capable de les définir ; Le jugement qui affirme ou nie une propriété, une caractéristique à propos d’une chose. Le raisonnement qui déduit à partir de deux prémisses vraies une conclusion vraie. Cours sur les 3 opérations de l\u0026rsquo;intelligence # Vous trouverez plus de détails sur le fonctionnement de l\u0026rsquo;intelligence dans ce cours :\nL'homme n'est-il qu'un animal ? 21 août 2025\u0026middot;2642 mots\u0026middot;13 mins PhiloTerm HLP Première Langage Nature Raison Science Vérité ","date":"5 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/rhetorique/","section":"Articles","summary":"","title":"Le triangle rhétorique","type":"articles"},{"content":"","date":"5 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/personne/","section":"Tags","summary":"","title":"Personne","type":"tags"},{"content":"","date":"5 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/peter-kreeft/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Peter Kreeft","type":"philosophes"},{"content":"","date":"5 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/platon/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Platon","type":"philosophes"},{"content":"","date":"5 novembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/servais-pinckaers/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Servais Pinckaers","type":"philosophes"},{"content":" Introduction # Pour compléter notre cours sur la conscience ainsi que pour préparer la découverte de l\u0026rsquo;Œuvre Philosophique que nous étudierons cette année, c\u0026rsquo;est-à-dire Considérations Morales de Hannah Arendt, je recopie dans cet article une partie d\u0026rsquo;un cours que j\u0026rsquo;ai donné à mes étudiants. Ceux qui seraient intéressés pourront accéder à ce cours en cliquant sur l\u0026rsquo;image suivante :\nL'apport de saint Augustin au concept de personne 1 octobre 2025\u0026middot;7034 mots\u0026middot;34 mins Séminaire Conscience Consciousness Crainte Personne Spirale Mimétique Dans ce cours qui porte sur le concept de personne, je montre qu\u0026rsquo;Hannah Arendt nous permet de valoriser l\u0026rsquo;importance du dialogue intérieur pour fortifier notre conscience afin qu\u0026rsquo;elle évite de sombrer dans la banalité du mal. Comme ce dialogue intérieur est l\u0026rsquo;une des possibilités-mêmes offertes par notre conscience, il me semblait important de vous le faire connaître à l\u0026rsquo;occasion du cours sur la conscience.\nHannah Arendt et Considérations Morales # Dans son livre Considérations Morales, Hannah Arendt médite sur deux propositions que Platon met dans la bouche de Socrate dans son dialogue le Gorgias :\n« Mieux vaut être traité injustement que de commettre un tort. »\n« Mieux vaudrait pour moi que ma lyre ou qu’un chœur sous ma direction donne des sons discordants ou des accords faux, et qu’une multitude d’hommes soit en désaccord avec moi, plutôt que moi, étant un, sois en disharmonie avec moi-même et me contredise.\nÉvidemment, ces deux propositions s’opposent radicalement à ce que Thucydide (-460, -400 ou -395) pouvait dire dans son livre La guerre du Péloponnèse :\n« Les forts font ce qu’ils peuvent et les faibles subissent ce qu’ils doivent subir. »\nSelon Hannah Arendt, il n’existe qu’un seul passage dans toute la littérature grecque qui rejoint ce que dit Socrate. On le trouve dans l’un des rares fragments que nous avons de Démocrite (-460, -370), le fragment B45 :\n« Plus malheureux que celui que l’on traite injustement est le malfaiteur. »\nCela montre à quel point ce que pouvait dire Socrate pouvait surprendre dans sa Grèce natale. C’est à partir de cette innovation socratique qu’Hannah Arendt va mettre en évidence une spécificité de notre conscience qui est d’être capable d’instaurer un dialogue intérieur où nous pouvons soit être l’ami de nous-mêmes ou au contraire être notre propre ennemi. Être amis de nous-mêmes signifie alors que lorsque nous rentrons seul chez nous, nous sommes heureux de nous retrouver avec nous-mêmes, nous nous sentons en présence d’une personne digne d’être connue, digne d’être côtoyée. Tout se passe donc comme si dans l’unité de nous-même nous étions capable de nous dédoubler, pour rendre possible cette relation d’amitié de nous-mêmes avec nous-mêmes.\nOr si nous commettons l’injustice, quand nous rentrons seul le soir chez nous, nous nous retrouvons avec cette personne injuste que nous sommes devenue. Et, comme cette personne, c’est nous-même, nous ne pouvons pas nous séparer d’elle et devons donc subir sa présence, notre présence. On comprend bien alors pourquoi il vaut mieux subir l’injustice que la commettre. En subissant une injustice, nous nous retrouvons le soir avec la victime, nous pouvons compatir avec elle. Nous ne nous retrouvons pas avec l’injuste. À l\u0026rsquo;inverse, en commettant l’injustice, nous nous retrouvons le soir avec l’injuste et nous devons subir sa présence.\nLa distinction conscience et consciousness en elle-même # De ces considérations, Hannah Arendt en déduit qu’il est possible grâce à Socrate de distinguer en nous-même deux types de conscience :\nUne conscience qu’elle désigne par le mot anglais conscience ; Un autre type de conscience qu’elle désigne par le mot anglais consciousness. Malheureusement, en français nous n’avons qu’un seul mot pour traduire ces deux mots anglais. Il n’est donc pas facile dans notre langue de distinguer cette dualité originaire en nous-même.\nIl me semble qu’il est possible de distinguer ainsi les deux concepts qu’elle nous propose :\nLe mot conscience ici désigne plutôt ce que la tradition appelle la conscience morale, c’est elle qui est censée nous dire ce que nous devons faire et ce que nous devons éviter, « c’était la voix de Dieu avant qu’elle ne devienne le lumen naturale ou la raison pratique kantienne », comme elle nous le dit. La consciousness dont elle parle, n’est pas prescriptive. Elle représente plutôt cette sorte de témoin que nous sommes pour nous-même, témoin qui sait ce que nous faisons et ce que nous désirons, avec qui nous pouvons dialoguer silencieusement. De l’importance de penser # Hannah Arendt en déduit que justement penser, c’est oser ce dialogue silencieux permis par la consciousness. Ce que l’injuste craint le plus, c’est justement de se retrouver avec ce témoin.\nC’est pourquoi l’injuste refuse de penser. L’injuste va mettre en place à l’intérieur de lui-même une stratégie de fuite de la pensée. Il va se tourner exclusivement vers la réalisation de ses désirs et s’il dialogue alors intimement avec lui ce ne sera que pour déterminer les meilleurs moyens à mettre en œuvre pour réaliser ses désirs, ce sera un faux dialogue.\nIl refusera d’interroger ses désirs, il préférera choisir l’excitation des désirs intenses plutôt que le risque du renoncement à ses désirs auquel le dialogue silencieux peut aboutir. L’excitation des désirs joue alors un rôle comparable aux anesthésiques : en refusant le dialogue silencieux rendu possible par la consciousness, il anesthésie sa conscience morale.\nPour le dire autrement, la consciousness désignant cette capacité proprement humaine de nous dédoubler à l’intérieur de nous-même est la capacité qui rend possible le dialogue silencieux intérieur. Elle est aussi la condition préalable de toute conscience morale. C\u0026rsquo;est dire son importance !\nL’amitié avec soi # Pour que ce dialogue silencieux intérieur puisse se faire, encore faut-il que je sois l’ami de moi-même, encore faut-il que je sois en harmonie avec moi-même. L’exigence de justice, n’est pas seulement une exigence morale, c’est une exigence qui permet de respecter qui je suis, c’est une exigence qui permet de respecter ma dignité d’être humain, en sauvegardant cette capacité proprement humaine de dialoguer intérieurement, c’est-à-dire de penser.\nDanger du taedium sui # On peut imaginer que le taedium sui, le dégoût de soi, vient empêcher ce dialogue silencieux. Pour réussir à prendre le temps de dialoguer intérieurement, il est sans doute préférable de ne pas être dégoûté de soi. Cet absence de dégoût de soi suppose un haut degré de moralité, c\u0026rsquo;est-à-dire le fait de choisir la justice dans le quotidien de nos actions.\nElle peut aussi venir d\u0026rsquo;une force qui nous a permis de nous pardonner à nous-mêmes d\u0026rsquo;avoir fait le mal. On peut imaginer qu\u0026rsquo;il est difficile d\u0026rsquo;apprendre à se pardonner à soi-même sans avoir d\u0026rsquo;abord été pardonné par une tierce personne. Cela permet de mieux comprendre à quel point le pardon est si important. C’est l’acte gratuit qui peut permettre à une personne de se réconcilier avec elle-même afin qu’elle soit à nouveau capable de dialoguer silencieusement avec elle-même. Et ce faisant, elle redevient à nouveau capable d’être juste !\nDe l’importance du dialogue silencieux intérieur # Hannah Arendt voit dans ce dialogue silencieux intérieur de soi à soi, la solution qui peut nous permettre d\u0026rsquo;éviter ce qu\u0026rsquo;elle désigne par l\u0026rsquo;expression banalité du mal. En effet, sans ce dialogue silencieux, la faculté de juger ne peut pas s\u0026rsquo;exercer correctement. La faculté de juger et la faculté de penser, bien que différentes, sont liées. La faculté de juger a besoin de la faculté de penser pour s\u0026rsquo;exercer. Ainsi, renoncer à exercer la faculté de penser entraîne le renoncement à l\u0026rsquo;exercice de la faculté de juger. C\u0026rsquo;est sans doute ainsi que les plus grandes atrocités ont pu voir le jour au XXème siècle et particulièrement celle de la Shoah pour laquelle Hannah Arendt est si sensible. Pour résumer tout cela, il suffit de lire ce qu’elle dit à la fin de Considérations morales :\n« La faculté de juger les cas particuliers (découverte par Kant), l\u0026rsquo;aptitude à dire « c\u0026rsquo;est mal », « c\u0026rsquo;est beau », etc., n\u0026rsquo;est pas la même chose que la faculté de penser. La pensée a affaire à des invisibles, des représentations d\u0026rsquo;objets absents ; le jugement se préoccupe toujours de particuliers et d\u0026rsquo;objets proches. Mais les deux sont reliés de la même façon que la consciousness et la conscience. Si la pensée, le deux-en-un du dialogue silencieux, actualise la différence au sein de notre identité, que connaît la consciousness, et donc fait de la conscience son sous-produit, alors le jugement, le sous-produit de l\u0026rsquo;effet libérateur de la pensée, réalise la pensée, la rend manifeste au monde des apparences où je ne suis jamais seul et toujours trop occupé pour pouvoir penser. La manifestation du vent de la pensée n\u0026rsquo;est pas la connaissance ; c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;aptitude à discerner le bien du mal, le beau du laid. Et ceci peut bien prévenir des catastrophes, tout au moins pour moi-même, dans les rares moments où les cartes sont sur table. »\n","date":"28 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/consciousness/","section":"Articles","summary":"","title":"Conscience et Consciousness chez Hannah Arendt","type":"articles"},{"content":"","date":"28 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/d%C3%A9mocrite/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Démocrite","type":"philosophes"},{"content":"","date":"28 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/%C5%93uvre/","section":"Tags","summary":"","title":"Œuvre","type":"tags"},{"content":"","date":"28 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/socrate/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Socrate","type":"philosophes"},{"content":" Définition de la gnomê # La Gnomê est une vertu potentielle de la vertu de prudence. Cela veut dire que c\u0026rsquo;est une force morale que nous pouvons développer qui permet d\u0026rsquo;améliorer la vertu de prudence. Cependant, si nous n\u0026rsquo;avons pas cette vertu, la plupart du temps, nous pouvons quand même réussir à être prudent. Il y a cependant une exception à cette affirmation, car dans les moments où les événements deviennent de plus en plus chaotiques et imprévisibles, sans Gnomê la prudence devient impossible.\nLa Gnomê consiste dans une hypersensibilité aux changements qui se produisent dans le réel. C\u0026rsquo;est une hypersensibilité du sens de l\u0026rsquo;observation, une grande attention aux nouveautés. La plupart du temps nous vivons dans un monde relativement stable où les règles du passées valent pour le temps présent et semblent valoir pour les temps futurs. Mais voilà, le monde change et évolue, et parfois il évolue plus vite que ce que la plupart des gens arrivent à discerner. C\u0026rsquo;est d\u0026rsquo;autant plus vrai dans un monde où il y a une accélération des progrès technologiques. De nombreuses personnes n\u0026rsquo;arrivent pas à suivre les impacts des changements technologiques sur les croyances humaines et sur la conception du pouvoir de domination. Ils interprètent les données du réels avec le prisme déformant de ce qui était valable dans le passé.\nLanceur d\u0026rsquo;alerte ≠ complotiste # C\u0026rsquo;est là que les lanceurs d\u0026rsquo;alerte sont si importants. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;appellation contemporaine de ce que les anciens désignaient par hommes prudents possédant la Gnomê. Évidemment, il ne faut pas confondre la Gnomê avec la paranoïa, ou la tendance à être complotiste (c\u0026rsquo;est-à-dire à voir des complots là où il n\u0026rsquo;y a que la complexité du réel). Ce sont 2 choses complètement différentes. La Gnomê regarde avec observation fine le réel tel qu\u0026rsquo;il est en cherchant l\u0026rsquo;objectivité. Le complotiste interprète le réel avec son imagination et ses peurs.\nCelui qui possède la Gnomê ou qui essaie d\u0026rsquo;accroître sa Gnomê, travaille sérieusement en faisant une vraie recherche pour discerner les nouveautés qui apparaissent dans le réel dans lequel il vit. Il confronte les avis divergents et discerne les nouveautés réelles qui apparaissent. Le complotiste, simplifie la complexité du réel pour l\u0026rsquo;interpréter à l\u0026rsquo;aide d\u0026rsquo;une idéologie, il ne travaille pas, il se raconte des histoires.\nExemple historique # Nous avons heureusement un exemple historique dans notre histoire de France, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;exemple de Charles de Gaulle qui a osé se mettre en désaccord avec son maître et protecteur, Philippe Pétain. En regardant attentivement l\u0026rsquo;évolution de la mécanisation des armes, il avait pris conscience que les anciennes tactiques militaires deviendraient inefficaces. Il conseillait donc, contre les avis de son vieux maître et de ses disciples, de créer une armée de métier avec un corps spécialisé dans les blindés. Son maître a préféré croire qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;était finalement qu\u0026rsquo;un ambitieux qui cherchait à accroître sa propre réputation et lui a donc retiré son soutien. On connaît la suite de l\u0026rsquo;histoire : De Gaulle avait vu juste, et la France a perdu face aux blindés nazis.\nActualité de la gnomê # Qu\u0026rsquo;en est-il aujourd\u0026rsquo;hui ? Croyez-vous que les français d\u0026rsquo;aujourd\u0026rsquo;hui seraient capables d\u0026rsquo;écouter les lanceurs d\u0026rsquo;alerte ? Ou croyez-vous que comme dans les années 30, les lanceurs d\u0026rsquo;alerte seraient plutôt déconsidérés et traités de complotistes (nouveau mot fourre-tout à la mode) ?\nWinston Churchill disait que la seule leçon que nous pouvions tirer de l\u0026rsquo;histoire c\u0026rsquo;est que les hommes sont incapables de tenir compte des leçons de l\u0026rsquo;histoire. Par constat réaliste, il est à craindre que Churchill n\u0026rsquo;ait raison.\nQuel lycéen actuel prendrait ou trouverait le temps de lire les derniers livres des philosophes Olivier Rey, Fabrice Hadjadj, ou Éric Sadin, ou ceux de la sociologue Shoshana Zuboff, qui analysent dans le détail les évolutions technologiques liées au transhumanisme, à l\u0026rsquo;intelligence artificielle et au Big Data ? Pourtant, ils mettent en évidence les impacts que ces technologies ont sur le concept de domination. Sans doute très peu, non ? Et avec les mauvaises nouvelles du monde, les différentes crises économiques et politiques, la guerre en Ukraine, à Gaza, et la crise énergétique, ne croyez-vous pas que le déni et les médisances contre les lanceurs d\u0026rsquo;alerte risquent plutôt d\u0026rsquo;augmenter ? Et si, en plus, via les réseaux sociaux, de véritables complotistes diffusaient des histoires abracadabrantes, ne croyez-vous pas que la confusion entre lanceurs d\u0026rsquo;alerte véritables et complotistes deviendrait alors monnaie courante ?\nRisque des médisances interprétatives et des dénis # En effet, les médisances interprétatives et le déni des dangers réels sont plus faciles à réaliser que le travail de recherche pour vérifier que ce que disent les lanceurs d\u0026rsquo;alerte est fondé, surtout si ce qu\u0026rsquo;ils disent augmente le sentiment d\u0026rsquo;impuissance face aux dangers. Par ailleurs, les médisances et le déni sont souvent faciles à partager et la puissance du nombre vient souvent faire croire que s\u0026rsquo;ils sont partagés, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;ils sont vrais, comme si la vérité était fonction du nombre de personne qui la proclame ! Il est en effet plus difficile de partager une analyse de la réalité car cette dernière passant par la démonstration patiente et précise demande beaucoup plus de temps pour être lue et comprise. Les médisances et le déni peuvent se dire en très peu de mots. Avec la mode des courts messages, ils sont donc plus facilement partageables.\nJe crains donc que nos contemporains manquent malheureusement d\u0026rsquo;amour pour la Gnomê. Pourtant, dans les moments où l\u0026rsquo;imprévisibilité des actions humaines augmente, la Gnomê est l\u0026rsquo;une des forces morales dont nous avons besoin. Il est bon que nous nous encouragions à la développer.\n","date":"25 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/gnome/","section":"Articles","summary":"","title":"La Gnomê","type":"articles"},{"content":"","date":"21 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/blaise-pascal/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Blaise Pascal","type":"philosophes"},{"content":"","date":"21 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/cic%C3%A9ron/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Cicéron","type":"philosophes"},{"content":"","date":"21 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/dietrich-von-hildebrand/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Dietrich Von Hildebrand","type":"philosophes"},{"content":" Introduction # Notre conscience, pour avoir une connaissance juste du réel ou pour avoir une connaissance juste concernant la bonté ou la méchanceté de nos actes, a besoin d\u0026rsquo;être éclairée par des principes clairs. C\u0026rsquo;est justement le rôle que joue en nous ce que Thomas d\u0026rsquo;Aquin appelle la syndérèse. Pour répondre à la question de ce cours, il faut donc d\u0026rsquo;abord bien comprendre ce qu\u0026rsquo;est cette syndérèse.\nLa syndérèse est pour lui l\u0026rsquo;étincelle de la conscience ou encore la fine pointe de l\u0026rsquo;âme. C\u0026rsquo;est la partie de notre âme qui veille sur elle. Il semble que ce soit pour lui la fine pointe de notre intelligence. Cependant, il pourrait être bon de compléter ce qu\u0026rsquo;il dit par les réflexions de Blaise Pascal et de Dietrich von Hildebrand en indiquant qu\u0026rsquo;une autre faculté qu\u0026rsquo;ils appellent le cœur pourrait être aussi la source de la syndérèse. Nous verrons ces apports à la fin de ce cours. Commençons d\u0026rsquo;abord par préciser le sens du mot syndérèse.\nLe mot syndérèse vient du grec syntêrêsis qui veut dire : conserver, garder avec soin. Cicéron traduira ce terme grec par le latin conservatio qui désigne l\u0026rsquo;action de conserver. Chez lui, il désigne la loi primordiale selon laquelle tout être tend à vivre conformément à sa nature.\nPour Thomas d\u0026rsquo;Aquin la syndérèse est un habitus naturel. En utilisant le terme grec qui est à l\u0026rsquo;origine du terme latin habitus, on dirait une « èxis » naturelle. Par ce terme d\u0026rsquo;habitus, il faut entendre, une aisance à agir présente en nous. Par naturel, il faut entendre que cette aisance à agir n\u0026rsquo;a pas besoin de se développer, elle est déjà donnée avec notre propre nature. Elle n\u0026rsquo;a pas besoin d\u0026rsquo;être acquise, elle est déjà présente.\nTout être humain possède cette syndérèse. Dans la Somme de Théologie, première partie, question 79 article 12, Thomas d\u0026rsquo;Aquin nous dit à son sujet :\nC\u0026rsquo;est un habitus « qui nous incite au bien et murmure contre le mal ».\nPrécisément, voilà ce qu\u0026rsquo;il dit :\n« C\u0026rsquo;est pourquoi l\u0026rsquo;on dit que la syndérèse incite au bien, et proteste contre le mal, lorsque nous nous mettons, à l\u0026rsquo;aide des premiers principes pratiques, à la recherche de ce qu\u0026rsquo;il faut faire, et que nous jugeons ce que nous avons trouvé. »\nLa syndérèse est donc ce qui nous donne la connaissance des premiers principes pratiques et elle se manifeste en nous incitant à faire le bien ou en murmurant contre le mal. Le problème n\u0026rsquo;est donc pas la présence ou l\u0026rsquo;absence de syndérèse, le problème c\u0026rsquo;est plutôt de réussir à l\u0026rsquo;écouter. J\u0026rsquo;ai délibérément retouché la traduction française que l\u0026rsquo;on trouve habituellement pour être plus fidèle au latin en choisissant le verbe murmurer qui se trouve bien dans le texte latin. La syndérèse n\u0026rsquo;est pas forcément une voix tonitruante. C\u0026rsquo;est bien plutôt un murmure. Cela veut dire qu\u0026rsquo;il nous faut faire un effort d\u0026rsquo;attention pour l\u0026rsquo;écouter.\nL\u0026rsquo;enjeu de cette notion de syndérèse est important. En effet, comprendre le rôle de la syndérèse et les difficultés que nous pouvoir avoir à écouter ce qu\u0026rsquo;elle nous dit, permet de comprendre où se trouve la source du mal. Une fois que nous avons bien compris quelles étaient les origines du mal, il est plus facile d\u0026rsquo;éviter de le faire. En effet, notre conscience morale est la connaissance que nous avons du bien ou du mal de nos actions. Pour que cette connaissance soit véritable, il faut qu\u0026rsquo;elle réussisse à suivre les conseils donnés par la syndérèse. Si elle n\u0026rsquo;arrive pas à suivre ses conseils, elle confondra bien réel et bien apparent, mal réel et mal apparent.\n3 questions concernant la syndérèse # Dans son livre De Veritate, exactement à la question XVI, Thomas d\u0026rsquo;Aquin va se poser trois questions supplémentaires concernant la syndérèse. Voyons maintenant ces trois questions et les réponses qu\u0026rsquo;il nous donne.\nLa syndérèse est-elle une puissance ou un habitus ? # Selon lui, c\u0026rsquo;est une connaissance de la vérité dans le domaine pratique qui se fait sans recherche. Elle est naturellement présente en l\u0026rsquo;homme comme semence de toute connaissance qui va en découler. Elle est donc présente sous la forme d\u0026rsquo;un habitus afin que l\u0026rsquo;homme puisse l\u0026rsquo;avoir sous la main dès qu\u0026rsquo;il en a besoin. Ce n\u0026rsquo;est donc pas une puissance, un potentiel, mais un habitus, c\u0026rsquo;est-à-dire une aisance à agir déjà acquise.\nLa syndérèse peut-elle se tromper ? # Selon lui, elle est le principe permanent qui résiste à tout mal et consent à tout bien. Elle ne peut donc pas se tromper. En revanche, dans l\u0026rsquo;application des principes donnés par elle, notre conscience peut se tromper. Ce n\u0026rsquo;est pas la syndérèse qui se trompe, c\u0026rsquo;est notre utilisation de cette syndérèse par notre volonté et notre intelligence qui peut se tromper. Notre conscience peut mal appliquer ce que lui dit la syndérèse de manière générale quand elle vise des actions particulières. Elle peut manquer d\u0026rsquo;attention au murmure de la syndérèse et se laisser influencer par des émotions, des désirs, des interprétations imaginatives.\nCe n\u0026rsquo;est donc pas la syndérèse qui se trompe, mais notre conscience par défaut d\u0026rsquo;attention.\nCela peut venir d\u0026rsquo;une mauvaise utilisation de notre intelligence dans l\u0026rsquo;application des premiers principes pratiques en raison d\u0026rsquo;une mauvaise utilisation des trois opérations de notre intelligence. Nous faisons soit une erreur de conception, soit une erreur de jugement, soit une erreur de raisonnement. Cela peut aussi venir d\u0026rsquo;une mauvaise utilisation de notre volonté parce que celle-ci n\u0026rsquo;est pas assez fortifiée par les vertus afin d\u0026rsquo;avoir la force suffisante pour appliquer dans la vie concrète ces premiers principes. Il peut donc y avoir deux catégories de défaillance : une défaillance de notre intelligence et une défaillance de notre volonté.\nLa syndérèse peut-elle s\u0026rsquo;éteindre dans une personne ? # Selon Thomas d\u0026rsquo;Aquin le verbe éteindre peut avoir deux sens :\nLa lumière que représente la syndérèse peut disparaître ; Cette lumière n\u0026rsquo;arrive plus à éclairer correctement notre action. Pour lui, la lumière de la syndérèse ne peut pas disparaître car elle appartient à la nature-même de l\u0026rsquo;âme humaine. C\u0026rsquo;est par elle que l\u0026rsquo;âme humaine est dite intelligente (plus encore que rationnelle ou raisonnable). Elle ne peut donc pas s\u0026rsquo;éteindre dans ce sens là. Car si c\u0026rsquo;était le cas, cela voudrait dire que l\u0026rsquo;homme aurait perdu sa nature humaine !\nQuelque part le sens commun comprend cela en partie quand il nous dit que tels actes sont des actes inhumains. Certains actes ne sont pas dignes de la nature humaine. Cependant, ce sens commun se trompe quand il croit que les humains qui font ces actes inhumains cessent par là-même d\u0026rsquo;être humains. Ils restent humains au sens noble du terme car ils restent capables de renoncer à leurs atrocités. Cela ne veut pas dire, malheureusement, qu\u0026rsquo;ils y renonceront, mais ils en restent cependant capables.\nCependant, la lumière de la syndérèse peut aussi ne plus réussir à éclairer nos actes car des entraves l\u0026rsquo;empêchent de jouer son rôle. Pour lui, il y a alors deux possibilités :\nLa personne humaine n\u0026rsquo;arrive plus à suivre sa lumière : Par perte du libre arbitre, par exemple à cause de la folie ; Par perte de l\u0026rsquo;usage de la raison, par exemple à cause d\u0026rsquo;une lésion au cerveau. La personne humaine met en veilleuse sa syndérèse quand : Elle est emportée par une passion trop forte, une passion ardente ; Elle a laissé grandir en elle un habitus mauvais, c\u0026rsquo;est-à-dire un vice ; Elle croit en de faux raisonnements ou de mauvaises persuasions. Les entraves à la syndérèse # La syndérèse étant donnée par notre nature humaine, nous devrions être capable de faire le bien. Cependant, il n\u0026rsquo;est pas difficile de constater que nous faisons malheureusement le mal beaucoup trop souvent. La présence des entraves à la syndérèse permet de comprendre d\u0026rsquo;où peut venir cette incapacité à réaliser le bien. Il est donc nécessaire de bien comprendre ce qui se passe en nous. En effet, si nous n\u0026rsquo;arrivons pas à suivre les conseils de la syndérèse, ce ne sont pas seulement nos actes vis-à-vis des autres qui peuvent être mauvais, ce sont aussi nos actes vis-à-vis de nous-mêmes. Plus encore, ce n\u0026rsquo;est pas seulement notre conscience morale qui peut se tromper, mais c\u0026rsquo;est aussi notre conscience psychologique.\nPour le dire autrement, les entraves à la syndérèse viennent fausser nos juments moraux mais aussi nos jugements de connaissance. À cause d\u0026rsquo;elles, nous pouvons nous écarter de notre véritable identité personnelle, nous pouvons suivre des chemins d\u0026rsquo;aliénation. Il peut donc être utile de mieux visualiser ce qui se passe.\nParmi ces entraves, le ressentiment représente un cas à part qui est malheureusement assez peu connu. Les deux philosophes qui ont le plus contribué à mettre en évidence le fonctionnement du ressentiment sont les philosophes allemands Fiedrich Nietzsche (1844, 1900) et Max Scheler (1874, 1928). Nous prendrons le temps dans notre prochain cours de présenter ce sentiment très particulier qui vient fausser notre conscience aussi bien au niveau psychologique qu\u0026rsquo;au niveau moral.\nLa vertu de prudence # Nous aurons l\u0026rsquo;occasion de revenir sur la vertu de prudence dans notre cours sur le bonheur. Cependant comme c\u0026rsquo;est la force morale qui nous permet de bien discerner ce qu\u0026rsquo;il nous faut faire pour réaliser le bien dans ce monde, il semble tout à fait légitime de prendre le temps dans ce cours sur la conscience de commencer à la présenter. Par rapport à la question posée dans ce cours, c\u0026rsquo;est justement la vertu de prudence qui va nous donner la force morale nous permettant d\u0026rsquo;écouter la syndérèse et donc de faire en sorte que notre conscience soit éclairée. Sans vertu de prudence, malheureusement, les entraves à la syndérèse risque fort de l\u0026rsquo;emporter.\nDéfinition # La prudence se définit comme étant la force morale permettant d\u0026rsquo;appliquer la droite règle des actions à faire. Cette droite règle nous est donnée par la syndérèse. Un homme prudent agit avec le désir de faire le bien et ce de manière intelligente. En grec ancien, le mot prudence se disait phronésis. Il peut à la fois se traduire par le mot prudence mais aussi par l\u0026rsquo;expression intelligence pratique. Cela nous permet de retenir que la prudence, c\u0026rsquo;est la force morale qui permet d\u0026rsquo;utiliser notre intelligence dans tous les domaines de nos actions humaines.\nLes 3 actes de la prudence # Thomas d\u0026rsquo;Aquin est précis quand il analyse la vertu de prudence. Il nous dit qu\u0026rsquo;elle comporte toujours 3 actes et qu\u0026rsquo;il ne faut en négliger aucun. Voici ces 3 actes :\nLe conseil qui commence la délibération et auquel la délibération peut revenir si nécessaire ; Le jugement pratique qui termine la délibération ; L\u0026rsquo;Imperium ou le commandement qui préside à l\u0026rsquo;exécution de la chose décidée. La crainte filiale # Dans la mindmap ci-dessus, la notion de crainte filiale n\u0026rsquo;est pas si évidente à comprendre. Pour bien la comprendre, il faut déjà réussir à bien distinguer le mal de peine du mal de faute. Voici cette distinction :\nUne fois que l\u0026rsquo;on a compris cette distinction, il est plus facile de comprendre les distinctions que Jean de Saint Thomas réalise entre les différentes craintes :\nLes parties intégrantes et potentielles de la prudence # La vertu de prudence comporte selon Thomas d\u0026rsquo;Aquin plusieurs parties. Il distingue deux sortes de parties, les parties intégrantes qui sont nécessaires à l\u0026rsquo;existence de la vertu de prudence, et les parties potentielles qui peuvent ne pas être présentes mais qui améliorent cependant son fonctionnement. Par exemple, quand nous construisons une maison, ses parties intégrantes sont les fondations, les murs et le toit. Les parties potentielles de la maison, seraient alors les toilettes ou la climatisation. Une maison n\u0026rsquo;a pas besoin d\u0026rsquo;avoir des toilettes intérieures pour être une maison, mais c\u0026rsquo;est quand même plus confortable d\u0026rsquo;en avoir. Voici dans les deux mindmaps suivantes, les parties intégrantes et les parties potentielles de la prudence :\nLa Gnomê # La partie potentielle de la prudence que Thomas d\u0026rsquo;Aquin appelle gnomê, est fort utile dans notre époque d\u0026rsquo;accélération du développement technologique. Cependant, elle n\u0026rsquo;est que rarement présentée. Pour ceux qui aimeraient en savoir plus à son sujet, voici un petit article sur la gnomê.\nLa Gnomê 25 octobre 2025\u0026middot;923 mots\u0026middot;5 mins PhiloTerm Conscience Les vices qui s\u0026rsquo;opposent à la prudence # Par ailleurs, il existe des vices qui nous empêchent de développer correctement notre vertu de prudence. Ils viennent accentuer la présence des entraves à la syndérèse et nous poussent alors à faire du mal. Il est donc important de les connaître pour éviter de leur laisser une trop grande part dans notre existence. Les voici :\nLa vertu de justice comme boussole pour notre prudence # La vertu de prudence fournit le Juste Milieu et le Kaïros pour toutes les autres vertus, nous verrons ces notions avec précision dans notre cours sur le bonheur. Elle représente aussi la pleine adéquation aux circonstances. Elle vise le Bien Commun en l\u0026rsquo;orientant vers le Bien Ultime, tout en respectant la hiérarchie des biens. Cependant, sans la vertu de Justice, elle ne serait qu\u0026rsquo;une préparation au bien. C\u0026rsquo;est la vertu de Justice qui réalise et incarne le bien.\nLe « Suum Cuique » # La justice correspond au Suum Cuique. C\u0026rsquo;est le proverbe juridique latin assez connu :\n« Justicia est constans et perpetua voluntas jus Suum Cuique tribuendi ».\nOn peut traduire ce proverbe ainsi :\n« La justice est la ferme et perpétuelle volonté de donner à chacun ce qui lui est dû ».\nOn trouve aussi cette formulation dans Le Quadrige de Josef Pieper :\n« La justice est l\u0026rsquo;habitus en vertu duquel, avec une volonté ferme et constante, on reconnaît à chacun son droit ».\nImportance du Droit Naturel # Avec Josef Pieper on peut faire le constat qu\u0026rsquo;avant la vertu de justice existe ce que l\u0026rsquo;on appelle le droit naturel. Par cette expression, il ne faut surtout pas entendre la loi du plus fort que beaucoup d\u0026rsquo;auteurs semblent reconnaître comme étant l\u0026rsquo;une des lois principales de la nature. Cette prétendue loi du plus fort évacue l\u0026rsquo;existence dans la nature des symbioses et des diverses autres associations comme les coopérations ou les mutualismes, et ne retient que les relations de prédations ou de parasitismes. Cette prétendue « loi du plus fort » généralise abusivement un certain type de comportement entre les espèces, en oubliant les autres types de comportement.\nCe que l\u0026rsquo;on appelle le droit naturel est donc très différent de la loi du plus fort. Le droit naturel repose sur la nature des personnes et des choses concernées. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;idée assez simple à comprendre que la nature d\u0026rsquo;une personne précède le comportement que les autres personnes peuvent avoir sur elle. Cette nature est reçue, elle n\u0026rsquo;est pas fabriquée. Ce n\u0026rsquo;est donc pas l\u0026rsquo;homme qui invente ou fabrique la nature d\u0026rsquo;une personne. La nature d\u0026rsquo;une personne n\u0026rsquo;est donc pas le fruit d\u0026rsquo;une convention humaine, d\u0026rsquo;un vote majoritaire dans une assemblée législative. Elle existe avant toute assemblée, avant toute convention.\nLe code génétique d\u0026rsquo;un être humain qui va permettre l\u0026rsquo;élaboration de cet être humain au cours de l\u0026rsquo;embryogénèse et qui va structurer sa spécificité physiologique, n\u0026rsquo;a pas été décidé par une convention humaine, n\u0026rsquo;a pas été voté lors d\u0026rsquo;une assemblée législative. Il est reçu.\nLa vertu de justice repose sur ce constat qu\u0026rsquo;avant d\u0026rsquo;être une force morale qui rend à chacun son dû, elle est la reconnaissance de cette réception d\u0026rsquo;une nature qu\u0026rsquo;elle se doit de respecter. Refuser de reconnaître cette réception, c\u0026rsquo;est se raconter l\u0026rsquo;histoire que l\u0026rsquo;être humain serait le créateur de lui-même. Cette histoire est soit imaginaire soit pire, mensongère. Elle ne saurait être réaliste. C\u0026rsquo;est pourquoi Josef Pieper rappelle dans son livre Le Quadrige que :\n« Si quelque chose contredit, par soi-même le droit naturel, il ne peut être rendu juste par volonté humaine ! »\nIl le dit à l\u0026rsquo;époque pour s\u0026rsquo;opposer aux lois antisémites mises en place par le « droit » nazi, qui ne reconnaissait pas aux juifs le statut juridique de personne humaine. Cependant ce qu\u0026rsquo;il soutient à l\u0026rsquo;époque est toujours d\u0026rsquo;actualité. Aucune convention humaine ne peut par un vote remettre en question le droit naturel, car la doctrine du droit naturel repose sur le fait même que l\u0026rsquo;homme reçoit une nature qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;a pas lui-même choisi. Toute civilisation qui refuse de reconnaître cela est morbide et est appelée nécessairement à s\u0026rsquo;effondrer à plus ou moins brève échéance puisqu\u0026rsquo;elle nie l\u0026rsquo;existence de la réalité.\nLe « Suum Cuique » est inaliénable # C\u0026rsquo;est pourquoi le Suum Cuique est inaliénable. Cela veut dire que l\u0026rsquo;homme ne peut pas décider légitimement de le retirer. Il peut certes créer des législations qui refusent de reconnaître son existence, mais ces législations aboutissent à l\u0026rsquo;aliénation de l\u0026rsquo;homme. Ce sont donc des législations illégitimes pour lesquelles nous ne sommes pas tenus d\u0026rsquo;obéir en âme et conscience. La force armée qui soutient ces législations peut certes contraindre des personnes à obéir en faisant preuve de violence, mais la force armée ne fait pas la légitimité. Elle peut faire la législation, mais pas la légitimité.\nLa plupart des régimes politiques qui refusent de reconnaître le Suum Cuique ne peuvent le faire qu\u0026rsquo;en forçant le consentement de la conscience. Soit il force le consentement de la conscience par la force brute, la violence, soit il force le consentement de la conscience par la fabrique du consentement. Ce dernier moyen est peut-être encore plus dangereux que la violence car à la différence de la violence, il peut malheureusement anesthésier notre conscience.\nJosef Pieper ajoute en parlant de l\u0026rsquo;inaliénabilité du Suum Cuique :\n« Elle se fonde sur la nature de celui à qui quelque chose est dû. »\nEt, concernant l\u0026rsquo;être humain :\n« Cette nature est d\u0026rsquo;être une personne, c\u0026rsquo;est-à-dire un être spirituel, entier en soi, existant pour soi, en vue de soi et sa propre perfection. »\nC\u0026rsquo;est pourquoi, il ne saurait y avoir de vertu de justice sans reconnaître d\u0026rsquo;abord que tout être humain possède en premier lieu deux biens dus :\nLa vie, qui est son premier bien dû ; La liberté de qualité, qui est son deuxième bien dû. Toute personne, toute institution, qui refusent ces deux biens dus, sont illégitimes. Elles peuvent être puissantes, armées ; elles ne sauraient être légitimes.\nJusticia est ad alterum # Terminons avec ces précisions sur la justice comme vertu que donne Josef Pieper.\nPar l\u0026rsquo;expression latine « Justicia est ad alterum », il faut entendre que la vertu de justice a toujours affaire avec l\u0026rsquo;altérité de l\u0026rsquo;autre, c\u0026rsquo;est-à-dire sa différence personnelle. Elle ne se tourne pas seulement vers l\u0026rsquo;autre en tant que le représentant d\u0026rsquo;une espèce vivante, mais elle se tourne vers l\u0026rsquo;autre en tant qu\u0026rsquo;elle est une personne unique et irremplaçable par cette unicité-même.\nPour le dire autrement, Être juste signifie : accueillir l\u0026rsquo;autre en tant qu\u0026rsquo;autre, accueillir l\u0026rsquo;autre en tant qu\u0026rsquo;il est différent de nous-mêmes. La vertu de justice dit alors par ses actes : « l\u0026rsquo;autre existe, il n\u0026rsquo;est pas comme moi, et il lui revient cependant ce qui lui est sien ».\nAinsi l\u0026rsquo;homme juste n\u0026rsquo;est juste qu\u0026rsquo;en tant qu\u0026rsquo;il confirme l\u0026rsquo;autre dans son altérité et qu\u0026rsquo;il l\u0026rsquo;aide à obtenir ce qui lui revient. C\u0026rsquo;est justement ce que notre conscience morale nous incite à devenir, c\u0026rsquo;est-à-dire à devenir des justes.\nIl est donc finalement facile de reconnaître les justes que nous avons recontrés, en prenant soin de discerner dans l\u0026rsquo;épaisseur du recul temporel. Les justes, ce sont ceux qui nous ont accueillis tels que nous sommes en s\u0026rsquo;émerveillant de notre caractère unique, en visant en permanence notre protection et notre épanouissement personnel, et ce, en respectant toujours notre liberté de qualité.\nDiscernement et liberté intérieure # Pour bien discerner, il est donc bon de développer nos vertus de prudence et de justice. Cela se réalise d\u0026rsquo;autant mieux que nous prenons le temps de penser au sens où l\u0026rsquo;entend Hannah Arendt dans son livre Considérations Morales que vous avez à lire cette année. Pour elle, penser revient à prendre soin d\u0026rsquo;entretenir régulièrement un dialogue intérieur de soi à soi. Pour que ce dialogue intérieur soit harmonieux, il est bon d\u0026rsquo;apprendre à mieux écouter les murmures de notre syndérèse. Ce n\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;à partir de cette écoute que notre liberté intérieure grandit !\nNous pourrions le dire de manière encore plus précise : notre liberté intérieure naît de notre dialogue intérieur qui s\u0026rsquo;accorde régulièrement le temps du silence afin de mieux écouter ce que nous dit notre cœur.\nJe rappelle encore une fois ici que le cœur ne se confond pas comme le pensait Jean-Jacques Rousseau avec les émotions ou les sentiments, mais représente comme le pensait Blaise Pascal, l\u0026rsquo;unité de l\u0026rsquo;ensemble de notre personnalité : intelligence, volonté, sensibilité et imagination.\n","date":"21 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/synderesis/","section":"Articles","summary":"","title":"Notre conscience peut-elle être éclairée ?","type":"articles"},{"content":" Introduction # Il peut paraître surprenant de choisir l\u0026rsquo;image d\u0026rsquo;une biche prenant soin de son faon comme image pour symboliser la conscience. Cependant, il me semble que cette biche joue exactement vis-à-vis de son faon le rôle que notre conscience devrait jouer normalement pour notre personne. La biche protège et prend soin de son faon. C\u0026rsquo;est normalement le rôle que devrait jouer notre conscience à notre égard. Pour bien le comprendre, prenons un peu de hauteur, et essayons de discerner quel est le rôle de notre conscience dans notre vie.\nPour ce faire, il est bon de rappeler qu\u0026rsquo;Aristote soutenait que tous les êtres humains ont le même but dans la vie, c’est d’être heureux. Nous verrons dans le cours sur le bonheur qu’il n’est pas qu’un simple état d’âme mais plutôt un ensemble d’actes de connaissance et d’amour. Par ailleurs, nous avons vu dans nos cours sur la liberté, que la véritable liberté ne consiste pas à rester simplement au niveau du libre-arbitre mais qu’au contraire elle consiste à développer nos vertus pour épanouir notre liberté de qualité. Cette liberté de qualité, c’est la capacité qui nous a été donnée de faire le bien.\nCette liberté de qualité demande de développer la maîtrise de soi, notre liberté intérieure. C’est pourquoi nous avons besoin des vertus pour y arriver. Je vous remets ici la liste des cours sur la liberté, pour aider ceux qui découvriraient directement ce cours sur la conscience sans avoir bien suivi l\u0026rsquo;ordre d\u0026rsquo;exposition prévu :\nNos désirs sont-ils compatibles avec notre liberté ? 7 octobre 2025\u0026middot;2284 mots\u0026middot;11 mins PhiloTerm Liberté Pouvons-nous être libres sans volonté ? 13 octobre 2025\u0026middot;Mis à jour : 3 décembre 2025\u0026middot;4356 mots\u0026middot;21 mins PhiloTerm Devoir Liberté La liberté se réduit-elle à suivre nos émotions ? 15 octobre 2025\u0026middot;1445 mots\u0026middot;7 mins PhiloTerm Liberté Les actes volontaires 14 octobre 2025\u0026middot;Mis à jour : 15 octobre 2025\u0026middot;429 mots\u0026middot;3 mins PhiloTerm Séminaire Liberté Les 4 caractéristiques de nos actions selon Hannah Arendt # Pour comprendre l\u0026rsquo;importance du rôle que notre conscience peut jouer dans notre vie, il est bon de bien comprendre auparavant quelles sont les caractéristiques de nos actions. En effet, si nous voulons être heureux, nous devons agir, et plus précisément agir selon notre liberté de qualité, c\u0026rsquo;est-à-dire bien agir. Attendre sans rien faire, en effet, ne permet que très rarement de développer notre bonheur. Pour bien agir, encore faut-il bien comprendre la profondeur de nos actions, ce qui est loin d\u0026rsquo;être simple. Hannah Arendt peut alors nous aider. Dans son chapitre V, intitulé l’Action, de son livre Condition de l’homme moderne, elle arrive à la conclusion que toutes nos actions possèdent 4 caractéristiques :\nElles comportent toujours une part d’imprévisibilité car il est très difficile de savoir comment les autres vont réagir à nos actions et il est aussi difficile de déterminer toutes leurs conséquences. Cependant il est possible de compenser en partie cette imprévisibilité par nos promesses données et tenues. Par nature, nos actions sont souvent irréversibles. Nous ne pouvons pas revenir en arrière et défaire ce que nous avons fait. Parfois nous pouvons déconstruire ce que nous avons construit, mais les deux processus d’assemblage et de désassemblage demandent de l’énergie que nous ne retrouverons pas en l’état après. De plus, souvent, les conséquences de nos actions restent présentes même si nous aimerions revenir dans le passé. C’est pourquoi nous avons besoin d’apprendre à demander pardon et à pardonner pour limiter les effets négatifs de l’irréversibilité. Nos actions s’inscrivent dans la pluralité humaine. Elle veut dire par là que nos actions ont des conséquences sur les autres être humains. Il nous faut donc tenir compte de ces conséquences quand nous décidons d’agir. Cela complique grandement notre anticipation car il est parfois difficile de comprendre comment les autres vont réagir. Enfin, elle soutient que nous sommes tous puissances de commencements par nos actions. Nous pouvons initier de nouvelles relations, nous pouvons apporter des nouveautés dans notre monde. Nous pouvons prendre comme exemples les amitiés nouvelles que nous pouvons susciter, les amours nouveaux, ainsi que les associations nouvelles. Nous sous-estimons souvent notre puissance de créativité. Nous croyons trop que notre puissance de créativité réside dans nos objets techniques et technologiques en oubliant qu\u0026rsquo;ils sont bien moins importants que la qualité des relations que nous pouvons tisser. Cela ne veut pas dire que nos inventions techniques et technologiques sont inutiles, mais seulement qu\u0026rsquo;il ne faut pas se tromper dans la hiérarchie des valeurs comme nous le rappelerait Robert Spaemann dans son livre Notions fondamentales de morale. Présentation du problème # Il est rare que le bonheur nous soit donné sans que nous ne fassions nous-mêmes quelques efforts. Cela veut dire qu’il nous faut agir dans notre vie pour garantir sa présence actuelle ou future. Nous devons donc choisir, parmi les différentes actions que nous pouvons entreprendre chaque jour, celles qui seront les plus efficaces, les plus efficientes, afin d\u0026rsquo;assurer notre bonheur. Ainsi, nous avons chaque jour de multiples décisions à prendre. Certaines décisions ont assez peu de conséquences dans notre vie mais d’autres peuvent avoir des conséquences qui peuvent engager notre vie future et celle d’autres personnes.\nIl apparaît donc nécessaire de bien trier les possibilités d’action qui s’offrent à nous afin de cheminer sur une route qui conduise réellement au bonheur. L\u0026rsquo;activité qui permet de réaliser ce bon tri, la tradition philosophique le désigne par le concept de discernement. Être véritablement libre, c’est donc avoir la force morale de bien discerner ce qu’il nous faut décider pour réaliser le bien.\nSi nous nous précipitons trop dans nos choix, si nous nous laissons gouverner par nos émotions et nos réactions émotionnelles, les conséquences de nos actes peuvent être néfastes. Et en même temps, si nous remettons toujours à plus tard les choix à faire, de réelles opportunités peuvent nous échapper. Alors comment faire pour que nos décisions soient les bonnes et portent de bons fruits dans notre existence et celles des personnes concernées ?\nRéponse au problème # C’est justement cette activité de notre intelligence que nous désignons par le concept de « conscience » qui nous permet de choisir, de trier, de discerner ce qu’il nous faut faire. La tradition philosophique nous dit que notre conscience fait de bons choix quand elle réussit à écouter la petite voix de la conscience. Cette petite voix de la conscience, Thomas d’Aquin l’appelle la Syndérèse. Or il existe une vertu qui nous permet d’apprendre à bien l’écouter, c’est la vertu de Prudence. Cette vertu s’appuie toujours sur les autres vertus cardinales dont particulièrement la vertu de justice.\nMalheureusement, nous n’arrivons pas toujours à écouter correctement ce que nous dit notre syndérèse. Nous écoutons parfois d’autres voix qui se font plus fortes que la petite voix de notre conscience. Cela peut être la voix d’une émotion en nous, la voix d’un désir intense. Nos actes ne donnent alors pas forcément naissance à des fruits savoureux et parfois même les fruits récoltés sont amers voire empoisonnés ! Nous verrons dans ce cours que notre conscience se trompe malheureusement trop souvent. Nous verrons que les sources de nos erreurs peuvent se trouver dans ce que nous appellerons : les entraves à la syndérèse.\nPour être plus précis, nous nous trompons nous-même dans l\u0026rsquo;utilisation de cette activité intelligente que nous appellons notre conscience. Si nous utilisions bien notre conscience, nous ne nous tromperions pas. Cependant, il n\u0026rsquo;est pas facile de réussir à bien utiliser notre conscience. Des blessures accumulées, voire des brisures, peuvent nous empêcher de bien discerner les décisions à prendre. Sans le savoir nous pouvons être piloté par nos ressentiments.\nAinsi dans ce cours, nous prendrons mieux conscience de l’importance de notre conscience, et nous verrons finalement qu’un bon discernement, c’est le fruit de la vertu de prudence visant la vertu de justice. Cependant, nous verrons aussi que les blessures de la vie peuvent faire obstacles à nos capacités et parfois même au sain développement de nos vertus. Nous suggèrerons alors que sans la force du pardon, il est difficile de guérir de certaines blessures. Mais avant de voir cela, encore faut-il bien comprendre ce qu’est la conscience. La tradition philosophique distingue la conscience psychologique de la conscience morale. C’est ce que nous allons voir maintenant.\nLa conscience psychologique # Référence # Dans la question 79 de la première partie de la Somme Théologique, Thomas d’Aquin, médite sur la nature de l\u0026rsquo;intelligence humaine en se posant 13 questions qu\u0026rsquo;il va traiter dans les 13 articles suivants. Les 11 premières questions ne concernent pas notre objet d\u0026rsquo;étude actuel, en revanche les 2 dernières nous intéressent directement. L\u0026rsquo;article 12 porte sur la syndérèse que nous verrons dans le cours suivant. C\u0026rsquo;est donc plutôt l\u0026rsquo;article 13 de la question 79 qui nous intéresse particulièrement ici.\nDéfinition donnée par Thomas d\u0026rsquo;Aquin # Déjà remarquons que notre conscience, selon Thomas d’Aquin, ne se distingue pas de notre intelligence. Elle est notre intelligence quand elle s\u0026rsquo;applique à la connaissance des choses du monde, à la connaissance des choses intérieures à notre personne, et quand elle s\u0026rsquo;applique à la connaissance du bien et du mal concernant nos actions. La conscience n\u0026rsquo;est donc pas une faculté qui se distingue de notre intelligence. Elle est plutôt une utilisation particulière de notre faculté d\u0026rsquo;intelligence. Tout ce que nous avons dit sur notre intelligence auparavant est donc fort utile pour mieux comprendre ce que représente notre conscience. Vous trouverez le premier cours concernant notre intelligence en cliquant sur la petite image suivante. Comme ce cours fait partie d\u0026rsquo;une série, au début de ce cours vous trouverez aussi la liste des cours faisant partie de la même série.\nL'homme n'est-il qu'un animal ? 21 août 2025\u0026middot;2642 mots\u0026middot;13 mins PhiloTerm HLP Première Langage Nature Raison Science Vérité Si nous méditons cet article 13 de la question 79, il est alors possible d\u0026rsquo;appeler conscience psychologique, l’acte de connaissance qui porte sur l’objet qui nous est donné. Cet objet peut être un objet extérieur, cette table, cette chaise, ou un objet intérieur, cette émotion ou ce sentiment. C’est donc elle qui permet de savoir qu’un objet est bien présent en face de moi, ou qu’une émotion, un sentiment, ou une pensée, sont présents en moi.\nOn parle alors du regard de la conscience. Perdre conscience, signifie alors ne plus savoir ce qui est présent à mes côtés ou en moi. Prendre conscience, à l’inverse, c’est réaliser grâce à un acte d’intelligence et de volonté que quelque chose est présent alors qu’auparavant, par défaut d’attention, nous ne l’avions pas remarqué.\nTexte de Thomas d\u0026rsquo;Aquin # Voici un texte extrait de l\u0026rsquo;article 13 de la question 79 de la Somme de Théologie de Thomas d’Aquin qui permet de mieux comprendre ce que représente la conscience pour lui :\n« À proprement parler, la conscience n\u0026rsquo;est pas une puissance, mais un acte. C\u0026rsquo;est évident d\u0026rsquo;après le nom même, et d\u0026rsquo;après les opérations qu\u0026rsquo;on lui attribue dans le langage usuel. D\u0026rsquo;après le nom d\u0026rsquo;abord, conscience marque le rapport d\u0026rsquo;une connaissance avec quelque chose. En effet conscientia signifie cum alio scientia (connaissance avec un autre). Or l\u0026rsquo;application d\u0026rsquo;une connaissance à quelque autre chose se réalise au moyen d\u0026rsquo;un acte. Donc d\u0026rsquo;après l\u0026rsquo;étymologie même, il est évident que la conscience est un acte. — La même conclusion s\u0026rsquo;impose si l\u0026rsquo;on se réfère aux opérations attribuées à la conscience. L\u0026rsquo;on dit que la conscience atteste, oblige, incite, et encore accuse, reproche ou reprend. Or tout cela procède de l\u0026rsquo;application d\u0026rsquo;une certaine connaissance que nous avons à ce que nous faisons. Ce qui se réalise de trois manières : 1. Lorsque nous reconnaissons que nous avons accompli ou non telle action. Comme dit l\u0026rsquo;Ecclésiaste : « Ta conscience sait que tu as souvent maudit les autres ». Et dans ce sens, l\u0026rsquo;on dit que la conscience atteste. 2. Cette application se fait encore, quand, par notre conscience, nous jugeons qu\u0026rsquo;il faut accomplir ou ne pas accomplir une action. L\u0026rsquo;on dit alors que la conscience incite ou oblige. 3. Lorsque nous jugeons par la conscience que ce qui a été fait, fut bien fait ou non. Et alors l\u0026rsquo;on dit que la conscience excuse, accuse ou reproche. Il est clair que tout cela suit à l\u0026rsquo;application actuelle de notre connaissance à notre action. Aussi, à proprement parler, la consience désigne-t-elle un acte. »\nSources de nos erreurs # Nos erreurs viennent le plus souvent d’un défaut d’attention. Notre attention est captée par des émotions ou des désirs au lieu d’être pilotée par nos vertus de prudence, de justice et de charité ainsi que par nos autres vertus. Nous aurons l\u0026rsquo;occasion d\u0026rsquo;en reparler quand nous verrons les entraves à la syndérèse dans le cours suivant.\nLes degrés de conscience # Notre conscience est donc un acte de connaissance. Cet acte peut porter sur différentes catégories d\u0026rsquo;objets. Soit notre conscience porte sur des objets extérieurs, soit elle se porte sur ce qui se passe en nous, dans notre corps, dans notre âme, et dans notre esprit. Nous pouvons donc à la fois avoir conscience des objets extérieur comme nous pouvoir avoir une conscience intime de nous-mêmes.\nCet acte de connaissance est plus ou moins précis, plus ou moins focalisé. Il consiste à observer et à reconnaître ce qui nous entoure ou ce qui se passe en nous. Cette observation peut se transformer en une plus grande connaissance si nous savons être attentifs et patients. Nous sommes donc plus ou moins conscients de ce qui nous entoure ou de ce que nous sommes. Il y a donc des degrés de conscience comme il y a des degrés de liberté. Mieux nous connaissons ce qui nous entoure, mieux nous nous connaissons nous-mêmes et plus nous sommes conscients.\nLa conscience morale # Définition # Comme le dit Thomas d\u0026rsquo;aquin dans son livre De Veritate dans le premier article de sa question 17, la conscience morale c\u0026rsquo;est « l\u0026rsquo;application de la science à un acte particulier ». Cela correspond à ce que nous avons vu plus haut dans le texte cité, l\u0026rsquo;étymologie même du mot conscientia signifie cum alio scientia, connaissance avec un autre.\nCe qu\u0026rsquo;il faut retenir, c\u0026rsquo;est que l\u0026rsquo;application de la science à un acte particulier est elle-même « acte », elle est même précisément 2 actes qui se succèdent. C\u0026rsquo;est d\u0026rsquo;abord un acte d\u0026rsquo;attention à la règle que nous donne notre intelligence nous disant ce qui est bien et ce qui est mal. Puis, c\u0026rsquo;est ensuite un acte d\u0026rsquo;application de ce que nous dit notre intelligence à ce que nous faisons. Ces 2 actes relèvent de 2 facultés qui doivent fonctionner harmonieusement, l\u0026rsquo;intelligence et la volonté : l\u0026rsquo;intelligence pour pouvoir rester fidèle à la réalité, la volonté pour maintenir notre attention et notre application dans la bonne direction.\nConfusion possible # Quand notre conscience porte attention à la règle que nous donne notre intelligence, on parle de voix de la conscience. La voix de la conscience, c\u0026rsquo;est justement cette voix qui nous indique ce qui bon, ce qui est mal. Malheureusement, notre conscience peut être entravée par de multiples influences. Ainsi nous pouvons confondre deux choses qui se ressemblent :\nLa voix de la conscience = notre conscience morale actuelle ; La petite voix de la conscience = la syndérèse. Cette petite voix de la conscience nous est donnée naturellement. Cependant, elle n\u0026rsquo;est pas si simple à écouter. Si nous n\u0026rsquo;arrivons pas à l\u0026rsquo;écouter nous risquons de confondre un bien apparent avec un bien particulier respectant le bien commun.\nCe n\u0026rsquo;est pas si simple de l\u0026rsquo;écouter car nous pouvons avoir plusieurs voix en nous, et cela ne veut pas dire que nous avons un trouble de la personnalité. Voici les voix possibles :\nIl peut y avoir des voix qui viennent de nos émotions ou de nos désirs. Ceux-ci peuvent d\u0026rsquo;ailleurs être mimétiques et donc ne pas venir réellement de nous. Il peut y avoir des voix qui viennent de pathologies psychiques ou de substances chimiques que nous ferions mieux d\u0026rsquo;éviter (cannabis, LSD, etc.) ; Dans certaines religions, dont le christianisme, on envisage aussi la possibilité que des anges déchus puissent nous influencer en se faisant passer pour notre voix intérieure. Vous pourrez poser des questions à ce sujet dans le cadre des heures de pastorale, mais pas dans le cadre des cours de philosophie, en raison de la loi sur la laïcité. La petite voix de notre conscience, c\u0026rsquo;est-à-dire la syndérèse. En pastorale, vous pourrez découvrir que la tradition chrétienne considère que les motions de Dieu passent par la syndérèse. Nous pourrons parler de la syndérèse en cours de philosophie mais pas des motions de Dieu. L\u0026rsquo;alliance du vrai et du bien # Thomas d\u0026rsquo;aquin précise dans la question 79 de sa Somme de Théologie précisément dans l\u0026rsquo;article 11 de cette question :\n« Le vrai et le bien s’impliquent mutuellement. Car le vrai est un bien, sans quoi il ne serait pas désirable ; et le bien est un vrai, autrement il ne serait pas intelligible.\nDe même donc que l’objet de l’appétit peut être un vrai, considéré comme bien, par exemple, lorsqu’on désire connaître la vérité, — de même l’objet de l’intellect pratique est le bien qui peut être ordonné à l’action, considéré comme vrai.\nL’intellect pratique en effet connaît la vérité, comme l’intellect spéculatif mais il ordonne à l’action cette vérité connue. »\nDe cette remarque nous pouvons en déduire que lorsque notre conscience réussit à écouter la syndérèse, elle est l\u0026rsquo;acte qui réalise en nous l\u0026rsquo;alliance du vrai et du bien. Nous comprenons mieux pourquoi il est important de bien développer notre intelligence pour pouvoir faire le bien. Nous comprenons aussi mieux pourquoi nous avons besoin de développer en nous les vertus de prudence, de justice et de charité à la fois pour mieux connaître le monde qui nous entoure ainsi que les autres personnes, mais aussi afin de mieux nous connaître.\nL\u0026rsquo;harmonie de nos deux facultés que sont l\u0026rsquo;intelligence et la volonté se réalise dans nos actes de conscience lorsque nos vertus intellectuelles et morales sont suffisamment développées. Nous pouvons alors mettre en pratique notre liberté de qualité.\nConclusion # La conscience n\u0026rsquo;est pas une faculté, mais un acte. C\u0026rsquo;est un acte particulier de notre intelligence. Cet acte consiste à prendre connaissance des choses qui nous entourent, des choses que nous vivons intérieurement, et aussi à prendre connaissance du bien et du mal qui concernent nos actions. Sans nos actes de conscience la liberté de qualité est impossible à réaliser. Plus nous refusons de prendre conscience, plus nous risquons de tomber dans la liberté d\u0026rsquo;indifférence et peu à peu nous risquons de perdre même jusqu\u0026rsquo;à notre libre arbitre.\nLa conscience même si elle peut se manifester en nous sous la forme de tiraillements intérieurs, de regrets, voire même de remords, n\u0026rsquo;est pas une mauvaise chose pour nous, bien au contraire. Si nous acceptons d\u0026rsquo;écouter attentivement notre syndérèse, nos remords peuvent même se changer en repentir, et ainsi nous redonner confiance en notre liberté de qualité, c\u0026rsquo;est-à-dire notre puissance à réaliser le bien. Cependant, encore faut-il bien comprendre ce qu\u0026rsquo;est la syndérèse, quelles sont ses entraves et comment se libérer de ses entraves. C\u0026rsquo;est ce que nous allons voir dans le cours suivant.\n","date":"20 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/conscience/","section":"Articles","summary":"","title":"Dans ma vie actuelle ma conscience est-elle éveillée ou entravée ?","type":"articles"},{"content":"","date":"20 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/robert-spaemann/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Robert Spaemann","type":"philosophes"},{"content":"","date":"15 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/guillaume-dockham/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Guillaume D'Ockham","type":"philosophes"},{"content":" Introduction # Nous avançons vers une meilleure compréhension des enjeux liés à la définition de la liberté. Dans les deux cours précédents, nous avons d\u0026rsquo;abord montré qu\u0026rsquo;il ne fallait pas confondre la liberté avec ses faux-amis. Ensuite, nous avons montré combien il était important de correctement définir la notion de volonté. Les philosophes n\u0026rsquo;ont pas forcément tous la même vision concernant la volonté. Les enjeux concrets de ces différentes visions sont importants, à la fois pour notre épanouissement personnel, mais aussi pour notre vie en collectivité.\nGrâce au philosophe Servais Pinckaers qui a enseigné pendant de longues années à l\u0026rsquo;Université de Fribourg en Suisse, nous allons voir qu\u0026rsquo;il est possible de dégager 2 représentations totalement opposées de la liberté. D\u0026rsquo;un côté, il parle de liberté d\u0026rsquo;indifférence qui revient finalement à suivre ses émotions, de l\u0026rsquo;autre de liberté de qualité qui consiste à choisir le bien et donc à développer ses vertus.\nLiberté d\u0026rsquo;indifférence et liberté de qualité # La liberté d\u0026rsquo;indifférence # Servais Pinckaers définit la liberté d\u0026rsquo;indifférence ainsi : ce serait le pouvoir de choisir entre les contraires. Attention, il dit bien contraires et non pas contraintes. Cela revient à dire qu\u0026rsquo;à chaque instant pour qu\u0026rsquo;une personne soit dite « libre », il faudrait qu\u0026rsquo;elle puisse choisir de faire ou de ne pas faire quelque chose, ou encore qu\u0026rsquo;elle puisse choisir de faire le bien ou le mal. Par exemple, celui qui pourrait choisir entre fumer et ne pas fumer, serait alors libre. S\u0026rsquo;il ne pouvait pas choisir de fumer alors il ne serait pas libre.\nLe choix entre le bien et le mal appartiendrait alors à la liberté. Cela reviendrait aussi à soutenir que la liberté relève de la seule volonté. L\u0026rsquo;intelligence ne serait plus mise en premier, ce serait la volonté qui prendrait la première place. Selon Servais Pinckaers, cette conception de la liberté prend son origine dans la philosophie de Guillaume d\u0026rsquo;Ockham. Cela ne veut pas dire que ce dernier pensait vraiment ainsi car chez lui, la volonté de Dieu était encore au-dessus de celle des hommes. Il fallait donc qu\u0026rsquo;ils écoutent ses commandements. Guillaume d\u0026rsquo;Ockham était en effet un moine franciscain et il accordait une place essentielle à la volonté divine.\nCependant, avec le désir du monde moderne de ne plus écouter les commandements de Dieu et de vivre comme si Dieu n\u0026rsquo;existait pas, certains hommes n\u0026rsquo;écoutent plus que leur volonté en mettant leur intelligence au service de cette volonté alors qu\u0026rsquo;elle devrait d\u0026rsquo;abord écouter ce que dit leur intelligence bien éduquée. En effet quand la volonté refuse d\u0026rsquo;être guidée par l\u0026rsquo;intelligence, très souvent elle se retrouve pilotée par les émotions et les sentiments. On tombe dans une sorte d\u0026rsquo;irrationalisme, de sentimentalisme, bref, de ce que la tradition littéraire appelle le romantisme. Il est malheureusement fréquent aujourd\u0026rsquo;hui de rencontrer des personnes qui envisagent la liberté à la manière de la liberté d\u0026rsquo;indifférence, à la manière des romantiques.\nPourtant, René Girard, dans Mensonge romantique et vérité romanesque, montrera combien le romantisme est mensonger et combien il faut revenir au contraire à la puissance de révélation du romanesque. Le romanesque chez René Girard, c\u0026rsquo;est quand l\u0026rsquo;intelligence de l\u0026rsquo;écrivain nous donne à voir les méfaits d\u0026rsquo;une volonté qui suit ses désirs mimétiques. Au contraire, une œuvre est romantique, quand l\u0026rsquo;écrivain nous cache les méfaits d\u0026rsquo;une volonté esclave de ses désirs mimétiques et nous fait croire qu\u0026rsquo;il faudrait même suivre ses désirs pour être heureux : c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;apologie des émotions et des sentiments. Cette apologie malheureusement conduit au mieux au spleen, au pire, à la mort et à la destruction, et presque toujours, de toute façon, à la démesure.\nLes personnes qui choisissent d\u0026rsquo;organiser leur vie avec la liberté d\u0026rsquo;indifférence conseillent souvent aux jeunes de profiter de leur jeunesse. Il faut dire qu\u0026rsquo;en vieillissant ils subissent dans leur vie les conséquences de leurs excès passés et savent par expérience que leur présent est moins agréable que leur passé, c\u0026rsquo;est-à-dire à l\u0026rsquo;époque où ils n\u0026rsquo;avaient pas encore fait de trop mauvais choix. Leurs conseils sont donc de mauvais conseils, ils n\u0026rsquo;ont toujours pas compris que c\u0026rsquo;est justement en évitant la liberté d\u0026rsquo;indifférence et donc en réfléchissant avant d\u0026rsquo;agir qu\u0026rsquo;on prépare un avenir épanouissant. Celui qui profite de sa jeunesse en oubliant son futur risque de vivre un futur terriblement amer.\nLa liberté de qualité # Servais Pinckaers définit la liberté de qualité comme le pouvoir d\u0026rsquo;agir avec qualité et perfection pour le bien. Cela demande un respect de la hiérarchie des biens que nous aurons l\u0026rsquo;occasion d\u0026rsquo;approfondir dans notre cours sur le bonheur et les vertus. Le choix du mal ne fait plus partie de la liberté mais représente plutôt une defficience de la liberté, un manque de force morale permettant d\u0026rsquo;être réellement libre. La véritable liberté relève d\u0026rsquo;une collaboration harmonieuse entre la volonté et l\u0026rsquo;intelligence.\nLa volonté accepte de placer l\u0026rsquo;intelligence en premier car elle a compris que seule l\u0026rsquo;intelligence pouvait lui faire connaître les conséquences de ses choix dans le réel. C\u0026rsquo;est en effet l\u0026rsquo;intelligence qui nous permet de connaître le réel tel qu\u0026rsquo;il est. Si la volonté se met en premier alors nous prenons le risque de méconnaître le réel et donc de faire du mal autour de nous, ou de nous faire mal, voire de faire les deux en même temps.\nLa liberté chez Thomas d\u0026rsquo;Aquin # Thomas d\u0026rsquo;Aquin par rapport à la liberté d\u0026rsquo;indifférence mettrait en évidence son erreur principale : la liberté n\u0026rsquo;est pas le pouvoir de faire le bien ou le mal. Elle ne se réduit pas à cette alternative simpliste.\nIl propose plutôt la définition suivante : la liberté est le pouvoir confié à l\u0026rsquo;homme de chercher le bien et de l\u0026rsquo;accomplir. Elle est aussi le pouvoir concret de considérer la règle de son activité qui lui est donnée par sa conscience morale quand elle suit les conseils de la syndérèse. Cela revient à dire que la véritable liberté, c\u0026rsquo;est le pouvoir de choisir les moyens justes qui vont lui permettre d\u0026rsquo;atteindre le but que sa volonté juste lui donne.\nPour mieux comprendre la définition que Thomas d\u0026rsquo;Aquin nous donne, précisons les choses suivantes :\nLe but recherché par la liberté véritable, c\u0026rsquo;est le bien (Bonum en latin), c\u0026rsquo;est-à-dire le bonheur et la béatitude. Le bonum en latin, mêle les deux sens de l\u0026rsquo;adjectif français bon, que l\u0026rsquo;on trouve dans les expressions, « un homme bon » et « un bon repas » ; Le bien dont il s\u0026rsquo;agit est donc à la fois honnête et savoureux ; Pour être plus précis, il s\u0026rsquo;agit du Bien Commun, c\u0026rsquo;est-à-dire celui qui respecte le bien de tous et le bien de chacun, en respectant aussi le bien ultime de chacun ; Ce but est donné par son intelligence regardant ce qui motive sa volonté ; Par nature, ce but est le bien : c\u0026rsquo;est pourquoi il parlera d\u0026rsquo;inclinations naturelles et d\u0026rsquo;Instinctus Rationis, d\u0026rsquo;une sorte d\u0026rsquo;instinct rationnel ; Le péché, c\u0026rsquo;est-à-dire le fait de se tromper de direction en visant autre chose que le bien, vient alors d\u0026rsquo;un défaut d\u0026rsquo;attention à la bonne règle que l\u0026rsquo;intelligence peut apercevoir si elle est suffisamment attentive ; Le mal prend donc sa source dans une absence d\u0026rsquo;attention. La question est alors de savoir d\u0026rsquo;où peut venir cette absence d\u0026rsquo;attention. Nous en parlerons dans le cours sur la conscience en parlant des entraves à la Syndérèse.\nConclusion : émotions et liberté # Pour être véritablement libres, il ne s\u0026rsquo;agit pas de rejeter toutes nos émotions. Cependant, il ne s\u0026rsquo;agit pas non plus de nous retrouver comme les romantiques : esclaves de nos émotions. Ce qui nous permet d\u0026rsquo;être véritablement libres, c\u0026rsquo;est de rechercher le bien qui correspond au réel tel qu\u0026rsquo;il est, réel de notre propre nature, réel de la nature autour de nous, réel de la nature de chacune des personnes concernées par nos actions.\nC\u0026rsquo;est pourquoi nous avons commencé cette année de philosophie en mettant bien en évidence l\u0026rsquo;importance qu\u0026rsquo;accordait Socrate à la vertu de tempérance. Comme nous le verrons dans notre cours sur le bonheur, il semble en effet très difficile de réussir à épanouir notre véritable personnalité, notre moi fondamental pour parler à la manière d\u0026rsquo;Henri Bergson, sans développer cette vertu qui permet d\u0026rsquo;apprivoiser nos émotions et nos sentiments.\nC\u0026rsquo;est pourquoi aussi dans notre cours sur le bonheur nous prendrons le temps de bien comprendre ce que sont les autres vertus cardinales et ce que désigne précisément ce concept de vertu.\nMindmap synthèse sur la liberté # La mindmap suivante résume la conception de la liberté propre à Servais Pinckaers. Elle permet de bien repérer où se situerait les différentes définitions de la liberté que nous avons vues par rapport à sa distinction entre liberté d\u0026rsquo;indifférence et liberté de qualité.\n","date":"15 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/liberte-qualite/","section":"Articles","summary":"","title":"La liberté se réduit-elle à suivre nos émotions ?","type":"articles"},{"content":"","date":"15 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/series/libert%C3%A9/","section":"Series","summary":"","title":"Liberté","type":"series"},{"content":"","date":"14 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/antonin-dalmace-sertillanges/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Antonin-Dalmace Sertillanges","type":"philosophes"},{"content":"On trouve dans la Somme de Théologie de Thomas d\u0026rsquo;Aquin une analyse très complète de ce qui se passe en nous quand nous posons un acte volontaire. C\u0026rsquo;est un sujet assez complexe qui peut impressionner au départ quand on le découvre pour la première fois. Pourtant, plus j\u0026rsquo;y réfléchis, plus je pense que l\u0026rsquo;on a là une source de compréhension concernant l\u0026rsquo;origine du mal moral, c\u0026rsquo;est-à-dire des actions que nous posons qui entraîne des souffrances chez les autres et chez nous-mêmes.\nCela nous permet aussi de mieux comprendre où se situe notre liberté et comment nous pouvons développer notre liberté de qualité. En m\u0026rsquo;inspirant des commentaires de Servais Pinckaers, d\u0026rsquo;Antonin-Dalmace Sertillanges et des réflexions du philosophe Yves Simon dans son livre Traité du libre arbitre, j\u0026rsquo;ai réalisé une mindmap qui permet d\u0026rsquo;avoir une synthèse de la pensée de Thomas d\u0026rsquo;Aquin concernant le fonctionnement de l\u0026rsquo;acte volontaire chez l\u0026rsquo;être humain.\nCette mindmap est assez complexe et comporte 12 étapes. J\u0026rsquo;ai laissé les appellations latines utilisées par Thomas d\u0026rsquo;Aquin et j\u0026rsquo;ai indiqué les références de la Somme de Théologie (marquée par le symbole ∑). Le latin permet parfois de mieux comprendre ce que la traduction française habituelle manque parfois. Évidemment, sans mes commentaires oraux, ces documents peuvent apparaître difficiles à appréhender. Mais c\u0026rsquo;est déjà un point de départ pour celui qui veut approfondir le sujet.\nJ\u0026rsquo;ajoute à cette mindmap synthétique une série de prises de vue qui permet de mettre en lumière telle ou telle partie de cette carte mentale. Ces prises de vue permettent de mieux comprendre la richesse de la pensée de Thomas d\u0026rsquo;Aquin et surtout son actualité. Les deux dernières prises de vue viennent de l\u0026rsquo;apport fait par Jacques Maritain dans son livre Court traité de l\u0026rsquo;existence et de l\u0026rsquo;existant. Elles permettent de mieux comprendre que ce n\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;à partir de l\u0026rsquo;étape 8 que Thomas d\u0026rsquo;Aquin appelle Electio et que nous pouvons traduire par élection, choix ou décision, que nous entrons dans le domaine du mal moral, c\u0026rsquo;est-à-dire dans le domaine de la privation d\u0026rsquo;un bien dû.\nAuparavant, c\u0026rsquo;est-à-dire dans les étapes 1 à 7, nous n\u0026rsquo;étions pas encore dans une privation mais simplement dans une simple lacune, un simple défaut d\u0026rsquo;attention. Ce défaut d\u0026rsquo;attention, est un défaut d\u0026rsquo;attention à ce que nous suggère la syndérèse.\nVous trouverez des explications dans mon cours sur la conscience, et celui sur les passions de l\u0026rsquo;âme, ainsi que dans la mindmap qui présente les entraves à la syndérèse, que je mets à la fin de cet article.\nLes 11 passions de l'âme 20 août 2025\u0026middot;2688 mots\u0026middot;13 mins PhiloTerm Séminaire Bonheur Liberté ","date":"14 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/actes-volontaires/","section":"Articles","summary":"","title":"Les actes volontaires","type":"articles"},{"content":"","date":"13 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/byung-chul-han/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Byung-Chul Han","type":"philosophes"},{"content":"","date":"13 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/charles-p%C3%A9guy/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Charles Péguy","type":"philosophes"},{"content":"","date":"13 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/devoir/","section":"Tags","summary":"","title":"Devoir","type":"tags"},{"content":"","date":"13 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/emmanuel-kant/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Emmanuel Kant","type":"philosophes"},{"content":" Importance de la volonté # Introduction # La première chose à faire c\u0026rsquo;est de bien comprendre que désirer ou avoir envie ce n\u0026rsquo;est pas la même chose que de vouloir. C\u0026rsquo;est ce que nous avons dit dans notre premier cours sur la liberté. La volonté demande des forces morales et intellectuelles que le désir et l\u0026rsquo;envie ne demandent absolument pas. Cependant, il est bon d\u0026rsquo;être un plus précis encore concernant le fonctionnement de la volonté. C\u0026rsquo;est ce que nous allons voir maintenant grâce au philosophe Henri Bergson quand il enseigne à ses élèves du lycée Henri IV à Paris. Il reprend alors la tradition philosophique qui nous vient d\u0026rsquo;Aristote en passant par Thomas d\u0026rsquo;Aquin, même s\u0026rsquo;il ne les cite pas explicitement.\nConcernant l\u0026rsquo;enseignement du philosophe Henri Bergson, on le distingue souvent de ce qu\u0026rsquo;il dit en tant que philosophe. On distingue parfois Bergson enseignant et Bergson philosophe. Cependant, Bergson développe assez peu la notion de volonté dans son œuvre philosophique et se trouve finalement assez proche de son maître Aristote. Pour le dire autrement, Bergson philosophe et Bergson enseignant quant il s\u0026rsquo;agit de la notion de volonté sont quasi identiques.\nLes 4 opérations de la volonté # Tout processus volontaire passe par au moins 4 étapes, utilise 4 opérations distinctes. En nous disant cela Henri Bergson simplifie grandement ce que Thomas d\u0026rsquo;Aquin disait au XIIIème siècle même si finalement cela reste tout à fait compatible avec sa pensée. Voici ces 4 opérations de la volonté :\nLa conception des motifs ; La délibération ; Le choix ou la décision ; L\u0026rsquo;exécution, ce qui peut correspondre à la notion d\u0026rsquo;imperium chez Thomas d\u0026rsquo;Aquin. La conception des motifs # Henri Bergson appelle motif : « ce qui est capable de mouvoir, et en un certain sens, d\u0026rsquo;émouvoir ». Faire preuve de volonté, c\u0026rsquo;est donc d\u0026rsquo;abord prendre le temps de concevoir les motifs que nous avons, c\u0026rsquo;est-à-dire ce qui nous motive. Voici les différentes forces qui peuvent nous motiver :\nLes émotions et les sentiments ; Particulièrement, les envies, les influences, les désirs ; Les représentations imaginatives qui naissent de notre sensibilité et de notre imagination ; Les raisons d\u0026rsquo;agir qui naissent d\u0026rsquo;un véritable travail de l\u0026rsquo;intelligence. Il est parfois difficile de déterminer nos motifs car :\nLes choses peuvent être confuses en nous ; Clarifier nos motifs prend du temps, il faut avoir le courage de le prendre ; Nous connaissons assez mal nos émotions ; Il est facile de confondre envies, désirs mimétiques et désirs profonds ; Nous n\u0026rsquo;utilisons pas toujours suffisamment notre intelligence ; Nous n\u0026rsquo;écoutons pas toujours assez la petite voix de notre conscience ; La maturation de notre motivation prend du temps : nous avons besoin des vertus de patience et de persévérance. Nous l\u0026rsquo;avons déjà dit, si nous voulons utiliser correctement nos facultés, il faut réussir à les mettre dans le bon ordre. Rappelons ce bon ordre :\nPlacer toujours en premier notre intelligence car c\u0026rsquo;est elle qui nous permet de connaître le réel tel qu\u0026rsquo;il est. Or nous vivons dans le réel avec les contraintes du réel, non dans notre imagination et ses désirs. Placer en deuxième notre volonté car c\u0026rsquo;est elle qui va nous aider à fortifier nos vertus et c\u0026rsquo;est elle qui va ordonner les étapes à suivre. Prendre soin d\u0026rsquo;écouter notre sensibilité c\u0026rsquo;est-à-dire nos sensations, nos émotions et nos sentiments. Nos sensations bien reprises par notre intelligence nous donnent accès au réel. De même, nos émotions, si ce sont bien les nôtres et si elles restent bien dans une certaine mesure, nous informent sur le réel et sur notre réalité intérieure. Utiliser l\u0026rsquo;imagination pour réussir à avoir un schéma clair de ce qui nous motive. Le danger n\u0026rsquo;est pas d\u0026rsquo;utiliser l\u0026rsquo;imagination, le danger c\u0026rsquo;est d\u0026rsquo;utiliser l\u0026rsquo;imagination comme puissance de contrôle de l\u0026rsquo;intelligence et de la volonté. Tant que l\u0026rsquo;imagination est au service de l\u0026rsquo;intelligence et de la volonté, elle est au contraire fort utile. La délibération # La délibération est la deuxième étape du processus volontaire. Elle ne peut se faire qu\u0026rsquo;après la conception des motifs. Elle consiste à affecter un certain poids, une certaine priorité à chacun de nos motifs. Pour le dire autrement, elle consiste à classer et à ordonner nos motifs par ordre de préférence réaliste. Le mot important, c\u0026rsquo;est évidemment l\u0026rsquo;adjectif réaliste. Nous vivons en effet dans la réalité non dans nos rêves ou notre imagination. Autant il est souhaitable de pouvoir réaliser nos rêves, autant nous ne pouvons les réaliser qu\u0026rsquo;en réussissant à les faire vivre dans le réel.\nOr par définition, le réel c\u0026rsquo;est justement ce qui précède notre propre existence et ce qui résiste à notre action. Notre propre force est très limitée par rapport à l\u0026rsquo;ensemble des forces du réel. Si nous voulons réaliser nos rêves, il faut donc tenir compte des forces extérieures qui existent. Certaines forces pourront nous servir d\u0026rsquo;appui pour les réaliser, d\u0026rsquo;autres seront de véritables obstacles à leur réalisation. C\u0026rsquo;est pourquoi le tri de nos motifs, doit se faire de manière réaliste.\nIl est donc très risqué de réaliser ce tri sans utiliser notre intelligence et notre volonté. Si nous trions nos motifs avec seulement notre imagination et notre sensibilité nous prenons un risque important : celui de l\u0026rsquo;échec et de la frustration.\nLa délibération est un processus vivant qui peut prendre du temps en fonction de l\u0026rsquo;importance de l\u0026rsquo;enjeu pour notre vie. Ce n\u0026rsquo;est pas un processus mathématisable, il n\u0026rsquo;y a pas d\u0026rsquo;algorithme qui pourrait nous dispenser de délibérer. C\u0026rsquo;est un processus émotionnel ET raisonnable. C\u0026rsquo;est un processus de croissance intérieure, où les motivations principales se mettent petit à petit aux premières places. Le caractère raisonnable de ce processus nous garantit que les conséquences de nos actes seront conformes à ce que nous voulons vraiment et qu\u0026rsquo;elles tiendront compte des contraintes de la réalité.\nIl me semble difficile de réaliser ce processus sans contemplation, nous reviendrons sur cette notion dans notre cours sur le temps avec le philosophe coréen Byung-Chul Han.\nLe choix ou la décision # Le choix ou la décision, c\u0026rsquo;est le fait de voir clairement quelle possibilité arrive à la première place dans la multitude des motifs que nous pouvons avoir. Il y a véritablement décision quand nous sommes capables de discerner quelle est l\u0026rsquo;action à activer dans notre futur proche. Pour être véritablement libre, il faut prendre soin d\u0026rsquo;écouter la petite voix intérieure de notre conscience. Nous en reparlerons dans nos cours sur la conscience. Il est donc difficile de choisir librement sans développer un minimum d\u0026rsquo;intériorité. La maturation du choix peut prendre du temps. Le temps de maturation varie :\nEn fonction de l\u0026rsquo;importance du choix à faire ; En fonction de notre personnalité ; En fonction des circonstances de notre vie actuelle ; En fonction des conséquences plus ou moins importantes que suscite notre choix. L\u0026rsquo;exécution ou l\u0026rsquo;Imperium # Le choix volontaire tend à l\u0026rsquo;exécution. Sinon, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;est pas encore assez mature. Il n\u0026rsquo;y a pas de véritable « acte volontaire » sans passage à la réalisation. Cela correspond à ce que Thomas d\u0026rsquo;Aquin appelle l\u0026rsquo;Imperium, le 3ème acte important de la vertu de prudence, après le conseil et le jugement pratique. La vertu de prudence n\u0026rsquo;existe donc qu\u0026rsquo;avec l\u0026rsquo;harmonie de ces 3 actes :\nLe conseil, Le jugement pratique, L\u0026rsquo;Imperium. Spécificités de la volonté :\nLa volonté pense aux moyens de réaliser le désir choisi ; Elle pense aussi aux conséquences de cette réalisation pour le futur proche mais aussi en partie pour le futur lointain. Spécificités du désir :\nLe désir pense essentiellement à sa satisfaction ; Il pense rarement au chemin complet de sa réalisation, à tous les moyens nécessaires ; Il n\u0026rsquo;envisage pas les conséquences futures. Différence entre Bergson et Thomas d\u0026rsquo;Aquin # Henri Bergson professeur simplifie l\u0026rsquo;analyse fine et méticuleuse de Thomas d\u0026rsquo;Aquin quand il la présente à ses élèves. Voici une série de mindmaps qui présentent plus précisément la pensée de Thomas d\u0026rsquo;Aquin en indiquant aussi les références dans son œuvre majeure La Somme de Théologie.\nLes actes volontaires 14 octobre 2025\u0026middot;Mis à jour : 15 octobre 2025\u0026middot;429 mots\u0026middot;3 mins PhiloTerm Séminaire Liberté 3 définitions différentes de la volonté # La manière dont les philosophes définissent la volonté a une incidence importante sur leur philosophie morale et leur philosophie politique. Il en va évidemment de même pour nous-mêmes. Nos concepts nous donnent une représentation du réel qui va déterminer la manière dont nous agissons. Le concept de volonté est central dans toutes les philosophies qui portent sur nos actions, que ce soient des actions morales ou des actions politiques. Bien discerner les différentes manières de définir la volonté permet alors de mieux choisir le type d\u0026rsquo;homme que nous désirons devenir. Nous développons en effet notre personnalité par les actes que nous posons.\nLa volonté est un désir réfléchi (Aristote) # Aristote définit la volonté dans son livre Ethique à Nicomaque (III, 4, 1112 a 16-17) ainsi :\n« La volonté est un désir accompagné de réflexion. »\nChez lui la volonté n\u0026rsquo;est donc pas vraiment une faculté distincte de la sensibilité (les désirs) et de l\u0026rsquo;intelligence (la réflexion). Cependant on voit bien avec la place qu\u0026rsquo;il accorde aux vertus que la volonté pour s\u0026rsquo;exercer aura besoin de développer de nombreuses vertus. De même, pour lui, il est illusoire de croire qu\u0026rsquo;il est possible de réussir dans toutes les circonstances à développer ses vertus sans s\u0026rsquo;appuyer à certains moments sur l\u0026rsquo;amitié véritable. En effet, à certains moments nous sommes trop découragés pour réussir par nos seules forces, nous avons donc besoin du soutien de nos amis pour oser progresser dans nos vertus morales.\nLa volonté est un appétit intellectuel (Thomas d\u0026rsquo;Aquin) # Thomas d\u0026rsquo;Aquin reprend ce que dit Aristote mais il va l\u0026rsquo;enrichir de toute la tradition chrétienne qu\u0026rsquo;il trouve dans la Bible, chez Augustin, et les autres pères de l\u0026rsquo;Église. Il ne faut donc pas confondre la pensée de Thomas d\u0026rsquo;Aquin avec celle d\u0026rsquo;Aristote. Pour lui, la volonté est un appétit intellectuel. La notion d\u0026rsquo;appétit est plus restrictive que celle de désir. Par notion d\u0026rsquo;appétit, il faut entendre inclination naturelle vers un bien. Cette notion d\u0026rsquo;appétit intellectuel est très riche. Elle signifie qu\u0026rsquo;il y a un ordre bien fait dans l\u0026rsquo;univers, un Cosmos. Ce Cosmos est voulu par Dieu et a été intelligemment fait par Dieu pour Thomas d\u0026rsquo;Aquin. Nous avons donc une faculté différente de l\u0026rsquo;intelligence et tournée vers elle, cette faculté est spirituelle donc non matérielle. C\u0026rsquo;est la volonté. Elle est un appétit intellectuel car elle est tournée vers l\u0026rsquo;intelligence pour recevoir la connaissance du bien à désirer.\nCe n\u0026rsquo;est donc pas tout à fait la même chose que chez Aristote. En effet, chez ce dernier, il y a d\u0026rsquo;abord le désir puis la réflexion. Chez Thomas d\u0026rsquo;Aquin, c\u0026rsquo;est plus complexe que cela, la volonté est naturellement portée vers l\u0026rsquo;intelligence et l\u0026rsquo;ordre de la nature, ce qu\u0026rsquo;il appelle aussi la loi naturelle. Attention, cette loi naturelle n\u0026rsquo;a rien à voir avec la loi du plus fort, la loi naturelle est la loi voulue par Dieu. Disons que la volonté a une tendance naturelle au réalisme car c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;intelligence qui lui fait connaître le réel. Ce réel est bien ordonné car il a été voulu par Dieu. La volonté écoute les émotions car pour Thomas d\u0026rsquo;Aquin, les émotions sont aussi des inclinations naturelles. Il y a donc un grand respect pour le corps chez lui, ce qui s\u0026rsquo;explique par l\u0026rsquo;importance qu\u0026rsquo;il accorde à l\u0026rsquo;incarnation de Dieu en la personne de Jésus-Christ.\nCela ne veut évidemment pas dire qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;y a pas des injustices et du mal dans le monde, mais plutôt que l\u0026rsquo;injustice et le mal dans le monde sont des conséquences des mauvaises actions humaines, elles ne sont pas initialement voulues par Dieu. C\u0026rsquo;est justement quand l\u0026rsquo;homme n\u0026rsquo;arrive pas à correctement utiliser sa volonté, ou quand sa volonté est détournée de son rôle initial, que le mal se propage dans le monde.\nThomas d\u0026rsquo;Aquin, comme Aristote, prend soin de montrer à quel point les vertus sont essentielles pour éduquer notre volonté (et donc notre liberté). Comme lui, il juge que l\u0026rsquo;amitié est essentielle pour progresser dans nos vertus. Cependant, il y a une grande différence avec Aristote, car Thomas d\u0026rsquo;Aquin nous conseille de nous appuyer aussi sur le soutien de Dieu par l\u0026rsquo;intermédiaire de la prière et de l\u0026rsquo;oraison. C\u0026rsquo;est pourquoi il introduira les concepts de vertus infuses et de dons du Saint Esprit qui ne sont pas présents chez Aristote.\nLa volonté est la raison pratique (Emmanuel Kant) # Emmanuel Kant a beau être un protestant piétiste, il ne fait plus référence à Dieu comme Thomas d\u0026rsquo;Aquin quand il présente son concept de volonté. Sans doute influencé par le piétisme, il a une vision plutôt négative du corps, c\u0026rsquo;est pourquoi il ne situe la volonté que du côté de la raison. Il n\u0026rsquo;est plus question des inclinations naturelles présentes dans le corps. La volonté chez Emmanuel Kant se confond avec la raison pratique. La raison pratique, c\u0026rsquo;est la raison quand elle s\u0026rsquo;occupe des affaires liées aux actions humaines. Ce que recherche la raison pratique c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;universalisation de la loi morale qui est en nous. Nous préciserons tout cela d\u0026rsquo;ici peu avec sa notion d\u0026rsquo;impératif catégorique.\nCe qu\u0026rsquo;il faut retenir, c\u0026rsquo;est que la volonté chez Emmanuel Kant est quasi désincarnée. Il suffirait d\u0026rsquo;écouter sa raison pratique pour réussir à agir moralement. C\u0026rsquo;est ce qui fera dire à Charles Péguy, qui savait résumer de manière lapidaire les pensées des grands philosophes : « le kantisme a les mains pures, mais il n\u0026rsquo;a pas de mains ».\nEmmanuel Kant est sensible personnellement à l\u0026rsquo;amitié mais il ne semble pas en faire un critère essentiel pour devenir vertueux comme Aristote. De toute façon, Emmanuel Kant ne parle quasiment pas de vertu. Cela peut se comprendre puisque la notion de vertu suppose de prendre au sérieux la difficulté de commander son propre corps. Si la volonté n\u0026rsquo;est que la raison pratique, la volonté n\u0026rsquo;a plus alors rien à voir avec les émotions, les inclinations naturelles qui nous viennent de notre corps.\nCharles Péguy reprochera à Emmanuel Kant son manque de réalisme. C\u0026rsquo;est un peu comme si Emmanuel Kant avait oublié le conseil de Blaise Pascal, « Qui fait l\u0026rsquo;ange fait la bête ». L\u0026rsquo;homme n\u0026rsquo;est pas une pure raison. C\u0026rsquo;est une intelligence incarnée dans un corps avec une sensibilité et des émotions. Il nous faut donc apprivoiser nos émotions pour réussir à utiliser correctement notre volonté. Emmanuel Kant oublie cela et préfère envisager un système politique qui permettrait même aux démons de canaliser leurs actions. Il ne s\u0026rsquo;agit plus alors d\u0026rsquo;éduquer sa propre sensibilité, mais plutôt de mettre en place à l\u0026rsquo;aide d\u0026rsquo;un despote éclairé des lois suffisamment justes et coercitives pour empêcher même des démons de mal agir.\nRappel : le libres arbitre # Nous avons défini dans le cours précédent la notion de libre-arbitre :\nNos désirs sont-ils compatibles avec notre liberté ? 7 octobre 2025\u0026middot;2284 mots\u0026middot;11 mins PhiloTerm Liberté Rappelons ici que le libre arbitre est la capacité que possède l\u0026rsquo;homme de décider sans être sous la contrainte d\u0026rsquo;un maître extérieur. Nous pouvons apporter quelques précisions importantes :\nL\u0026rsquo;esclave, c\u0026rsquo;est celui qui subit les contraintes d\u0026rsquo;un maître extérieur dont il ne peut pas se libérer sans risque grave pour sa santé; L\u0026rsquo;homme libre, au contraire, est celui qui n\u0026rsquo;est pas contraint par un maître extérieur : il est son propre maître. Il serait contradictoire de revendiquer le libre-arbitre et de manquer de maîtrise de soi. L\u0026rsquo;homme libre a bien des contraintes mais elles sont différentes de celles qui lui sont imposées par un maître extérieur :\nElles viennent de sa nature humaine ; Elles viennent des lois de la nature ; Elles viennent des choix passés qu\u0026rsquo;il a fait en âme et conscience. On parle alors de responsabilité ; Elles viennent des contraintes sociales et étatiques qui respectent plus ou moins sa liberté en fonction de leur justesse. C\u0026rsquo;est pourquoi Hannah Arendt disait qu\u0026rsquo;il est illusoire de parler de liberté sans s\u0026rsquo;intéresser aux libertés politiques. Le plus bas degré de liberté # Le libre-arbitre est le degré 0 de la liberté. Il est cependant possible de descendre en-dessous de ce degré 0 avec ce que nous désignerons par la notion de liberté d\u0026rsquo;indifférence dans le cours suivant. L\u0026rsquo;expression « le plus bas degré de liberté » doit donc s\u0026rsquo;entendre, le plus bas degré de liberté qui nous permet de conserver encore notre liberté. Les degrés plus bas encore que le degré 0, nous font perdre peu à peu notre liberté. Avant de développer tout cela, retenons que le libre arbitre désigne aujourd\u0026rsquo;hui quelque chose que nous constatons :\nNous pouvons décider d\u0026rsquo;agir ou de ne pas agir ; Nous pouvons choisir telle ou telle direction dans notre action ; Nous pouvons décider de faire le bien, de faire le mal, ou de ne rien faire. Nous pouvons alors nous demander si l\u0026rsquo;origine du mal sur notre Terre ne vient pas en grande partie de ce pouvoir réel que nous avons de choisir le mal plutôt que le bien, et de ce pouvoir à laisser le mal se faire par d\u0026rsquo;autres sans sans nous y opposer ou nous interposer. Est-ce une raison suffisante pour renoncer à notre libre-arbitre ? Ne faut-il pas chercher plutôt à l\u0026rsquo;éduquer ? Ne faut-il pas plutôt chercher à faire grandir nos vertus de prudence, de justice, de courage et de tempérance ?\nTerminons par quelques précisions importantes. Nous n\u0026rsquo;avons pas toujours conscience du mal que nous faisons :\nNous pouvons agir sous l\u0026rsquo;influence d\u0026rsquo;une émotion ; Nous ne percevons pas toujours les conséquences de nos actes ; Nous ne percevons pas toujours l\u0026rsquo;effet émotionnel que nos actes peuvent avoir sur les autres ; Nous croyons parfois être dans notre bon droit, car nous nous laissons emporter par notre indignation ; Nous pouvons, honnêtement, nous tromper : car la sincérité n\u0026rsquo;est pas la vérité ; Avoir une bonne intention ne suffit pas pour agir bien, encore faut-il que cette intention soit réaliste et ajustée à la réalité. L\u0026rsquo;autonomie de la volonté (Kant) # Présentation de sa pensée # Pour Emmanuel Kant (1724, 1804), il n\u0026rsquo;y a de réelle liberté que dans l\u0026rsquo;autonomie de la volonté. Pour lui, la volonté se définit comme raison pratique. Est donc libre celui qui suit sa raison pratique. Cette raison pratique obéit à certaines lois qui ne s\u0026rsquo;imposent pas à elle de l\u0026rsquo;extérieur mais plutôt qui la constitue en propre. En ce sens, la raison pratique reste libre même si elle obéit à une loi, puisque cette loi lui vient d\u0026rsquo;elle-même. C\u0026rsquo;est ce que signifie le concept d\u0026rsquo;autonomie : être capable de se donner à soi-même sa propre loi. Par le terme de loi ici, il faut bien entendre le terme de commandement. Être autonome selon Emmanuel Kant, c\u0026rsquo;est donc être capable de se commander soi-même selon les lois que la raison pratique se donne à elle-même.\nIl ne s\u0026rsquo;agit plus d\u0026rsquo;écouter les commandements extérieurs qui nous seraient donnés par Dieu, mais de se commander soi-même en écoutant sa propre raison. Quelque part, Emmanuel Kant a transformé le Dieu intérieur transcendant d\u0026rsquo;Augustin en immanence de la structure même de notre raison pratique. La prière et l\u0026rsquo;oraison deviennent inutiles, il suffirait de suivre la raison pratique pour pouvoir être des hommes de devoir.\nSelon Emmanuel Kant, la raison pratique obéit finalement à une loi qu\u0026rsquo;il appelle « l\u0026rsquo;impératif catégorique ». Cette loi résume à elle-seule toutes les autres lois morales, il suffit d\u0026rsquo;un seul commandement qu\u0026rsquo;il appelle l\u0026rsquo;impératif catégorique pour réaliser notre devoir moral :\n« Agis de façon telle que tu traites l\u0026rsquo;humanité, aussi bien dans ta personne que dans tout autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen ».\nRemarquons que nous retrouvons un principe célèbre dans l\u0026rsquo;histoire des doctrines religieuses sur notre planète, c\u0026rsquo;est le principe que l\u0026rsquo;on désigne par cette expression : la Règle d\u0026rsquo;or. Remarquons aussi que Emmanuel Kant reste plus précis dans sa formulation et qu\u0026rsquo;il améliore plutôt cette Règle d\u0026rsquo;or. Il existe deux formulations de cette règle. Une formulation sous la forme d\u0026rsquo;une négation : « Ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l\u0026rsquo;on te fasse ». Et une formulation affirmative : « Fais à autrui ce que tu souhaiterais que l\u0026rsquo;on te fasse ». L\u0026rsquo;amélioration morale apportée par Emmanuel Kant par rapport à la règle d\u0026rsquo;or, c\u0026rsquo;est que l\u0026rsquo;impératif catégorique nous pousse aussi à respecter notre propre dignité.\nComme le montrait Charles Péguy, le problème, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;il finit par croire qu\u0026rsquo;il serait possible d\u0026rsquo;appliquer l\u0026rsquo;impératif catégorique sans développer ses vertus. L\u0026rsquo;histoire des comportements européens depuis que sa philosophie est devenue à la mode laisse planer des doutes. Il meurt en 1804. Après lui, et évidemment d\u0026rsquo;une manière qu\u0026rsquo;il ne pouvait absolument pas prévoir, nous verrons une succession de guerres meurtrières comme jamais dans l\u0026rsquo;histoire des hommes, guerres qui deviendront même des guerres mondiales. L\u0026rsquo;homme est-il réellement capable d\u0026rsquo;appliquer l\u0026rsquo;impératif catégorique sans d\u0026rsquo;abord développer ses vertus ?\nCritique possible # Une certaine critique de la pensée de Emmanuel Kant est possible. Vous trouverez un cours donné dernièrement sur cette critique en cliquant sur ce lien : Critique de la liberté chez Kant.\nLa liberté chez Bergson # Henri Bergson part du constat qu\u0026rsquo;il y a une insuffisance dans la notion de libre-arbitre. En effet même si être libre au sens du libre arbitre, c\u0026rsquo;est agir sans les contraintes d\u0026rsquo;un maître extérieur, que ce soit pour bien faire, mal faire ou ne rien faire, cette vision de la liberté, ne permet que rarement l\u0026rsquo;épanouissement de nous-même. Elle peut même conduire à des esclavages futurs en raison d\u0026rsquo;une méconnaissance des conséquences. De plus, le choix qui est posé dans le libre-arbitre ne se fait pas forcément en fonction de qui nous sommes vraiment.\nC\u0026rsquo;est pourquoi Henri Bergson préfère définir la liberté comme la capacité de choisir en fonction de ce que nous sommes réellement. Voici ce qu\u0026rsquo;il dit dans son livre Essai sur les données immédiates de la conscience, p. 110 O.C. :\n« C\u0026rsquo;est de l\u0026rsquo;âme entière, en effet, que la décision libre émane ; et l\u0026rsquo;acte sera d\u0026rsquo;autant plus libre que la série dynamique à laquelle il se rattache tendra davantage à s\u0026rsquo;identifier avec le moi fondamental. »\nLe moi fondamental # Nous ne sommes pas toujours totalement nous-même, nous sommes plus souvent à la surface de nous-même. Nous jouons une sorte de rôle en fonction du milieu où nous nous trouvons, nous exprimons alors plutôt notre moi superficiel. Il est rare de réussir à être pleinement nous-même, sans avoir à nous cacher derrière un rôle. Ce sont les agressions que nous pouvons vivre qui nous forcent à nous replier dans un moi superficiel qui représente une sorte de carapace protectrice pour éviter de nous faire blesser.\nCette carapace protectrice peut malheureusement se transformer en camisole de force quand elle n\u0026rsquo;est plus appropriée aux circonstances qui ont évolué. Cela ne veut pas dire qu\u0026rsquo;il faut trop rapidement abandonner cette carapace. Il faut vérifier que le milieu environnant saura nous accueillir tel que nous sommes vraiment sans nous juger et sans chercher à nous blesser.\nQuand nous réussissons à être vraiment nous-même, nous exprimons alors, selon Henri Bergson, notre moi fondamental. Il compare parfois le fait de réaliser notre moi fondamental aux douleurs de l\u0026rsquo;enfantement, tant il n\u0026rsquo;est pas facile de renoncer à une carapace que nous avons confondue avec notre véritable moi.\nSelon lui, il existe un critère naturel qui nous indique si nous arrivons à nous rapprocher de notre fondamental ou non. Ce critère naturel est une émotion, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;émotion de joie qu\u0026rsquo;il distingue de l\u0026rsquo;émotion de plaisir. Pour lui, la joie est vraiment personnelle, alors que le plaisir est une sorte de stratégie de l\u0026rsquo;espèce.\nRemarquons que ce critère est émotionnel. Il ne semble pas envisager la possibilité du mimétisme émotionnel. Il faut dire que René Girard, qui étudie l\u0026rsquo;importance du mimétisme, aurait pu être de l\u0026rsquo;âge de ses petits enfants.\nDe ce que dit Henri Bergson concernant le moi fondamental et la joie, on pourrait croire aussi que la tristesse pourrait indiquer un éloignement de notre moi fondamental. Le bémol qu\u0026rsquo;il serait bon de mettre, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;il est possible d\u0026rsquo;être triste et joyeux à la fois, car il existe une hiérarchie des valeurs comme le montre bien le philosophe allemand Robert Spaemann (1927, 2018) dans son livre Notions fondamentales de morale. Nous pouvons être triste au niveau d\u0026rsquo;une valeur inférieure dont nous sommes privés tout en étant joyeux d\u0026rsquo;être comblés par une autre valeur hiérarchiquement supérieure. Nous aurons l\u0026rsquo;occasion d\u0026rsquo;y revenir dans notre cours sur les valeurs et le devoir.\nLes degrés de liberté # Nous ne sommes pas libres ou esclaves, mais plus souvent à des degrés divers entre les deux : nous sommes plus ou moins proche de notre moi fondamental. On parle des degrés de liberté. Être libre n\u0026rsquo;est donc pas, selon Henri Bergson, écouter seulement sa raison comme chez Emmanuel Kant, mais écouter l\u0026rsquo;ensemble de tout son être. Avec Charles Péguy qui connaissait bien Henri Bergson, on peut dire aussi, qu\u0026rsquo;être libre ce n\u0026rsquo;est pas être un fonctionnaire : celui qui est là parce qu\u0026rsquo;il faut, qui fait ce que ses supérieurs lui ont dit de faire, celui qui ne s\u0026rsquo;en tient qu\u0026rsquo;à ses fonctions que ses supérieurs lui ont attribué. Être libre, c\u0026rsquo;est plutôt choisir d\u0026rsquo;épanouir pleinement notre propre potentiel, même si nous devons alors dépasser notre propre fonction professionnelle.\nNous ne sommes pas libres, mais plus ou moins libres en fonction du plus ou moins grand respect que nous manifestons vis-à-vis de notre moi fondamental.\nMoi fondamental et identité personnelle # Il est fréquent de mal concevoir notre identité personnelle. Vous trouverez plus de précisions dans ces deux articles. Le premier développe un peu plus la notion de moi fondamental chez Henri Bergson. Le second présente d\u0026rsquo;autres manières de concevoir notre identité personnelle.\nMoi superficiel et moi fondamental 9 septembre 2025\u0026middot;2262 mots\u0026middot;11 mins Séminaire Moi Superficiel Moi Profond 6 manières différentes de concevoir notre identité personnelle 11 septembre 2025\u0026middot;2096 mots\u0026middot;10 mins Séminaire Identité Personnelle Synthèse de la fin de ce cours # Avec une classe, j\u0026rsquo;ai réalisé dernièrement une synthèse de la fin de ce cours, la voici : synthèse.\n","date":"13 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/libre-volonte/","section":"Articles","summary":"","title":"Pouvons-nous être libres sans volonté ?","type":"articles"},{"content":"","date":"8 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/edward-bernays/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Edward Bernays","type":"philosophes"},{"content":"","date":"8 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/%C3%A9tienne-gilson/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Étienne Gilson","type":"philosophes"},{"content":"","date":"8 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/categories/hlp-terminale/","section":"Categories","summary":"","title":"HLP Terminale","type":"categories"},{"content":"","date":"8 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/jean-louis-chr%C3%A9tien/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Jean-Louis Chrétien","type":"philosophes"},{"content":" Introduction # La Bible dit en Genèse 1, 26 : « Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance ». Augustin dans son livre De Trinitate médite ce passage et va en déduire que l’homme est le seul à être l’image de la Sainte Trinité et donc en lui-même se réalise une trinité intérieure. Pour ceux qui voudraient avoir une vision claire du projet d’ Augustin dans le De Trinitate, il suffit de lire attentivement le chapitre III du livre XV du De Trinitate car Augustin y fait un résumé complet de tout ce qui précède.\nÉtienne Gilson dans son Introduction à l’étude de saint Augustin, plus précisément dans son chapitre IV intitulé L’image de Dieu résumera cette pensée ainsi :\n« Prise en son sens propre, la dignité d’image n’appartient qu’à l’homme ; dans l’homme, elle n’appartient en propre qu’à son âme ; dans l’âme, elle n’appartient en propre qu’à la pensée — mens — qui en est la partie supérieure et la partie la plus proche de Dieu.\nAugustin va utiliser plusieurs analogie pour réussir à nous rapprocher un peu plus de ce mystère de l’Imago Dei pensée comme Image de la Trinité. Selon Étienne Gilson, Augustin en retient particulièrement trois :\nMens, notitia, amor, dans le De Trinitate IX. On peut la traduire par pensée, connaissance, amour ; Memoria sui, intelligentia, voluntas, dans le De Trinitate X. On peut la traduire par Mémoire de soi, intelligence, volonté ; Memoria Dei, intelligentia, amor, dans le De Trinitate XIV. On peut la traduire par Mémoire de Dieu, intelligence, amour. Emmanuel Housset est plus précis et note que la première est modifiée par Augustin à la fin du De Trinitate IX. Il faudra donc rajouter cette modification dans la liste des trinités intérieures que nous étudierons. La modification est la suivante, mens, notitia, amor devient mens, verbum, amor. Nous aurons donc l’occasion d’y revenir.\nNous ne développerons pas forcément en détail les 4 analogies, mais nous pouvons approfondir certains thèmes grâce à elles. Je vous invite à lire attentivement ces chapitres du De Trinitate d’Augustin.\nCes 4 analogies ont de commun quelles ont toutes leur siège dans la mens, l’œil spirituel de l’âme, que les traducteurs traduisent parfois par les mot pensée, puissance intellectuelle, intelligence, raison. L’analogie qui se rapproche le plus de l’Imago Dei est la dernière, mais elle suppose les 3 premières pour pouvoir se réaliser. Étienne Gilson ajoute :\n« Puisque l’homme a été créé ad imaginem, sa ressemblance divine est inscrite dans son être à titre de propriété inamissible1. Cette image de Dieu peut être déformée en nous par le péché et elle doit y être réformée par la grâce, mais elle ne saurait s’y perdre, car elle n’est pas nécessairement une participation actuelle de Dieu par l’âme, mais la possibilité toujours ouverte de cette participation. » Voir De Trinitate, XIV, 8.\nPensée, connaissance, amour # La première analogie désigne la pensée, la connaissance que la pensée peut avoir d’elle-même, et l’amour que la pensée peut avoir pour elle-même et qui motive cette connaissance d’elle-même. Cette image est difficile à actualiser en nous tant notre propre pensée est un mystère pour nous-même. Disons qu’elle nous est potentiellement donnée sous le mode de l’interrogation. C’est la célèbre question Qui suis-je ?. Sur l’importance de la notion d’interrogation chez Augustin, nous avons le livre du philosophe français Jean-Louis Chrétien, Saint Augustin et les actes de parole, et plus particulièrement le premier chapitre qui porte sur le verbe Interroger.\nJean-Louis Chrétien sur les actes de parole # Jean-Louis Chrétien ne médite pas particulièrement dans ce livre le De Trinitate, mais sa méditation qui porte plutôt sur l’ensemble de l’œuvre de saint Augustin peut nous aider à mieux comprendre l’importance de cette première manière d’envisager l’Imago Dei en l’homme. Nous sommes Imago Dei potentielle dans cette trinité que nous sommes vraiment, mens, notitia, amor :\nImago Dei car ces trois puissances constitutives de l’âme, puissances trinitaires, sont à la fois bien distinctes et en même temps elles appartiennent bien à notre essence personnelle, qui est bel et bien une et une seule essence personnelle. Imago Dei potentielle, car nous n’arrivons pas actuellement à posséder clairement une connaissance pleine et entière (notitia) de notre pensée (mens), et ce même en étant pleinement motivé par le saint amour de soi (amor). C’est pourquoi le véritable rapport à soi, le véritable amour de soi, ne peut se vivre en nous actuellement que sous le mode de l’interrogation. Jean-Louis Chrétien préfère utiliser le verbe interroger plutôt que le substantif interrogation pour bien marquer qu’il nous faut agir en interrogeant et en s’interrogeant pour se découvrir. En revanche, cette interrogation de soi n’est pas une simple introspection psychologique, où nous serions seuls avec nous-mêmes. Cette interrogation qui est la modalité propre de cette première Imago Dei toute potentielle, n’est possible que parce que la troisième analogie présentant cette Imago Dei est vivifiée (Memoria Dei, intelligentia, amor). Lisons ce que nous dit Jean-Louis Chrétien pp. 16-17 :\n« “Alors, si tu veux t’assurer que tu as reçu l’Esprit, interroge ton cœur : si tu y trouves l’amour pour ton frère, soi en sûreté. Il ne peut y avoir d’amour sans l’Esprit de Dieu.”\nDu s\u0026rsquo;interroger # Il y va là de l’interrogation proprement cruciale, portant sur la vie et la mort, sur notre vie et notre mort, car il n’est pas d’autre signe de vie véritable que de laisser en soi l’amour se répandre, et pas d’autre signe de mort véritable que d’en interrompre la circulation ou de lui faire obstacle. Mais cette interrogation sur la présence de l’Esprit en nous ou à travers nous, comment peut-elle se faire sinon dans la lumière et par la lumière de l’Esprit lui-même ? Il ne s’agit pas d’une introspection toute psychologique, où nous en viendrions à nous juger nous-mêmes, et dont nous aurions seuls l’initiative. Cette interrogation en vient à recueillir en acte le témoignage de l’Esprit même, elle s’achève en une écoute. Commentant le psaume 64, Augustin présente en d’autres termes, en le rattachant au thème capital des deux cités, ce qui est au fond la même interrogation : “Deux amours créent ces deux cités : c’est l’amour de Dieu qui fait Jérusalem ; l’amour du monde, Babylone. Que chacun s’interroge, se demande ce qu’il aime, il saura de quelle cité il est (Interroget ergo se quisque quid amet, et inveniet unde sit civis). S’il se découvre citoyen de Babylone, qu’il arrache la cupidité et qu’il plante la charité. S’il découvre qu’il est habitant de Jérusalem, qu’il supporte sa captivité et qu’il espère la liberté.” »\nDans ce passage, Jean-Louis Chrétien nous permet de comprendre que cette première Imago Dei, ne peut être vécue que sous le mode du s’interroger et que ce mode du s’interroger aboutit finalement au mode de l’écouter. S’interroger sur soi revient finalement a écouter son cœur qui n’est peut-être finalement chez saint Augustin que la Memoria Dei. S’interroger pour apprendre à se découvrir, c’est finalement se mettre à écouter cette brise légère qui vivifie notre cœur, brise légère qui vient d’ailleurs, du Tout Autre. Il y a donc de l’altérité au fond même de notre être, et cette altérité loin de nous aliéner est justement celle qui nous permet de mieux découvrir notre identité personnelle.\nDe l\u0026rsquo;écouter # Plus encore, cet « écouter » conduit nécessairement à la charité. Il ne s’agit donc pas de se replier en soi-même en fuyant le monde, car même celui qui sort du monde pour prier dans un monastère, prie pour les personnes du monde. Il est donc possible de distinguer deux amours du monde complètement différents. Un amour du monde fondé sur la cupidité, qui nous fait appartenir à la cité du diable, et un amour du monde fondé sur la charité qui nous fait appartenir à la cité de Dieu. En un sens, on pourrait reprocher à Hannah Arendt d’utiliser, dans son livre Condition de l’homme moderne, la notion « d’amour du monde » dans un sens très différent de celui qui est utilisé par Augustin dans La Cité de Dieu. Cependant, si nous nous concentrons sur le sens de ce que dit Hannah Arendt, on peut voir finalement que son approche valorise bien plus la charité que la cupidité.\nCet écouter qui nous conduit à la charité, nous permet de nous découvrir comme puissance de faire le bien. Et, là où nous sommes, dans la condition où nous sommes actuellement, nous pouvons toujours incarner dans le monde cette puissance de faire le bien. C’est sans doute là que réside notre identité la plus personnelle car c’est dans notre manière propre d’incarner cette puissance de faire le bien que nous révélons aux autres et à nous mêmes qui nous sommes vraiment. Notre manière propre d’incarner cette puissance de faire le bien, est en effet colorée de toutes les micro-décisions personnelles que nous pouvons prendre : il existe en effet une infinité de possibilités différentes de répondre aux besoins de ce monde.\nTelle personne a-t-elle faim ? Il existe de nombreuses manières différentes de lui donner à manger et même si les besoins en nourriture peuvent être satisfaits selon une procédure scientifique commune, les petits plats de grand-mère viennent rendre notre monde éminemment plus habitables qu’une denrée industriellement fabriquée ! Car, il n’y a pas que « la chose qui est donnée » qui compte dans la charité, mais aussi et peut-être surtout la manière unique et irremplaçable dont cette chose nous est donnée par telle ou telle personne. C’est pourquoi la solidarité diffère de la charité. Une institution peut être solidaire sans être charitable, car elle peut organiser une distribution automatique du nécessaire sans jamais permettre une relation de personne à personne. La personne qui bénéficie de cet automatisation solidaire reçoit de quoi pourvoir à ses besoins, et c’est certainement mieux que de mourrir de faim, par exemple. Mais c’est tout autre chose d’être dans une relation de véritable charité où la personne qui reçoit est reconnue en tant que personne unique, merveille des merveilles, par la personne qui donne.\nLes paliers d\u0026rsquo;interrogation # Jean-Louis Chrétien continue sa méditation en mettant en évidence une progression dans notre manière de nous interroger. Il y a comme des paliers d’interrogation, exactement 3 paliers :\n« Le commentaire du psaume 76 donne plus de précisions sur le caractère à la fois décisif et transitoire de l\u0026rsquo;interrogation de soi sur soi dans l’itinéraire spirituel. Augustin y distingue trois moments, ou trois modes, de parole. Cette parole est désignée par le verbe garrire. Le mot a en général une signification péjorative, celle de babiller, de bavarder, de se griser de mots, mais Augustin, qui l\u0026rsquo;emploie par exemple à propos de sa prière dans les Confessions, peut y voir aussi l\u0026rsquo;abondance d\u0026rsquo;une parole irrépressible, mue par la joie qui déborde, donc un sens positif. Il sera traduit ici par « discourir », Littré donnant comme un de ses sens: « tenir de longs propos ». La première parole évoquée dans ce sermon était proférée, extérieure, et une défaillance, un trouble lui ont succédé. Elle s\u0026rsquo;est dépassée vers une méditation silencieuse, où se déploie une parole intérieure, et qui forme le moment de l’interrogatio : « Il scrutait son esprit, il parlait avec son esprit même, et dans cet entretien il discourait. Il s\u0026rsquo;interrogeait lui-même, il s\u0026rsquo;examinait lui-même, en lui-même il était juge (…). Lui qui discourait au-dehors, voici qu’il commence, à l\u0026rsquo;intérieur, de discourir en sécurité, là où, seul, en silence, il médite les années éternelles (…). Mais ici il est à craindre qu\u0026rsquo;il ne demeure en son propre esprit, et qu’il ne franchisse pas. Cependant il agit déjà mieux qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;agissait au-dehors. » Il dépasse enfin le moment de l’interrogatio sur soi pour en venir à s\u0026rsquo;oublier en Dieu, dans la joie que lui donnent les œuvres de Dieu. Et Augustin de résumer ce mouvement : « Voici qu\u0026rsquo;il y a un troisième discours. Il discourait au-dehors quand il a défailli. Il discourait à l\u0026rsquo;intérieur, en son propre esprit, quand il a progressé. Il a discouru dans les œuvres de Dieu, quand il est parvenu là où il progressait. »\nSi nous résumons, voici ces 3 paliers d’interrogation :\nIl y a d’abord l’interrogation qui s’exprime à l’extérieur de soi. Cette première interrogation parlée est suivie d’un trouble intérieur dans l’analyse qu’en fait Augustin à l’occasion de sa méditation sur le psaume 76. Il y a ensuite un recueillement en soi-même sous la forme d’une méditation silencieuse. C’est donc une interrogation intérieure. Cela rejoint l’idée du dialogue intérieur de soi à soi mis en évidence par Socrate et que nous avons vu avec Hannah Arendt. Puis il y a une autre forme de dialogue intérieur qui au lieu d’être une simple méditation sur soi est une médiation sur les œuvres de Dieu. C’est le dialogue intérieur qui est une méditation sur le Tout Autre à l’origine des œuvres de la nature, interrogation qui se fait alors surtout écoute. Ouverture au Tout Autre # Jean-Louis Chrétien continue de méditer sur cette interrogation intérieure vers le Tout Autre :\nL\u0026rsquo;interrogation de soi sur soi appelle son propre franchissement et son propre dépassement. La clarté vers laquelle elle chemine ne peut pas être seulement celle qu\u0026rsquo;elle se donne, celle qu\u0026rsquo;elle est susceptible de se donner à elle-même. Laissée à elle-même, l\u0026rsquo;interrogation découvre qu\u0026rsquo;elle ne peut, par principe, tout découvrir de moi, que je suis circonvenu par ma propre obscurité. « C\u0026rsquo;est au point que mon esprit, s\u0026rsquo;interrogeant sur ses propres forces, n\u0026rsquo;ose pas trop se faire confiance à lui-même : car ce qui réside en lui demeure le plus souvent caché, si l\u0026rsquo;expérience ne le lui révèle. » La réponse vient parfois d\u0026rsquo;ailleurs que du lieu où nous nous interrogeons. Ce peut être par une interrogation à nous adressée que nous nous découvrons en vérité. Telle est la dimension de la tentation conçue comme épreuve. A propos du sacrifice d’Abraham, saint Augustin écrit, dans la Cité de Dieu : « La plupart du temps, l\u0026rsquo;âme humaine ne peut arriver à se connaître elle-même, si ce n\u0026rsquo;est dans la réponse qu\u0026rsquo;elle fait à l’épreuve qui interroge ses forces non pas verbalement, mais expérimentalement (non verbo, sed experimento temptatione quodam modo interrogante). » Répondre à cette interrogation, ce n\u0026rsquo;est pas donner une réponse, c’est se donner soi-même en réponse, devenir soi-même. Jules Lequier méditera avec profondeur de telles dimensions : Le Livre de Dieu, mon fils, était une pierre qui portait gravés deux noms et une foule de noms en un seul nom écrit ainsi : TON NOM EST: / CE QUE TU AS ÉTÉ DANS L’ÉPREUVE. Et le mot de l\u0026rsquo;énigme était ce mot ÉPREUVE. J\u0026rsquo;ai tout dit. » Cette épreuve est celle où nous sommes requis à la tâche de devenir nous-mêmes. »\nSynthèse de l\u0026rsquo;apport de Jean-Louis Chrétien # Dans cette méditation de Jean-Louis Chrétien, nous découvrons qu’il n’est peut-être pas si simple d’initier par nous-mêmes la troisième manière de nous interroger. Il faut peut-être être bousculé par les épreuves que la Providence permet ou nous envoie. Sachant cependant que cette troisième interrogation est possible, nous pouvons peut-être anticiper et commencer à nous y exercer avant que des épreuves trop difficiles viennent nous y inciter. C’est une forme d’encouragement à laisser un peu plus de place à une vie contemplative dans notre existence.\nDans cette première analogie trinitaire que saint Augustin nous propose, mens, notitia, amor, nous voyons que nous pouvons peu à peu découvrir qui nous sommes en assumant l’art de nous interroger. Nous prenons aussi conscience, que notre propre initiative ne suffit sans doute pas : il nous faut sans doute traverser des épreuves pour réussir à progresser dans cet art. Nous avons là un aperçu de ce que peut représenter la notion d’identité d’exode. C’est dans les épreuves de l’exode, gardant espérance en la Sainte Providence, que nous apprenons peu à peu à répondre en nous présentant tels que nous sommes réellement.\nEmmanuel Housset quand il présente l’identité d’exode nous rappelle en effet que notre identité personnelle est essentiellement une identité répondante. Il est bon de prendre conscience que la liberté de qualité, c’est-à-dire cette puissance qui nous est confiée de réaliser le bien, nous permet de répondre aux épreuves de la vie. La manière toute personnelle dont nous allons répondre aux épreuves de la vie va soit fortifier notre moi fondamental et développer en notre propre devenir le projet que Dieu a pour nous de toute éternité, soit au contraire forger un moi superficiel nouveau ou accentuer un moi superficiel ancien qui nous éloignent un peu plus encore de ce que nous sommes réellement.\nPrendre conscience qu’à chaque petite épreuve de notre vie nous pouvons répondre par notre manière propre d’agir soit en devenant un peu plus un habitant de la cité de Dieu, soit en devenant un peu plus un habitant de la cité du diable, semble être crucial pour fortifier une réelle liberté de choix. Bien sûr, nous n’avons pas toujours l’énergie suffisante pour réussir à faire le bon choix, c’est là que notre cri de détresse vers Dieu est si important. Le psaume 76 nous le rappelle.\nEnfin, la connaissance de soi, cette connaissance qui porte sur notre pensée par la puissance de l’amour, n’est pas seulement une obscurité qu’il nous faudrait peu à peu lever en traversant les épreuves par l’acte de s’interroger en écoutant, puis de choisir par notre manière de répondre. Elle possède aussi une réelle clarté qui nous est déjà donnée : nous nous connaissons toujours déjà comme certitude d’être un être en vie, d’être un vivant qui pense. René Descartes ne fera que reprendre ce qu’on trouve déjà chez saint Augustin. Voici ce que dit Emmanuel Housset :\n« Cette connaissance de soi est immédiate et ne peut résulter de l’observation corporelle d’autres âmes : elle est reçue hors de toute comparaison et manifeste la certitude de la présence à soi, notamment la certitude de notre être en vie. »\nMens, verbum, amor : Pensée, verbe intérieur ou verbe du cœur, amour # Notion de verbe intérieur # La première trinité était plutôt potentielle, comme nous l’avons dit. Elle était plutôt à penser sous le mode du s’interroger que sous le mode d’une connaissance réalisée (notitia développée). Emmanuel Housset, dans les pages distribuées, ajoute, précisément p. 86 :\n« Pour préciser la nature de la présence à soi, saint Augustin développe l’idée d’un verbe intérieur qui est à la fois une connaissance des vérités éternelles et un amour : être soi c’est dire la vérité immuable dans son cœur, et c’est donc quand la notitia devient verbum que l’âme trouve vraiment son unité. »\nIl nous donne ensuite les caractéristiques de ce verbe intérieur, que nous pouvons reprendre sous forme d’une liste d’items :\nIl n’est d’aucune langue ; Il est antérieur à tous les signes ; Il est l’acte de dire la vérité immuable en soi, dans son cœur, d’où l’expression qu’on trouve aussi de verbe du cœur ; Il précède donc l’expression dans des signes extérieurs appartenant à une langue particulière. Ce n’est donc pas une représentation silencieuse des mots dans l’esprit ; C’est une connaissance des raisons éternelles des choses qui est aussi une adhésion intérieure à cette vérité, un amour de cette vérité. Cet amour n’est pas la conséquence de la connaissance mais plutôt ce qui engendre la connaissance. Il ajoute toujours p. 86 :\n« En effet, le verbe du cœur est la disposition fondamentale, la Grundstimmung2, avec laquelle nous nous ouvrons au monde et aux êtres : “Ce verbe, dont nous cherchons maintenant à discerner, à suggérer la nature, est donc la connaissance unie à l’amour”.3 En effet, pour chercher à se connaître, l’âme doit déjà s’aimer et cette connaissance ne fait que renforcer cet amour. Cet amour qui engendre la connaissance n’est pas simplement initial, mais il est originaire, puisqu’il ouvre la personne humaine à sa vie libre : “ On ne fait rien volontairement qu’on ne l’ait dit d’abord dans son cœur.” »\nLe sain amour de soi # On voit alors combien le sain amour de soi est si fondamental pour notre identité personnelle. Il ne peut pas y avoir de connaissance de soi sans ce sain amour de soi, amour de soi très différent de l’orgueil et qui se rapproche beaucoup plus de cette vertu de douceur pour soi-même dont parlait tant saint François de Sales reprenant saint Paul dans son Introduction à la vie dévote. On comprend peut-être mieux aussi pourquoi les actes de charité que nous recevons pour notre propre personne, ces actes de bienveillance gratuite inconditionnelle sont si importants pour fortifier en nous notre sain amour de soi. Comment ne pas comprendre alors combien la charité incarnée au sein de nos familles est si essentielle pour la fortification de notre identité personnelle ?\nNous comprenons aussi pourquoi Jésus est si dur avec celui qui vient par ses actes scandaliser un enfant. Il vient par ses actes criminels blesser l’amour de soi de l’enfant qui risque alors d’avoir beaucoup de mal à retrouver une connaissance de son identité personnelle. Il faudra sans doute beaucoup d’actes de charité reçus, soit d’autres personnes humaines, soit directement des personnes divines, pour que la blessure béante créée par ce scandale puisse cicatriser. À l’occasion de ces remarques, une idée apparaît : il est fort possible que nous ayons sous-estimer l’importance des rituels de repentance pour faciliter cette cicatrisation.\nL\u0026rsquo;idolâtrie des biens inférieurs # Emmanuel Housset ajoute pp. 86-87 :\n« Cela dit, en nous, cette unité de l’esprit et du verbe intérieur n’est pas toujours parfaite et se trouve souvent brisée par l’idolâtrie des biens inférieurs. »\nComment ne pas voir ici l’importance de la vertu de tempérance pour réussir à maîtriser nos désirs désordonnés ?\nAu sujet de l\u0026rsquo;amour # Terminons cette partie par le beau texte d’Emmanuel Housset p. 87 :\n« L’amour fait donc vraiment de notre vie une capacité de Dieu, il nous met en chemin et alors que toute connaissance de soi est longue, il assure une présence immédiate à soi sans laquelle l’âme n’aurait pas d’unité. Finalement, sous la forme du verbe du cœur, qui est antérieur à tout signe et à tout acte, l’amour, de par son antériorité, est définitivement autre chose qu’une qualité extérieure d’un substrat : il est en nous la trace de Dieu, l’image du Verbe divin, comme puissance de manifestation. La personne humaine est alors l’homme qui rend visible, qui manifeste ce verbe intérieur : de même que le Verbe peut s’incarner sans se perdre, l’intériorité humaine s’accomplit en se manifestant. De même que le Verbe divin devient une personne en prenant un visage, la personne humaine est le verbe intérieur comme pouvoir de s’ouvrir par amour à ce qui n’est pas elle et qui l’excède : elle est celle à qui un tel amour advient. Ainsi, par le verbe intérieur, la personne humaine n’est saisissable qu’à partir de son mouvement propre, qui ne peut jamais devenir un objet de spectacle, et qui la conduit là où elle ne pensait pas pouvoir être. L’amour donne d’être en un lieu qui échappe à toutes les anticipations de la connaissance. »\nLien avec ce que dit Jacques Maritain # Cela rejoint ce que dit Jacques Maritain concernant la structure du sujet : Structure du sujet chez Jacques Maritain.\nMémoire de soi, intelligence, volonté # Pour un peu mieux comprendre cette troisième analogie trinitaire selon Emmanuel Housset (2ème selon Étienne Gilson), cette troisième manière d’envisager notre trinité intérieure, notre propre Imago Dei, il faut comprendre ce qu’Augustin désigne ici par mémoire de soi. Il faut comprendre qu’il présente ici une manière étrange d’envisager la mémoire, manière étrange non pas parce que cette manière ne serait pas conforme au réel, mais parce que le réel peut parfois nous surprendre. Cette mémoire de soi dont il s’agit ici est une mémoire du présent et non une mémoire du passé. La notion de mémoire du présent semble à première vue assez contradictoire. L’aide d’Étienne Gilson nous sera utile pour comprendre ce dont il s’agit :\n« Telle qu’Augustin la conçoit ici, la mémoire n’est autre chose que la connaissance de la pensée par elle-même. Pourquoi lui donner ce nom ? C’est que, nous l’avons vu, la pensée est substantiellement inséparable de la connaissance de soi ; d’autre part, notre connaissance actuelle (cogitatio) ne se porte pas toujours sur notre pensée pour la placer en quelque sorte devant soi et la considérer. Il arrive donc souvent que, toute présente à elle-même qu’elle soit, la pensée ne s’aperçoive pas. Pour exprimer cette présence inaperçue, on peut lui appliquer le même nom qu’aux souvenirs ou connaissances que l’on possède, mais auxquels on ne pense pas actuellement. Le cas est en effet le même. Je sais une science, mais je n’y pense pas : je dis qu’elle est présente dans ma mémoire ; ma pensée m’est toujours présente, mais je ne la considère pas : je dis que j’ai la mémoire de moi. C’est pourquoi d’ailleurs, lorsque la pensée en vient à s’apercevoir, on ne dit pas qu’elle se connaît, mais qu’elle se reconnaît. » Voir De Trinitate XIV, 6.\nDes pages 87 à 92 de son livre La vocation de la personne, Emmanuel Housset revient sur cette troisième analogie trinitaire. Il met d’abord en évidence pp. 87-88 la distinction entre connaissance originaire de soi et connaissance explicite de soi. Puis, p. 89, il va prendre le temps de bien mettre en évidence les dangers de la concupiscence.\nMemoria Dei, intelligentia, amor : Mémoire de Dieu, intelligence, amour # Voir la présentation faite par Étienne Gilson que je vous ai distribué ainsi que la fin du chapitre II, Personne et relation selon saint Augustin du livre d’Emmanuel Housset intitulé La vocation de la personne.\nSchéma qui distingue la trinité freudienne des différentes trinités augustiniennes. La comparaison est instructive.\nPoursuivre par le cours sur Thomas d’Aquin. Ensuite poursuivre par mon cours sur les substituts modernes de la vertu.\nInamissible : qui ne peut se perdre.\u0026#160;\u0026#x21a9;\u0026#xfe0e;\nLa notion de grundstimmung est sans doute un emprunt au vocabulaire de Martin Heidegger, qui la définit comme étant une tonalité fondamentale.\u0026#160;\u0026#x21a9;\u0026#xfe0e;\nDe Trinitate, IX, X, 15.\u0026#160;\u0026#x21a9;\u0026#xfe0e;\n","date":"8 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/homme-interieur/","section":"Articles","summary":"","title":"L'homme intérieur chez Augustin","type":"articles"},{"content":" Travail préparatoire # Sujet exemple : Est-il possible de résister à la propagande ?\nCe sujet demande de bien maîtriser le cours que nous avons vu au mois de septembre en première qui porte sur les techniques de manipulations mises en évidence par Edward Bernays. Vous trouverez ce cours dans l\u0026rsquo;article suivant :\nEdward Bernays, un expert en « relations publiques » 29 août 2025\u0026middot;2522 mots\u0026middot;12 mins HLP Première EMC État Justice Langage Vérité Définir les concepts # On appelle concept l’effort intellectuel qui nous permet de comprendre la chose considérée. Exemple le concept de possibilité nous sert à comprendre l’ensemble des choses possibles. Si on veut comprendre un mot, il faut avoir à l’esprit le concept correspondant au mot. Nous avons un concept dans notre esprit quand nous sommes capables de définir clairement le concept concerné. Les concepts sont spirituels, donc ils ne prennent pas de place.\nLa définition du concept de possible est la suivante : est possible ce qui peut être, est possible ce qui peut exister. La définition délimite le concept. Elle nous permet de distinguer le concept des autres concepts proches. Une bonne définition doit être claire. Une mauvaise définition est confuse. Il y a 4 notions qui relèvent de ce que l’on appelle les connecteurs ontiques. Ontos en grec ancien veut dire être. Les connecteurs ontiques portent sur l’être. Les voici :\nPossible : ce qui peut être ; Impossible : ce qui ne peut pas être ; Nécessaire : ce qui ne peut pas ne pas être ; Contingent : ce qui peut ne pas être. On distingue la nécessité de l’obligation, on peut s’opposer à une obligation, on ne pas s’opposer à une nécessité. Quand on s’oppose à une obligation il peut y avoir des conséquences néfastes à cette opposition. Quand on s’oppose à une nécessité, il y a nécessairement des conséquences néfastes.\nLe mot résister signifie s’opposer à une force contraignante.\nLe mot propagande au départ signifie propagation de la vérité, mais comme c’est une définition circulaire, c’est-à-dire une définition qui utilise un mot de la même famille pour définir un mot, il faut l’améliorer. Nous pourrions dire alors diffusion de la vérité. Mais avec notre cher Edward Bernays, le mot propagande désigne la manipulation des foules, des masses populaires. Ce qu’il appellera aussi pour cacher sa propre manipulation relations publiques.\nTrouver le problème qui fait naître la question # Il y a problème dans notre vie courante quand nous rencontrons un obstacle qui nous empêche d’atteindre notre objectif. Il y a donc 2 choses qui s’opposent, l’objectif et l’obstacle.\nEn philosophie, on appelle problème la confrontation de deux hypothèses adverses. J’ai bien dit hypothèse et non pas affirmation. L’hypothèse est toujours au conditionnel, l’affirmation est au présent de l’indicatif.\nComment trouver les deux hypothèses ?\nLes questions posées en épreuve de philosophie sont toujours des questions fermées, c’est-à-dire des questions auxquelles on peut répondre soit par oui soit par non. Donc la première hypothèse sera une réponse positive à la question, c’est-à-dire les arguments en faveur de la réponse positive. La deuxième hypothèse sera la réponse négative à la question.\nDans l’exemple donné, la première hypothèse serait : Il semble possible de résister à la propagande en développant notre capacité à apprivoiser nos émotions. La deuxième hypothèse serait alors, il paraît impossible de résister à la propagande, ou pour être plus précis il est facile de dire que nous pouvons apprivoiser nos émotions, mais dans la réalité cela semble très difficile.\nChoisir une réponse précise à la question # Quand on répond en philosophie, il faut toujours garder au moins une nouveauté pour la réponse. Exemple, nous pourrions répondre ici : il est possible de résister à la propagande à condition de développer une vertu que la tradition philosophique appelle la tempérance.\nTrouver des arguments pour chacune des hypothèses. # Deux arguments sont suffisants. Si les arguments sont dans le texte support donné, il ne faut pas hésiter à les utiliser. De nombreux correcteurs attendent de vous d’être capables d’utiliser les arguments du texte au bon endroit dans votre dissertation. Et bien sûr de savoir les expliquer.\nRédaction # Introduction # Dans l’accroche, si le texte est présent, c’est bien de le présenter rapidement. Sinon et de toute façon, l’accroche consiste à définir les concepts de la question. Puis on présente la première hypothèse. Enfin on présente la seconde hypothèse. Cela peut être utile de remettre la question posée à la fin, certains professeurs aiment bien que cette question soit reformulée. Personnellement, je ne préfère pas pour éviter les hors sujets. Première partie : H1 # On argumente la première hypothèse, en prenant appui sur le cours en montrant que nous avons des connaissances philosophiques. Il peut être utile de s’appuyer sur le texte donné quand il y en a.\nIl est bon de garder en mémoire ce petit moyen mnémotechnique pour la qualité de la rédaction : « il faut savoir faire appel nos gentilles petites fées ». FÉE veut dire ici : je Formule, j’Explique, je prends un Exemple concret. Le texte quand il est présent peut aussi parfois nous permettre de trouver les exemples.\nSeconde partie : H2 # On argumente la seconde hypothèse, en prenant appui sur le cours en montrant que nous avons des connaissances philosophiques. Il peut être utile de s’appuyer sur le texte donné quand il y en a. On utilise aussi les « FÉEs ».\nConclusion # La conclusion fournit rapidement la réponse que vous voulez soutenir, avec la nouveauté conceptuelle qu’il ne faut pas oublier.\n","date":"8 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/mini-dissertation/","section":"Articles","summary":"","title":"Méthode de mini-dissertation en HLP","type":"articles"},{"content":"","date":"8 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/mini-dissertation/","section":"Tags","summary":"","title":"Mini-Dissertation","type":"tags"},{"content":" Introduction # La notion de liberté est une notion importante pour nous autres français à double titre. Premièrement, le mot français vient en effet du mot franc qui veut dire être libre. Deuxièmement, la liberté est l’une des quatre valeurs de la République Française actuelle. Méconnaître la liberté reviendrait donc à méconnaître ce que c’est qu’être français et reviendrait à prendre le risque de trahir l’une des principales valeurs de la République Française.\nMalheureusement, trop souvent les personnes parlent de la liberté sans être capable de la définir correctement. L’un des préjugés les plus fréquents que nous rencontrons consiste à croire que la définition de la liberté serait donnée par la phrase : « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ». Outre le caractère circulaire de cette formulation, on commet alors la confusion classique entre définition d’un concept et propriété d’un concept. Une propriété n’est pas une définition.\nPar ailleurs, les représentations les plus fréquentes de la liberté ne sont bien souvent que des faux-amis de la liberté, c’est-à-dire des choses qui ressemblent à la liberté mais qui n’ont rien à voir avec elle. C’est ce que nous allons commencer par éliminer. Avant, cependant, il peut être bon de donner déjà la définition la plus classique de la liberté que l’on trouve dans l’histoire de la philosophie.\nLe libre arbitre # La définition classique de la liberté porte une étiquette facile à retenir. On parle de libre arbitre. Cette définition classique nous vient du latin liber qui désigne dans la Rome antique un des trois statuts juridiques des personnes humaines à l’époque.\nIl y avait d’un côté le servus qui était l’esclave, c’est-à-dire l’être humain qui avait perdu la possibilité de prendre ses décisions par lui-même et qui devait obéir à son maître. De l’autre côté, il y avait le dominus qui était justement le maître de l’esclave et qui pouvait non seulement prendre ses décisions par lui-même mais aussi imposer ses décisions à ses esclaves.\nLe liber est le troisième statut juridique des personnes dans la Rome antique, c’est celui de l’esclave affranchi, c’est-à-dire celui qui a retrouvé la possibilité de prendre ses décisions par lui-même car il a été libéré par son maître. Il n’est plus esclave mais un homme libre. Remarquons que le mot affranchi comporte bien la même racine que franc. L’affranchi, c’est l’homme franc, l’homme libre.\nDe cette définition nominale, c’est-à-dire liée à l’histoire du mot dans notre langue, nous pouvons tirer la définition essentielle de la liberté que la tradition philosophique désigne par l’étiquette libre arbitre. La liberté conçue comme libre arbitre c’est la capacité que possède l’homme de pouvoir décider sans être sous la contrainte d’un maître extérieur. On trouve aussi cette autre formulation : c\u0026rsquo;est la capacité de choisir sans être sous la contrainte d\u0026rsquo;un maître extérieur. Plus j\u0026rsquo;avance dans le temps, plus je trouve que la première formulation s\u0026rsquo;avère meilleure par rapport à la seconde. En effet, le verbe décider dit plus encore que le verbe choisir.\nCette définition est facile à retenir mais elle n’est pas si facile à comprendre. Pour mieux la comprendre nous allons d’abord évacuer les fausses conceptions, celles qui semblent compatibles avec la liberté mais qui finalement risque fort de nous en éloigner.\nLes faux-amis de la liberté # Toutes les erreurs de conceptions ne semblent pas directement liée à la notion de désir mais si nous prenons le temps d’y réfléchir, il est assez facile de se rendre compte que le concept de désir n’est jamais très loin. Cela explique la question posée comme titre de cet article.\nJe vous propose de rassembler toutes les erreurs de conception de la liberté dans la liste suivante. Il est sans doute possible de trouver d’autres erreurs, mais je pense qu’avec la liste suivante on a déjà évacué la plupart des erreurs.\nIl semble y avoir 6 faux-amis de la liberté, 6 fausses conceptions de la liberté :\nCroire qu’être libre ce serait de réaliser ses envies ; Croire qu’être libre ce serait de réaliser ses désirs ; Croire qu’être libre ce serait le fait d’être indépendant ; Croire qu’être libre ce serait de n’avoir aucune contrainte ; Croire qu’être libre ce serait être capable de nous donner notre nature ou au moins de modifier notre propre nature, ce qui reviendrait à croire que nous pourrions nous créer nous-mêmes. Croire qu\u0026rsquo;être libre c\u0026rsquo;est d\u0026rsquo;oser être un rebelle. Rémi Brague et la métaphore du taxi libre # Le philosophe français Rémi Brague qui est né à Paris en 1947 résume ces faux-amis par la métaphore qu’il appelle le taxi libre. De nombreuses personnes en effet se pensent libres un peu à la manière dont on utilise le mot libre dans l’expression taxi-libre. Le taxi-libre, c’est celui qui est d’abord vide et qui accepte un client. Il a l’impression de décider par lui-même quel client il prend, mais s’il ne prend aucun client, il ne travaille pas et ne peut donc pas vivre. Il croit qu’il choisit sa destination, mais finalement il choisit la destination que lui indique le client.\nCette métaphore signifie que la liberté serait de prendre des clients et de laisser les clients décider pour soi-même ce que nous devrions faire. Quels sont ses clients ? Et bien justement, ces clients se sont les influences du moment, nos envies ou nos désirs, comme si les envies et les désirs étaient des données fiables pour prendre nos décisions.\nPour celui qui voit le taxi-libre vu du ciel dans une journée, il est facile de voir que finalement il tourne en rond et ne fait rien d’autre que de rendre service à ses clients. Il est le serviteur de ses clients plutôt que le maître de sa vie. Le but n’est pas de dévaloriser la profession de taxi, qui est une profession tout à fait utile et noble, mais plutôt de vous faire comprendre que si vous voyez votre liberté à la manière d’un taxi-libre, c’est que vous ne savez pas ce que veut dire prendre des décisions personnelles. Décider, ce n’est pas se laisser diriger par des clients, des envies ou des désirs.\nDécider demande de faire preuve de volonté et pas seulement de suivre ses envies ou ses désirs. L’erreur de nos contemporains, c’est ce que soutient Rémi Brague, c’est de confondre avoir envie, désirer et vouloir. De plus, une autre erreur est très fréquente, c’est qu’il serait facile de vouloir.\nLes désirs et les faux-amis de la liberté # Désir et envie # L\u0026rsquo;envie dans son origine étymologique revient à jalouser quelqu\u0026rsquo;un, avoir un regard envieux pour quelque chose. C\u0026rsquo;est donc une sorte de désir mimétique. C\u0026rsquo;est René Girard, philosophe français (1923, 2015) expatrié aux U.S.A. et qui a terminé sa carrière philosophique à l\u0026rsquo;université de Stanford, qui au XXème a le mieux mis en évidence l\u0026rsquo;évidence du caractère triangulaire de nos désirs dans le livre qui l\u0026rsquo;a rendu célèbre : Mensonge Romantique et Vérité Romanesque.\nL\u0026rsquo;impact de ce qu\u0026rsquo;il dit sur notre liberté en lien avec nos désirs ou nos envies, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;au lieu de prendre leur source en nous-mêmes pour que nous soyons nos propres maîtres, ils prennent souvent leur source à l\u0026rsquo;extérieur de nous-mêmes chez ceux qu\u0026rsquo;il appelle des médiateurs. Au fond de tout désir mimétique se trouve un manque de confiance en nous-même, une sorte de défaut d\u0026rsquo;être où nous croyons être moins bien doté en être que d\u0026rsquo;autres personnes. Nous finissons par vouloir ressembler à ces personnes pensant qu\u0026rsquo;ainsi nous serons plus heureux. Nous regardons alors inconsciemment ce que désirent ces personnes, et nous imitons presque malgré nous leurs désirs.\nDésir d\u0026rsquo;indépendance et rapport aux contraintes # Le désir d\u0026rsquo;indépendance qui se confond souvent avec la liberté revient finalement à confondre sentiment de libération et liberté. Les causes peuvent être multiples. Le désir d\u0026rsquo;indépendance peut évidemment être mimétique, comme l\u0026rsquo;envie, comme d\u0026rsquo;autres désirs. Il peut cependant aussi venir d\u0026rsquo;un besoin de libération tout à fait compréhensible quand nous avons été soumis à une oppression, à des injustices répétées. Le désir d\u0026rsquo;indépendance peut aussi être tout à fait légitime pour le jeune qui veut organiser sa propre vie en quittant le foyé parental.\nL\u0026rsquo;erreur cependant que beaucoup de personnes font quand elles sont en quête de libération, c\u0026rsquo;est d\u0026rsquo;oublier que la société technologique dans laquelle nous vivons est faite d\u0026rsquo;innombrables inter-dépendances des hommes entre eux. Le jeune qui quitte sa famille pour prendre son indépendance, sera soumis à de nombreuses autres dépendances. Il sera dépendant financièrement de tout l\u0026rsquo;argent qu\u0026rsquo;il faut pour pouvoir vivre décemment. Il lui faudra donc travailler pour subvenir à ses besoins et ce travail lui apportera de nouveaux réseaux de dépendances qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;avait peut-être pas bien envisagé auparavant.\nLa liberté n\u0026rsquo;est donc pas l\u0026rsquo;indépendance parce que nous sommes inter-dépendants les uns des autres à partir du moment où nous ne vivons pas en autarcie. Nous sommes dépendants de ceux qui fabriquent nos vêtements, de ceux qui les acheminent, de ceux qui font pousser la nourriture, etc.\nDe même le rapport aux contraintes vient souvent d\u0026rsquo;une mauvaise gestion des désirs même si certaines contraintes sont trop nombreuses aussi ou mal ajustées. Croire qu\u0026rsquo;être libre, c\u0026rsquo;est vivre sans contrainte, c\u0026rsquo;est croire que l\u0026rsquo;on peut vivre dans notre imagination. Dans la réalité, il y a toujours de nombreuses contraintes, les contraintes des besoins physiologiques, les contraintes de la société pour pouvoir satisfaire ces besoins, etc.\nLa liberté n\u0026rsquo;est donc ni l\u0026rsquo;indépendance totale, ni l\u0026rsquo;absence de contrainte. La liberté c\u0026rsquo;est plutôt le puissance de décider quels réseaux de dépendances et quels réseaux de contraintes choisir pour qu\u0026rsquo;ils soient compatibles avec notre personnalité. C\u0026rsquo;est loin d\u0026rsquo;être un discernement facile à réaliser.\nDésir et création de soi par soi # Il est étrange de voir que des courants de pensée comme le transhumanisme finissent par croire que grâce aux sciences et aux technologies nous serions capables de modifier notre nature humaine. N\u0026rsquo;est-ce pas prendre nos désirs pour des réalités ? Notre code génétique nous est donné et même si on peut tout à fait comprendre qu\u0026rsquo;on puisse vouloir guérir les maladies génétiques, comment interpréter le désir de quitter sa nature humaine pour une autre autrement que comme une sorte de dégoût de soi ?\nEst-ce vraiment un désir qui vient de nous ? N\u0026rsquo;est-ce pas plutôt les conséquences psychologiques de blessures et d\u0026rsquo;injustices passées qui ont entraîné une dévalorisation abusive de soi ? N\u0026rsquo;est-ce pas une sorte de révolte contre la nature, ce qui nous est donné, notre histoire passée ?\nDésir et esprit rebelle # C\u0026rsquo;est pourquoi le dernier faux-amis de la liberté peut se caractériser par l\u0026rsquo;esprit rebelle. La définition nominale de ce mot est d\u0026rsquo;ailleurs très instructive pour trouver sa définition essentielle. Le rebelle, c\u0026rsquo;est celui qui rejoue la guerre puisque bellus, belli en latin signifie la guerre. Un désir de vie, un désir d\u0026rsquo;épanouissement a été frustré par des obstacles, par des injustices passées, et le rebelle se révolte contre ces obstacles et ces injustices. Malheureusement, comme il est la plupart du temps dans la réaction émotionnelle face à des désirs personnels frustrés, il tombe souvent dans la démesure et finit même par penser que c\u0026rsquo;est la rebellion qui caractériserait la liberté, voire même c\u0026rsquo;est le courage de l\u0026rsquo;indignation qui caractériserait la liberté. Il ne se rend pas compte qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;y a pas de courage de l\u0026rsquo;indignation puisque l\u0026rsquo;indignation est une émotion qui relève de la sensibilité alors que le courage est une vertu qui relève de la volonté et l\u0026rsquo;intelligence pratique (= la prudence).\nConclusion # Nos désirs ne sont pas forcément incompatibles avec la liberté, cependant comme le pensait Augustin, nul ne commence à réfléchir s\u0026rsquo;il ne commence d\u0026rsquo;abord à réfléchir à ses désirs. Il faut bien comprendre cette phrase. Nous sommes nombreux à ne réfléchir qu\u0026rsquo;aux moyens de satisfaire nos désirs plutôt qu\u0026rsquo;à la pertinence de leur existence même. Or la question c\u0026rsquo;est justement de savoir si nos désirs sont bien les nôtres, s\u0026rsquo;ils viennent bien de notre personnalité, et s\u0026rsquo;ils sont suffisamment réalistes pour réussir à épanouir notre personnalité si d\u0026rsquo;aventure nous arrivons à les satisfaire.\nIl faut donc réussir à trier nos désirs pour ne garder que ceux qui sont réalisables, autrement bonjour la frustration ! Et aussi, pour distinguer ceux qui viennent de notre personnalité ou qui sont au moins compatibles avec elle, de ceux qui ne sont que des influences de personnes extérieures que nous n\u0026rsquo;avons peut-être pas bien identifiées.\nEst-ce possible de réussir à trier nos désirs sans faire preuve d\u0026rsquo;un peu de volonté ?\nC\u0026rsquo;est justement par la négative que nous répondrons à cette question en étudiant dans le cours suivant l\u0026rsquo;importance de la notion de volonté pour réussir à bien comprendre ce que veut dire être libre.\nDocuments # Diaporama # Les années passées je me servais du diaporama suivant : liber1. Il comporte certains détails qui peuvent être utiles pour ceux qui préfèrent un support visuel ainsi que quelques précisions complémentaires, entre autres, sur la pensée du philosophe français surnommé le philosophe de la résistance, Yves Simon.\nVidéos complémentaires # Pour approfondir la pensée du philosophe français René Girard, l’ARM, l’Association Recherches Mimétiques, nous recommande 5 petites animations pour retenir ses concepts clés, dont évidemment ceux de désir mimétique et de médiateurs.\nLa 5ème animation enlève à la pensée de René Girard une grande partie de sa spécificité. Peut-être sera-t-elle corrigée par une 6ème vidéo, mais en l’état actuel il manque l’apport du christianisme que René Girard ne manque pourtant pas de bien mettre en évidence. C\u0026rsquo;est sans doute pour appliquer les dernières lois sur la laïcité.\nVoici maintenant ces 5 animations :\nJe termine en vous indiquant aussi cette conférence donnée par René Girard lui-même en décembre 2007 à l\u0026rsquo;École Normale Supérieure :\nAvancée des notions # ","date":"7 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/libre-desir/","section":"Articles","summary":"","title":"Nos désirs sont-ils compatibles avec notre liberté ?","type":"articles"},{"content":"","date":"7 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/r%C3%A9mi-brague/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Rémi Brague","type":"philosophes"},{"content":"","date":"1 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/consciousness/","section":"Tags","summary":"","title":"Consciousness","type":"tags"},{"content":"","date":"1 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/crainte/","section":"Tags","summary":"","title":"Crainte","type":"tags"},{"content":" Présentation # Emmanuel Housset, dans son livre La vocation de la personne, soutient qu’Augustin d’Hippone est celui qui invente réellement le concept de personne, alors que jusqu’ici le mot pouvait désigner des sens très différents les uns des autres, celui de masque, de rôle ou celui d’hypostase. En revanche, c’est surtout les définitions du concept de personne chez Boèce et Thomas d’Aquin que la tradition retiendra. Augustin d’Hippone reste cependant important à étudier pour comprendre comment le concept de personne s’est forgé. Ce que va introduire Augustin dans le concept de personne, c’est la notion de relation essentielle, mais il faudra attendre Thomas d’Aquin pour réussir à penser la notion de relation subsistante.\nLui aussi part de l’exégèse prosopologique et va aboutir à la conception de la personne comme répondant.\nLa prosopologie # Le mot prosopologie a d’abord été utilisé par le docteur Roger Ermiane (ou René Bardonnaut de son vrai nom) pour désigner une discipline de psychologie clinique qui consiste à étudier les correspondances qui existent entre les mimiques du visage et leur signification psychologique. C’est donc un mot qui a été forgé artificiellement au XXᵉ siècle à partir du grec que nous connaissons maintenant prosôpon et le grec logos. Étymologiquement, il pourrait signifier l’étude du visage.\nC’est Marie-Josèphe Rondeau, professeur émérite à l’Université de Caen, qui a consacré sa thèse aux Commentaires patristiques du Psautier (IIIe-Ve siècles) et qui est l’auteur de la traduction française de la Vie de Constantin, qui la première a transposé ce mot en exégèse. Voilà ce qu’elle dit concernant les psaumes :\n« La question capitale pour comprendre les psaumes, c’est de pouvoir discerner au nom de qui l’on doit comprendre que les paroles sont dites. »\nLa prosopologie devient alors en exégèse l’étude des personnes par leurs prises de parole dans un texte religieux. La notion de prosopographie signifie alors la description des différentes personnes par leurs prises de parole. Comme Marie-Josèphe Rondeau est professeur émérite dans la même université que celle où enseigne Emmanuel Housset, on peut comprendre qu’il se soit inspiré des recherches de son aînée, quand il fait une lecture d’Augustin d’Hippone. La notion de prosopologie appliquée aux œuvres d’Augustin est donc une lecture contemporaine d’Augustin. À vrai dire, cela permet de mettre en évidence chez Augustin des choses que l’on avait peut-être oubliées, et particulièrement l’attention qu’Augustin porte à la prise de parole quand il s’agit de réfléchir au concept de personne. Nous avons déjà eu l’occasion de voir cette attention à l’œuvre chez Emmanuel Housset quand il présentait la notion d’hypostase.\nDistinction unité de nature et unité de relation # Chez Augustin d’Hippone, la réflexion sur le concept de personne vient d’abord de méditations sur la Trinité puis sur le Christ pour venir éclairer sa conception de la personne humaine. L’unité de la personne humaine devient alors chez lui non pas une unité comprise à partir de la substance mais à partir de sa relation à Dieu.\nIdentité mondaine et identité personnelle # La conception d’un Dieu Trinitaire, qui est une seule essence en trois personnes, donne une vision non mondaine de Dieu. Dieu n’est pas un objet du monde, et même si la compréhension de son essence dépasse les capacités de notre intelligence, il nous faut bien parler de lui en essayant d’être le plus juste possible dans notre utilisation de nos mots pour le désigner. Nous ne pouvons pas le désigner avec les mots que nous utilisons pour désigner les objets. C’est pourquoi, il a fallu introduire pour une meilleure compréhension de Dieu le terme d’hypostase (origine grecque) ou de personne (origine latine). Cela nous conduit à faire la distinction entre une identité mondaine, celle des objets, et l’identité personnelle qui est propre aux personnes de la Trinité.\nEn transposant le mot personne à l’homme alors qu’il était d’abord utilisé pour distinguer les trois personnes de la Trinité, Augustin nous incite à distinguer chez l’homme même son identité mondaine de son identité personnelle. Les objets ne possèdent pas d’identité personnelle, il ne possède qu’une identité mondaine.\nLa crainte ou la peur comme boussole pour une juste parole sur Dieu # Voici un extrait du De Trinitate : De Trinitate, c’est-à-dire le chapitre IV du Livre VII. Dans cet extrait, il étudie la notion de personne en soulignant combien il est difficile pour l’homme de réussir à parler correctement de l’ineffable, c’est-à-dire de ce qui échappe à notre langage. Il y a chez Augustin l’idée que notre pensée de Dieu est au-dessus de ce que nous réussissons à en dire avec notre vocabulaire. Nous pouvons penser à Dieu mieux que nous ne pouvons en parler. Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas en parler, mais plutôt qu’il faut être très prudent dans notre manière de parler de Lui. Ne pas parler de Lui serait renoncer à le faire connaître à ceux qui ne le connaissent pas, mais en parler mal serait prendre le risque de l’hérésie. C’est pourquoi le problème n’est pas simple quand il s’agit de parler correctement de la Trinité. Évidemment, notre pensée est elle-même en-deçà de la pensée que Dieu a de lui-même, c’est donc quand notre pensée écoute La Parole de Dieu et la médite en son cœur qu’elle se rapproche un peu d’une saine parole sur Lui.\nSelon Augustin, nous pouvons mieux comprendre Dieu par notre pensée que par nos paroles, cependant chercher les paroles les plus justes pour bien parler de Dieu reste un travail essentiel. C’est ce que fait Augustin dans ce chapitre. Si nous lisons attentivement la fin de ce chapitre, nous pouvons nous apercevoir que la boussole qui nous permet de discerner quelles sont les paroles les plus justes pour parler de Dieu, c’est la crainte ou la peur, du moins c’est les verbes craindre et avoir peur qui sont utilisés ici. Il peut donc être bon de revenir sur la distinction que fera plus tard Jean de Saint-Thomas (1589-1644), disciple de Thomas d\u0026rsquo;Aquin du XVIIème siècle, concernant les différents types de crainte, même si nous en avons déjà parlé l’année dernière. Auparavant, il peut être utile de redonner la définition que donne Thomas d’Aquin de la crainte ou de la peur :\nRévision : l’émotion de crainte # La crainte (ou la peur), c’est le mouvement de retrait face à un mal futur. La peur est donc une passion qui nous avertit de l\u0026rsquo;approche d\u0026rsquo;un mal et nous incite à le fuir pour éviter la douleur ou la tristesse. Il peut exister des peurs illégitimes car nous prenons pour un mal réel, un mal apparent. Mais autrement, la crainte est globalement une bonne chose. Elle peut même être beaucoup plus qu\u0026rsquo;une passion de l\u0026rsquo;âme puisqu\u0026rsquo;elle peut même être un Don de l\u0026rsquo;Esprit Saint (un don de l\u0026rsquo;Esprit Saint dépasse une vertu). Dans la tradition chrétienne la notion de crainte peut en effet désigner des choses très différentes. Jean de Saint-Thomas distingue dans son livre Les dons du Saint-Esprit, 4 sortes de crainte. Pour comprendre les distinctions qui suivent, il faut déjà distinguer le mal de peine du mal de faute. Le mal de peine désigne la douleur ou la tristesse que nous pouvons éprouver face à un mal que nous subissons. Le mal de faute désigne la douleur ou la tristesse que nous pouvons éprouver face à un mal que nous causons.\nRévision : les 4 formes de crainte selon Jean de Saint Thomas # Pour ceux qui préfèrent un schéma, il y a aussi cette mindmap qui reprend les 4 sortes de craintes suivantes :\nLa crainte mondaine : c\u0026rsquo;est le fait de préférer plaire au monde pour ne pas souffrir plutôt que de défendre la vérité ou la justice. Cette crainte est mauvaise, il est possible que ce soit elle qui soit en partie impliquée dans ce qu\u0026rsquo;Hannah Arendt appelle la « banalité du mal ». La crainte servile : c\u0026rsquo;est le fait d\u0026rsquo;obéir à une autorité pour éviter le mal de faute. Elle est servile car c\u0026rsquo;est se comporter comme un esclave vis-à-vis de cette autorité, ce n\u0026rsquo;est pas par un choix volontaire. Elle est cependant bonne car elle nous évite d\u0026rsquo;être cause du mal (à condition évidemment que l\u0026rsquo;autorité en question soit bonne aussi). La crainte initiale : c\u0026rsquo;est un mélange de crainte de mal de peine (de la douleur ou de la tristesse) et de crainte du mal de faute. Nous ne voulons pas faire de mal et nous craignons de le faire, et en même temps nous avons peur de souffrir. C\u0026rsquo;est une initiative personnelle à la différence de la crainte servile. Cette crainte est positive dans le sens où elle développe en nous la charité (le fait de ne pas faire le mal au prochain, ou de résister au mal pour faire le bien). Elle est cependant imparfaite car étant mélangée de la crainte du mal de peine, nous pouvons manquer d\u0026rsquo;initiatives dans certaines circonstances par peur de la douleur ou de la tristesse. La crainte filiale ou révérentielle : c\u0026rsquo;est la crainte du mal de faute qui vient de l\u0026rsquo;amour que nous avons pour Dieu. Ce que nous craignons dans la crainte filiale, c\u0026rsquo;est de ne pas réussir à faire le bien que Dieu aimerait nous voir faire. C\u0026rsquo;est la peur de le décevoir, non pas parce que nous aurions peur de son jugement, mais parce que nous avons peur de ne pas réussir à le remercier par nos actes pour sa bienveillance, c\u0026rsquo;est une sorte de peur de notre ingratitude à son égard. Le don de crainte correspond à la crainte filiale. C\u0026rsquo;est comme la crainte que tout enfant ressent quand il aime vraiment son père ou sa mère : il a peur de les décevoir, non pas parce qu\u0026rsquo;il a peur d\u0026rsquo;eux, mais au contraire parce qu\u0026rsquo;il les aime tellement qu\u0026rsquo;il veut réussir à leur dire merci en faisant preuve d\u0026rsquo;autant de bonté qu\u0026rsquo;eux dans ses propres actes. Cette peur est très positive car elle nous donne l\u0026rsquo;énergie, le courage, d\u0026rsquo;affronter les douleurs et les tristesses pour réussir à faire le bien. En fait, la crainte filiale est le témoignage que nous avons un amour puissant en nous pour Dieu (au sens de « Deus Caritas Est ») et que cet amour est plus puissant que la peur des douleurs ou des tristesses et nous rend alors capable d\u0026rsquo;agir en recherchant la justice dans nos actes. La crainte filiale comme juste boussole pour parler de Dieu # Dans le texte d’Augustin d’Hippone, il est possible d’interpréter la crainte et la peur dont il parle comme crainte filiale. Nous devons craindre de parler mal de Dieu car cela peut nous détourner de Lui ou détourner ceux à qui nous nous adressons de Lui. C’est pourquoi, la réflexion sur la bonne utilisation de la notion de personne pour distinguer le Père, le Fils et le Saint-Esprit, est si importante, même si le mot personne ne se trouve pas directement dans la Bible.\nBenoît de Saint Pierre m’a permis de découvrir il y a quelques années un texte de Catherine de Sienne au sujet de la crainte filiale qu’elle appelle sainte crainte. J’en profite pour vous le mettre à disposition : sainte Catherine de Sienne sur la sainte crainte.\nLa crainte filiale comme juste boussole pour parler aux hommes et parler d’eux # Il me semble aussi que nous avons dans cette boussole mise en évidence par Augustin d’Hippone quand il s’agit de parler correctement de Dieu, une indication fiable pour aussi faire attention quand nous avons à parler à (et de) telle ou telle personne humaine. La crainte filiale n’est pas seulement la véritable échelle pour s’approcher de Dieu, elle est aussi la véritable échelle pour s’approcher de l’autre homme. Non pas certes parce qu’il faudrait faire preuve de crainte filiale vis-à-vis de chaque personne humaine que nous rencontrons, ce qui peut cependant se méditer, mais parce que toute personne humaine est désirée par Dieu et représente à notre égard, au fond, malgré sa propre liberté faillible qui lui fait choisir ses actions, une parole venant de Dieu. Cette parole venant de Dieu, aussi déformée soit-elle par les mauvais choix de la personne concernée, requiert de notre part une crainte filiale si nous voulons la recevoir avec justice et si nous voulons l’encourager avec justesse.\nUnité d’essence ≠ unité de relation # Emmanuel Housset, constatant que c’est dans le livre VII du De Trinitate que Saint Augustin utilise le terme de personne pour la première fois pour parler de l’homme, en déduit qu’il est possible de faire la distinction entre unité d’essence ou unité de nature et unité de relation pour l’homme également. Voilà exactement ce que dit Augustin, à la fin du §7 du Chap. IV du Livre VII :\n« le mot personne est général, à tel point qu’il peut s’appliquer même à l’homme, malgré la distance infinie qui sépare l’homme de Dieu. »\nOn voit bien dans cette phrase que l’homme ne possède pas la même essence que celle de Dieu, la même nature. L’homme n’est pas Dieu, et la distance entre l’homme et Dieu est infinie. En revanche, l’homme est à l’image de Dieu, et donc de même que les personnes divines sont des personnes, de même chaque être humain est une personne. Or ce qui distingue les personnes divines entre elles, c’est le fait que chacune est une relation essentielle distincte des autres. Le Père désigne la relation essentielle de la paternité, le Fils, la relation essentielle de la filiation, le Saint-Esprit la relation essentielle de procession.\nEn méditant avec Emmanuel Housset sur cette notion de relation essentielle, nous pouvons en déduire que ce qui fait l’unité au sein même de la Trinité, c’est cette unité de relation, unité des relations essentielles entre elles. Et, en transposant ce que nous comprenons alors de l’unité de relation en Dieu-même, nous pouvons mieux comprendre ce qu’est la véritable unité pour l’homme et entre les hommes. L’homme peut résister aux brisures de sa vie par l’unité avec son Créateur. L’homme peut obtenir l’unité intérieure par son unité de relation avec son Créateur. Ou, pour le dire autrement, l’homme peut obtenir son unité intérieure en assumant son rôle de fils adoptif.\nEt, si nous transposons ce qu’indique là Emmanuel Housset à la relation entre les hommes, nous trouvons un chemin pour comprendre ce que peut être une unité de relation entre les hommes. L’unité entre les hommes ne peut se réaliser que par l’unité de relation de chacun avec Notre Père. Cette unité de relation n’est pas une fusion entre les personnes humaines, puisqu’il y aurait alors la perte des distinctions entre les personnes, distinctions qui ont été voulues et désirées de toute éternité par Dieu. Cette unité de relation est une union où se réalise l’alliance des diversités, l’enrichissement mutuel des diversités. C’est la réjouissance de l’enrichissement mutuel de nos diversités. Et, c’est par la vivacité de la relation avec Notre Père que cette alliance des diversités entre les personnes humaines est rendue possible.\nComment parler de l’unité de relation à nos contemporains # Le problème qui se pose à nous, c’est que nous côtoyons des personnes qui peuvent être très éloignées de la foi chrétienne ou qui peuvent même appartenir à d’autres religions que la religion chrétienne. Il est même possible de rencontrer des personnes qui ont du ressentiment pour la foi chrétienne. Le dernier rapport concernant l’état des lieux de la laïcité en France, rapport qui date de 2020, réalisé à la demande de notre gouvernement, indique que 47% des français se sentent liés à la religion catholique, mais que seulement 10% des français ont une pratique religieuse au moins une fois par semaine, en comptant toutes les religions présentes en France. Si on regarde la pratique religieuse au moins une fois par mois, ce chiffre monte à 14%, mais pour l’ensemble des religions présentes en France. 38% des français n’ont aucune pratique religieuse, même pas pendant les grandes fêtes religieuses, où 31% des français reconnaissent avoir une pratique religieuse.\nEn 2010, l’Ifop dans un sondage constatait que 64% des français se déclaraient liés au catholicisme, en 2020, ils ne sont plus que 47%. Les catholiques messalisants1 ne représentaient, en 2010, que 4,5 % de la population française contre 27 % en 1952. Les conséquences du rapport de la CIASE ne sont pas encore connues, mais on peut supposer que cela aura un impact négatif sur la confiance des français vis-à-vis de l’Église Catholique. Bref, il devient évident que le nombre de personnes éloignées de la foi chrétienne que nous rencontrerons sera, à moins d’un miracle, grandissant dans les prochaines années.\nC’est pourquoi, il me semble important de se demander comment nous pourrions traduire ce que nous découvrons avec Augustin d’Hippone sur la notion d’unité de relation vis-à-vis de nos contemporains. Il me semble que cela ne pourra pas se faire en se comportant comme si nous étions au-dessus des personnes qui ne croient pas parce que nous aurions, par notre foi, accès à la vérité. Déjà, c’est sans doute mal comprendre la nature même de la charité que de se comporter ainsi, mais en plus, dans une ambiance faite de soupçon et de ressentiment, ce serait un véritable contre-témoignage vis-à-vis du Fils Éternel. Cela ne veut pas dire qu’Augustin ne nous dévoile pas une part importante de la vérité, mais cela veut dire que la vérité n’est pas quelque chose qui s’assène par supériorité aux autres, mais la vérité s’incarne dans le concret de nos actes par l’humilité : cette manière de faire peut se résumer par la formule Imitatio Christi. Cela ne veut pas dire qu’il faut être dans une pastorale de l’enfouissement, je dirais plutôt que nous devons être dans une pastorale de l’exemplarité. Il s’agit de réussir à témoigner de la vérité d’abord par nos actes tout en ne renonçant pas à dire d’où nous vient la motivation pour ces actes. C’est loin d’être facile. C’est même parfois une certaine prise de risque. Finalement, si on prend le temps de réfléchir, c’est un chemin de sainteté.\nIl me semble qu’il nous faut nous recentrer sur la dignité de la conscience de chaque personne humaine. Qu’au lieu de dire trop rapidement que l’unité de relation pour l’homme c’est l’unité de relation avec son créateur, il est préférable de dire que l’unité de relation pour l’homme, c’est l’unité de relation avec sa propre conscience. En disant cela ou mieux, en l’incarnant, nous respecterons la diversité des personnes qui nous sont données, et nous respecterons aussi notre Créateur puisque c’est lui qui donne à toute personne humaine sa conscience. Il peut être bon de revenir sur la notion de conscience développée par Hannah Arendt dans son petit livre intitulé Considérations Morales pour mieux comprendre quel vocabulaire nous pourrions peut-être utiliser pour respecter ceux qui ne partagent pas notre foi.\nIl me semble qu’il y a là une sorte de ligne de crête. En effet, certains pourraient être tenter de chercher une sorte d’unité de consensus où la vérité que le Christ nous a enseignée de sa vie serait relativisée au même rang que d’autres sources d’enseignement venant d’autres religions ou d’autres croyances. Nous aurions alors une sorte de syncrétisme, de nouvelle vague de New Age. Et on voit bien que le monde a de plus en plus tendance à nous attirer dans cette direction là, avec une notion de tolérance mal pensée. D’autres, conscients du danger de cette glissade vers une unité factice qui serait un réel affadissement de la saveur évangélique, pourraient être tentés par une sorte de repli identitaire ou encore de communautarisme où ils pourraient même aller jusqu’à refuser le vrai dialogue avec les personnes ayant d’autres croyances que la leur. Nous pourrions bien d’ailleurs si nous n’y prenions garde, jouer les deux rôles à la fois, unité artificielle avec ceux qui sont plus forts que nous par peur de nous faire écraser (crainte mondaine), repli identitaire face à ceux qui semblent plus faibles que nous (orgueil spirituel) ou pour se donner l’illusion qu’ensemble nous sommes plus forts qu’eux.\nIl me semble qu’il est bon que nous restions attentifs à cette ligne de crête en abordant ce que dit Hannah Arendt. Non pas parce qu’elle ne nous dirait pas quelque chose d’essentiel, mais parce qu’il est bon de garder en tête ce qu’Augustin nous a appris en méditant La Parole : le salut est dans la relation essentielle avec notre créateur.\nConscience et consciousness # Hannah Arendt et Considérations Morales # Dans son livre Considérations Morales, Hannah Arendt médite sur deux propositions que Platon met dans la bouche de Socrate dans le dialogue aporétique2 le Gorgias :\n« Mieux vaut être traité injustement que de commettre un tort. » « Mieux vaudrait pour moi que ma lyre ou qu’un chœur sous ma direction donne des sons discordants ou des accords faux, et qu’une multitude d’hommes soit en désaccord avec moi, plutôt que moi, étant un, sois en disharmonie avec moi-même et me contredise. Évidemment, ces deux propositions s’opposent radicalement à ce que Thucydide (-460, -400 ou -395) pouvait dire dans son livre La guerre du Péloponnèse :\n« Les forts font ce qu’ils peuvent et les faibles subissent ce qu’ils doivent subir. »\nSelon Hannah Arendt, il n’existe qu’un seul passage dans toute la littérature grecque qui rejoint ce que dit Socrate. On le trouve dans l’un des rares fragments que nous avons de Démocrite (-460, -370), le fragment B45 :\n« Plus malheureux (kakodaimonesteros3) que celui que l’on traite injustement est le malfaiteur. »\nCela montre à quel point ce que pouvait dire Socrate pouvait surprendre dans sa Grèce natale. C’est à partir de cette innovation socratique qu’Hannah Arendt va mettre en évidence une spécificité de notre conscience qui est d’être capable d’instaurer un dialogue intérieur où nous pouvons soit être l’ami de nous-mêmes ou au contraire être notre propre ennemi. Être ami de soi-même signifie alors que lorsque nous rentrons seul chez nous, nous sommes heureux de nous retrouver avec nous-mêmes, nous nous sentons en présence d’une personne digne d’être connue, digne d’être côtoyée. Tout se passe donc comme si dans l’unité de nous-même nous étions capable de nous dédoubler, pour rendre possible cette relation d’amitié de soi avec soi.\nOr si nous commettons l’injustice, quand nous rentrons seul le soir chez nous, nous nous retrouvons avec cette personne injuste que nous sommes devenue. Et, comme cette personne, c’est nous-même, nous ne pouvons pas nous séparer d’elle et devons donc subir sa présence, notre présence. On comprend bien alors pourquoi il vaut mieux subir l’injustice que la commettre. En subissant une injustice, nous nous retrouvons le soir avec la victime, nous pouvons compatir avec elle, nous ne nous retrouvons pas avec l’injuste, tandis qu’en commettant l’injustice nous nous retrouvons le soir avec l’injuste et nous devons subir sa présence.\nLa distinction conscience et consciousness en elle-même # De ces considérations, Hannah Arendt en déduit qu’il est possible grâce à Socrate de distinguer en nous-même deux types de conscience :\nUne conscience qu’elle désigne par le mot anglais conscience ; Un autre type de conscience qu’elle désigne par le mot anglais consciousness. Malheureusement, en français nous n’avons qu’un seul mot pour traduire ces deux mots anglais. Il n’est donc pas facile dans notre langue de distinguer cette dualité originaire en nous-même.\nIl me semble qu’il est possible de distinguer ainsi les deux concepts qu’elle nous propose :\nLe mot conscience ici désigne plutôt ce que la tradition appelle la conscience morale, c’est elle qui est censée nous dire ce que nous devons faire et ce que nous devons éviter, « c’était la voix de Dieu avant qu’elle ne devienne le lumen naturale ou la raison pratique kantienne », comme elle nous le dit. La consciousness dont elle parle, n’est pas prescriptive. Elle représente plutôt cette sorte de témoin que nous sommes pour nous-même, témoin qui sait ce que nous faisons et ce que nous désirons, avec qui nous pouvons dialoguer silencieusement. De l’importance de penser # Hannah Arendt en déduit que justement penser, c’est oser ce dialogue silencieux permis par la consciousness. Ce que l’injuste craint le plus, c’est justement de se retrouver avec ce témoin. C’est pourquoi l’injuste refuse de penser. L’injuste va mettre en place à l’intérieur de lui-même une stratégie de fuite de la pensée. Il va se tourner exclusivement vers la réalisation de ses désirs et s’il dialogue alors intimement avec lui ce ne sera que pour déterminer les meilleurs moyens à mettre en œuvre pour réaliser ses désirs, ce sera un faux dialogue. Il refusera d’interroger ses désirs, il préférera choisir l’excitation des désirs intenses plutôt que le risque du renoncement à ses désirs auquel le dialogue silencieux peut aboutir. L’excitation des désirs joue alors un rôle comparable aux anesthésiques : en refusant le dialogue silencieux rendu possible par la consciousness, il anesthésie sa conscience morale. Ou pour le dire autrement, la consciousness désignant cette capacité proprement humaine de nous dédoubler à l’intérieur de nous-même, capacité qui rend possible le dialogue silencieux intérieur, est aussi la condition préalable de toute conscience morale.\nL’amitié avec soi # Pour que ce dialogue silencieux intérieur puisse se faire, encore faut-il que je sois l’ami de moi-même, encore faut-il que je sois en harmonie avec moi-même. L’exigence de justice, n’est pas seulement une exigence morale, c’est une exigence qui permet de respecter qui je suis, c’est une exigence qui permet de respecter ma dignité d’être humain, en sauvegardant cette capacité proprement humaine de dialoguer intérieurement, c’est-à-dire de penser.\nDanger du taedium sui # On peut imaginer que le taedium sui, le dégoût de soi, vient empêcher ce dialogue silencieux. Pour réussir à prendre le temps de dialoguer intérieurement, il est sans doute préférable de ne pas être dégoûté de soi. Cet absence de dégoût de soi suppose un haut degré de moralité, c\u0026rsquo;est-à-dire le fait de choisir la justice dans le quotidien de nos actions, ou alors elle suppose d\u0026rsquo;avoir réussi à se pardonner. On peut imaginer qu\u0026rsquo;il est difficile d\u0026rsquo;apprendre à se pardonner à soi-même sans avoir d\u0026rsquo;abord été pardonné par une tierce personne. Cela permet de mieux comprendre à quel point le pardon est si important. C’est l’acte gratuit qui peut permettre à une personne de se réconcilier avec elle-même afin qu’elle soit à nouveau capable de dialoguer silencieusement avec elle-même. Et ce faisant, elle redevient à nouveau capable d’être juste !\nDe l’importance du dialogue silencieux intérieur # Hannah Arendt voit dans ce dialogue silencieux intérieur de soi à soi, la solution qui peut nous permettre d\u0026rsquo;éviter ce qu\u0026rsquo;elle désigne par l\u0026rsquo;expression banalité du mal. En effet, sans ce dialogue silencieux, la faculté de juger ne peut pas s\u0026rsquo;exercer correctement. La faculté de juger et la faculté de penser, bien que différentes, sont liées. La faculté de juger a besoin de la faculté de penser pour s\u0026rsquo;exercer. Ainsi, renoncer à exercer la faculté de penser entraîne le renoncement à l\u0026rsquo;exercice de la faculté de juger. C\u0026rsquo;est sans doute ainsi que les plus grandes atrocités ont pu voir le jour au XXème siècle et particulièrement celle de la Shoah pour laquelle Hannah Arendt est si sensible. Pour résumer tout cela, il suffit de lire ce qu’elle dit à la fin de Considérations morales :\n« La faculté de juger les cas particuliers (découverte par Kant), l\u0026rsquo;aptitude à dire « c\u0026rsquo;est mal », « c\u0026rsquo;est beau », etc., n\u0026rsquo;est pas la même chose que la faculté de penser. La pensée a affaire à des invisibles, des représentations d\u0026rsquo;objets absents ; le jugement se préoccupe toujours de particuliers et d\u0026rsquo;objets proches. Mais les deux sont reliés de la même façon que la consciousness et la conscience. Si la pensée, le deux-en-un du dialogue silencieux, actualise la différence au sein de notre identité, que connaît la consciousness, et donc fait de la conscience son sous-produit, alors le jugement, le sous-produit de l\u0026rsquo;effet libérateur de la pensée, réalise la pensée, la rend manifeste au monde des apparences où je ne suis jamais seul et toujours trop occupé pour pouvoir penser. La manifestation du vent de la pensée n\u0026rsquo;est pas la connaissance ; c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;aptitude à discerner le bien du mal, le beau du laid. Et ceci peut bien prévenir des catastrophes, tout au moins pour moi-même, dans les rares moments où les cartes sont sur table. »\nAvec ce que dit Hannah Arendt quand elle décrit la distinction entre consciousness et conscience, avec cette notion de dialogue silencieux qui définit selon elle la pensée, il me semble que nous avons un nouveau vocabulaire qui permet de reprendre ce que disait Augustin d\u0026rsquo;Hippone concernant la notion d\u0026rsquo;identité de relation sans forcément être obligé de requérir de notre interlocuteur la croyance préalable en l\u0026rsquo;existence de Dieu. L\u0026rsquo;enjeu est de taille, puisque l\u0026rsquo;enjeu, c\u0026rsquo;est celui de la justice partagée avec tous ceux qui ne partagent pas notre foi, c’est l’encouragement mutuel pour la justice sans avoir à imposer notre foi aux autres.\nLa relation dont Augustin parle est une relation d’amour # En méditant le chapitre V du livre VI du De Trinitate, Emmanuel Housset arrive à la conclusion que l’unité de relation est une unité d’amour. Voici comment il la décrit :\n« De ce point de vue, la réflexion trinitaire est une source intarissable pour l’intelligence de la personne, parce qu’elle conduit à briser les catégories traditionnelles, pour penser une unité qui n’est pas une simple unité d’essence désindividuante, mais une unité d’amour comme communion active, qui ne supprime pas la différence, mais en vit. L’unité de personne est donc bien radicalement autre que l’unité de nature en ce qu’elle est l’unité d’une relation essentielle à autre chose qu’elle4. »\nUn peu plus loin, Emmanuel Housset nous met en garde contre un excès inverse qui consisterait d’abord à ne penser Dieu qu’en terme de relation interpersonnelle, et ensuite par la transposition à l’homme, à ne concevoir la personne humaine qu’en terme aussi de relation interpersonnelle, comme si chaque personne n’existait qu’au travers de ses relations. Voici précisément ce qu’il dit :\n« Cependant, Dieu ne peut pas non plus disparaître en de pures relations et, dès lors, ces relations essentielles ne font que reconduire à la substance de Dieu comme capacité à se tenir soi-même, qui demeure le sens absolu de la personne5. Saint Augustin n’accepterait donc pas que la personne de Dieu soit comprise uniquement à partir de l’interpersonnalité, et c’est pourquoi il faut sauvegarder l’unité de la substance, qui pourrait être perdue avec la seule considération de l’amour. La Trinité n’est ni trois choses ni trois relations, et il est capital de ne pas séparer le sens relatif et le sens absolu de la personne. On peut se demander à cette occasion si certaines conceptions contemporaines de l’intersubjectivité, qui écartent tout sens absolu de la personne humaine, ne sacrifient pas elles aussi, en partie, le sens d’être de la personne6. »\nSens relatif de la personne : la personne se définirait en partie par ses relations essentielles ; Sens absolu de la personne : pour Dieu, c’est la capacité à se tenir soi-même, pour l’homme c’est la capacité relative à se tenir soi-même. Nous retrouvons là la notion de liberté. Différence entre Augustin et Aristote # La notion de substance telle qu’Augustin l’utilise pour décrire la substance divine devient très différente de la notion de substance chez Aristote. La substance chez Aristote est désindividuante, elle ne tient pas compte de la richesse apportée par l’individuation. L’individuation est toujours pensée comme accidentelle et jamais comme essentielle. Ce qu’Augustin nous fait comprendre, c’est qu’en Dieu, la substance divine est essentiellement constituée de trois personnes et Dieu est donc à la fois essence et personnes. En transposant ce qu’on découvre en Dieu à l’homme, on arrive alors à mieux comprendre que la personnalité de chaque personne humaine n’est pas un accident dû à l’individuation par la matière, ni même à un accident dû à son histoire personnelle, mais un développement de son essence propre, même si une partie de cette essence est commune à tout être humain, ce n’est qu’une partie seulement. Voici précisément ce qu’il dit.\nLa christologie d’Augustin comme source d’une nouvelle anthropologie # Augustin n’utilise pas si souvent que cela le terme de personne pour parler de la Trinité. En revanche, il va régulièrement l’utiliser pour parler du Christ et du fait que le Christ réalise en sa personne l’unité de deux natures, la nature divine et la nature humaine. Il va transposer cette unité réalisée par la personne du Christ à l’union de l’âme et du corps chez l’homme. La personne humaine désigne alors l’unité de l’âme et du corps, unité pensée par analogie avec l’unité des deux natures dans le Christ :\n« Car, de même que l’union de l’âme et du corps dans une seule personne constitue l’homme, de même l’union de Dieu et de l’homme dans une seule personne constitue le Christ. Dans la personne humaine, il y a union et mélange du corps et de l’âme, dans la personne divine il y a mélange et union de Dieu et de l’homme7. »\nVéritable unité et fausses unités # La fausse unité du phénomène de bouc émissaire # Nous avons vu qu’il était possible avec Augustin d’Hippone de parler d’identité de relation et qu’une bonne compréhension de cette identité de relation pouvait nous aider à mieux comprendre l’unité entre les hommes. Pour mémoire, nous disions qu’une véritable unité entre les hommes n’étaient réellement possible que si les hommes vivaient pleinement chacun d’abord leur filiation adoptive avec Dieu. Cette filiation adoptive permettant de faire vivre la véritable unité entre les hommes que nous appelons fraternité. Cependant, nous sommes obligés de constater qu’il existe plusieurs manières pour les hommes de s’unir les uns aux autres. Et que, malheureusement, la manière la plus fréquente dans l’histoire, c’est sans doute celle que nous retrouvons dans le phénomène de bouc émissaire si bien mis en évidence par le philosophe français expatrié aux États-Unis, René Girard. C’est en effet les principales fausses unités que nous pouvons rencontrer : l’unité contre une victime émissaire ou celle contre un bouc émissaire. Cela crée une sorte de fraternité certes, mais une fraternité complètement corrompue, une singerie de fraternité, sans doute toujours orchestrée spirituellement finalement par cette créature orgueilleuse, mais diablement intelligente, que les pères de l’Église appelait le singe de Dieu.\nQuittons donc un peu le 4ème siècle de saint Augustin pour découvrir la pensée de René Girard concernant ce qu’il appelle la crise mimétique. En effet, nous vivons en ce moment des tensions un peu partout sur notre planète avec de nombreuses inquiétudes liées à la pandémie ainsi qu’aux crises économiques qui pourraient se développer à sa suite. Cette traversée de crises risque de nous faire rechercher une certaine forme d’unité, de fausse unité. C’est pourquoi, il me semble opportun dans notre cours sur la personne de nous arrêter un peu sur les dangers des fausses unités, qui peuvent finalement venir blesser de nombreuses personnes. Cela nous permettra de résister aux tentations que nous pourrons rencontrer de céder un peu trop vite à la mise en place de nouveaux boucs émissaires. Voici un diaporama qui vous permettra de découvrir ce qu’est la crise mimétique selon René Girard.\nLa spirale mimétique sans désir mimétique initial # Texte de René Girard sur la poignée de mains : Poignée de mains.\nLa fausse unité, l’unité horizontale # Une autre forme d’unité peut aussi se rencontrer. C’est celle qui a été particulièrement bien mise en évidence par l’écrivain canadien Michael D. O’Brien dans son livre Père Elijah, une apocalypse. Elle est plus subtile à identifier. C’est une unité qui repose sur une absence de transcendance. C’est l’idée que l’homme par ses seuls forces pourrait réussir à faire unité. D’abord il réussirait à faire une sorte d’unité des valeurs en tenant compte de tout ce qu’il y a de positif dans l’ensemble des sagesses humaines. Il réussirait à trouver un consensus compatible avec toutes les cultures. Un certain nombre de personnes ont pensé à la règle d’or par exemple, dont des mouvements catholiques. Clive S. Lewis lui-même y a pensé en partie dans son livre l’Abolition de l’Homme, même si ce n’était pas non plus chez lui pour oublier le Christ mais plutôt pour indiquer qu’il y avait dans toutes les cultures une trace de la Loi Naturelle.\nOn a parfois aussi utilisé la philosophie de Kant comme étant la nouvelle norme immanente de la morale humaine. En France, il est fort possible, comme le suggère Patrick Cabanel, historien spécialiste de l’histoire du protestantisme en France, et comme le laisse penser aussi Vincent Peillon, philosophe spécialiste de Ferdinand Buisson, que les hommes de la IIIème république ont choisi sciemment Kant pour remplacer la morale catholique. Il est vrai que l’impératif catégorique kantien a le mérite de ne faire appel qu’à la raison pour fonder la morale du devoir. Et c’est vrai que l’impératif catégorique kantien est proche de la règle d’or, voire s’avère même être plus respectable encore que la règle d’or.\nLe problème de cette forme d’unité horizontale, me semble tenir en trois erreurs principales :\nLa première erreur avait déjà été dénoncée par Charles Péguy dans son Victor Marie, Comte Hugo : il y disait en effet que « le kantisme a les mains pures, mais il n’a pas de mains. » Il est bien beau en effet de défendre des valeurs, et il est sans doute vrai que les valeurs sont des traces de la Loi Naturelle en l’homme. Mais les valeurs pour exister doivent être incarnées. Elles demandent donc de développer nos vertus. Des valeurs sans vertus, ce sont des mains pures sans mains. La deuxième erreur, liée en un sens à la première, c’est de croire que l’homme par ses seules forces réussiraient à devenir vertueux. Il suffirait de vouloir devenir vertueux pour réussir à le devenir. Je crois que cette erreur est l’une des pires sortes d’orgueil spirituel qui soit, car elle peut se draper du manteau de l’humanisme et de l’apparente bonne volonté. Cela consiste à croire que par des techniques humaines, les humains réussiraient finalement à se sauver par eux-mêmes. Il existe de nombreux projets qui portent cette croyance. Le projet de Marshall Rosenberg visant à enseigner aux hommes sa méthode de Communication Non Violente en est un par exemple, mais d’autres méthodes psychologiques peuvent aisément prétendre à ce même type de projets. Tous ces projets se caractérisent par l’idée que l’homme par sa science psychologique ou sa science biologique, ou une complémentarité des deux, finirait par réussir à dompter la nature humaine aux émotions si capricieuses. En eux-mêmes ils peuvent être sans doute source d’enseignement, c’est le fait de croire qu’ils seraient capables de suffire à l’homme pour résoudre ses propres problèmes qui me semble d’une profonde naïveté. C’est une tentation très présente aujourd’hui, que ce soit via les différentes formes de développement personnel, le transhumanisme ou via une sorte de New-Age 2.0, voire dans des mélanges plus ou moins variés des trois. Je crois que cette tentation mésestime l’ampleur du péché originel d’un côté et de l’autre côté mésestime l’existence de réels pervers parmi les hommes, pervers au sens de Dany-Robert Dufour méditant Bernard De Mandeville. La troisième erreur est de croire que les problèmes humains ne prennent leur source que dans la nature humaine. C’est oublier le rôle des anges déchus dans les dysfonctionnements humains. Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas responsables de nos erreurs, de nos manquements, de nos péchés, mais cela veut dire que des forces spirituelles souhaitent nous voir trébucher et agissent donc aussi en ce sens. Sous-estimer leur puissance en nous pensant capables de leur résister par nos seules forces me semble bien naïf, bien orgueilleux. Il me semble préférable de suivre le conseil de saint Paul dans l’Épitre aux Éphésiens 6, 10-12 : « En définitive, rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’amure de Dieu, pour pouvoir résister aux manœuvres du diable. Car ce n’est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde des ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes. »\nQuand il parlait des vertus, Thomas d’Aquin, fin connaisseur des Écritures, n’envisageait pas le développement des vertus humaines sans l’aide de Dieu. C’est toute la thématique des vertus infuses et des dons du Saint Esprit. Jean l’Évangéliste nous enseignait dès le premier siècle ces paroles du Christ : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la vie, Nul ne vient au père sinon par moi. » Il me semble profondément naïf de croire que nous pourrions faire unité dans nos communautés humaines par les seules forces horizontales humaines. Il me semble bien naïf de croire que nous pourrions réussir en nous passons du Christ et de l’Esprit Saint.\nC’est ce que Michael D. O’Brien nous donne à voir dans son « thriller religieux » en imaginant un président de l’Europe comme figure de l’antéchrist. Il faudra toute l’humilité de son père Elijah pour résister aux séductions de ce fin humaniste.\nLa notion de tolérance # Une autre manière de se laisser séduire par une sorte d’unité horizontale, c’est de défendre un peu trop naïvement la tolérance. Bien que je vous encourage à développer une saine tolérance, il me semble cependant prudent de nous rappeler qu’il ne peut y avoir de réelle tolérance sans l’aide du Christ. Pour mieux vous faire comprendre cela, il me semble important que nous nous arrêtions sur ce Diaporama s’inspirant d’une conférence donnée par le philosophe français Paul Ricœur (1913-2005).\nLes catholiques messalisants : les catholiques qui vont régulièrement à la messe.\u0026#160;\u0026#x21a9;\u0026#xfe0e;\nUne aporie est une impasse intellectuelle, un problème qui reste ouvert sans qu’une solution évidente n’apparaisse. Un dialogue aporétique est donc un dialogue qui se termine sur un problème ouvert et ne fournit pas forcément de solution. De nombreux dialogues socratiques de Platon sont des dialogues aporétiques.\u0026#160;\u0026#x21a9;\u0026#xfe0e;\nPlus malheureux ou plus infortuné, plus malchanceux.\u0026#160;\u0026#x21a9;\u0026#xfe0e;\nEmmanuel Housset, La vocation de la personne, édition PUF Épiméthée 2007, p. 70.\u0026#160;\u0026#x21a9;\u0026#xfe0e;\nDe Trinitate, V, chap. 5, § 6\u0026#160;\u0026#x21a9;\u0026#xfe0e;\nEmmanuel Housset, La vocation de la personne, édition PUF Épiméthée 2007, p. 72.\u0026#160;\u0026#x21a9;\u0026#xfe0e;\nLettre 137.\u0026#160;\u0026#x21a9;\u0026#xfe0e;\n","date":"1 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/apport-augustin/","section":"Articles","summary":"","title":"L'apport de saint Augustin au concept de personne","type":"articles"},{"content":"","date":"1 octobre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/michael-d.-obrien/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Michael D. 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Nous devons surtout à Aristote la clarification concernant ce concept. Cependant, Thomas d’Aquin vient préciser les distinctions réalisées par Aristote plusieurs siècles auparavant. Je vous mets un diaporama qui synthétise ce qu\u0026rsquo;ils disent tous les deux : causes.\nPour ceux qui voudraient aller plus loin, voici des cours en vidéo qui présentent la philosophie de la connaissance chez Thomas d’Aquin dont les différentes types de causes. Ces cours sont réalisés par le philosophe contemporain argentin Hector Delbosco.\nLes voici : Hector Delbosco\nJ’insère maintenant sa première vidéo qui porte sur le concept de cause :\n","date":"30 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/causes/","section":"Articles","summary":"","title":"Les causes","type":"articles"},{"content":" Présentation d’Étienne Gilson # Étienne Gilson (1884-1978) fut sans doute l’un des plus célèbres historiens de la philosophie français. Sa célébrité reste présente encore aux USA et au Canada même si malheureusement, pour des raisons mystérieuses, l’éducation nationale française semble avoir oublié sa grandeur. En 1937 à l’âge de 53 ans, il publie en anglais à New York un livre remarquable par la profondeur de son érudition. Il faudra malheureusement attendre 2016 pour que son livre soit traduit en français aux éditions Petrus a Stella sous le titre : L’unité de l’expérience philosophique.\nL’unité de l’expérience philosophique # À la fin de ce livre, de la page 300 à la page 314, il résume les quelques lois qu’il est possible d’extraire de la longue histoire de la philosophie avec les différentes querelles nées au cours des siècles entre les différents philosophes qui se sont succédés. Ces lois permettent de mettre en évidence le rôle d’une science particulière qui conditionne toute les avancées des autres sciences. Cette science particulière porte un nom, c’est la métaphysique et Aristote a été le premier à la systématiser. La métaphysique est donc une branche essentielle de la philosophie de sorte qu’il est impossible de faire de la philosophie sans métaphysique et une philosophie qui se passerait de la métaphysique affirmerait par là-même une certaine position métaphysique. De même, toute science, sous-entend une position métaphysique même si parfois elle n’en est que très peu consciente.\nPour que les scientifiques futurs ne soient pas des propagateurs d’une religion de l’homme qui entraîne l’humanité dans la démesure et finalement vers sa propre auto-destruction, il me semble utile de faire connaître ici les conclusions d’Étienne Gilson. Libre ensuite à chaque apprenti philosophe ou scientifique de tenir compte de ses conseils.\nApplication de la méthode socratique # Une fois qu’on maîtrise la méthode socratique, on s’aperçoit qu’Étienne Gilson l’applique à l’histoire de la philosophie. Il utilise l’induction pour généraliser des lois générales qui s’appliquent aux différentes controverses philosophiques puis il utilise l’abstraction pour mettre en évidence des lois universelles. Voici maintenant les 7 lois universelles qu’il met en évidence pour la philosophie. Ces lois s’appliquent à toutes les sciences puisque les sciences ont besoin de la philosophie comme servante pour pouvoir réaliser leurs propres recherches.\nLes 7 lois de la philosophie # « La philosophie enterre toujours ses fossoyeurs » ; « L’homme, de par sa nature même, est un animal métaphysique » ; « La métaphysique est la science qu’acquiert une raison qui est par nature transcendante, lorsque cette raison recherche ce que sont les premiers principes, ou les causes premières, de ce qui est donné dans l’expérience sensible » ; « Du fait que la métaphysique vise à transcender tout savoir particulier, aucune science particulière n’a compétence soit pour résoudre les problèmes métaphysiques, soit pour juger de leurs solutions métaphysiques » ; « Les échecs des métaphysiciens découlent de l’usage inconsidéré qu’ils font d’un principe d’unité présent dans l’esprit humain » ; « Puisque l’être est le premier principe de toute connaissance humaine, il est a fortiori le premier principe de la métaphysique » ; « Il faut faire remonter tous les échecs de la métaphysique au fait que les métaphysiciens ont soit négligé le premier principe de la connaissance humaine, soit qu’ils en ont fait un mauvais usage. » La philosophie et ses fossoyeurs # À chaque fois que le scepticisme, c’est-à-dire le doute généralisé, a pris de l’importance dans l’histoire de la philosophie, une renaissance de la philosophie émerge. L’homme ne peut pas vivre avec le doute généralisé. L’absence de certitude est impossible à vivre. L’erreur du doute généralisé c’est de croire que l’absence de certitude sur tous les domaines de connaissance revient à n’avoir aucune certitude. Le scepticisme n’est pas viable car il n’est pas réaliste. Le fait même d’être capable de se nourrir indique que nous sommes capables de connaître avec certitude ce qui est comestible.\nLe doute généralisé, c’est-à-dire le scepticisme, c’est de se laisser emporter par ses propres déductions en oubliant de vérifier si elles sont réalistes. La philosophie par nature ne peut pas être sceptique, le scepticisme finit toujours par être écarté, même s’il a tendance à revenir dans l’histoire de la philosophie. Étienne Gilson ne le dit pas mais on pourrait dire avec Max Scheler que le scepticisme est une des conséquences de « l’homme de ressentiment ». « L’homme de ressentiment » finit par croire que ce que lui suggère son émotion de désespoir représente la vérité, il laisse son désespoir prendre le contrôle de son intelligence.\nL’homme est un animal métaphysique # Même si les philosophes ont pu se tromper sur les premiers principes, on s’aperçoit que la raison humaine cherche toujours à connaître les premiers principes. Inévitablement, la raison humaine se pose la question des premiers principes. C’est d’ailleurs pourquoi il faut une forte propagande qui interdit le fait même de se poser la question pour que cette question n’apparaisse que très peu à une époque déterminée. Sans propagande, la question ressurgit inévitablement, et même avec elle, elle ressurgit ici ou là. L’homme est par nature un animal métaphysique, il n’y a que la peur ou l’attrait des plaisirs qui peut lui faire oublier cette nature, et même avec la peur et le plaisir à la fin la question des premiers principes se présente souvent.\nNature de la métaphysique # La métaphysique est la science dont l’objet d’étude porte sur les premiers principes de la connaissance humaine. Sa méthode lui est propre et lui vient de son objet d’étude. Elle s’aperçoit très vite qu’elle n’invente pas ses premiers principes mais qu’elle les découvre en étudiant le processus même de connaître. Les premiers principes prennent donc leur source dans l’expérience sensible au contact avec le réel. Pour le dire autrement, les premiers principes viennent du réel qui dépasse infiniment toute connaissance humaine. Le réel infini dépasse toujours les capacités limitées de nos intelligences de mortels. C’est pourquoi la raison inévitablement découvre la transcendance de son propre fonctionnement. Le mot transcendance désigne tout ce qui nous dépasse, tout ce qui est au-delà de nos propres capacités. Le réel nous dépasse, les premiers principes de notre connaissance nous dépasse dans le sens où nous ne sommes pas leurs créateurs, nous les recevons de l’expérience même que nous avons avec le réel.\nLe fait que le réel nous dépasse ne veut pas dire que nous ne pouvons rien connaître de lui, mais seulement que notre connaissance du réel est forcément limitée. Une connaissance limitée n’est pas l’absence de connaissance.\nAucune science particulière ne peut remplacer la métaphysique # Chaque science particulière étudie une région particulière de l’être. La biologie va étudier les être vivants. La physique va mettre en évidence les lois de la matière. La psychologie va étudier le fonctionnement de l’âme humaine et particulièrement celui de nos émotions et de nos sentiments. Les mathématiques vont étudier les nombres et les grandeurs. La sociologie va étudier le fonctionnement des sociétés humaines. La politique va étudier les différentes manières d’organiser la vie des états qui représentent des groupes humains particuliers. Un état ne correspond ni à une entreprise ni à une simple association.\nAucune de ces sciences n’est apte à fournir des conseils pour la métaphysique. Leur méthode vient de leur objet d’étude, elles ne sont pas faites pour étudier les premiers principes de la connaissance. La métaphysique est donc une science à part, c’est la science des premiers principes. Sa méthode lui vient de l’étude même de ces premiers principes.\nToutes les sciences utilisent la métaphysique, qu’elles en soient conscientes ou non. C’est inévitable puisqu’il y a toujours des premiers principes de notre connaissance. Le fait que nous naissons, que nous commençons à être, fait qu’il est inévitable que nous commencions nos démonstrations. Nos démonstrations ne peuvent pas remonter à l’infini, il faut donc toujours des premiers principes. Cependant ces premiers principes demandent une science dédié qui les étudie. C’est justement cette science qui s’appelle la métaphysique.\nUsage inconsidéré d’un principe d’unité # La raison humaine recherche toujours une unité des différentes expériences qu’elle étudie. Cette recherche d’unité consubstantielle à la raison humaine se présente donc dès que l’on fait usage de la raison. L’erreur consiste à chercher cette unité dans une région particulière de l’être et donc dans une science particulière. Les pythagoriciens, qui seront repris par Galilée, et par d’autres pratiquants des sciences occultes, verront le principe d’unité dans les nombres ou dans la géométrie.\nD’autres penseurs rêverons d’une unification des sciences grâce aux sciences physiques. D’autres interprèterons tout à partir de la libido. À chaque fois, c’est la même erreur qui se rejoue de différentes manières : utiliser une science particulière pour trouver l’unité de nos expériences.\nL’être est le premier principe # Pour trouver le premier principe de notre connaissance, il faut répondre à la question : Quel est le point commun qui rassemble tous nos objets d’étude ? Qu’est-ce qui est commun aux vivants, aux minéraux, aux émotions, aux sociétés, etc. ? La réponse est finalement plutôt facile mais elle est parfois trop évidente pour qu’on réussisse à l’apercevoir. La notion d’être est la notion la plus commune qui soit. Une émotion est, en quelque sorte, c’est une modification de notre âme, qui elle-même doit bien d’abord être pour être modifiée. Un être vivant, est un être. Un minéral est un être. Le nombre aussi est un être même si on peut se poser la question de savoir si c’est un être de raison ou un être réel.\nLa notion d’être est donc la notion la plus commune qui soit, c’est elle qui rassemble tous nos objets d’étude. De plus, pour connaître il faut d’abord être un être capable de connaître. Il faut être pour connaître, on ne peut pas connaître avant d’être. L’être est donc le premier principe de la connaissance. Notre connaissance vise des êtres et ne peut être connaissance sans qu’il y ait d’abord un être qui connaît. On retrouve alors une célèbre formule de l’histoire de la philosophie : la métaphysique est la science de l’être en tant qu’être.\nToutes les sciences reposent sur une métaphysique signifie que toutes les sciences portent sur des êtres et partent du principe qu’il nous est possible de connaître les êtres étudiés. S’il était impossible d’étudier les êtres concernés, il n’y aurait pas de science. La biologie part du principe que l’on peut connaître les êtres vivants. Elle vise la connaissance d’êtres réels non des êtres inventés par les êtres humains. Même les races apparues par sélections successives possèdent quelque chose en elles qui dépasse les techniques de sélection, elles possèdent une source d’être qui nous dépasse.\nLes échecs en métaphysique viennent d’une méconnaissance du premier principe # Étienne Gilson soutient que les erreurs métaphysiques viennent toujours de l’oublie du premier principe ou du mauvais usage du premier principe. Les sciences font des erreurs métaphysiques quand elles oublient que l’être est le premier principe de notre connaissance. L’être nous est donné en premier. Il en va de même pour cette activité particulière qu’on appelle la philosophie. La philosophie n’est pas une science comme les autres, c’est l’amour de la sagesse. Cet amour requiert la métaphysique, c’est-à-dire la science de l’être en tant qu’être mais se distingue d’elle. La philosophie est une sorte d’art plutôt qu’une simple science, elle suppose à la fois des connaissances et des pratiques vertueuses.\nOuverture à Dieu # La loi de laïcité qui s\u0026rsquo;impose aux professeurs qui sont payés par l\u0026rsquo;état français empêche d\u0026rsquo;aller plus loin. L\u0026rsquo;état français considère que la question de l\u0026rsquo;existence de Dieu est une question qui relève de la sphère du privé. L\u0026rsquo;état français nous prive de cette question dans la sphère publique, et interdit aux professeurs d\u0026rsquo;en parler en public dans le cadre de leur mission publique. Pourtant, la nature de l\u0026rsquo;intelligence humaine, dont le premier principe s\u0026rsquo;avère l\u0026rsquo;être, fait que la question de l\u0026rsquo;origine de l\u0026rsquo;être se pose inévitablement.\nDès que l\u0026rsquo;intelligence humaine se pose la question de l\u0026rsquo;être, elle se pose la question de l\u0026rsquo;origine de l\u0026rsquo;être. La question de Dieu devient donc inévitable. La simple histoire de la philosophie nous le montre de toute façon de manière factuelle. Depuis le début la question de l\u0026rsquo;existence d\u0026rsquo;un Être suprême se rencontre en philosophie. Les manières de s\u0026rsquo;interroger sur la nature de cet Être suprême sont évidemment variées dans la longue histoire de la philosophie. Entre le déïsme, le théisme, le panthéisme, le christianisme trinitaire, l\u0026rsquo;agnosticisme et l\u0026rsquo;athéisme, entre autres, les représentations sont variées.\nC\u0026rsquo;est pourquoi il existe factuellement dans la longue histoire de la philosophie une grande proximité entre la métaphysique et la théologie. Il faut attendre la révolution française et surtout la loi de la laïcité française de 1905 pour que la théologie et la métaphysique deviennent presque des questions taboues sur notre territoire. Très souvent elles sont reléguées à des institutions privées.\nRemarquons qu\u0026rsquo;en interdisant de parler de la question de Dieu en public, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;athéisme qui est publiquement choisi. Certes, en privé, les français sont encore libres d\u0026rsquo;en parler, mais en public, la tolérance tant vantée ressemble à l\u0026rsquo;imposition d\u0026rsquo;un choix particulier. En même temps, les français sont-ils assez matures pour réussir à parler de leurs différences religieuses en public sans se faire des reproches ? Sans chercher à imposer aux autres leurs propres représentations ?\n","date":"30 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/metaphysique/","section":"Articles","summary":"","title":"Nécessité de la métaphysique","type":"articles"},{"content":"","date":"30 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/raison/","section":"Tags","summary":"","title":"Raison","type":"tags"},{"content":"","date":"30 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/science/","section":"Tags","summary":"","title":"Science","type":"tags"},{"content":"","date":"30 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/v%C3%A9rit%C3%A9/","section":"Tags","summary":"","title":"Vérité","type":"tags"},{"content":"","date":"27 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/dissertation/","section":"Tags","summary":"","title":"Dissertation","type":"tags"},{"content":" Travail préparatoire # Chercher les concepts qui sont derrière les mots utilisés # Vous serez jugés sur votre capacité à définir clairement les concepts qui sont derrière les mots de l\u0026rsquo;énoncé.\nD\u0026rsquo;où l\u0026rsquo;importance du cours suivant :\nEst-ce si facile de définir un concept ? 27 août 2025\u0026middot;Mis à jour : 29 août 2025\u0026middot;2452 mots\u0026middot;12 mins Logique PhiloTerm Langage Raison Science Vérité Il faut donc distinguer clairement :\nLes mots ; Des concepts ; De la réalité ; Des jugements ; Des raisonnements. Chercher le problème qui vous semble le plus pertinent # Le problème est une sorte de paradoxe.\nVous serez jugés sur votre capacité à mettre en évidence le problème qui a fait naître la question qui vous est posée.\nIl faut donc distinguer clairement :\nLe problème, cause de la question ; La question ; Les problèmes qui naissent de la question ; Les réponses possibles à la question. Présentation de la notion de problème # Nous rencontrons un problème quand :\nUne représentation préalable de la réalité est remise en question, Par une donnée nouvelle fournie par la réalité ou vos connaissances. Cela entraîne une surprise, un étonnement, une interrogation, un paradoxe. C\u0026rsquo;est alors que nous vivons en nous une situation problématique, un véritable problème. Cette expérience de remise en question va justement faire naître en nous une réelle question formulée. Confusions à éviter # Il ne faut pas confondre un problème avec :\nDeux affirmations contradictoires : sinon ce n\u0026rsquo;est plus un problème mais une contradiction ; Deux hypothèses dont la première ne serait pas crédible et la seconde seule le serait ; Une aporie = un problème sans solution. Définition de la notion de problème # Un problème, c\u0026rsquo;est donc :\nDeux hypothèses crédibles donc réalistes, qui ne devraient pas se présenter ensemble mais que la réalité nous donne. Ce sont deux hypothèses qui s\u0026rsquo;opposent mais de manière non contradictoire dans le sens où ce ne sont pas des affirmations certaines, mais seulement des possibilités. Il faut donc utiliser le conditionnel pour les présenter. Il faut retenir que des hypothèses ne se présentent pas comme des affirmations. Chercher une réponse crédible au problème # Vous serez jugés sur votre capacité à Apporter une réponse à la question posée après avoir identifié et expliqué le problème. Cette réponse doit être :\nCrédible car réaliste ; Argumentée et expliquée ; Si possible cultivée. Chercher des distinctions conceptuelles # Une distinction conceptuelle, c\u0026rsquo;est le fait d\u0026rsquo;être capable de mettre en évidence les points communs et les différences qui existent entre deux concepts assez proches l\u0026rsquo;un de l\u0026rsquo;autre, ou deux concepts qui s\u0026rsquo;opposent.\nSi vous voulez valoriser votre devoir :\nAyez plusieurs distinctions conceptuelles ; Soyez le plus précis possible dans vos distinctions ; Prenez le temps de les expliquer ; Prenez le temps de fournir un exemple concret ou cultivé. Chercher une situation problème # J\u0026rsquo;appelle situation problème une situation crédible donc réaliste où il est possible de trouver des exemples pour les deux hypothèses qui constituent le problème que vous avez choisi. Elle peut être :\nUn exemple concret tiré de la vie de tous les jours ; Un exemple tiré d\u0026rsquo;un film ou d\u0026rsquo;une série si possible connus du correcteur ; Un exemple tiré d\u0026rsquo;une œuvre littéraire cultivée ; Un exemple tiré de références philosophiques. Plus elle fait partie des références culturelles des correcteurs, mieux c\u0026rsquo;est. Elle ne peut pas être :\nLa situation d\u0026rsquo;écriture dans laquelle vous vous trouvez ; Une situation impossible ou irréaliste à l\u0026rsquo;exception des œuvres symboliques ou fictionnelles ; Élaborer un plan détaillé # Votre plan devra comporter 3 parties :\nLa première partie correspond à l\u0026rsquo;opinion commune, elle travaille l\u0026rsquo;hypothèse qui vient le plus souvent à l\u0026rsquo;esprit ; La deuxième partie correspond à une reprise critique, elle remet en question la première hypothèse en montrant qu\u0026rsquo;une autre hypothèse vient s\u0026rsquo;y opposer. Elle explique d\u0026rsquo;où vient cette opposition. La troisième et dernière partie répond au problème posé par la confrontation des deux hypothèses. C\u0026rsquo;est donc votre réponse finale. Elle comporte toujours des nouveautés par rapport aux 2 premières parties. Chacune des parties doit être ordonnée : ce sont des démonstrations et non pas une série d\u0026rsquo;opinions.\nRédaction # Plan de l\u0026rsquo;introduction # Une introduction comporte 4 parties :\nLa première partie présente la situation problème si vous en avez, et clarifie toujours les concepts ; La deuxième partie présente la première hypothèse, et continue de clarifier les concepts si nécessaire ; La troisième partie présente la seconde hypothèse en utilisant la même situation problème et en continuant si nécessaire de clarifier les concepts. Elle se termine par la question posée qui est remise telle qu\u0026rsquo;elle est donnée. La quatrième partie présente le plan du développement en répétant les deux hypothèses et en annonçant précisément la réponse finale. Il faut à la fois mettre en place un certain suspens et susciter le désir du correcteur pour la troisième partie, tout en étant suffisamment précis pour qu\u0026rsquo;il comprenne. Vous pouvez aussi annoncer une distinction conceptuelle pertinente que vous utiliserez à la fin. Plan du développement # Nous l\u0026rsquo;avons déjà vu, le développement comporte 3 parties :\nL\u0026rsquo;opinion commune ; La reprise critique ; La réponse finale ARGUMENTÉE. Structure d\u0026rsquo;une partie # Il faut être très ordonné quand on rédige une partie. Il faut d\u0026rsquo;abord définir les concepts :\nFormuler les définitions ou les distinctions conceptuelles ; Prendre le temps de les expliquer ; Fournir un exemple concret, si possible en lien avec la situation problème ; Astuce mnémotechnique : « pour une dissertation, il faut toujours avoir plein de FÉEs à son service ».\nPuis, argumenter votre hypothèse ou votre réponse :\nFormuler clairement l\u0026rsquo;hypothèse ou la réponse ; Expliquer et justifier. Il peut y avoir plusieurs arguments ; Prendre un exemple concret en lien avec la situation problème (si possible). Et enfin, soigner les transitions. Quelques conseils pour les parties # Faîtes des paragraphes régulièrement ; Relisez-vous dès que vous avez fini une phrase et un paragraphe, n\u0026rsquo;attendez pas la fin du devoir ; N\u0026rsquo;hésitez pas à utiliser votre cours et les références ; N\u0026rsquo;hésitez pas à utiliser les cours et les références que vous connaissez grâce aux autres disciplines : sciences, économie, littérature, langues, histoire, etc. La conclusion # Important : La conclusion est le résumé précis de chacune de vos 3 parties. Il est inutile de faire une ouverture.\nDocuments # Diaporama vu en cours Synthèse de la méthode Une présentation plus détaillée de la méthode avec un exemple rédigé Un exemple d\u0026rsquo;introduction avec Aragorn et Boromir : Nos désirs peuvent-ils corrompre notre liberté ? 27 septembre 2025\u0026middot;846 mots\u0026middot;4 mins PhiloTerm Dissertation ","date":"27 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/dissertation/","section":"Articles","summary":"","title":"Méthode de dissertation","type":"articles"},{"content":"Correction possible pour une introduction de dissertation qui concerne ce sujet\n§1 Situation problème # Le professeur de langue et de littérature anglaise J.R.R. TOLKIEN a surpris tous ses collègues de la prestigieuse université d\u0026rsquo;Oxford en publiant en 1954 et 1955 sa trilogie : Le Seigneur des Anneaux. Lui-même ne s\u0026rsquo;attendait pas à ce que ce soit une telle réussite littéraire mondiale ! Dans cette œuvre inclassable qui contribua à faire connaître le genre « heroic-fantasy » au reste du monde, TOLKIEN met en scène des personnages fictifs qui parlent symboliquement de la condition humaine, et particulièrement du désir ardent du pouvoir. Parmi ses personnages nous prendrons comme exemple Aragorn et Boromir. Tous les deux, avec d\u0026rsquo;autres aventuriers, sont missionnés pour accomplir une dangereuse quête qui consiste à accompagner Frodon Sacquet, un hobbit qui se retrouve porteur de l\u0026rsquo;Anneau de puissance, anneau qui symbolise justement le désir ardent dont nous parlions, pour qu’ils puissent l’amener jusqu\u0026rsquo;aux terres sombres du Mordor afin de le détruire. Ce qui nous intéressera ici, pour le sujet de ce devoir, c\u0026rsquo;est que Boromir et Aragorn n\u0026rsquo;ont pas du tout la même manière de se comporter face à l\u0026rsquo;Anneau.\n§2 Opinion commune # La liberté selon Thomas d\u0026rsquo;Aquin est le pouvoir qui nous est confié de chercher et d\u0026rsquo;accomplir le bien. Ce n\u0026rsquo;est pas simplement le pouvoir de choisir sans être dominé par un maître extérieur, comme on le croit souvent, mais le pouvoir de choisir de faire le bien. Cette tendance qui nous porte vers un bien, Thomas d\u0026rsquo;Aquin l\u0026rsquo;appelle désir si elle est sensible, et volonté si elle est intelligible. Ainsi, nous pouvons croire si nous écoutons nos émotions que loin de diminuer notre liberté ou de la dénaturer, notre désir de nous battre pour le bien en combattant le mal, est l\u0026rsquo;expression même de la plus belle liberté que nous puissions atteindre. C\u0026rsquo;est ce qui semble motiver Boromir quand il demande à Frodon de lui laisser l’Anneau, alors qu’ils se trouvent tous deux sur l’une des collines qui surplombent les fracas du puissant fleuve nommé Rauros. Il croit que cet Anneau de puissance lui permettra de vaincre le méchant Sauron, figure du mal dans l\u0026rsquo;œuvre de TOLKIEN. Il semble alors impossible que notre désir puisse corrompre notre liberté quand celle-ci est bien conçue.\n§3 Reprise critique # Pourtant, l\u0026rsquo;intensité du désir d\u0026rsquo;acquérir l\u0026rsquo;Anneau de puissance pousse Boromir à manquer de discernement. Loin de lui permettre d\u0026rsquo;atteindre le but qu\u0026rsquo;il se donnait, ce désir met même en danger Frodon au chapitre X du Seigneur des Anneaux. Boromir, fier de sa force et de son courage, se laisse posséder par son désir en confondant tentation ou désir désordonné et désir bien ordonné. Ce n\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;après la disparition de Frodon, rendu invisible par le pouvoir de l\u0026rsquo;Anneau magique, qu\u0026rsquo;il prend conscience qu\u0026rsquo;il avait perdu la raison, qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;était plus maître de lui-même. En cherchant à obtenir l\u0026rsquo;Anneau pour combattre son ennemi, il croyait par là servir le bien, alors que lui-même avait perdu sa liberté en choisissant un moyen de l\u0026rsquo;atteindre incompatible avec ce noble but. En généralisant, nous pourrions dire que certains de nos désirs nous rendent esclaves.\n§4 Plan # C’est pourquoi nous répondrons à la question de savoir si nos désirs peuvent corrompre notre liberté en trois temps. Tout d’abord en distinguant le libre arbitre de ce que la tradition appelle la liberté de qualité, nous supposerons que nos désirs ne peuvent pas corrompre notre liberté quand celle-ci est bien conçue. Puis dans un deuxième temps, nous montrerons qu’une conception saine de la liberté ne suffit pas, qu’il est préférable de ne pas se laisser piéger par certains désirs. Leur intensité peut en effet nous faire perdre la maîtrise de nous-mêmes. Enfin, nous montrerons qu’il ne suffit pas de concevoir correctement la liberté, qu’il ne suffit pas de savoir reconnaître parmi nos désirs ceux qui conviennent et ceux qui représentent un danger, encore faut-il avoir les forces morales suffisantes pour les apprivoiser et utiliser l’énergie qu’ils nous fournissent dans une bonne direction. C’est là que les vertus, et particulièrement celles de prudence et d’humilité qu’incarne le personnage d’Aragorn, le futur roi du Gondor, apparaissent comme les meilleurs tuteurs pour faire croître dans notre vie la liberté de qualité.\nPrécisions # Pour vous faire mieux comprendre ma réponse finale, j\u0026rsquo;ajoute le paragraphe suivant, même si dans une introduction réelle je ne le mettrais pas, et je garderais tout cela pour la 3ème partie :\nDans Le Seigneur des Anneaux, Aragorn surmonte les tentations qu\u0026rsquo;il ressent vis-à-vis de l’Anneau de puissance. Il possède en effet la vertu de prudence acquise par son éducation reçue des elfes et par son expérience due à son grand âge : il a 87 ans quand il rejoint Frodon. Il sait donc qu’il est dangereux d’approcher l’Anneau. De plus, il cultive aussi l’humilité et sait ainsi qu’il peut se tromper. Il sait qu’il a besoin de réfléchir régulièrement et d’écouter son cœur afin de réussir à discerner ce qu’il doit faire s’il veut réellement se mettre au service du bien et développer sa liberté de qualité.\n","date":"27 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/desirs-corrompus/","section":"Articles","summary":"","title":"Nos désirs peuvent-ils corrompre notre liberté ?","type":"articles"},{"content":"","date":"27 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/tolkien/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Tolkien","type":"philosophes"},{"content":"","date":"24 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/andr%C3%A9-charlier/","section":"Philosophes","summary":"","title":"André Charlier","type":"philosophes"},{"content":"","date":"24 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/basile-de-c%C3%A9sar%C3%A9e/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Basile De Césarée","type":"philosophes"},{"content":"","date":"24 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/chrysippe/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Chrysippe","type":"philosophes"},{"content":"","date":"24 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/emmanuel-l%C3%A9vinas/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Emmanuel Lévinas","type":"philosophes"},{"content":"","date":"24 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/gr%C3%A9goire-de-nysse/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Grégoire De Nysse","type":"philosophes"},{"content":"","date":"24 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/henri-brincard/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Henri Brincard","type":"philosophes"},{"content":" Introduction # Les mots prosôpon et persona vont longtemps garder leur sens de personnage du récit biblique. Cela va inciter les théologiens chrétiens réfléchissant sur la trinité à se méfier dans un premier temps du terme de personne. Ils craignaient de retomber dans l\u0026rsquo;interprétation sabellienne, l\u0026rsquo;une des formes du modalisme. Sabellius était un théologien et un prêtre chrétien d\u0026rsquo;origine libyenne, installé à Rome au IIIe siècle. Il professe un unitarisme que la tradition a souvent appelé modalisme ou sabellianisme. Pour lui, il y a un Dieu unique et le Fils et le Saint Esprit ne sont que des modes de communication de ce Dieu unique. Pour le dire autrement, Dieu n\u0026rsquo;est trois personnes que pour nous, mais pas en lui-même. Cette thèse évidemment s\u0026rsquo;oppose à la thèse trinitaire d\u0026rsquo;un Dieu unique en trois personnes.\nPour éviter le sabellianisme (ou modalisme), le terme hypostase va être introduit par les grecs dès le IIIème siècle pour signifier qu\u0026rsquo;il y a bien distinction réelle entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ce ne sont pas de simples apparences.\nLes origines du mot hypostase # Au départ le mot grec hypostasis a signifié :\nLe sédiment, c\u0026rsquo;est-à-dire le résidu d\u0026rsquo;une précipitation ; Puis le fondement ; L\u0026rsquo;appui ; La base. Apport des stoïciens # Ce sont les philosophes stoïciens, Chrysippe de Soles (né en -280 à Soles en Silicie, région qui correspond à peu près à la province turque actuelle d\u0026rsquo;Adana sur les bords de la Méditerranée, et mort en 206) et Posidonios d\u0026rsquo;Apamée (né en -135 à Apamée nord de la Syrie actuelle, et mort en -51 à Rome) qui vont faire entrer le terme d\u0026rsquo;hypostasis dans le vocabulaire philosophique. Il n\u0026rsquo;existait pas auparavant chez Platon ou Aristote. Le sens de ce terme chez les stoïciens peut alors varier :\nSoit il désigne le substrat (ousia ou hypokeimenon) ; ousia est souvent traduit par essence ou substance, et hypokeimenon, qui signifie qui a la fonction de support (substrat) est souvent traduit par substance ou sujet. Soit il désigne l\u0026rsquo;essence singulière. C’est d’ailleurs presque un oxymore. L\u0026rsquo;hypostase s\u0026rsquo;oppose alors à la simple apparition, ce mot désignant ce qui porte les propriétés caractéristiques de la chose désignée, c\u0026rsquo;est-à-dire l\u0026rsquo;être concret existant. Ce terme d\u0026rsquo;hypostase peut alors recevoir un sens passif ou un sens actif :\nUn sens passif : ce qui « se tient sous » qui est très proche de la notion de sujet ou de substance; Un sens actif : l\u0026rsquo;acte concret de subsister qui amène une réalité à l\u0026rsquo;existence. Apport de Plotin # C\u0026rsquo;est Plotin (figure principale du néo-platonisme, né grec en 205, et qui s\u0026rsquo;installe à Rome en 246 pour y mourir en 270) qui a donné toute sa dignité au concept d\u0026rsquo;hypostase en philosophie. Cependant il conçoit encore l\u0026rsquo;individuel comme accidentel, alors que le christianisme va envisager une autre compréhension de l\u0026rsquo;individuel en nommant hypostase la singularité humaine.\nDans la conception grecque, l’essence commune à tous les représentants d’une même espèce était particularisée dans les choses individuelles par la matière : il n\u0026rsquo;existait pas pour eux d\u0026rsquo;individualité pensée indépendamment de la particularisation de la matière. C’est justement ce type de particularisation qui va être remis en question par le christianisme et sa réflexion sur ce terme d’hypostase.\nApport du christianisme # L\u0026rsquo;individualité d\u0026rsquo;une personne humaine dépasse alors la particularisation produite par la matière. Ou pour le dire autrement, à l\u0026rsquo;occasion de la réflexion sur la notion d\u0026rsquo;hypostase, le christianisme fait peu à peu prendre conscience qu\u0026rsquo;une personne humaine est individuelle dans un sens totalement différent de la notion d\u0026rsquo;individualité qui concerne les autres objets du monde, particulièrement les objets fabriqués du monde.\nÀ partir du IVème siècle hypostase finira par avoir le sens d\u0026rsquo;accomplissement et sera alors traduit en latin par le mot subsistentia. L\u0026rsquo;hypostase n\u0026rsquo;est donc pas le simple hypokeimenon, c\u0026rsquo;est-à-dire la forme toujours présente d\u0026rsquo;un être, mais ce terme désigne l\u0026rsquo;accomplissement de cet être, la réalisation d\u0026rsquo;une essence.\nRappel : position d’Aristote concernant la substance première et la substance seconde # Le problème est complexe car on a souvent confondu ousia et hypostasis. Aristote distinguait l\u0026rsquo;ousia première, c\u0026rsquo;est-à-dire l\u0026rsquo;être individuel existant comme Socrate, et l\u0026rsquo;ousia seconde par exemple la nature humaine de cet être existant. Hypostasis désignera quelque chose de proche de la notion d\u0026rsquo;ousia première chez Aristote mais en désignant en plus l\u0026rsquo;acte concret de subsister.\nL’apport d’Origène # C\u0026rsquo;est Origène, le père de l\u0026rsquo;exégèse biblique, théologien de la période patristique, né à Alexandrie (Égypte) en 185 et mort à Tyr (Sud-Liban) en 253, qui va utiliser le premier le terme d\u0026rsquo;hypostase pour désigner les Personnes de la Trinité (dans son livre Contre Celse, VIII, 12). Il s\u0026rsquo;en sert essentiellement contre le sabellianisme.\nÉvolution du sens d’hypostase dans la polémique avec le sabellianisme # Par la suite, le mot grec hypostasis sert dans la polémique contre le sabellianisme où le mot grec prosôpon semblait trop faible pour jouer contre une conception du Fils et du Saint-Esprit comme mode du Père. Le mot prosôpon en revanche sera utilisé dans la polémique contre l\u0026rsquo;arianisme (Arius né dans les années 250 en Cyrénaïque (Libye actuelle) et mort en 336 à Constantinople (Istanbul en Turquie actuelle)) qui faisait du Christ une sorte de dieu créé par le Père, créé à un moment donné par le Père. Donc petit à petit, il s\u0026rsquo;agira de trouver une sorte de juste milieu entre l\u0026rsquo;hérésie arienne du trithéisme et l\u0026rsquo;hérésie sabellienne d\u0026rsquo;une distinction apparente entre le Père, le Fils et le Saint Esprit.\nOn pourrait donc dire que, petit à petit, à partir d\u0026rsquo;Origène, le mot hypostasis sert de concept intermédiaire entre ousia et prosôpon, même si peu à peu, prosôpon va voir son sens évoluer sous l\u0026rsquo;influence d\u0026rsquo;hypostasis.\nL’apport de saint Basile de Césarée (Basile Le Grand) # Présentation de l’apport # Ce sont les Pères cappadociens (Cappadoce = région au centre de la Turquie actuelle), Grégoire l\u0026rsquo;Ancien (276-374), Basile de Césarée (329-379), Grégoire de Nazianze (fils de Grégoire l\u0026rsquo;Ancien, 329-390), Grégoire de Nysse (335-395), qui vont les premiers séparer définitivement au IVème siècle ousia et hypostasis.\nC\u0026rsquo;est Basile de Césarée, appelé également Basile le Grand (il reçut ce surnom de son vivant), né en 329 et mort, selon la tradition, le 1er janvier 379 à Césarée de Cappadoce (aujourd\u0026rsquo;hui Kayseri au centre de la Turquie), qui va formuler la foi trinitaire en comprenant les hypostases comme les différentes manières dont l\u0026rsquo;ousia advient à savoir la paternité, la filiation et le salut.\nCe sont eux qui vont rapprocher hypostasis et prosôpon, en écartant du sens de prosôpon l\u0026rsquo;idée de simple personnage. Il faut donc retenir que le grec prosôpon va voir son sens évolué sous l’influence du grec hypostasis. Cela aura une incidence sur notre concept de personne.\nPour saint Basile, l\u0026rsquo;ousia va caractériser ce qui est commun aux trois personnes de la trinité alors qu\u0026rsquo;hypostase va désigner une propriété individuelle qui différencie chacune des personnes :\n« Donc puisque notre discussion a considéré d\u0026rsquo;un côté quelque chose de commun dans la Sainte Trinité, de l\u0026rsquo;autre, quelque chose de particulier, la raison de communauté se réfère à la substance (ousia), et l\u0026rsquo;hypostase est le signe propre de chaque particularité. » (Saint Basile, lettre 38)\nSaint Basile sépare donc l\u0026rsquo;essence/substance (ousia) de l\u0026rsquo;hypostase en marquant que l\u0026rsquo;hypostase est l\u0026rsquo;individu déterminé qui possède l\u0026rsquo;ousia, mais qui se distingue d\u0026rsquo;elle comme le propre au commun : elle est ce qui restreint et circonscrit le commun. Le mot hypostase désigne alors des marques distinctives qui sont inconciliables et incommunicables. Par incommunicable, il faut entendre ce qui ne peut pas être communiqué car ne peut se transmettre dans un nom commun. Commun s’entend dans Communiquer.\nTexte de Basile de Césarée # Laissons parler Basile de Césarée lui-même, nous verrons qu\u0026rsquo;il préfère le terme d\u0026rsquo;hypostasis au terme de prosôpon :\n« La substance et l\u0026rsquo;hypostase ont entre elles la même différence qu\u0026rsquo;il y a entre le commun et le particulier, comme, par exemple, celle qu\u0026rsquo;il y a entre l\u0026rsquo;animal en général et tel homme déterminé. C\u0026rsquo;est pourquoi nous reconnaissons une seule substance (ousia) dans la divinité, de telle sorte qu\u0026rsquo;on ne peut donner de l\u0026rsquo;être des définitions différentes ; l\u0026rsquo;hypostase au contraire est particulière, nous le reconnaissons, pour qu\u0026rsquo;il y ait en nous sur le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, une idée distincte et claire. En effet, si nous ne considérons pas les caractères qui ont été définis pour chacun, comme la paternité, la filiation et la sanctification, et si nous ne confessons Dieu que d\u0026rsquo;après l\u0026rsquo;idée commune de l\u0026rsquo;être, il nous est impossible de rendre sainement raison de notre foi : ce qui est commun, c\u0026rsquo;est la divinité ; ce qui est particulier, c\u0026rsquo;est la paternité ; il faut réunir ces notions et dire : je crois en Dieu le Père. Dans la confession du Fils, il faut faire la même chose, unir ce qui est particulier à ce qui est commun, et dire, je crois en Dieu le Fils. De même encore pour l\u0026rsquo;Esprit saint, il faut conformer ses paroles à la suite logique des idées qu\u0026rsquo;on exprime, et dire : je crois aussi au divin Esprit saint. Ainsi l\u0026rsquo;unité sera complètement sauvegardée dans la confession de l\u0026rsquo;unique divinité, et ce qui est particulier aux personnes sera confessé dans la distinction des propriétés particulières que la pensée attribue à chacune. Ceux qui disent que substance (ousia) et hypostase sont une même chose sont obligés de confesser seulement des personnes (prosopa) différentes, et, tandis qu\u0026rsquo;ils évitent de parler de trois hypostases, ils se révèlent incapables d\u0026rsquo;échapper au mal de Sabellios. Celui-ci même, bien qu\u0026rsquo;il confonde souvent les notions, essaye de distinguer les personnes, en disant que la même hypostase revêt chaque fois une personne différente suivant le besoin qui se présente. » (Basile de Césarée, Lettre 236,6)\nSynthèse à retenir # Dans ce texte, on s’aperçoit bien que saint Basile réfléchit au vocabulaire qu’il doit utiliser à partir des données de la Révélation. Il faut donc retenir qu’il y a un véritable enrichissement conceptuel qui se fait en philosophie à partir d’une réflexion qui se fait à partir de la Révélation Chrétienne. La foi vient alors féconder l’intelligence et non pas s’opposer à l’intelligence.\nL’apport de Grégoire de Nysse # Présentation de cet apport # Grégoire de Nysse reprend le vocabulaire de saint Basile mais en rapprochant prosôpon d’hypostasis, bien qu’il reste une légère nuance entre les 2 concepts. Il introduit dans le concept de personne (prosôpon) l’idée d’indépendance, de liberté et de spontanéité qui fait que la personne n’est plus une simple limitation de l’essence, une simple particularisation de l’essence par la matière mais qu’elle peut posséder une véritable perfection individuelle. Il le dit d’abord pour chaque personne divine, mais c’est également vrai pour les personnes humaines malgré leurs imperfections.\nLa perfection de l’homme est alors pensée chez lui dans le déploiement temporel où chaque personne humaine peut progresser vers toujours plus d’accomplissement du bien, cet accomplissement n’a pas de limite, il peut toujours continuer à se faire car la personne n’a jamais fini de réaliser encore plus le bien.\nDeux sortes de désir d’infini # En réfléchissant à ce que nous dit Grégoire de Nysse, nous pouvons alors distinguer deux sortes de désir d’infini très différents. Le désir d’être toujours plus que ce que l’on est dans une sorte de rejet de la nature voulue par Dieu, et le désir d’être toujours plus tourné vers le bien. Le premier désir s’oppose à Dieu, le second accepte et recherche la volonté de Dieu. Il y a donc deux échelles qui permettent à ces désirs de s\u0026rsquo;accroître, l’échelle de « Littlefinger » ! Et celle du Bien !\nImpact de sa réflexion sur prosôpon # Chez Grégoire de Nysse la réflexion sur le terme d\u0026rsquo;hypostase va être transposée sur le terme de prosôpon, ou pour le dire autrement le mot hypostasis va colorer et transformer les significations du mot prosôpon, qui, une fois enrichi, possède alors les significations suivantes :\nD\u0026rsquo;abord la signification de personnage d\u0026rsquo;un dialogue, signification que nous connaissions déjà, Puis celle de sujet agissant et libre, Et par suite logique apparaît la signification de sujet qui devient responsable de ses actions. Prosôpon devient donc chez lui synonyme d\u0026rsquo;hypostasis quand il s\u0026rsquo;agit de penser ce qui dépasse l\u0026rsquo;intelligence humaine dans l\u0026rsquo;essence divine. Comme la nature même de Dieu dépasse ce que notre intelligence humaine peut comprendre, il ne nous est possible d\u0026rsquo;entrevoir ce qu\u0026rsquo;il est que par ses manifestations, ses prosopa. Ce qui caractérise alors la personne divine chez lui, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;il est impossible de séparer l\u0026rsquo;être de sa manifestation, et c\u0026rsquo;est pourquoi la substance seule (l\u0026rsquo;être, l\u0026rsquo;ousia) ne permet pas d\u0026rsquo;exprimer ce qu\u0026rsquo;est la personne divine, il faut faire appel à un nouveau concept, justement celui de personne, prosôpon synonyme ici d\u0026rsquo;hypostasis.\nGrégoire de Nysse va transposer ce qu\u0026rsquo;il découvre de Dieu à la personne humaine. Ainsi la distinction entre ousia et l\u0026rsquo;hypostase se retrouve dans l\u0026rsquo;homme comme hypostase créée. L\u0026rsquo;ousia désigne la nature humaine, tandis que l\u0026rsquo;hypostase désigne cet homme-là. De même, l\u0026rsquo;homme étant à l\u0026rsquo;image de Dieu, il y a en lui comme en Dieu un mystère. La personne humaine reste incompréhensible comme Dieu lui-même le reste :\n« Étant inconnaissable, notre esprit porte l\u0026rsquo;empreinte de la nature insaisissable. » Grégoire de Nysse, La création de l\u0026rsquo;homme, DDB, p. 67.\nLe commentaire d’Emmanuel Housset # Emmanuel Housset commentant Grégoire de Nysse ajoute :\n« Le Christ comme personne est le fils de Dieu qui manifeste dans la nature humaine sa nature divine. Il est donc une hypostase unique ou une personne unique dans laquelle l\u0026rsquo;humanité s\u0026rsquo;unit au Verbe. Cela n\u0026rsquo;ajoute rien à la Trinité, mais à partir de la Personne du Christ il est possible de comprendre la personne humaine comme un sujet qui se manifeste lui-même par ses opérations, comme un être distinct de tous les autres êtres de même nature. Dès lors, l\u0026rsquo;unité de personne en l\u0026rsquo;homme, comme union de l\u0026rsquo;homme avec Dieu, est une œuvre trinitaire, est l\u0026rsquo;œuvre conjointe du Père, du Fils et de l\u0026rsquo;Esprit par laquelle les hommes peuvent être un comme les Personnes divines sont une : la personne humaine tient son unité de sa communion à l\u0026rsquo;unité de l\u0026rsquo;essence divine. En cela, chaque personne humaine, qui manifeste son amour du bien, est un visage de Dieu, que personne n\u0026rsquo;avait encore jamais vu. » Emmanuel Housset, La vocation de la personne, PUF p. 56.\nSynthèse des différents apports # C\u0026rsquo;est donc à partir des réflexions sur les personnes divines et plus particulièrement sur la personne du Christ que les chrétiens prennent peu à peu conscience de l\u0026rsquo;importance de la personne humaine. Chaque personne humaine est une promesse divine. Chaque personne humaine peut devenir, comme le dit Emmanuel Housset ici, un visage de Dieu.\nEn tant qu\u0026rsquo;éducateur, je corrigerais peut-être un peu ce que dit ici Emmanuel Housset, en disant que toute personne humaine dès l\u0026rsquo;instant de sa conception est déjà un visage de Dieu. Même si le péché peut, petit à petit, masquer ce visage de Dieu en partie, au fond il reste toujours présent. C\u0026rsquo;est pourquoi la manière de regarder le visage de l\u0026rsquo;autre est si importante. Soit on regarde l\u0026rsquo;autre comme un visage de Dieu déjà donné, soit on regarde l\u0026rsquo;autre comme un visage de Dieu possible. Certes dans la deuxième manière de faire, il y a bien une sorte d\u0026rsquo;encouragement, mais c\u0026rsquo;est un encouragement sous condition, sous condition du développement des vertus. Dans la première manière de faire, c\u0026rsquo;est beaucoup plus fort, on porte sur l\u0026rsquo;autre un regard plein d\u0026rsquo;espérance, espérance qui peut transformer radicalement la manière dont cette personne qui reçoit notre regard se voit elle-même.\nOuverture : Monseigneur Brincard, André Charlier et Emmanuel Lévinas # À ce sujet, une parole de l\u0026rsquo;ancien Évêque du Puy-en-Velay, monseigneur Henri Brincard, me revient en mémoire. Je lui dois beaucoup et c\u0026rsquo;est pour moi l\u0026rsquo;occasion de lui rendre hommage et de vous faire connaître un grand homme d\u0026rsquo;Église et un grand intellectuel. Il avait gardé en mémoire un grand éducateur qu\u0026rsquo;il avait rencontré, il s\u0026rsquo;agit d\u0026rsquo;André Charlier, l\u0026rsquo;ancien directeur de l’École des Roches de Maslacq de 1940 à 1950 (près d\u0026rsquo;Orthez entre Pau et Bayonne), école qui sera par la suite transférée à Clères (en Seine-Maritime, au nord de Rouen en allant vers Dieppe) où il restera directeur jusqu\u0026rsquo;à sa retraite en 1962.\nVoilà, de mémoire, ce que Monseigneur Brincard disait d\u0026rsquo;André Charlier :\n« Il espérait encore en moi alors que j\u0026rsquo;avais désespéré de moi-même ».\nMonseigneur Brincard disait cette phrase en parlant de lui-même.\nCependant, à l\u0026rsquo;occasion des réflexions de Grégoire de Nysse sur la Personne du Christ, réflexions reprises par Emmanuel Housset, il me semblait bon de mettre en résonance cette découverte de la personne humaine comme visage de Dieu, visage unique de Dieu que nous ne verrons plus jamais après la disparition de cette personne humaine, avec la manière dont André Charlier regardait les jeunes qui lui étaient confiés.\nJe n\u0026rsquo;ai pas eu la chance de rencontrer André Charlier, mais j\u0026rsquo;ai eu la chance de rencontrer Monseigneur Brincard qui lui-même semblait avoir été touché et marqué par cette manière de regarder les jeunes, par ce regard d\u0026rsquo;espérance. Et cette rencontre indirecte m\u0026rsquo;a suffisamment bouleversé, pour que je me dise à moi-même que malgré mes défauts, aussi petit que je sois : « il vaut la peine d\u0026rsquo;essayer de regarder chaque jeune qui m\u0026rsquo;est confié comme un visage de Dieu ».\nJe crois qu\u0026rsquo;on touche là une manière de faire proprement chrétienne qui vient, il me semble, en ligne directe du Christ, qui nous regarde chacun ainsi : non seulement comme sa créature qu\u0026rsquo;il a voulu de toute éternité mais aussi comme un véritable enfant adoptif du Père, sur le visage duquel rayonne l\u0026rsquo;amour même du Père, l\u0026rsquo;image même du Père.\nPar ailleurs, il me semble utile de vous faire connaître quelques textes d\u0026rsquo;Emmanuel Lévinas sur le visage pour que vous puissiez mieux comprendre pourquoi Emmanuel Housset relit les textes des Pères de l\u0026rsquo;Église de cette manière. Je vous ferai parvenir ces textes dans les jours à venir.\nPour en revenir au mot hypostase, on constate qu\u0026rsquo;il en est venu à signifier une façon propre et incommunicable de subsister dans une nature. C\u0026rsquo;est évidemment très proche de ce que nous pouvons découvrir dans les textes de Lévinas.\nTraduction latine du mot hypostase # Les penseurs latins avaient l\u0026rsquo;habitude de traduire ousia à la fois par essentia et substantia et quand il était nécessaire de rendre en latin le terme hypostasis, son étymologie conduisit à le traduire par substantia. Ainsi, le latin ne possédait pas vraiment au départ la possibilité de rendre la distinction entre ousia et hypostasis. C\u0026rsquo;est pourquoi les théologiens latins vont rendre hypostasis par persona pour éviter de dire trois substantia en Dieu. Les latins n\u0026rsquo;ayant pas d\u0026rsquo;équivalent pour hypostasis, l\u0026rsquo;utilisation du terme persona s\u0026rsquo;imposa de lui-même. Ce fut saint Augustin qui consacra, dans son livre La Trinité, la traduction de la formule grecque « une essence, trois hypostases » en la formule latine « une essence, trois personnes ».\nIl y a eu beaucoup de malentendus en latin en raison des problèmes de traduction de ousia et d\u0026rsquo;hypostasis. Ils furent dissipés quand hypostasis fut traduit par subsistentia et non plus par substantia. Cela prendra du temps pour que la notion de personne soit distinguée de la notion de substance pour en venir à désigner le sujet agissant qui communique. Il deviendra possible alors de penser une individualité propre, un style propre que l\u0026rsquo;on retrouve dans les ouvrages, qui fonde un tout autre type de permanence que le simple fait de demeurer le même animal rationnel, c\u0026rsquo;est-à-dire de particulariser une essence par la matière.\nEmmanuel Housset ajoute p.58 de La vocation de la personne :\n« On peut donc dire que la tension entre hypostase et persona, loin d\u0026rsquo;être une querelle de mots, est en fait la source spéculative de toute réflexion sur la personne, y compris sur la personne humaine si on ne veut pas en faire un simple étant subsistant doué de raison. »\nIl ajoute un peu plus loin :\n« Ni l\u0026rsquo;homme ni Dieu ne sont de simples choses, et c\u0026rsquo;est pourquoi les catégories propres aux choses ne leur conviennent pas. »\nLa notion de personne n\u0026rsquo;est ni grecque ni latine # Les orientaux (les penseurs de langue grecque) n\u0026rsquo;aborderons pas le problème concernant la Trinité de la même manière que les occidentaux (les penseurs de langue latine). Les orientaux partiront plutôt de la distinction entre les hypostases pour se poser la question de leur unité tandis que les occidentaux partiront plutôt de l\u0026rsquo;unité divine pour aller vers la distinction des personnes.\nDans le mouvement qui va de l\u0026rsquo;unité vers la distinction des personnes, les occidentaux auront souvent la tentation de voir les personnes divines comme des accidents de l\u0026rsquo;essence divine. Il leur faudra du temps pour intégrer la nouveauté de la Révélation, et il y aura toujours cette tendance qui aura du mal à considérer quelque chose d\u0026rsquo;essentiel, mais d\u0026rsquo;un autre type d\u0026rsquo;essentialité que celle de l\u0026rsquo;essence commune, dans l\u0026rsquo;individualité propre de chaque personne. Il n\u0026rsquo;est pas simple pour l\u0026rsquo;homme, étant donné le mystère de Dieu, de réussir à trouver les mots justes pour dire ce mystère, pour réussir sinon à en faire le tour, puisque c\u0026rsquo;est impossible pour une intelligence finie comme la nôtre, mais au moins pour désigner le plus justement possible dans quelle direction il faut regarder pour ne pas manquer la spécificité divine.\nCe qui vaut pour les personnes divines, vaut évidemment aussi pour les personnes humaines. Il faudra du temps pour accepter l\u0026rsquo;étonnante singularité de chaque personne humaine qui loin d\u0026rsquo;être la simple particularisation d\u0026rsquo;une essence commune, c\u0026rsquo;est-à-dire d\u0026rsquo;une nature humaine qu\u0026rsquo;il est possible de définir comme animal doué de raison, est un style personnel propre, unique, irremplaçable, et incommunicable car totalement étranger à tout ce qui est commun à tous. C\u0026rsquo;est ce que peu à peu la notion de personne finira par désigner : cette étonnante singularité qui vient enrichir le commun de la nature humaine.\nOuverture vers l\u0026rsquo;identité d\u0026rsquo;exode # Emmanuel Housset termine la fin de son chapitre sur l\u0026rsquo;hypostase, pp. 61-62, par l\u0026rsquo;évocation de ce qu\u0026rsquo;il développera en 2019 dans un autre livre, c\u0026rsquo;est-à-dire la notion d\u0026rsquo;identité d\u0026rsquo;exode.\n« On ne peut voir la lumière en elle-même, mais il nous est donné la possibilité de rendre visible sur notre visage la lumière de l\u0026rsquo;être que l\u0026rsquo;on contemple en soi. Ainsi, l\u0026rsquo;homme, qui n\u0026rsquo;est pas d\u0026rsquo;essence divine, s\u0026rsquo;accomplit comme personne, c\u0026rsquo;est-à-dire comme image de Dieu, quand l\u0026rsquo;éclat de son visage porte son identité d\u0026rsquo;exode : donner à voir la face de Dieu. Tant que l\u0026rsquo;homme cherche son identité substantielle, il n\u0026rsquo;est pas le gardien de lui-même, et il néglige son bien propre, ce qui le constitue en propre, parce qu\u0026rsquo;il cherche une permanence à travers ce qui change, et donc manque ce qui en lui vraiment ne passe pas. Le substrat de tous nos changements demeure relatif à ce qui est instable et éphémère, or “rien de ce qui passe n\u0026rsquo;est nôtre” (Grégoire de Nysse, Le Cantique des cantiques, p. 71). Ainsi, la personne n\u0026rsquo;est pas comme l\u0026rsquo;individu une catégorie de l\u0026rsquo;entendement qui permet de diviser et de nombrer le monde et, en Dieu comme entre les hommes, son rôle n\u0026rsquo;est pas d\u0026rsquo;introduire une différence numérique. Le sens d\u0026rsquo;être de la personne est toujours de dire l\u0026rsquo;être et c\u0026rsquo;est cette identité d\u0026rsquo;exode qui s\u0026rsquo;est laissée entrevoir à la faveur de l\u0026rsquo;écart entre le latin et le grec. La question initiale était : Combien avez-vous acheté ces esclaves ? Pour trouver le prix de ces esclaves il faut entrer en soi, dans l\u0026rsquo;homme intérieur, pour comprendre qu\u0026rsquo;ils sont le visage même du Christ et qu\u0026rsquo;à travers leur visage, comme visage du pauvre, le visage du Christ, son prosôpon, se donne à voir. Parce que dans l\u0026rsquo;Incarnation Dieu et la créature font une seule Personne, l\u0026rsquo;homme dans sa vie peut comme personne être également le médiateur entre Dieu et le monde, entre Dieu et les autres hommes. Mais, le Christ, en rendant possible cette tâche d\u0026rsquo;assimilation de la nature par la grâce, qui fait de nous des personnes, ne nous donne pas seulement de pouvoir vivre, il nous donne aussi de pouvoir mourir, c\u0026rsquo;est-à-dire ici de pouvoir gagner sa vie en donnant sa vie. Le Christ est la vie, parce qu\u0026rsquo;il nous apprend à nous arracher à ce qui nous est étranger, y compris notre identité substantielle, et nous invite à offrir notre vie aux autres hommes. Dès lors, la personne humaine est bien image de la Trinité divine comme esprit, verbe, et charité, et son identité est aussi l\u0026rsquo;unité d\u0026rsquo;une opération commune. Qui est la personne ? Les discussions trinitaires des Pères montrent que la Personne est l\u0026rsquo;être qui librement témoigne de ce qu\u0026rsquo;il est, qui librement révèle et se donne tout entier dans chaque forme de sa manifestation. La personne humaine, finie, est images des personnes trinitaires dans ce don libre de soi par lequel elle dit la vérité qui l\u0026rsquo;éclaire. L\u0026rsquo;être personnel relève donc bien de la liberté et non de l\u0026rsquo;essence, et c\u0026rsquo;est pourquoi la personne est dès ces discussions théologiques un concept désignant une réalité et non un simple terme pour établir des distinctions formelles entre des réalités. »\nIl me semble que, si nous voulons être fidèle au Christ, et au don total de sa vie qu\u0026rsquo;il a fait sur la Croix afin de nous racheter, et ainsi nous permettre d\u0026rsquo;oser notre propre transformation en accomplissant notre vocation de personne, loin de venir conseiller les autres pour qu\u0026rsquo;ils deviennent ce que nous imaginons qu\u0026rsquo;ils devraient devenir, nous avons plutôt à nous donner à eux personnellement, c\u0026rsquo;est-à-dire en assumant notre style personnel, style personnel qui s\u0026rsquo;incarne essentiellement dans la manière inimitable qui est la nôtre de prendre soin d\u0026rsquo;eux dans une juste distance.\nEn agissant de la sorte, nous ouvrons alors la possibilité qu\u0026rsquo;ils puissent peu à peu prendre conscience par ce don de nous-même totalement gratuit, mais aussi totalement personnel et personnalisé, que l\u0026rsquo;hypothèse du Christ, Roi de l\u0026rsquo;univers, est bien plus qu\u0026rsquo;une hypothèse. Peut-être que ce témoignage que nous ferons alors par ce don de nous-même dans la charité ne les touchera qu\u0026rsquo;après notre mort, mais ce risque est plus beau que de vouloir projeter sur eux nos propres attentes, aussi bien intentionnées soient elles.\nLe don de soi en assumant son propre style personnel, Élisabeth Leseur (1866-1914), épouse de Félix Leseur, n\u0026rsquo;a cessé de le faire jusqu\u0026rsquo;à sa mort prématurée. Elle priait pour son époux mais ne pouvait pas savoir ce qu\u0026rsquo;il allait devenir après sa mort.\nJe terminerai en vous encourageant à faire connaître autour de vous leur biographie écrite par Bernadette Chovelon aux éditions Artège et intitulée : Élisabeth et Félix Leseur, itinéraire spirituel d\u0026rsquo;un couple. Et pour susciter en vous le désir de le faire connaître, je vous lis un extrait de la quatrième de couverture :\n« Élisabeth et Félix Leseur sont apparemment un couple comme les autres. Ils sont très unis dans le confort de leur vie de notables, leurs voyages, leurs sorties, leur entente intellectuelle, leur culture. Il s\u0026rsquo;aiment profondément, malgré ce qui les sépare : Élisabeth est très croyante alors que Félix, proche des hommes politiques des années anticléricales de la France, est athée et profondément hostile à toute forme de religion. Par leurs nombreux écrits rassemblés pour la première fois, Élisabeth et Félix témoignent du surprenant et intelligent parcours de leur couple dont l\u0026rsquo;amour a grandi malgré les divergences et les souffrances de chacun. Le respect des croyances de l\u0026rsquo;autre, leur tolérance et leur admiration mutuelle ont fini par les unir. Leur spécificité apparaît dès le jour de leur mariage. Élisabeth, dans le silence et le secret, prie et sème des graines pour le retour de la foi de son époux. Elle n\u0026rsquo;en récoltera pas les fruits puisqu\u0026rsquo;elle meurt prématurément d\u0026rsquo;une maladie incurable qui l\u0026rsquo;aura fait souffrir toute sa vie. Elle a souvent répété cette parole de l\u0026rsquo;évangile de saint Jean : “Si le grain ne meurt\u0026hellip;” Ce n\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;après la mort de son épouse que Félix comprendra combien elle puisait son amour et sa force en Dieu. Après la lecture de ses cahiers, il changera radicalement de vie à la surprise de sa famille et de ses amis. Il se convertira et deviendra père dominicain et prêtre. »\n","date":"24 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/hypostase/","section":"Articles","summary":"","title":"La notion d'hypostase","type":"articles"},{"content":"","date":"24 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/orig%C3%A8ne/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Origène","type":"philosophes"},{"content":"","date":"24 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/plotin/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Plotin","type":"philosophes"},{"content":"","date":"24 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/posidonios/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Posidonios","type":"philosophes"},{"content":"","date":"21 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/auguste-comte/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Auguste Comte","type":"philosophes"},{"content":" La Méthode Socratique comme remède à l\u0026rsquo;orgueil d\u0026rsquo;Auguste Comte # Il peut sembler surprenant de présenter la méthode socratique pour introduire les problèmes posés par nos sciences actuelles. Cependant Peter Kreeft nous rappelle dans son livre Socratic Logic que Socrate semble être le premier a avoir pris conscience que la troisième opération de l\u0026rsquo;intelligence, le raisonnement, pouvait utiliser deux méthodes différentes, l\u0026rsquo;induction et la déduction, puis le premier à les avoir combiner intelligemment ensemble afin de découvrir la vérité sur les choses étudiées.\nSans le savoir, Socrate ouvre la longue histoire de l\u0026rsquo;évolution des sciences dans l\u0026rsquo;histoire de l\u0026rsquo;Occident, évolution qui se répandra peu à peu à l\u0026rsquo;ensemble de notre planète. En présentant la méthode Socratique, nous découvrons finalement la pièce maîtresse de tous les développements scientifiques futurs. Notre monde moderne avec les révolutions scientifiques de ces deux derniers siècles a souvent trop tendance à se croire le plus doué de toute l\u0026rsquo;histoire de l\u0026rsquo;humanité. Il a tendance à croire que c\u0026rsquo;est lui qui a ouvert la porte de la véritable recherche de la vérité et que ce qui était avant lui n\u0026rsquo;était que balbutiements enfantins.\nCette croyance trouve peut-être son paroxysme avec la loi des trois états défendue par le philosophe français Auguste Comte. Ce philosophe semble en effet résumer en sa personne tous les paradoxes et tout l\u0026rsquo;orgueil de notre monde moderne occidental qui continuent d\u0026rsquo;habiter notre « post-modernité ». Sans rentrer trop dans les détails de sa pensée, il peut être bon d\u0026rsquo;avoir un petit aperçu de sa loi des trois états avant de présenter la méthode Socratique. Nos contemporains sont en effet souvent influencés par cette loi des trois états même s\u0026rsquo;ils ne savent pas que cette influence prend sa source au XIXème siècle.\nLa loi des 3 états d\u0026rsquo;Auguste Comte # Dans son livre Discours sur l\u0026rsquo;esprit positif qui date de 1842, Auguste Comte soutient que l\u0026rsquo;humanité est passée par trois états et trois états seulement. Il se croit investit du rôle de nous les faire connaître, espérant par là que l\u0026rsquo;humanité restera définitivement dans le troisième état. Voici ces trois états tels qu\u0026rsquo;il les nomme et les décrit :\nL\u0026rsquo;état théologique ou fictif, c\u0026rsquo;est un état enfantin de l\u0026rsquo;humanité qui cherche à connaître les causes et qui imagine des origines spirituelles aux événements du monde. Cet état passe selon lui nécessairement par trois phases, une phase fétichiste (on dirait plutôt aujourd\u0026rsquo;hui animiste), une phase polythéiste et une phase monothéiste. L\u0026rsquo;état métaphysique ou abstrait qui n\u0026rsquo;a qu\u0026rsquo;un rôle provisoire à l\u0026rsquo;image de celui joué par l\u0026rsquo;adolescence par rapport à l\u0026rsquo;enfance et à l\u0026rsquo;âge adulte. Il a pour rôle de critiquer l\u0026rsquo;état théologique et de préparer l\u0026rsquo;avènement de l\u0026rsquo;état scientifique. Il reste encore trop général dans sa recherche des causes mais réagissant à l\u0026rsquo;opression de la théologie, il prépare les avancées futures. Pour lui, l\u0026rsquo;état métaphysique a surtout été caractérisé par le siècle des Lumières, il lui reproche cependant d\u0026rsquo;être encore trop déiste. L\u0026rsquo;état scientifique ou positif qui correspond selon lui à l\u0026rsquo;âge adulte de l\u0026rsquo;humanité et qui représente un plein développement de la raison. Cette raison a renoncé à connaître les causes des événements du monde pour ne s\u0026rsquo;intéresser qu\u0026rsquo;à ce qui est à sa portée, les lois de l\u0026rsquo;univers, c\u0026rsquo;est-à-dire les invariants que nous pouvons constater grâce à nos observations et à nos expériences. Cet état est nécessairement, selon lui, athée et matérialiste. Il ne s\u0026rsquo;aperçoit pas évidemment du caractère contradictoire de son 3ème état : il est tellement emporté par la beauté de son propre ton assertif qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;arrive pas à relire son raisonnement pour en apercevoir les failles. En effet, un peu d\u0026rsquo;attention à ce qu\u0026rsquo;il dit suffit pour voir que si la raison humaine ne peut pas avoir accès à la connaissance des causes de l\u0026rsquo;univers mais seulement aux invariants, aux lois, qu\u0026rsquo;elle peut observer, alors elle ne peut pas non plus affirmer la non existence de Dieu et l\u0026rsquo;existence de la seule matière. La seule chose qu\u0026rsquo;elle pourrait affirmer si elle était vraiment dans l\u0026rsquo;état dans lequel il la décrit, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;elle ne peut rien affirmer sur les causes. Elle ne peut donc ni déterminer si Dieu est la cause de ce monde, ni qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;existe aucun dieu cause de ce monde. Si les causes sont hors de portée, il ne reste alors que l\u0026rsquo;humilité de celui qui avoue ses limites et qui se tait.\nOr ce n\u0026rsquo;est pas ce qu\u0026rsquo;il fait et cela en devient presque comique. En effet, Auguste Comte, commence par rabaisser toute forme de religion comme étant un état de naïveté dû à une sorte d\u0026rsquo;enfance. Il soutient ensuite que le véritable état adulte et viril (c\u0026rsquo;est lui qui emploie cet adjectif) de l\u0026rsquo;humanité est le règne de la raison qui accepte sa finitude (ses limites). Et pour finir, et c\u0026rsquo;est cela qui est particulièrement comique, il se proclame lui-même Grand Prêtre de l\u0026rsquo;Humanité, pour l\u0026rsquo;ensemble des humains sur terre. Il prétend que les grands scientifiques et les grands intellectuels comme lui sont les seuls voués à une quasi-immortalité par leur survie dans la mémoire de l\u0026rsquo;Humanité.\nBref, pour celui qui prend un peu de recul, il invente une nouvelle religion, une religion où l\u0026rsquo;homme devient une sorte de nouveau dieu, et où les prières qui lui permettraient de satisfaire ses besoins seraient les incantations scientifiques et technologiques. Il se réserve évidemment pour lui-même le rôle de Grand-Prêtre de l\u0026rsquo;Humanité (l\u0026rsquo;expression est de lui) qui encourage les hommes à devenir de nouveaux prêtres, c\u0026rsquo;est-à-dire des scientifiques. La Science s\u0026rsquo;écrit alors avec un grand S et remplace en tant que nouvelle religion toutes les religions passées.\nDans cette nouvelle religion, il n\u0026rsquo;y a plus d\u0026rsquo;ouverture à la transcendance, mais plutôt un travail d\u0026rsquo;édification de l\u0026rsquo;homme par l\u0026rsquo;homme qui transforme la nature matérielle à sa disposition pour satisfaire ses prétendus besoins qui finalement vont finir par se confondre avec ses désirs désordonnés. Chez lui, la Science est devenue une religion, la religion de l\u0026rsquo;« Homme », c\u0026rsquo;est elle qui sauvera l\u0026rsquo;homme et amènera le bonheur sur cette terre par les seuls moyens humains. Les scientifiques sont les nouveaux prêtre, les techniciens les nouveaux diacres : nous leur devons une véritable vénération, et une véritable obéissance respectueuse.\nPour quelqu\u0026rsquo;un qui prétendait que les religions passées représentaient un état d\u0026rsquo;enfance et de naïveté, il est plutôt surprenant de voir qu\u0026rsquo;à la fin de sa vie, il se croyait lui-même investi d\u0026rsquo;une mission quasi évangélisatrice où il se retrouve lui-même à la place du messie, c\u0026rsquo;est-à-dire du sauveur de l\u0026rsquo;humanité en sa qualité de Grand Prêtre de l\u0026rsquo;humanité. Sa nouvelle religion est athée et matérialiste, et toute personne qui la critique n\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;un enfant qui ignore sa propre naïveté. Cependant, lui, Auguste, est au-dessus de ces pauvres enfants naïfs, et peut enfin guider l\u0026rsquo;humanité pour les siècles des siècles à venir vers l\u0026rsquo;épanouissement matériel grâce aux développements des sciences et des techniques.\nOn peut se demander si Auguste Comte n\u0026rsquo;est pas devenu le Grand-Prêtre secret et oublié d\u0026rsquo;une partie de notre humanité actuelle qui prétend avec nos amis transhumanistes la sauver grâce à l\u0026rsquo;invention d\u0026rsquo;une Intelligence Artificielle Généralisée qui pourra nous servir tel un dieu enchaîné qui serait notre propre esclave.\nÀ l\u0026rsquo;heure où la planète croule sous les déchets technologiques, où la moitié des espèces vivantes ont disparu en moins de 50 ans en raison de l\u0026rsquo;extension des villes bétonnées, des monocultures intensives à coup d\u0026rsquo;engrais, de pesticides et d\u0026rsquo;insectides, l\u0026rsquo;avenir radieux que ce grand prêtre de l\u0026rsquo;humanité ou ces disciples actuels, peut-être inconscients, nous promettent, devient de moins en moins crédible.\nNos énergies fossiles s\u0026rsquo;amenuisent, et pourtant une ferme de serveurs pour l\u0026rsquo;Intelligence Artificielle consomme plus de mille fois plus d\u0026rsquo;énergie et de matières premières qu\u0026rsquo;une ferme de serveur pour le moteur de recherche Google. Les conflits planétaires qui ressemblent plus à des courses aux matières premières et aux énergies fossiles qu\u0026rsquo;à la défense de causes justes, augmentent ses dernières années sous nos yeux. Et que nous propose-t-on ? De faire confiance à certains experts scientifiques et à nos maîtres en technologie, de nous laisser guider par eux, afin qu\u0026rsquo;ils puissent nous donner l\u0026rsquo;Intelligence Artificielle Généralisée qui résoudra tel un dieu enchaîné tous nos problèmes ? D\u0026rsquo;acheter le dernier smartphone à la mode pour pouvoir bénéficier au plus vite des réponses, des images et des vidéos, générées par ces intelligences artificielles?\nIl est peut-être temps d\u0026rsquo;écouter la sagesse venue du fond des âges en regardant ce que conseillait Socrate. Son humilité ainsi que sa précision intellectuelle pourraient en effet fortifier notre prudence face à cette démesure technologique qui se traduit par des *tensions géopolitiques de plus en plus fortes.\nLa méthode socratique # Loin de vouloir remplacer toutes les religions du monde ou tous les états de l\u0026rsquo;humanité passée, Socrate invente par ses dialogues avec les jeunes d\u0026rsquo;Athènes, une méthode qui va inspirer les nombreux chercheurs qui vont prendre le temps de réfléchir à sa manière de faire. Il me semble que cette méthode modeste, mais pourtant très précise, a le mérite de nous faire reprendre confiance dans les sciences à l\u0026rsquo;heure où nous assistons en partie à leur détournement prométhéen suscité par l\u0026rsquo;orgueil et la cupidité du cœur humain refusant de développer la vertu de tempérance.\nDans Socratic Logic, précisément des pages 211 à 214, Peter Kreeft nous fait une présentation à la fois précise, claire et concise de cette méthode socratique. Cette méthode comporte 5 étapes :\nLa première étape consiste à oser poser des questions. Il n\u0026rsquo;y a pas de restriction aux questions que l\u0026rsquo;on peut se poser. Il faut juste choisir une question précise dont la réponse pourrait nous permettre de mieux connaître le réel ou de mieux connaître le bien qu\u0026rsquo;il nous faut faire. Ce qui est visé, c\u0026rsquo;est donc toujours le vrai ou le bien, avec ce sens précis qui se développe peu à peu qui est celui du questionnement ajusté à nos besoins et accessible à nos capacités. La deuxième étape qui demande de la patience et de la précision consiste à observer les exemples du réel qui pourraient nous indiquer des réponses à notre question. Il faut donc récolter des cas particuliers qui peuvent nous indiquer dans quelle direction la réponse peut se trouver. La troisième étape consiste à utiliser le raisonnement inductif pour essayer de trouver une affirmation générale. Cette phase demande précision et conscience des limites de l\u0026rsquo;induction. Elle va se faire pas à pas en confrontant les données du réel et en cherchant les invariants caractéristiques. La quatrième étape est sans doute la plus crutiale et la moins facile à réaliser. Elle consiste à étudier les affirmations générales fournies par l\u0026rsquo;induction pour réussir à les comprendre, à en extraire des concepts, puis à les définir et à mettre en évidence les nécessités qui les relient. Parfois, il faut corriger les affirmations générales pour les ajuster au réel. Il faut donc ajouter au sens de l\u0026rsquo;observation un sens de la réflexion et un sens qui s\u0026rsquo;apparente à ce que les orientaux appellent la méditation, ou ce que les occidentaux appellent la contemplation. Il faut en effet laisser le temps nécessaire à notre intelligence d\u0026rsquo;abstraire des exemples généralisés les formes intelligibles présentes dans le réel. Cette quatrième étape ne peut se faire sans une collobaration étroite entre les sensations, l\u0026rsquo;imagination et l\u0026rsquo;intelligence. Elle demande à la fois confiance en notre intelligence et humilité face au risque d\u0026rsquo;utiliser abusivement l\u0026rsquo;imagination pilotée par nos désirs. C\u0026rsquo;est pourquoi la contemplation est si importante. La cinquième étape consiste alors à tenir compte des nécessités intelligibles découvertes pour ensuite, grâce à la déduction, appliquer ces affirmations universelles à de nouveaux cas particuliers. La déduction va permettre d\u0026rsquo;obtenir de nouveaux jugements et parfois même de nouveaux concepts. Avec cette méthode, de questions en questions, nous avonçons peu à peu dans une meilleure compréhension du monde et du bien que nous pouvons faire. De générations en générations, nous pouvons nous appuyer sur les efforts réalisés par nos aînés pour peu à peu agrandir l\u0026rsquo;ampleur de nos connaissances. Évidemment, cette méthode suppose auparavant d\u0026rsquo;avoir bien acquis une connaissance suffisante du fonctionnement de notre intelligence et de notre capacité à raisonner. Elle suppose aussi d\u0026rsquo;avoir suffisament de vertus pour ne pas laisser les désirs désordonnés prendre le contrôle de notre intelligence. C\u0026rsquo;est pourquoi Socrate dès le départ met autant l\u0026rsquo;accent sur l\u0026rsquo;importance de la tempérance et de l\u0026rsquo;amitié pour la sagesse.\nMéthode de raisonnement ≠ méthode d\u0026rsquo;investigation # Cette méthode socratique vaut comme conseil pour toutes les sciences et toutes les disciplines à toutes les époques. On a tendance à croire que les sciences diffèrent par leurs méthodes de raisonnement, alors qu\u0026rsquo;elles diffèrent par leurs objets d\u0026rsquo;études et par leurs méthodes d\u0026rsquo;investigation. Dans une conception réaliste des choses, ce ne sont pas les méthodes de raisonnement qui font naître les différences entre les sciences, mais les différences entre les objets réels qui donnent aux sciences leurs différents champs conceptuels et leurs différents instruments de recherche, c\u0026rsquo;est-à-dire leurs méthodes d\u0026rsquo;investigation.\nIl n\u0026rsquo;existe en effet qu\u0026rsquo;une seule science du raisonnement, c\u0026rsquo;est la logique. Les autres sciences et les autres disciplines, dépendent des découvertes réalisées en logique.\nComme nous le verrons avec Étienne Gilson, les erreurs scientifiques et les erreurs philosophiques naissent quand on veut appliquer les méthodes d\u0026rsquo;investigation d\u0026rsquo;une science et ses concepts à la philosophie ou à d\u0026rsquo;autres sciences. Chaque science obtient sa méthode d\u0026rsquo;investigation ainsi que ses concepts de son champ d\u0026rsquo;étude. Ce sont les objets du réel qu\u0026rsquo;elle étudie qui forgent ses caractéristiques de science particulière. Vouloir appliquer les caractéristiques d\u0026rsquo;une science à une autre, c\u0026rsquo;est prendre le risque d\u0026rsquo;imaginer que tels objets d\u0026rsquo;études sont comme d\u0026rsquo;autres objets d\u0026rsquo;études. Ce n\u0026rsquo;est plus un travail de l\u0026rsquo;intelligence, c\u0026rsquo;est un travail de l\u0026rsquo;imagination piloté, soit par le désir d\u0026rsquo;aller trop vite en besogne, soit par le désir de vouloir être autant reconnu par les communautés humaines que ceux qui travaillent dans les sciences à la mode.\nExemple d\u0026rsquo;application : différence entre mathématiques et économie # Les mathématiques n\u0026rsquo;ont pas les mêmes objets d\u0026rsquo;étude que l\u0026rsquo;économie. Autant les mathématiques sont utiles comme instrument de calcul pour l\u0026rsquo;économie, autant l\u0026rsquo;investigation économique ne peut pas être identique à l\u0026rsquo;investigation mathématique. On n\u0026rsquo;étudie pas des sociétés humaines comme on étudie des chiffres ou des grandeurs. Les mathématiques sont en grande partie des sciences déductives. Cela ne veut pas dire que dans leur histoire l\u0026rsquo;induction n\u0026rsquo;a pas eu d\u0026rsquo;importance, mais la stabilité des concepts mathématiques fait qu\u0026rsquo;aujourd\u0026rsquo;hui elles sont essentiellement déductives. Ce serait une erreur pour l\u0026rsquo;économie de vouloir copier cette spécificité des mathématiques. L\u0026rsquo;économie a toujours besoin de l\u0026rsquo;induction, même si évidemment la méthode socratique peut l\u0026rsquo;aider à mieux déduire les conséquences de ce qu\u0026rsquo;elle observe dans le réel.\nJe rappelle à ceux qui l\u0026rsquo;oublient que les sciences économiques sont normalement les sciences qui s\u0026rsquo;occupent des lois du foyer. Derrière la notion de foyer (Oikos en grec) se cache bien autre chose que des chiffres, car la qualité des relations humaines, l\u0026rsquo;harmonie avec la nature environnante, sont des considérations essentielles en économie qui malheureusement ne sont pas mathématisables. Par ailleurs, le financement des recherches économiques est trop souvent lié à des acteurs économiques qui sont emportés par leur cupidité, cela fausse donc la qualité des recherches économiques. Un acteur financier puissant n\u0026rsquo;aimera pas qu\u0026rsquo;on lui dise que ses investissements seront source d\u0026rsquo;appauvrissements futurs, il préfèrera financer les chercheurs qui lui présentent des chiffres qui vont dans le sens de ses propres désirs. Cela explique en grande partie que de nombreux courants de pensée en économie soient si peu réalistes. Les chercheurs en économie cherchent à plaire à ceux qui les financent plutôt qu\u0026rsquo;à leur dire une vérité qui leur serait désagréable.\nL\u0026rsquo;homme a tendance à se raconter des histoires pour se rassurer (apaiser ses peurs) ou pour flatter ses désirs. Malheureusement le réel n\u0026rsquo;obéit pas comme un esclave aux ordres ques les hommes aimeraient lui donner. Les ressources naturelles au niveau des énergies fossiles, des minerais ou des terres rares, sont épuisables et en voie d\u0026rsquo;épuisement. Malheureusement, de nombreux modèles économiques actuels font comme si elles étaient inépuisables. Nos modèles nous encouragent à croire à une continuité de la croissance économique comme nous l\u0026rsquo;avons connue ces deux derniers siècles. Les riches financiers qui voient toujours ces derniers temps leur richesse grandir, veulent continuer à la voir grandir. Cependant, ce n\u0026rsquo;est pas réaliste.\nLa contraction de l\u0026rsquo;économie, tant qu\u0026rsquo;elle reposera sur les minerais et les énergies fossiles, est inévitable. Si les riches veulent continuer à s\u0026rsquo;enrichir, alors il y aura forcément plus de pauvres car il faudra bien que leur accroissement de richesses viennent de quelque part. S\u0026rsquo;il ne vient pas de l\u0026rsquo;accroissement de l\u0026rsquo;extraction des énergies fossiles et des minerais, alors il viendra de la spoliation. À force de laisser des désirs de richesse grandir, on se retrouve inévitablement à vouloir voler les autres. Comme en plus, on ne veut pas passer pour des voleurs, on devient aussi des menteurs qui prétendent agir pour le bien et qui nient leurs méfaits.\nUne économie durable est possible, mais elle doit reposer sur le vivant et non sur la matière inerte. Pour cela il faut changer de « logiciel » de comportement car on ne traite pas les êtres vivants comme de la matière inerte. Depuis l\u0026rsquo;aube de l\u0026rsquo;humanité la cupidité pousse les hommes à traiter les vivants et les autres hommes comme de la matière inerte. Allons-nous continuer longtemps à nous comporter ainsi et refuser de développer nos vertus ?\nUniversalité de la méthode socratique # La méthode Socratique fait partie de cette science universelle que l\u0026rsquo;on nomme la logique. Or, la logique, c\u0026rsquo;est justement la science qui étudie le fonctionnement de l\u0026rsquo;intelligence. Toutes les sciences, toutes les disciplines, reposent sur l\u0026rsquo;utilisation adéquate de notre faculté que nous appelons intelligence. C\u0026rsquo;est pourquoi la méthode socratique est si utile pour nos recherches. C\u0026rsquo;est pourquoi, presque 2500 ans après, les universités du monde entier parlent toujours de Socrate. Malheureusement, elles n\u0026rsquo;exposent pas toujours aussi clairement la méthode socratique.\nPour vous aider à mieux la visualiser et donc à mieux la mémoriser, voici une mindmap représentant cette méthode :\nRôle de la philosophie # La philosophie n\u0026rsquo;est pas une discipline parmi les autres, elle n\u0026rsquo;est pas une science à côté des autres sciences, elle est ce qui rend possible toutes les autres sciences, toutes les autres disciplines. Elle est la condition de possibilité des autres sciences. Non pas en tant qu\u0026rsquo;elle leur serait supérieure en dignité, mais en tant qu\u0026rsquo;elle s\u0026rsquo;avère être la servante nécessaire qui rend possible leur activité. La philosophie est la servante de chaque science, car sans elle, le cœur humain perd sa juste mesure pour que le fonctionnement de l\u0026rsquo;intelligence puisse se faire de la manière la plus ajustée au réel.\nOn comprend mieux aussi pourquoi le philosophie n\u0026rsquo;est pas une science, mais un amour, une amitié, pour toutes les sciences. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;amitié pour la sagesse. On comprend aussi par cette notion d\u0026rsquo;amitié pourquoi la véritable philosophie ne se sent pas supérieure à telle ou telle science, mais bien qu\u0026rsquo;elle sait juste être la servante des différentes sciences. Elle est au service de leur bien, elle veille sur leur bien. C\u0026rsquo;est pourquoi un philosophe qui « prend la grosse tête » devient par là-même un contre-témoignage à la philosophie.\nLa philosophie peut apparaître comme prétentieuse parce qu\u0026rsquo;elle connaît l\u0026rsquo;importance de sa nécessité, mais ce n\u0026rsquo;est pas une prétention de supériorité. C\u0026rsquo;est une nécessité due à la nature des désirs humains qui ont tendance à dévier les facultés humaines de leur juste opération. C\u0026rsquo;est pourquoi le rôle de philosophe est si difficile. Il doit en permanence être dans le juste milieu qui consiste à être humble avec les autres sciences tout en étant ferme dans ses conseils avisés. Ce n\u0026rsquo;est pas une mince affaire.\nIl ne s\u0026rsquo;agit pas de soutenir que des philosophes doivent venir donner des conseils aux scientifiques, mais plutôt que tout bon scientifique doit être avant tout philosophe et logicien s\u0026rsquo;il veut bien conduire ses propres recherches. La philosophie et la logique sont des sciences nécessaires pour tous les scientifiques. La logique permet au scientifique de bien comprendre le fonctionnement de l\u0026rsquo;intelligence humaine, la philosophie lui permet de développer son amitié avec la sagesse qui va développer ses vertus intellectuelles et morales nécessaires pour bien réfléchir.\nÉtienne Gilson : les nécessités internes de la philosophie # Étienne Gilson (1884-1978) fut sans doute l\u0026rsquo;un des plus célèbres historiens de la philosophie français. Sa célébrité reste présente encore aux USA et au Canada même si maleureusement, pour des raisons mystérieuses, l\u0026rsquo;éducation nationale française semble avoir oublié sa grandeur. En 1937 à l\u0026rsquo;âge de 53 ans, il publie en anglais à New York un livre remarquable par la profondeur de son érudition. Il faudra malheureusement attendre 2016 pour que son livre soit traduit en français aux éditions Petrus a Stella sous le titre : L\u0026rsquo;unité de l\u0026rsquo;expérience philosophique.\nÀ la fin de ce livre, de la page 300 à la page 314, il résume les quelques lois qu\u0026rsquo;il est possible d\u0026rsquo;extraire de la longue histoire de la philosophie avec les différentes querelles nées au cours des siècles entre les différents philosophes qui se sont succédés. Ces lois permettent de mettre en évidence le rôle d\u0026rsquo;une science particulière qui conditionne toute les avancées des autres sciences. Cette science particulière porte un nom, c\u0026rsquo;est la métaphysique et Aristote a été le premier à la systématiser. La métaphysique est donc une branche essentielle de la philosophie de sorte qu\u0026rsquo;il est impossible de faire de la philosophie sans métaphysique et une philosophie qui se passerait de la métaphysique affirmerait par là-même une certaine position métaphysique. De même, toute science, sous-entend une position métaphysique même si parfois elle n\u0026rsquo;en est que très peu consciente.\nPour que les scientifiques futurs ne soient pas des propagateurs d\u0026rsquo;une religion de l\u0026rsquo;homme qui entraîne l\u0026rsquo;humanité dans la démesure et finalement vers sa propre auto-destruction, il me semble utile de faire connaître ici les conclusions d\u0026rsquo;Étienne Gilson. Libre ensuite à chaque apprenti philosophe ou scientifique de tenir compte de ses conseils.\nVous pourrez découvrir le résumé de ce qu\u0026rsquo;il dit dans l\u0026rsquo;article suivant :\nNécessité de la métaphysique 30 septembre 2025\u0026middot;2215 mots\u0026middot;11 mins PhiloTerm Séminaire Raison Science Vérité Sciences et certitudes # Sciences théoriques et sciences pratiques # Le mot science a d\u0026rsquo;abord désigné les connaissances puis les connaissances théoriques par distinction avec les connaissances pratiques. Chez Aristote les connaissances théoriques portent sur la connaissance des choses du monde, les connaissances pratiques portent sur la connaissance des actions que l\u0026rsquo;homme peut accomplir dans le monde. Nous avons conservé le mot science pour désigner l\u0026rsquo;ensemble des connaissances qui portent sur les choses du monde. Nous utilisons le mot prudence pour désigner la connaisance des actions. Il soutenait aussi que les sciences essaient de connaître les causes des choses qu\u0026rsquo;elles étudient même si évidemment, les causes ne sont pas toujours accessibles. D\u0026rsquo;où l\u0026rsquo;importance de bien connaître la notion de cause chez Aristote. Vous trouverez un article à ce sujet en cliquant sur l\u0026rsquo;image suivante :\nLes causes 30 septembre 2025\u0026middot;117 mots\u0026middot;1 min PhiloTerm Séminaire Cause Science et sciences # Utiliser le mot science au singulier pour parler de « la Science » revient presqu\u0026rsquo;à suivre la pensée d\u0026rsquo;Auguste Comte, même si c\u0026rsquo;est la plupart du temps sans le savoir. En effet, comme nous le rappelle Étienne Gilson, les sciences ne sont pas unifiées, ou alors dans un sens très restreint. Si les sciences sont unifiées, c\u0026rsquo;est dans le sens très restreint qu\u0026rsquo;elles ont toutes besoin de cette science très particulière qu\u0026rsquo;on appelle la logique, c\u0026rsquo;est-à-dire la science du fonctionnement de l\u0026rsquo;intelligence, de la métaphysique qui est la science des premiers principes de l\u0026rsquo;être, de la rhétorique qui est la science de la bonne utilisation du langage, et de la philosophie qui n\u0026rsquo;est pas une science particulière mais un amour de la sagesse, c\u0026rsquo;est-à-dire un développement des vertus intellectuelles et morales.\nL\u0026rsquo;unification des sciences est donc très limitée. Elles diffèrent toutes par leurs objets d\u0026rsquo;étude et par leurs méthodes d\u0026rsquo;investigation. Chaque science constituée s\u0026rsquo;intéresse à un champ particulier de choses du monde. Même si les sciences possèdent des besoins communs que sont la logique, la métaphysique, la rhétorique et la philosophie, elles ont aussi des spécificités qui les distinguent en fonction de leurs objets d\u0026rsquo;étude. On n\u0026rsquo;étudie pas les nombres comme on étudie les minéraux. On n\u0026rsquo;étudie pas les minéraux comme les êtres vivants. On n\u0026rsquo;étudie pas les humains comme on étudie les autres êtres vivants car les êtres humains sont des personnes possédant l\u0026rsquo;intelligence et la liberté.\nOn sous-estime trop souvent le lien qui existe entre méthode d\u0026rsquo;investigation et objets d\u0026rsquo;étude. C\u0026rsquo;est parce qu\u0026rsquo;on ne voit pas assez ce lien que de nombreuses erreurs scientifiques sont commises. Quand il s\u0026rsquo;agit d\u0026rsquo;étudier les êtres vivants, cela peut conduire au désastre. On veut par exemple protéger un champ des insectes nuisibles, et on finit par tuer les abeilles qui permettent pourtant la pollenisation des plantes de ce champ.\nSource des erreurs scientifiques # Les erreurs scientifiques viennent donc de plusieurs sources :\nSoit elles viennent d\u0026rsquo;une méconnaissance de la logique ; Soit elles viennent d\u0026rsquo;une méconnaissance de la métaphysique ; Soit elles viennent d\u0026rsquo;une méconnaissance de la rhétorique ; Soit elles viennent d\u0026rsquo;un manque de vertus intellectuelles et morales par manque de pratique philosophique ; Soit elles viennent de la tentative d\u0026rsquo;utiliser une méthode d\u0026rsquo;investigation qui est valable pour un champ d\u0026rsquo;étude à un autre pour lequel elle ne correspond pas. La méthode d\u0026rsquo;investigation valable pour les mathématiques n\u0026rsquo;est pas valable pour les sciences économiques même si ces dernières ont besoin d\u0026rsquo;utiliser les mathématiques à certains moments. Étienne Gilson précisait que l\u0026rsquo;erreur la plus fréquente consistait à utiliser une méthode d\u0026rsquo;investigation née d\u0026rsquo;une science particulière au champ d\u0026rsquo;étude qui concerne la métaphysique ou à celui qui concerne la philosophie. Croire que la géométrie ou la numérologie permettrait de tout expliquer relève plus de la religion au sens de Cicéron que d\u0026rsquo;un réel travail scientifique. Certains philosophes ont manqué de prudence de ce point de vue là.\nPar ailleurs, depuis plus d\u0026rsquo;un siècle, l\u0026rsquo;une des erreurs très fréquentes consiste à croire que la méthode d\u0026rsquo;investigation des mathématiques s\u0026rsquo;applique complètement à la logique. Cela entraîne que la plupart des scientifiques non seulement ne s\u0026rsquo;y connaissent que très peu en science du raisonnement, la partie la plus mathématisable de la logique (et encore cette mathématisation a ses limites) en manquant de connaissance en logique formelle mais qu\u0026rsquo;en plus ils n\u0026rsquo;ont quasiment plus aucune formation correcte sur les spécificités du fonctionnement de la première opération de l\u0026rsquo;intelligence, la simple appréhension et de la deuxième opération de l\u0026rsquo;intelligence, le jugement.\nConfusion réussite technologique et vérité scientifique # Il n\u0026rsquo;y a vérité scientifique que lorsque nos affirmations sur les objets d\u0026rsquo;étude sont vraies. Malheureusement, nous avons tendance à confondre augmentation de notre puissance technologique avec augmentation de notre puissance de connaître. C\u0026rsquo;est une erreur fréquente qui peut s\u0026rsquo;expliquer par le fait que la connaissance scientifique permet en effet d\u0026rsquo;augmenter la puissance technologique. Cependant, certaines découvertes technologiques se font avant même que nous comprenions bien quel est l\u0026rsquo;ensemble des causes responsables des effets que nous constatons. Pour le dire plus précisément, les sciences et la technologie ne sont pas dans une relation d\u0026rsquo;équivalence. Le problème est beaucoup plus complexe qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;y paraît.\nIl faut rester très prudent. Notre technologie a collectivement augmenté beaucoup plus rapidement que la maîtrise scientifique que possèdent les personnes humaines. Chaque scientifique ne connaît qu\u0026rsquo;une petite partie de son propre champ d\u0026rsquo;étude aujourd\u0026rsquo;hui, et sa tendance à généraliser abusivement devient une tentation de plus en plus forte.\nLe philosophe italien Romano Guardini (Vérone 1885, Munich 1968), avait particulièrement conscience des dangers que représentaient la fin des temps modernes. Dans son livre éponyme il nous mettait en garde en 1949 que toute augmentation de puissance technologique demandait à l\u0026rsquo;homme une augmentation au moins aussi grande de vertus intellectuelles et de vertus morales. Le problème actuel consiste justement dans le fait que nous n\u0026rsquo;avons pas entendu sa mise en garde. Les scientifiques actuels n\u0026rsquo;ont pas plus de vertus intellectuelles que les scientifiques d\u0026rsquo;hier. Ils n\u0026rsquo;ont pas non plus plus de vertus morales. Le niveau n\u0026rsquo;est peut-être pas moindre que celui des anciens scientifiques (quoique cela puisse quand même se discuter), mais il n\u0026rsquo;est pas plus élevé.\nLa conséquence directe de ce manque de croissance en vertus, c\u0026rsquo;est que quelques scientifiques sont de plus en plus crédules. Ils sont tellement fascinés par les progrès technologiques que certains sont devenus de nouveaux croyants de la religion de « La Sience ». Tous les scientifiques ne sont pas ainsi, heureusement, mais certains le sont. Et, généralement, moins ils sont bons scientifiques plus ils le sont. Tant et si bien que le peuple peu cultivé risque de les prendre pour des experts sur tout et n\u0026rsquo;importe quoi, alors qu\u0026rsquo;ils sont souvent les moins bons dans leur propre discipline.\nLa certitude # Le mot certitude en français désigne ce qui est assuré, ce qui est établi d\u0026rsquo;où ce qui est indéniable. La certitude n\u0026rsquo;est ni le possible, ni le probable. Seule la vérité nous assure la certitude. Sous l\u0026rsquo;influence des philosophes nominalistes nous pouvons avoir tendance à croire que la certitude n\u0026rsquo;est pas accessible. Cependant en réfléchissant un tout petit peu, il est facile de voir que c\u0026rsquo;est une erreur logique de penser ainsi. Nous avons de nombreuses certitudes, c\u0026rsquo;est-à-dire de nombreuses connaissances, et ce dans de nombreux domaines. Une connaissance certaine est presque un pléonasme car soit une connaissance est certaine soit ce n\u0026rsquo;est pas une véritable connaissance. Il y a connaissance quand notre pensée qui décrit une chose est vraie, c\u0026rsquo;est-à-dire quand cette pensée correspond à la chose qu\u0026rsquo;elle prétend décrire. Cette certitude vient soit de l\u0026rsquo;expérience, soit du travail de l\u0026rsquo;intelligence.\nConnaissance et hypothèse # Pourtant, il n\u0026rsquo;est pas difficile de se rappeler que notre langue possède déjà les mots appropriés pour distinguer une connaissance certaine d\u0026rsquo;une connaissance qui serait incertaine. En français, une connaissance est justement une connaissance certaine. Par opposition nous parlons d\u0026rsquo;hypothèse quand nos connaissances sont incertaines. Pourquoi ne pas conserver cette belle habitude française de distinguer connaissance et hypothèse ? Une connaissance par définition, c\u0026rsquo;est une affirmation vraie donc certaine. À côté de nos connaissances nous avons des hypothèses, qui sont des affirmations possibles ou probables.\nSciences et certitude # L\u0026rsquo;erreur concernant les sciences est finalement double :\nLa première erreur consisterait à croire que les sciences ne peuvent rien connaître avec certitude. C\u0026rsquo;est une erreur qui vient soit d\u0026rsquo;une erreur logique soit de l\u0026rsquo;utilisation excessive d\u0026rsquo;une méthode d\u0026rsquo;investigation très particulière à l\u0026rsquo;ensemble des champs d\u0026rsquo;étude. La seconde erreur serait de croire que telle ou telle science serait dans une certitude complète. Les sciences nous apportent des certitudes dans leur champ d\u0026rsquo;étude particulier. Cependant dans ce champ d\u0026rsquo;étude particulier, certaines affirmations scientifiques sont des certitudes et d\u0026rsquo;autres sont des hypothèses, certaines hypothèses sont probables et certaines sont juste possibles.\nNous confondons souvent les niveaux de crédibilité par manque de précision logique. Par exemple, en médecine nous savons avec certitude que tous les êtres humaines ont besoin d\u0026rsquo;un cœur fonctionnel pour pouvoir vivre. Si le cœur s\u0026rsquo;arrête de battre, la mort est assurée à brève échéance. En revanche, nous ne comprenons pas encore parfaitement le fonctionnement du système immunitaire. Celui-ci est trop complexe pour que nous n\u0026rsquo;ayons que des certitudes à son égard. Cela ne veut pas dire que nous n\u0026rsquo;avons aucune certitude qui porterait sur le système immunitaire mais plutôt que nous n\u0026rsquo;avons pas que des certitudes.\nNous avons trop tendance à penser en mode binaire. Dans une science donnée, soit nous serions totalement dans le vrai, soit totalement dans le faux. La réalité est plus nuancée. Il y a des degrés variés de connaissance dans nos sciences. Chaque science possède à la fois des connaissances certaines, des hypothèses probables et des hypothèses seulement possibles. Ce qui est difficile, c\u0026rsquo;est justement de réussir à bien repérer ce qui relève dans chaque science du certain, du probable et du possible. Cela demande beaucoup de culture scientifique que ne permet que rarement la vulgarisation scientifique.\nLe réel est éminemment complexe. La vertu d\u0026rsquo;humilité est une vertu incontournable pour tout travail scientifique. L\u0026rsquo;homme doit se souvenir que face à la complexité du réel, il est tout petit. À la fois il peut connaître de nombreuses choses de manière certaine, à la fois ses connaissances du réel seront nécessairement incomplètes en raison de sa petitesse. Faire de la science en oubliant l\u0026rsquo;importance de la précision logique, c\u0026rsquo;est prendre le risque de se tromper. Les conséquences peuvent vite devenir désastreuses dans de nombreux domaines.\nAvancée des notions # ","date":"21 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/sciences/","section":"Articles","summary":"","title":"Les sciences peuvent-elles nous conduire à la certitude ?","type":"articles"},{"content":"","date":"21 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/romano-guardini/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Romano Guardini","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/beno%C3%AEt-xvi/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Benoît XVI","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/edmond-husserl/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Edmond Husserl","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/eschyle/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Eschyle","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/ga%C3%AFus/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Gaïus","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/h%C3%A9siode/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Hésiode","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/hippolyte-de-rome/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Hippolyte De Rome","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/hom%C3%A8re/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Homère","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/horace/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Horace","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/jean-luc-marion/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Jean-Luc Marion","type":"philosophes"},{"content":" Introduction # Emmanuel Housset # Le philosophe français Emmanuel Housset dans son livre La vocation de la personne, soutient que la métaphysique moderne a oublié la richesse de ce concept en raison de « son encapsulement » dans celui de l’ego ou du moi. Il est donc bon de revenir à sa genèse, qui est plus complexe qu’il n’y paraît. Nous découvrirons alors que ce concept a été profondément modifié et enrichi par la révélation chrétienne. Et ceux qui douteraient de cette révélation, comme les athées ou les agnostiques, sont cependant bien obligés de constater que c’est bien à l’occasion d’une réflexion sur le contenu de cette révélation que le concept de personne a évolué. Il faut noté cependant que le concept dans son apparition embryonnaire n’est pas apparu avec le christianisme, il existait avant. En revanche, il a été profondément modifié par l’effort fait par les penseurs chrétiens pour comprendre la spécificité de la révélation chrétienne.\nPrésentation d’Emmanuel Housset : il est né en 1960 à Strasbourg. Il est aussi un ancien élève de l\u0026rsquo;École Normale Supérieure de Fontenay/Saint-Cloud et agrégé de philosophie. Il a soutenu sa thèse sur Edmond Husserl en 1993 sous la direction de Jean-Luc Marion. Après avoir enseigné neuf ans en lycée à Châtellerault, il est nommé en 1996 comme maître de conférences à l\u0026rsquo;Université de Caen Normandie. Habilité à diriger des recherches en 2006, il est depuis septembre 2011 professeur dans cette même université. Ses recherches portent sur la phénoménologie, mais également sur l\u0026rsquo;histoire de la métaphysique, la philosophie médiévale et la philosophie morale. Il a obtenu le grand prix de philosophie de l’Académie Française en 2021.\nEmmanuel Lévinas # Paradoxalement, un certain enseignement de la métaphysique a conduit à oublier la richesse du concept de personne, et il faut peut-être attendre les apports du philosophe français Emmanuel Lévinas sensible à la transcendance d\u0026rsquo;autrui pour que des auteurs tels qu’Emmanuel Housset, spécialiste d’Edmond Husserl et des autres phénoménologues, se penchent à nouveau sur sa genèse pour s’apercevoir finalement que le Moyen-Âge avait sans doute déjà compris de nombreuses choses essentielles. Déjà, nous pouvons retenir que l’évolution du concept de personne va conduire la philosophie à ré-interroger la métaphysique platonicienne et aristotélicienne.\nLes limites de la distinction entre essence et accident # La distinction entre essence et accident, valable pour décrire les objets fabriqués, va s’avérer insuffisante pour réussir à appréhender le mystère de chaque personne. Cela ne veut pas dire que les réflexions sur la nature humaine, les différences de nature entre le masculin et le féminin, soient dénuées d’intérêt, mais la complexité du concept de personne doit petit à petit nous amener à comprendre que la distinction traditionnelle entre essence et accident ne peut pas s’appliquer aussi simplement aux personnes comme elle peut s’appliquer aux objets. Continuer à le faire risque d’enfermer les personnes dans des représentations objectivantes qui ne correspondent pas à ce qu’elles sont concrètement et ni à ce qu’elles sont appelées à devenir.\nThomas d\u0026rsquo;Aquin et Aristote # Il est possible que la définition donnée par Jacques Maritain que nous avons vue dans le premier cours d’introduction, n’ait d’ailleurs pas été si bien comprise. En effet, il est assez fréquent de croire que si Jacques Maritain est un néo-thomiste, et si Thomas d’Aquin reprend la philosophie d’Aristote, alors cette définition entre dans le cadre de la distinction entre essence et accident chère à Aristote.\nPourtant Jacques Maritain, fidèle à son maître Thomas d’Aquin, n’a pas utilisé la notion d’essence dans la définition du concept de personne, mais celle beaucoup plus subtile de substance individuelle. En effet, il est fréquent d’entendre, parfois même chez des professeurs de philosophie, que Thomas d’Aquin reprend la métaphysique aristotélicienne. Je ne saurais pas trop vous dire d’où vient cette erreur. La pensée de Thomas d’Aquin est beaucoup plus riche que celle d’Aristote car elle la modifie en tenant compte du contenu de la Révélation et du travail de réflexion conduit par les Pères de l’Église.\nPeut-être que nous sommes aujourd’hui plus sensibles à la subtilité de la pensée de Thomas d’Aquin en raison des apports récents faits par des philosophes comme Emmanuel Lévinas. Peut-être que certaines subtilités sont devenus plus visibles au fur et à mesure de l’approfondissement philosophique lié aux épreuves traversées par l’humanité, telle celle en particulier de la Shoah. Mais déjà, Étienne Gilson reconnaissait, alors qu’il avait plus de 50 ans et qu’il était déjà réputé comme l’un des plus grands spécialistes de la philosophie thomiste dans le monde, qu’il lui avait fallu beaucoup de temps pour comprendre la subtilité de la notion d’acte d’être chez Thomas d’Aquin.\nEn tout cas, la notion de substance individuelle n’est pas compréhensible dans sa richesse avec le seul prisme déformant de la distinction entre essence et accident. Nous le verrons petit à petit en découvrant la profondeur du concept de personne dont le véritable sens a été oublié. Comme le dit Emmanuel Housset :\n« Un tel sens a été oublié, parce que l’analyse philosophique, en voulant s’approprier une idée qui n’est pas grecque à partir de la métaphysique grecque, a fini par détruire son objet. »\nIl ajoute plus loin :\n« L’ontologie de la personne est alors une ontologie de la présence :\nla personne humaine n’a ni les mains vides du citoyen grec, qui peut tout faire, ni les mains pleines du sujet historique contemporain, qui est lourd de son histoire, mais elle a les mains ouvertes de celui qui n’est lui-même que dans l’accueil de l’ailleurs. » Plus je lis Emmanuel Housset, plus je me dis que sa pensée a été modelée au contact de celle d’Emmanuel Lévinas. Cela ne se voit finalement explicitement que dans son dernier livre, et je peux évidemment me tromper, mais c’est du moins l’impression que j’ai, ayant été moi-même profondément touché par la pensée d’Emmanuel Lévinas.\nEntrons maintenant sans plus attendre dans le processus de l’évolution du concept de personne en commençant par son apparition et sa transformation dans l’antiquité grecque et romaine.\nProsôpon et persona # Soma et le premier sens de prosôpon # Chez Homère (VIIIème siècle avant J.C.) et chez Hésiode (-VIIIème et -VIIème siècles), la notion de prosôpon n’apparaît pas. C’est plutôt celle de soma, qui désigne le corps, qui est utilisée pour désigner la personnalité, l’individualité animée. Petit à petit, la notion de prosôpon va désigner d’abord la face ou le visage. Comme l’explique le philosophe français Maurice Nédoncelle, le prosôpon c’est l’« avant » d’un objet, ce par quoi il se présente :\non peut parler du prosôpon de la lune (sa face) ; ou du prosôpon d’un navire (sa proue). L\u0026rsquo;apparaître # Pour ceux qui ont une culture en phénoménologie, cette branche de la philosophie apparue avec Edmond Husserl au début du XXème siècle, on pourrait dire que le mot prosôpon désigne l’apparaître de la chose et non pas seulement son apparence. L’apparence, c’est l’image que la chose nous donne à voir d’elle-même, tandis que son apparaître c’est la manière dont cette chose se donne à voir. Dans la notion d’apparence il y a quelque chose de statique, de figé, comme une image, comme une photo, alors que dans la notion d’apparaître, que le verbe véhicule beaucoup mieux, il y a la mise en mouvement de la chose par elle-même, la mise en mouvement spatio-temporelle avec un style personnel unique et inimitable.\nLe visage # J’imagine qu’Emmanuel Lévinas connaissait ce premier sens du mot personne. Cela explique peut-être pourquoi il se refuse à utiliser le terme de personne et lui préfère le terme de visage. Il serait utile de relire les belles pages de son livre Totalité et Infini pour mieux comprendre ce concept initial de prosôpon, même si évidemment il y a toute l’histoire juive blessée par la Shoah qui transparaît dans les réflexions de Lévinas. Nous aurons l’occasion de reparler de Lévinas quand nous parlerons de l’identité d’exode et quand nous distinguerons les faux dialogues et les vrais dialogues.\nL\u0026rsquo;hébreux « panim » # Remarquons aussi que dans l’Ancien Testament le mot hébreux Panim a le plus souvent été traduit en grec de la Septante par le mot prosôpon. Cela peut se comprendre puisque justement Panim désignait le visage, la face :\n« C’est ta face, Seigneur que je cherche. Ne me cache point ta face » (Ps. 27, 8-9)\nOn peut donc constater que dès l’origine le terme de prosôpon porte en lui l’idée d’une présence « en personne », puisque montrer sa face, c’est se montrer soi-même.\nLe sens de masque et l\u0026rsquo;évolution du sens de prosôpon # On ne sait pas trop comment le mot prosôpon en est venu à désigner le masque de théâtre ou le masque religieux. Mais il est vrai qu’il a eu aussi ce sens. Horace fait remonter ce sens à Eschyle dans son Art poétique. Ce sens va alors évoluer :\nDu masque, On passe à l’idée de personnage, Puis à l’idée de rôle, Et enfin à l’auteur qui joue ce rôle. À partir de là, prosôpon devient synonyme de :\nPersonne sociale, puis d’individu en général, compris comme personne agissante et parlante, voire de personne répondante, c\u0026rsquo;est-à-dire de personne capable de nous parler, de nous répondre. C\u0026rsquo;est dans le Nouveau Testament que prosôpon prend vraiment le sens d\u0026rsquo;individu, de personne humaine singulière, par exemple dans 2 Cor, 1, 11 :\n« Vous-mêmes nous aiderez par la prière, afin que ce bienfait, qu\u0026rsquo;un grand nombre de personnes nous aurons obtenu, soit pour un grand nombre un motif d\u0026rsquo;action de grâces à notre sujet. »\nLe Nouveau Testament laisse de côté le sens de masque attaché parfois au mot prosôpon pour lui préférer celui d\u0026rsquo;un individu qui se manifeste par lui-même. Ce sens devient alors disponible dans la langue grecque, et c\u0026rsquo;est ce qui permettra à Origène (185-253) de parler aussi du prosôpon d\u0026rsquo;essence divine et du prosôpon de l\u0026rsquo;ange et du saint.\nIl va aussi s\u0026rsquo;étendre au-delà d\u0026rsquo;un seul individu puisqu\u0026rsquo;il va aussi être utilisé pour désigner l\u0026rsquo;Église.\nAvec la diversité des significations que prosôpon peut revêtir, visage, individu, personnage, répondant, il devient alors disponible pour un usage trinitaire.\nPersona # Même si à première vue l\u0026rsquo;évolution du sens du mot latin persona semble parallèle à celle de prosôpon, il y a cependant des différences très significatives.\nAu départ persona a signifié :\nLe masque de l\u0026rsquo;acteur ; Par métonymie (association d\u0026rsquo;idée) : Le caractère ; Le rôle ; La personne que l\u0026rsquo;acteur joue. Il y a des débats importants sur l\u0026rsquo;origine étymologique du mot persona, mais globalement il y a un certain consensus pour reconnaître qu\u0026rsquo;il serait finalement issu par l\u0026rsquo;intermédiaire d\u0026rsquo;un mot étrusque du grec prosôpon, et que sa signification principale demeurerait celle du masque que l\u0026rsquo;acteur porte sur scène. Les étrusques étaient les habitants de l\u0026rsquo;Italie avant la mise en place de la République Romaine (SPQR : Senatus PopulusQue Romanus).\nChez le poète et dramaturge latin Plaute (-254,-184), il prendra aussi le sens de personnage.\nAu IIIème siècle avant J.-C. il désignera aussi les personnes grammaticales, et Varron (-116,-27), l\u0026rsquo;utilisera pour distinguer celui qui parle, celui auquel on parle et celui dont on parle.\nCe qui est important à retenir, car dans la modernité c\u0026rsquo;est surtout ce sens qui sera repris, c\u0026rsquo;est que le terme de persona va prendre une signification juridique pour désigner en général les individus humains, et même l\u0026rsquo;idée de personne publique, le peuple, le sénat. Le juriste romain Gaïus (120,180) l\u0026rsquo;utilisera pour distinguer les choses des personnes, res et persona. La signification juridique de persona va donc alors désigner la dignité des individus humains par rapport aux simples choses. Persona devient donc ce que fait l\u0026rsquo;homme comme objet de droit.\nMême si l\u0026rsquo;égalité entre les personnes n\u0026rsquo;est pas encore d\u0026rsquo;actualité à cette époque, l\u0026rsquo;esclave et le maître sont des personnes soumis à des relations de droit. Ce sens juridique n\u0026rsquo;existait pas dans le concept grec de prosôpon. Il vient sans doute de l\u0026rsquo;influence de la philosophie stoïcienne : l\u0026rsquo;homme qui possède une intériorité (= qui peut parler) est aussi un citoyen (= un sujet de droit). Le fait d\u0026rsquo;être cause de ses actes est le fondement de la responsabilité et de la dignité de la personne.\nTout cela se fait avant l\u0026rsquo;influence réelle du christianisme.\nLe mot grec prosôpon a évolué moins vite que le mot latin persona, et ce sont bien les Latins qui ont généralisé l\u0026rsquo;usage du mot persona au sens de personne, et cela avant les Grecs. Donc même si le concept de personne est apparu de manière embryonnaire en Grèce, il a reçu une nette évolution avec les Latins et ce sont les Latins qui ont eux-mêmes eu une influence sur l\u0026rsquo;évolution du sens du mot grec prosôpon.\nOn passe d\u0026rsquo;une manifestation extérieure (le masque) a une manifestation de l\u0026rsquo;intériorité (sujet de droit).\nIl est donc bon de reconnaître que la pensée chrétienne n\u0026rsquo;a pas inventé le terme de personne. La réflexion théologique va partir des sens quotidiens des mots prosôpon et persona mais pour mettre en évidence un sens radicalement nouveau de la personne qui ne sera ni grec, ni latin, même s\u0026rsquo;il se prépare en grec et se transmet ensuite en latin. Cela donne alors beaucoup de confusion, car il est facile d\u0026rsquo;oublier le sens nouveau introduit par le christianisme pour revenir au sens juridique latin. C\u0026rsquo;est en grande partie ce que fera la modernité, peut-être en partie sous l\u0026rsquo;influence de la Renaissance.\nOn remarquera aussi que le concept de personne n\u0026rsquo;est pas clairement établi chez les grecs et les latins car il vient plutôt de son utilisation dans la vie courante et non d\u0026rsquo;une doctrine particulière. Il a donc une certaine épaisseur, une certaine variation, parce qu\u0026rsquo;il vient d\u0026rsquo;une utilisation diverse liée aux différentes pratiques vivantes.\nL’apport de Tertullien # Le sens dramatique ou dialogique de la notion de personne # Avec le christianisme, comme celui-ci condamne plutôt le théâtre de cette époque comme étant impudique, le mot persona , ne sera plus utilisé au sens de masque de théâtre. Il va plutôt servir à décrire ce qui se passe en Dieu, et c\u0026rsquo;est la réflexion sur les personnes divines qui va en retour influencer la manière d\u0026rsquo;envisager les personnes humaines. C\u0026rsquo;est Tertullien qui le premier utilise le terme de persona pour envisager la trinité. La figure de Tertullien est controversée car même s\u0026rsquo;il est le premier auteur latin à réfléchir à la notion de trinité, à la fin de sa vie il soutient le mouvement hérétique montaniste.\nVoilà ce que dit wikipedia au sujet du montanisme :\nLe montanisme apparaît au moment où l\u0026rsquo;Église s\u0026rsquo;organise en système au IIème siècle. Ces chrétiens rejetaient le clergé et toute hiérarchie, pour mieux exalter le martyre. Le mouvement fondait aussi son système de croyance sur la promesse de Jésus à ses disciples de leur envoyer, après sa mort, le Paraclet, l\u0026rsquo;Esprit de vérité, qui devait les conduire en toute vérité et demeurer éternellement avec eux pour leur enseigner les choses qu\u0026rsquo;ils n\u0026rsquo;avaient pu comprendre auparavant dans leurs vies. Montanus, IIème siècle, se présenta donc comme l\u0026rsquo;organe du Paraclet. Il ne prétendait pas être le Paraclet lui-même, mais un médium humain en extase prophétique. Les paroles qu\u0026rsquo;il proférait étaient non les siennes, mais celles du Paraclet. Ainsi, dans un fragment conservé par Épiphane (au IVème siècle), et qui lui a été attribué, il déclare : « Je suis venu non comme un ange ou un ambassadeur, mais comme Dieu le Père. »\nC\u0026rsquo;est pourquoi, même s\u0026rsquo;il est étudié en même temps que les Pères de l\u0026rsquo;Église, Tertullien n\u0026rsquo;est pas complètement un Père de l\u0026rsquo;Église. Voici ce que nous dit Benoît XVI dans son livre Les Pères de l\u0026rsquo;Église, à son propos :\n« Nous parlons aujourd\u0026rsquo;hui d\u0026rsquo;un Africain, Tertullien, qui, entre la fin du deuxième siècle et le début du troisième, inaugure la littérature chrétienne en langue latine. C\u0026rsquo;est avec lui que commence une théologie dans cette langue. Son œuvre a porté des fruits décisifs, qu\u0026rsquo;il serait impardonnable de sous-estimer. Son influence se développe à divers niveaux : de celui du langage et de la redécouverte de la culture classique, à celui de l\u0026rsquo;identification d\u0026rsquo;une \u0026ldquo;âme chrétienne\u0026rdquo; commune dans le monde et de la formulation de nouvelles propositions de coexistence humaine. Nous ne connaissons pas exactement la date de sa naissance et de sa mort. En revanche, nous savons qu\u0026rsquo;il reçut à Carthage, vers la fin du IIème siècle, de parents et d\u0026rsquo;enseignants païens, une solide formation rhétorique, philosophique, juridique et historique. Il se convertit ensuite au christianisme, attiré, \u0026ndash; semble-t-il \u0026ndash; par l\u0026rsquo;exemple des martyrs chrétiens. Il commença à publier ses écrits les plus célèbres en 197. Mais une recherche trop individuelle de la vérité, ainsi que certains excès de son caractère \u0026ndash; c\u0026rsquo;était un homme rigoureux \u0026ndash; le conduisirent graduellement à abandonner la communion avec l\u0026rsquo;Église et à adhérer à la secte du montanisme. Toutefois, l\u0026rsquo;originalité de sa pensée liée à l\u0026rsquo;efficacité de son langage lui assurent une position de relief dans la littérature chrétienne antique. »\nIl ajoute aussi plus loin :\n« En outre, Tertullien accomplit un pas immense dans le développement du dogme trinitaire ; il nous a donné en latin le langage adapté pour exprimer ce grand mystère, en introduisant les termes \u0026ldquo;une substance\u0026rdquo; et \u0026ldquo;trois personnes\u0026rdquo;. De même, il a également beaucoup développé le langage correct pour exprimer le mystère du Christ, Fils de Dieu et vrai homme. »\nEt enfin, il livre son impression d\u0026rsquo;ensemble :\n« Cette grande personnalité morale et intellectuelle, cet homme qui a apporté une si grande contribution à la pensée chrétienne, me fait beaucoup réfléchir. On voit qu\u0026rsquo;à la fin, il lui manque la simplicité, l\u0026rsquo;humilité de s\u0026rsquo;insérer dans l\u0026rsquo;Église, d\u0026rsquo;accepter ses faiblesses, d\u0026rsquo;être tolérant avec les autres et avec lui-même. Lorsque l\u0026rsquo;on ne voit plus que sa propre pensée dans sa grandeur, à la fin, c\u0026rsquo;est précisément cette grandeur qui se perd. La caractéristique essentielle d\u0026rsquo;un grand théologien est l\u0026rsquo;humilité de demeurer avec l\u0026rsquo;Église, d\u0026rsquo;accepter les faiblesses de celle-ci avec les siennes, car seul Dieu est réellement entièrement saint. Nous avons en revanche toujours besoin du pardon. »\nÀ partir de Tertullien, la formule selon laquelle il y a trois Personnes en Dieu va s\u0026rsquo;imposer en Occident.\nÀ peu près en même temps que Tertullien, Hippolyte de Rome évoque, en grec, la personne (prosôpon) du Père et la personne du Fils, il s\u0026rsquo;agit de prendre sous un terme unique le Père et le Fils, sans les confondre. Ici, les « personnes » désignent d\u0026rsquo;abord les différentes voix de l\u0026rsquo;Écriture et relèvent donc de l\u0026rsquo;exégèse prosopographique, c\u0026rsquo;est-à-dire d\u0026rsquo;une exégèse qui s\u0026rsquo;intéresse à la description des qualités d\u0026rsquo;un personnage réel ou fictif.\nConcernant Hippolyte, voilà ce que dit sœur Gabriel Peters auteur du livre Lire les pères de l\u0026rsquo;Église, cours de patrologie :\nHippolyte est contemporain d’Origène qui l’entendit prêcher à Rome en 212. Il est grec d’expression et de pensée, peut-être est-il d’origine orientale. Il se déclare lui-même disciple d’Irénée. Son œuvre est aussi étendue que celle d’Origène, mais beaucoup moins profonde et d’orientation plus pratique. Sa carrière ? Prêtre, antipape, martyr. Hippolyte s’opposa au pape Calliste qui adoucit la discipline pénitentielle et il persévéra dans son opposition sous les deux papes suivants : Urbain et Pontien. Exilés l’un et l’autre en Sardaigne, le pape Pontien et Hippolyte s’y réconcilièrent.\nPersona et prosôpon sont ici synonymes et Tertullien n\u0026rsquo;a fait que reprendre le terme à Hippolyte.\nAvec ce terme, Tertullien va pouvoir désigner qui parle, le terme vient alors mettre en valeur la particularité. Dans les textes de Tertullien, et surtout dans le Contre Praxéas, l\u0026rsquo;usage trinitaire du mot persona est de désigner l\u0026rsquo;apparition du Père, du Fils et de l\u0026rsquo;Esprit Saint :\n« Nous distinguons trois personnes, le Père, le Fils, et l\u0026rsquo;Esprit saint. Ils sont trois, non pas en essence mais en degré ; non pas en substance, mais en forme ; non pas en puissance, mais en espèce ; tous trois ayant une seule et même substance, une seule et même nature, une seule et même puissance, parce qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;y a qu\u0026rsquo;un seul Dieu duquel procèdent ces degrés, ces formes, ces espèces, sous le nom de Père, de Fils et de Saint-Esprit. » Contre Praxéas II, 4.\nIci, dans l\u0026rsquo;opposition entre personne et substance, le sens du mot personne n\u0026rsquo;est pas encore bien fixé, mais dans la mesure où Dieu est une personne en tant qu\u0026rsquo;il parle, il ne s\u0026rsquo;agit pas de marquer une identité métaphysique mais plutôt une identité dans la manifestation. Le concept de personne est alors un concept descriptif des différents personnages de la vie divine qui chacun, à leur façon propre, parlent et sont appelés.\nOn peut en déduire avec Emmanuel Housset :\n« Être une personne, c\u0026rsquo;est alors d\u0026rsquo;abord avoir un nom qui renvoie à un mode particulier de la Révélation : la personne désigne celui qui parle en son nom et qui répond en son nom ».\nLe mot persona permet alors de désigner le statut ontologique de locuteur.\nDe ce point de vue, il y a un lien avec le sens premier du mot prosôpon lié au visage qui apparaît dans le théâtre. Ce visage pouvait désigner en effet les paroles qui étaient prononcées par ce visage, et le mot drama pouvait alors désigner les dialogues qui avaient lieu entre les différents prosôpon de la pièce de théâtre. C\u0026rsquo;est pourquoi Emmanuel Housset peut dire :\n« Même si persona ne signifie plus masque, il conserve son sens dramatique : chaque personne divine a son apparaître distinctif, c\u0026rsquo;est-à-dire ses paroles propres. »\nOn assiste alors, grâce à Tertullien, à une évolution du concept de personne qui ne désigne plus une apparence extérieure (un personnage) mais plutôt l\u0026rsquo;expression d\u0026rsquo;une intériorité propre à un être singulier.\nTertullien ne clarifie pas vraiment la distinction entre la substance et la personne puisque le mot persona a pour lui surtout un sens grammatical et dramatique. Et, il ne faudrait pas trop tirer Tertullien vers Boèce qui fait de la personne l\u0026rsquo;unité substantielle d\u0026rsquo;un sujet qui manifeste son essence, une substance individuelle. En revanche, la définition de Boèce que nous verrons plus tard, a quelque part perdu la signification dialogique de la personne telle qu\u0026rsquo;elle est mise en évidence par Tertullien. Par signification dialogique, il faut retenir l’importance des dialogues dans la manifestation des personnes.\nTertullien réserve dans son Contre Praxéas le mot substance à ce qu\u0026rsquo;il y a de commun en Dieu, et le mot personne à ce qu\u0026rsquo;il y a de différent entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit. La distinction n\u0026rsquo;est pas encore très claire, mais elle prépare les avancées futures. Déjà, les personnes ne sont pas de simples rôles, mais des manières de parler bien distinctes qui se présentent dans l\u0026rsquo;Écriture et qu\u0026rsquo;on peut véritablement repérer et distinguer tout au long du processus de Révélation.\nIl semble important de retenir de cette découverte du rôle dialogique des Personnes divines que cela nous renseigne aussi sur l\u0026rsquo;importance que nous devons accorder aux dialogues dans l\u0026rsquo;approche des personnes humaines. L\u0026rsquo;homme étant fait à l\u0026rsquo;image de Dieu, il se donne aussi à nous par ses paroles. Or, il est très difficile de découvrir les paroles de l\u0026rsquo;autre homme sans prendre le temps de dialoguer avec lui. Même s\u0026rsquo;il est toujours possible de recevoir les paroles de quelqu\u0026rsquo;un rapportées par une autre personne, rien ne remplace le dialogue direct avec la personne elle-même. Cela évite d\u0026rsquo;entrer dans ce qu\u0026rsquo;on appelle une triangulation en analyse psychologique. Encore faut-il évidemment bien comprendre ce que veut dire dialoguer. C\u0026rsquo;est pourquoi, il me semble essentiel d\u0026rsquo;aborder à un moment donné de ce cours sur la personne, la réflexion d\u0026rsquo;Emmanuel Lévinas concernant la distinction entre faux dialogues et vrais dialogues.\nPar ailleurs, on voit bien à quel point Emmanuel Lévinas est proche de toutes ces découvertes, même s\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;a sans doute pas relu les pères de l\u0026rsquo;Église pour arriver à son concept de visage. Chez Emmanuel Lévinas, le visage est essentiellement le visage parlant, le visage qui parle avec les mots qu\u0026rsquo;il prononce, mais aussi le visage qui parle par ses mimiques et sa manière de se présenter à moi. Même le visage silencieux est un visage parlant pour Emmanuel Lévinas. C\u0026rsquo;est un visage qui parle au-delà des concepts et qui peut donc être incompris, mais c\u0026rsquo;est un visage qui parle et qui en tant que tel doit être accueilli et infiniment respecté.\nEt même si les débats contemporains sur l\u0026rsquo;étymologie du mot latin persona ont tendance à rejeter une origine du mot qui viendrait de personare (per-sonare), comme le soutenait le grammairien latin du IIème siècle Aulu-Gelle (123-130,180), et préfèrent le rattacher à l\u0026rsquo;étrusque Phersu qui désigne « un démon infernal apparenté par son nom à Perséphone, la souveraine des morts, et à Persée, le maître d’épouvante, détenteurs l’un et l’autre de la tête de la Gorgone », il me semble mnémotechniquement plus utile de retenir l\u0026rsquo;origine donnée par Aulu-Gelle car plus proche du sens utilisé par Tertullien.\nTertullien méditant sur les paroles des personnes de la Trinité nous incite aussi à prendre plus au sérieux la diversité des paroles de chaque personne que nous rencontrons.\nLe sens d\u0026rsquo;unité de la personne # Une autre avancée de Tertullien concerne l\u0026rsquo;unité de Personne dans le Christ :\n« Nous voyons une double nature qui, sans se confondre, s\u0026rsquo;unit dans une seule personne, Dieu et Jésus-Christ fait homme. »\nNous n\u0026rsquo;avons pas encore là exactement la formule du Concile de Chalcédoine, mais c\u0026rsquo;est une préparation.\nC\u0026rsquo;est le IVème concile œcuménique dit \u0026ldquo;de Chalcédoine\u0026rdquo; qui proclame le symbole de Chalcédoine en 451. Il définit l\u0026rsquo;union hypostatique des deux natures de Jésus-Christ :\n« Suivant donc les saints Pères, nous enseignons tous unanimement que nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait en divinité, et le même parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme (composé) d\u0026rsquo;une âme raisonnable et d\u0026rsquo;un corps, consubstantiel au Père selon la divinité et le même consubstantiel à nous selon l\u0026rsquo;humanité, en tout semblable à nous sauf le péché, avant les siècles engendré du Père selon la divinité, et aux derniers jours le même (engendré) pour nous et pour notre salut de la Vierge Marie, Mère de Dieu selon l\u0026rsquo;humanité, un seul même Christ, Fils du Seigneur, l\u0026rsquo;unique engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation, la différence des deux natures n\u0026rsquo;étant nullement supprimée à cause de l\u0026rsquo;union, la propriété de l\u0026rsquo;une et l\u0026rsquo;autre nature étant bien plutôt sauvegardée et concourant à une seule personne et une seule hypostase, un Christ ne se fractionnant ni se divisant en deux personnes, mais en un seul et même Fils, unique engendré, Dieu Verbe, Seigneur Jésus-Christ. »\nTertullien n\u0026rsquo;arrive pas encore à bien penser qu\u0026rsquo;elle est cette unité dans une seule personne. Il a encore du mal à définir ce qu\u0026rsquo;il entend par personne. Il faudra donc attendre les réflexions de saint Augustin pour vraiment saisir la profondeur de ce concept. Nous le verrons plus tard.\nGrâce à Tertullien déjà, on peut voir que l\u0026rsquo;unité des deux natures dans le Christ rehausse aussi par la même occasion la conception que l\u0026rsquo;homme pouvait se faire de lui-même :\n« Jésus-Christ, qui rendra Dieu à l\u0026rsquo;homme et l\u0026rsquo;homme à Dieu, l\u0026rsquo;esprit à la chair et la chair à l\u0026rsquo;esprit, lui qui a déjà réuni ces deux éléments dans sa personne. » Tertullien, La résurrection des morts, DDB 1980, p. 147.\nC\u0026rsquo;est à partir de ce moment que l\u0026rsquo;Incarnation du Verbe nous permet de prendre conscience de toute la dignité de la personne humaine dans son incarnation. Emmanuel Housset commente :\n« Dieu en s\u0026rsquo;incarnant dévoile que c\u0026rsquo;est la personne tout entière, dans toute son existence charnelle, qui est à l\u0026rsquo;image de Dieu. »\nEmmanuel Housset cite alors Tertullien dans le même livre :\n« Ainsi le mot “homme” est-il comme une sorte d\u0026rsquo;agrafe qui tient liées ensemble les deux substances, puisqu\u0026rsquo;elles ne peuvent exister sous ce nom que dans leur assemblage. »\nEmmanuel Housset ajoute :\n« On peut alors légitimement penser que l\u0026rsquo;histoire originaire de la personne est indissociable de la reconnaissance de la gloire du corps qui est liée à l\u0026rsquo;Incarnation. Jérôme Alexandre, dans son étude sur Tertullien, Une chair pour la gloire, aux éditions Beauschesne, 2001, ajoute : “Ainsi, le Christ non seulement a revêtu pleinement la chair, mais il a revêtu une chair plus authentiquement humaine que ne l\u0026rsquo;est la chair des hommes.” L\u0026rsquo;unité de la personne vient alors de l\u0026rsquo;amour que l\u0026rsquo;âme porte à la chair dans lequel la personne humaine reconnaît son créateur. »\nPar cette découverte à l\u0026rsquo;occasion de sa méditation sur le Christ de l\u0026rsquo;unité inscrite dans la notion de personne, Tertullien nous invite à réhabiliter la considération que nous pouvons faire de notre propre corps.\nSynthèse des avancées de Tertullien # Tertullien nous permet de mettre en évidence deux caractéristiques de la notion de personne qui n\u0026rsquo;avaient pas encore été mise en évidence dans l\u0026rsquo;évolution du mot grec prosôpon et celle du mot latin persona :\nIl introduit une détermination de la personne comme dialogue, en effet en Dieu, chaque personne est parole à sa façon propre. Le terme de persona désigne alors celui qui est capable de dire je, de prendre la parole. La personne se présente alors par son pouvoir de réponse. Ce qui est valable en Dieu permet aussi de mieux saisir l\u0026rsquo;importance de la possibilité de parler que tout homme possède mais à qui il n\u0026rsquo;est pas toujours si aisé d\u0026rsquo;y accorder toute sa place. Par la considération que la notion de personne signifie une unité de 2 natures dans le Christ, il permet de mieux mettre en évidence l\u0026rsquo;importance du corps chez les personnes humaines, et entrouvre la possibilité d\u0026rsquo;une réconciliation du corps et de l\u0026rsquo;âme, voire même d\u0026rsquo;un véritable souci de l\u0026rsquo;âme pour son corps, face à une conception platonicienne ou néo-platonicienne d\u0026rsquo;un corps prison de l\u0026rsquo;âme. ","date":"17 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/origines-personne/","section":"Articles","summary":"","title":"Les origines grecques et latines du concept de personne","type":"articles"},{"content":"","date":"17 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/maurice-n%C3%A9doncelle/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Maurice Nédoncelle","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/plaute/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Plaute","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/tertullien/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Tertullien","type":"philosophes"},{"content":"","date":"17 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/varron/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Varron","type":"philosophes"},{"content":" Brève introduction # Avant d\u0026rsquo;étudier l\u0026rsquo;évolution historique de l\u0026rsquo;apparition du concept de personne, il peut être bon de faire un point d\u0026rsquo;étape concernant les différentes manières dont nous pouvons concevoir notre identité personnelle. Évidemment, plus nous avancerons dans la connaissance du concept de personne, plus nous comprendrons la pertinence de ce point d\u0026rsquo;étape, cependant avoir une petite cartographie des représentations possibles en début d\u0026rsquo;année peut être utile pour nos interrogations futures.\nJ\u0026rsquo;aimerais donc mettre en évidence 6 manières différentes de concevoir notre identité personnelle :\nL\u0026rsquo;identité figée ; L\u0026rsquo;identité mondaine ; L\u0026rsquo;identité pensée comme projet ; L\u0026rsquo;identité d\u0026rsquo;exil ; L\u0026rsquo;identité d\u0026rsquo;exode ; L\u0026rsquo;identité brisée. L\u0026rsquo;identité figée # J\u0026rsquo;appelle identité figée la représentation que certaines personnes se font de leur propre identité personnelle. Cette représentation consiste à croire que notre personnalité ne s\u0026rsquo;améliore pas et ne se dégrade pas dans le temps : elle n\u0026rsquo;évolue pas. Elles envisagent leur personnalité comme une sorte de caractère qui serait donné dès le départ de leur vie et resterait ainsi jusqu\u0026rsquo;au dernier jour. Évidemment, cette conception confond la distinction conceptuelle que l\u0026rsquo;on peut faire entre tempérament et caractère. Le tempérament, c\u0026rsquo;est le composé humain tel qu\u0026rsquo;il arrive à la naissance, un ensemble de traits physiologiques et psychologiques qui colorent l\u0026rsquo;identité de la personne. La personne par sa constitution psycho-physique est par exemple colérique. Le caractère représente l\u0026rsquo;évolution de ce tempérament dans le temps. Nous pouvons avoir aujourd\u0026rsquo;hui un mauvais caractère parce que nous n\u0026rsquo;avons pas pris soin de développer les bons côtés de notre tempérament. Cependant, cela ne veut pas dire que nous ne pourrons pas développer pour notre avenir un bon caractère. Un bon caractère c\u0026rsquo;est un tempérament qui a peu à peu été apprivoisé par le développement des vertus.\nCertaines personnes n\u0026rsquo;imaginent jamais qu\u0026rsquo;elles peuvent progresser au niveau de leur personnalité. Elles revendiquent d\u0026rsquo;être acceptées telles qu\u0026rsquo;elles sont. Il ne leur vient pas à l\u0026rsquo;idée que nous pouvons à la fois rester nous-mêmes et évoluer, et progresser dans le développement de notre personnalité. Cela peut cacher soit un problème d\u0026rsquo;éducation, soit un problème de ressentiment, soit un problème d\u0026rsquo;orgueil. Ce n\u0026rsquo;est pas toujours simple d\u0026rsquo;identifier les causes de cette manière de concevoir sa propre personnalité. La personne croit qu\u0026rsquo;elle est son moi superficiel et n\u0026rsquo;envisage pas qu\u0026rsquo;il soit possible d\u0026rsquo;épanouir son moi fondamental.\nL\u0026rsquo;identité mondaine # L\u0026rsquo;identité mondaine consiste à confondre son rôle social avec sa personnalité. La personne ne vit que dans les yeux des autres. Elle a besoin d\u0026rsquo;être reconnue par les autres pour se reconnaître elle-même. Elle peut avoir tendance à chercher à plaire aux autres, à se conformer à leurs attentes ou à ce qu\u0026rsquo;elle imagine qu\u0026rsquo;ils attendent d\u0026rsquo;elle. Cela peut cacher un réel manque de confiance en soi, comme cela peut cacher aussi les fruits d\u0026rsquo;une réelle blessure narcissique.\nLa quête de pouvoir peut être associée parfois à cette conception que la personne se fait de sa propre personnalité.\nL\u0026rsquo;identité pensée comme projet # L\u0026rsquo;identité pensée comme projet consiste à croire que notre existence précède notre essence et que nous décidons de devenir nous-même par les choix que nous faisons. Nous pouvons reconnaître ici, entre autres conceptions, la conception de l\u0026rsquo;existentialisme de Jean-Paul Sartre. L\u0026rsquo;être humain existerait d\u0026rsquo;abord et ensuite pourrait se définir comme il l\u0026rsquo;entend. Il serait donc libre de devenir ce qu\u0026rsquo;il veut. Cela veut-il dire qu\u0026rsquo;il pourrait devenir comme le célèbre Stalking cat un tigre à l\u0026rsquo;image de son animal totem ? « Stalking Cat », le « Chat à l\u0026rsquo;affut » s\u0026rsquo;appelait en réalité Dennis Avner. Il a subi de nombreuses interventions de chirurgie esthétique pour ressembler à sa représentation de son animal totem. Il se suicide malheureusement à l\u0026rsquo;âge de 54 ans. Le problème de la chirurgie esthétique, du projet de modification de notre corps en fonction de notre imagination ou de l\u0026rsquo;imagination d\u0026rsquo;un chirurgien esthétique, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;on ne peut pas revenir en arrière si on change d\u0026rsquo;avis.\nCette identité pensée comme projet est très à la mode dans certains milieux. C\u0026rsquo;est le refus de reconnaître que nous recevons une nature humaine personnalisée que nous n\u0026rsquo;avons pas choisi. C\u0026rsquo;est voir sa propre personnalité reçue dont notre personnalité physique comme une sorte de camisole de force ou de prison. La voir comme une sorte d\u0026rsquo;assignation, d\u0026rsquo;imposition qui vient de l\u0026rsquo;extérieur, de la société, de la nature ou de Dieu. Il faut donc se rebeller contre cette assignation et fabriquer soi-même une nouvelle identité personnelle. Une nouvelle identité personnelle qu\u0026rsquo;on aurait choisi librement. Cette identité choisie plutôt que celle qui serait subie. Et comment savoir que cette identité serait meilleure que celle qu\u0026rsquo;on a reçu ? Tout simplement par son sentiment. Le sentiment deviendrait le critère ultime de l\u0026rsquo;identité personnelle. Dennis Avner sent qu\u0026rsquo;il est son animal totem et donc il doit s\u0026rsquo;il veut être fidèle à lui-même devenir un tigre.\nLes causes de cette conception sont certainement multiples. Mais clairement il y a un rejet de la nature reçue. Il est probable que ce soit le fruit du ressentiment, donc d\u0026rsquo;injustices subies auparavant mal digérées.\nC\u0026rsquo;est une sorte de création de soi par soi. Il est étrange que l\u0026rsquo;influence de la position d’Emmanuel Kant qui consistait à poser l’égale dignité de chaque personne dans sa capacité de se donner à soi-même sa propre fin (son propre but), finisse par cette représentation prométhéenne de notre personnalité. Il apparaîtra sans doute surprenant a beaucoup que je fasse le lien entre la conception kantienne de la dignité de la personne et cette conception prométhéenne de sa propre personnalité. Cependant, il n\u0026rsquo;est pas anodin de croire qu\u0026rsquo;une personne serait la seule source de sa propre finalité et que respecter sa dignité serait de respecter le fait qu\u0026rsquo;elle choisisse sa propre finalité. Il y a en germe chez Emmanuel Kant une séparation radicale de la nature de la créature avec la volonté de son créateur, même si Kant se pense encore chrétien.\nL\u0026rsquo;identité d\u0026rsquo;exil # Nous pouvons appelé identité d’exil, l\u0026rsquo;identité personnelle où je me découvre chaque jour différent de ce que je pensais être mais où je ne me sens jamais chez moi en moi-même, comme si j’évoluais au gré du vent, comme une coque de noix jetée sur l’océan, sans savoir où je vais, sans savoir qui je suis, et ne me sentant jamais réellement à ma place en moi-même. Comme si j’étais en moi-même dans un habit qui ne me convenait pas, comme si j’étais dans un habit trop grand pour moi ou au contraire dans un habit trop petit, trop étriqué.\nC\u0026rsquo;est se sentir en permanence dans un moi superficiel sans réussir à avancer vers son moi fondamental. Ce dernier n\u0026rsquo;est même peut-être jamais envisagé comme un horizon accessible. En même temps reconnaissons que l\u0026rsquo;horizon a tendance à reculer en même temps qu\u0026rsquo;on avance vers lui s\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;y a aucun point de mire fixe sur lequel nous pouvons focaliser notre regard.\nL\u0026rsquo;identité d\u0026rsquo;exode # L\u0026rsquo;identité d’exode, est une expression utilisée par le philosophe français Emmanuel Housset, pour désigner cette identité où je me sens à l’aise avec moi-même tout en me découvrant nouveautés dans ma manière de répondre aux épreuves de la vie, aux rencontres que la vie me donne, rencontres tour à tour blessantes ou enrichissantes, et parfois même à la fois blessantes et enrichissantes. C\u0026rsquo;est une identité difficile à désigner à l’aide de mots, tant la vie me réserve des surprises qui viennent perturber mes projets, voire viennent les empêcher définitivement pour en faire naître de nouveaux que je n’avais absolument pas prévus.\nC\u0026rsquo;est une identité d’exode, où je me découvre comme cheminement vers une promesse heureuse dont je sais assez peu de choses tout en comprenant cependant que mon style personnel est une mélodie toute différente des mélodies de chaque personne que je rencontre : mélodie toute personnelle qui peut évoluer avec le temps mais cependant être reconnue par moi et par les autres malgré les changements. Cette mélodie personnelle peut changer de rythme, peut même changer d’accompagnement, mais reste pourtant une seule et même mélodie. Elle peut s’enrichir d’autres mélodies rencontrées, mais garder quand même son unicité.\nJe dirai aussi que cette dernière manière de désigner notre identité, cette identité d’exode, permet de mieux comprendre la pertinence de la distinction d’Henri Bergson entre moi fondamental et moi superficiel. Nous sommes une douce mélodie qui développe dans le temps un moi fondamental qui est une promesse à venir et à co-réaliser. Nous pouvons nous écarter pour un temps de cette douce mélodie et habiter des rôles que nous pouvons prendre pour notre personnalité alors même qu’ils ne sont que des travestissements, des déguisements voire des camisoles, pour reprendre la métaphore de l’habit. Il n’est pas simple de devenir soi-même, d’oser être soi-même, mais concevoir son identité comme une identité d’exode, c’est garder foi en notre avenir, c’est garder confiance en soi malgré les épreuves de la vie, c’est garder espérance pour nous-même. Bref, c’est savoir que nous sommes déjà une merveille des merveilles et qu’en acceptant avec prudence les surprises de la vie nous pourrons petit à petit nous épanouir.\nL\u0026rsquo;identité brisée # Ce que j’aimerais par réalisme vous rappeler, car j’imagine que vous en avez déjà pris conscience, c’est que nous n’y arriverons pas seuls. Sans amitié, sans amour, il est difficile d’être une merveille des merveilles qui s’épanouit au fur et à mesure que le temps passe. Et c’est là que les trahisons, les deuils sont si douloureux à vivre, si bouleversant pour notre personne, pour notre personnalité. C’est pourquoi, si nous voulons être réaliste sur cette notion d’identité d’exode, nous devons aussi parler d’identité brisée. Cela fait une 6ème distinction : l’identité brisée.\nL’erreur fréquente de celui qui est immergé dans les vagues déferlantes de la souffrance, c’est de croire qu’il ne s’en remettra jamais, que cette brisure ne pourra jamais se cicatriser. Et pourtant, moi qui suis plus vieux que vous, malgré toutes les brisures vécues qui ont laissé des traces indélébiles et ineffaçables en moi, je puis témoigner que la cicatrisation peut se faire, et que la vie nous réserve des surprises totalement imprévisibles même après les pires trahisons, les pires souffrances du deuil, comme si finalement après les épines, des roses pouvaient à nouveau fleurir.\nCe qui nous fragilise, c’est-à-dire notre capacité à aimer, est en effet aussi ce qui nous sauve ! Je ne peux sans doute pas vous en faire la démonstration, mais je peux au moins par mon témoignage vous encourager. Le bienheureux Vladimir Ghika soutenait dans ses Entretiens spirituels que nous souffrons à proportion de notre amour, ne serait-ce que cet amour de charité que nous avons pour nous-mêmes.\nJe conclurai donc cet article avec la chanson touchante intitulée Love Poem de la chanteuse sud-coréenne IU, dont le nom de naissance est : Lee Ji-Eun. J’ai en effet utilisé la métaphore de la douce mélodie pour parler du moi fondamental. Il me semblait approprié de choisir cette chanson pour illustrer cette identité d’exode qui a besoin parfois, voire souvent, du réconfort de l’amitié pour s’épanouir. Cette chanson est encore plus touchante quand on connaît les circonstances de sa germination. IU avait une amie très proche en la personne de la chanteuse sud-coréenne Sulli, malheureusement en raison du cyber-harcèlement qu’elle subissait, Sulli après une période dépressive assez longue, a mis fin à ses jours le 14 octobre 2019. Une jeune étoile, pourtant brillante, est donc morte ce jour là. Finalement sa célébrité a poussé l’État Sud Coréen à proposer au parlement le « Sulli’s act » visant à combattre le cyber-harcèlement, parce que vous vous doutez bien, il n’y a pas que les stars de la K-Pop qui sont cyber-harcelées en Corée du Sud.\nIU aurait aimé pouvoir lui chanter cette chanson avant qu’elle ne commette cet acte irréparable. Et c’est vrai que nous pouvons nous sentir particulièrement impuissant et démuni face à la dépression d’un proche ou face à son désespoir, face à la personne qui ne se croit pas assez bien telle qu’elle est, alors que toutes celles qui l’aiment savent pourtant bien, du fond de leur cœur, qu’elle est définitivement merveille des merveilles.\nIU n’est pas dupe que sa chanson est aussi une manière pour elle de croire que, malgré son impuissance à rejoindre la souffrance de l’autre, elle peut encore chanter un souffle d’espérance, même si elle ne sait effectivement pas si ce souffle sera suffisamment entendu par l’autre.\nPour ceux qui douteraient du caractère précieux de leur personnalité et de leur vie en raison des épreuves terribles rencontrées et qu’ils traversent peut-être encore, il me semblait bon de terminer la présentation de cette notion d’identité d’exode par ce souffle d’espérance chanté par IU.\n","date":"11 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/6id-perso/","section":"Articles","summary":"","title":"6 manières différentes de concevoir notre identité personnelle","type":"articles"},{"content":"","date":"11 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/identit%C3%A9-personnelle/","section":"Tags","summary":"","title":"Identité Personnelle","type":"tags"},{"content":"","date":"11 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/vladimir-ghika/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Vladimir Ghika","type":"philosophes"},{"content":"","date":"9 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/moi-profond/","section":"Tags","summary":"","title":"Moi Profond","type":"tags"},{"content":"","date":"9 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/moi-superficiel/","section":"Tags","summary":"","title":"Moi Superficiel","type":"tags"},{"content":" Henri Bergson # Henri Bergson est un philosophe français d\u0026rsquo;origine juive qui est né en 1859 et mort en 1941. Il a redonné confiance à un certain nombre de ses auditeurs du Collège de France en la possibilité de la métaphysique, possibilité qui avait été mise à mal par la critique d\u0026rsquo;Emmanuel Kant. Jacques Maritain et Étienne Gilson, qui le reconnaissent tous les deux comme leur maître en philosophie, regrettent cependant qu\u0026rsquo;il ait autant méconnu le fonctionnement de l\u0026rsquo;intelligence. Nous ne nous arrêterons pas dans ce cours sur ce que dit Henri Bergson sur l\u0026rsquo;intelligence et en quoi nous pourrions critiquer sa vision.\nCe qui nous intéresse dans ce cours sur la notion de personne, c\u0026rsquo;est la distinction qu\u0026rsquo;il fait entre le moi profond ou moi fondamental et le ou les moi(s) superficiel(s). Il le fait dès son premier livre Essai sur les données immédiates de la conscience en 1889. Mais il reviendra plus longuement sur les enjeux qui se cachent derrière la notion de moi en 1903 dans une introduction célèbre qui sera publiée dans l’un de ses derniers livres La pensée et le mouvant. Il me semble bon de connaître cette distinction car même si elle ne concerne pas directement l\u0026rsquo;histoire de la notion de personne, elle concerne l\u0026rsquo;intelligence que nous pouvons avoir de notre propre personnalité. Tout ce que nous allons dire ensuite sur l\u0026rsquo;évolution du concept de personne peut garder en filigrane cette distinction. Elle nous permet en effet de rester attentif à ce que nous dit notre cœur concernant nos choix, nos actions. Certains choix nous éloignent de nous-mêmes, d\u0026rsquo;autres au contraire permettent de nous épanouir à l\u0026rsquo;image de ces fleurs que j\u0026rsquo;ai mis en fond d\u0026rsquo;écran.\nUne critique du langage # Dans cette introduction à la métaphysique, c’est ainsi qu’elle s’appelle, c’est la question du rapport de notre langage et de notre intelligence avec la réalité dont il est question. Globalement, ce qu’il essaie de nous dire, c’est que l’intelligence aurait tendance à déformer la réalité parce que ce qu’elle vise c’est moins la description du réel tel qu’il est que la mainmise scientifique et technique sur ce réel pour s’en servir à son profit. La critique que Bergson conduit de l’intelligence est certes en partie exagérée car elle confond la corruption de l\u0026rsquo;intelligence par des vices et le fonctionnement même de l\u0026rsquo;intelligence, mais il voit quand même une chose qu’il faut retenir : nous pouvons déformer le réel par notre manière de parler de lui. Ou, pour le dire autrement, notre architecture langagière et parfois même notre architecture conceptuelle ne sont pas toujours fidèles au réel tel qu’il est.\nLes mois superficiels # Ainsi, ce que veut dire Bergson dans cette distinction entre moi fondamental et moi superficiel, c’est que nous nous forgeons sans forcément le savoir de fausses personnalités, ou pour le dire autrement nous constatons que des personnalités se forgent en nous, parfois malgré nous, pour faire face à la pression familiale, à la pression sociale ou encore à la pression politique. Ces personnalités forgées artificiellement, avec notre consentement ou inconsciemment, il les appelle des mois superficiels. Évidemment, cela n’a rien à voir avec la schizophrénie, même si en lisant Bergson on peut se demander si la schizophrénie ne serait pas une conséquence de la mise en place de mois superficiels de manière exacerbée.\nLa mise en place de ce moi superficiel voire de ces mois superficiels, vient selon lui de la manière dont nous parlons de nous-mêmes ou de la manière dont les personnes qui nous entourent parlent de nous-mêmes. Ces manières de parler ont tendance à nous figer dans des représentations. Elles ont tendance à nous classer dans certaines catégories, à nous enfermer dans des cases préfabriquées. Évidemment, plus nous sommes accueillis par des personnes ou des sociétés cactus, plus nous nous refermons dans notre carapace protectrice que représente ce moi superficiel.\nPersonnes et sociétés Cactus # Henri Bergson n\u0026rsquo;utilise pas la métaphore du cactus. J\u0026rsquo;ai forgé cette métaphore en méditant ce qu\u0026rsquo;il dit pour nous aider à mémoriser et à comprendre rapidement la pertinence de ses propos. Un cactus c\u0026rsquo;est une plante entourée de piquants qui peuvent profondément nous blesser si nous n\u0026rsquo;y prenons garde. Cette espèce de plante ne permet que très rarement de se désaltérer (c\u0026rsquo;est le cas pour le Cactus Tonneau) car elle contient souvent des toxines. Cependant, certains cactus produisent d\u0026rsquo;excellents fruit, c\u0026rsquo;est le cas pour le cactus appelé « figuier de Barbarie ».\nLa plupart des Cactus dans la nature sont potentiellement dangereux pour nous. C\u0026rsquo;est pourquoi j\u0026rsquo;ai choisi cette plante comme métaphore. Certains Cactus, comme le figuier de Barbarie représenté sur cette photo, sont cependant comestibles. Cela permet aussi d\u0026rsquo;enrichir la métaphore. À notre naissance nous arrivons dans une famille que nous n\u0026rsquo;avons pas choisie. Cette famille est plus ou moins accueillante. Certains membres de nos familles respectives sont parfois comparables à des Cactus ils sont plus piquants qu\u0026rsquo;accueillants. C\u0026rsquo;est pourquoi j\u0026rsquo;ai pris l\u0026rsquo;habitude de distinguer les familles Cactus des familles Oasis. L\u0026rsquo;accueil que notre famille nous réserve va évidemment avoir un profond impact sur le développement de notre personnalité. Si à chaque initiative personnelle nous nous faisons piquer nous allons avoir tendance à nous renfermer, à nous « carapaçonner ». Telles des tortues nous forgeons autour de notre véritable personnalité une carapace protectrice qui nous protège tant bien que mal des piquants qui nous agressent.\nIl n\u0026rsquo;y a pas que les familles qui peuvent être Cactus, il y a aussi les sociétés. Le terme société est utile car il peut désigner différents types de groupements humains. Cela peut être l\u0026rsquo;institution qui nous accueille, l\u0026rsquo;entreprise où nous travaillons comme la société française ou la société d\u0026rsquo;un autre pays. Est Cactus ce qui blesse ou ce qui peut blesser. Est Oasis ce qui accueille et réconforte. Certains Cactus blessants peuvent cependant porter des fruits comestibles comme le fait le Figuier de Barbarie, mais la plupart du temps les Cactus sont seulement blessants. Il faut donc apprendre à les éviter et à ne pas s\u0026rsquo;approcher trop prêt d\u0026rsquo;eux. Ils peuvent être décoratifs et utiles mais en les mettant à une certaine distance protectrice.\nLa métaphore du Cactus permet de comprendre que même si certaines personnes peuvent nous blesser, elles peuvent cependant rester dans l\u0026rsquo;horizon de notre vie si nous savons les mettre à la bonne distance. Certaines personnes blessantes peuvent même parfois porter des fruits comestibles. Cependant, il est sage de ne pas trop se rapprocher d\u0026rsquo;elles tant qu\u0026rsquo;elles restent Cactus.\nNotre moi superficiel est une sorte de carapace auto-protectrice qui s\u0026rsquo;est forgée en nous pour résister aux piqûres des Cactus. L\u0026rsquo;enfant ne fait pas exprès de forger cette carapace, il s\u0026rsquo;adapte comme il peut au mal qu\u0026rsquo;il subit. Cela ne veut pas dire qu\u0026rsquo;il s\u0026rsquo;adapte bien, cela veut dire qu\u0026rsquo;il fait comme il peut pour diminuer l\u0026rsquo;ampleur de la souffrance. Il va donc sans le vouloir forger une personnalité superficielle en espérant diminuer l\u0026rsquo;ampleur des blessures. Petit à petit, il peut même finir par croire qu\u0026rsquo;il est sa carapace. Bien sûr ce n\u0026rsquo;est pas vrai, mais comme sa carapace l\u0026rsquo;a protégé en partie pendant des années, il peut finir par être attaché à sa carapace. Et même si cette carapace peut devenir une sorte de camisole de force l\u0026rsquo;empêchant de s\u0026rsquo;épanouir vraiment, il peut avoir du mal à l\u0026rsquo;abandonner. Remarquons aussi que même si cette carapace peut parfois trop l\u0026rsquo;emprisonner, il n\u0026rsquo;est pas toujours bon de l\u0026rsquo;enlever trop vite. Encore faut-il vérifier qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;y a pas trop de cactus aux alentours.\nLe moi profond # Henri Bergson soutient que nous ne nous réduisons pas à ces personnalités superficielles, à ces carapaces : nous sommes plus que cela. Il aime bien utiliser l\u0026rsquo;expression de « douce mélodie ». Selon lui nous sommes un moi profond qui est comme une douce mélodie. Cette mélodie ne demande qu’à être accueillie telle qu’elle est pour s\u0026rsquo;épanouir peu à peu dans le temps. Malheureusement les épines de la réalité nous empêche parfois de la développer ou de la livrer. Il n’est pas facile d’apprendre à reconnaître ce moi profond, cette douce mélodie, et dans la réalité de notre vie, nous mélangeons parfois cette mélodie avec des variations superficielles aliénantes.\nOn peut certes critiquer ce que dit Henri Bergson, même s’il faut d’abord bien le comprendre. Il est vrai que sa pensée philosophique est parfois plus métaphorique que précise au niveau conceptuel. Cependant il a au moins le mérite de mettre en évidence la difficulté de parler de notre personne et de notre personnalité si nous voulons être fidèle au réel tel qu’il se présente. Il met aussi en évidence que la manière dont nous parlons de nous-mêmes aux autres à une incidence sur notre propre représentation de nous-mêmes. De même, il a le mérite de nous faire prendre conscience que la manière dont nous nous représentons nous-mêmes peut être la conséquence de la manière dont nous avons été décrits par les autres.\nPar ailleurs, nous verrons dans la genèse du concept de personne combien il fut difficile de bien parler de la réalité concrète que représente chacune des personnes que nous rencontrons. L\u0026rsquo;humanité elle-même a eu beaucoup de mal à prendre conscience que les êtres humains n\u0026rsquo;étaient pas des individus comme les autres mais des personnes.\nLes mots sont bien petits pour réussir à décrire le réel. Ou pour le dire autrement, le réel est beaucoup plus riche et complexe que les mots qui servent à le décrire ou plus souvent à le désigner. Le monde est parfois ineffable. Nous pouvons alors avoir besoin d’une dimension artistique pour esquisser une piste indicative d’exploration. Parfois, la charité seule ouvre un chemin de compréhension, là où l’intelligence théorique, l’intelligence pratique et l’intelligence artistique ne comprennent rien. C’est un peu comme s’il y avait une sorte d’intelligence supérieure à l’œuvre dans la charité, intelligence qui dépasse notre humble intelligence pour qui n’apparaît parfois que de l’ineffable.\nFamille Oasis ou société Oasis # J\u0026rsquo;appelle famille Oasis les familles qui savent être accueillantes vis-à-vis de leurs membres, vis-à-vis de la diversité de leurs membres. Une famille Oasis se réjouit de la différence de ses membres, elle s\u0026rsquo;émerveille de cette différence. Loin de Piquer elle accueille, elle encourage, elle réconforte. Nous verrons à la fin de notre cours que c\u0026rsquo;est justement le rôle de la véritable autorité de savoir accueillir, encourager et réconforter. C\u0026rsquo;est un drame malheureusement fréquent dans nos familles mais aussi dans nos sociétés de confondre la véritable autorité avec son contraire l\u0026rsquo;esprit de domination.\nLes familles peuvent être Oasis et j\u0026rsquo;espère que vous avez eu la chance d\u0026rsquo;en faire un peu l\u0026rsquo;expérience. Ce n\u0026rsquo;était peut-être pas votre propre famille. Peut-être n\u0026rsquo;était-ce que celle de votre ami(e). Mais déjà en faire quelques fois l\u0026rsquo;expérience permet de mémoriser la possibilité de leur existence. Les sociétés aussi peuvent être Oasis même si malheureusement l\u0026rsquo;état actuel de l\u0026rsquo;humanité produit plus de sociétés Cactus.\nC\u0026rsquo;est normalement le rôle de l\u0026rsquo;Église d\u0026rsquo;encourager à la propagation de familles Oasis, de sociétés Oasis. Plus encore, l\u0026rsquo;Église est normalement Mater et Magistra, elle est celle qui protège comme une maman et qui nous enseigne suffisamment pour que nous puissions protéger à notre tour. La véritable Église est donc une Oasis. Dès qu\u0026rsquo;il y a des épines dans l\u0026rsquo;Église, vous pouvez être sûrs qu\u0026rsquo;on s\u0026rsquo;éloigne de La Source Vive.\nJ\u0026rsquo;ai choisi la métaphore de l\u0026rsquo;Oasis car l\u0026rsquo;Oasis dans le désert de l\u0026rsquo;existence, le désert où ne poussent que des Cactus, représente justement le lieu béni où se trouve une Source d\u0026rsquo;eau vive. Henri Bergson ne parle ni d\u0026rsquo;Oasis ni de Source, en revanche quand il parle du moi profond, il parle soit de mélodie, soit de fleuve qui s\u0026rsquo;écoule. Je ne suis donc pas si éloigné que cela de ses métaphores.\nL\u0026rsquo;enjeu de ce cours sur la personne, c\u0026rsquo;est justement de savoir si nous serons capables de participer à la transformation de nos sociétés Cactus en sociétés Oasis. Et cela ne peut se faire que si nous apprenons à nous accueillir en tant que personnes et non en tant qu\u0026rsquo;individus. Ce sens de l\u0026rsquo;accueil, ce sens de l\u0026rsquo;encouragement et du réconfort, ce sens de l\u0026rsquo;émerveillement, est la condition du bonheur. Plutôt que de nous arrêter sur nos carapaces, osons entr\u0026rsquo;apercevoir, apercevoir ou même voir les mois profonds qui ne demandent qu\u0026rsquo;à rayonner.\nDifficulté de bien se connaître # Pour reprendre les découvertes de Henri Bergson, nous pouvons dire que notre personne, notre personnalité, notre moi, est difficile à appréhender parce que, en premier lieu, nous évoluons en permanence, nous sommes durée. Nous devons aussi ajouter que notre personnalité est difficile à appréhender en raison de l’impact souvent blessant que nos sociétés, les petites comme les grandes, ont sur elle. Ces sociétés sont en effet souvent abîmées et abîmantes, et elles forcent alors notre personnalité à se recroqueviller dans une sorte de carapace protectrice superficielle plus ou moins confortable, plus ou moins transparente, plus ou moins aliénante. Cette carapace superficielle peut se dédoubler en fonction des micro-sociétés que nous rencontrons. Nous pouvons avoir plusieurs carapaces interchangeables, une par micro-société par exemple.\nRéussir à déterminer notre identité personnelle est donc un problème complexe sur lequel nous aurons à revenir après avoir clarifier la genèse du concept de personne. Cela engage des questions fondamentales dont celles du rapport entre notre langue et le réel, entre notre pensée et le réel. Cela engage aussi une saine compréhension de l’amitié et de l’amour et une saine compréhension des décisions et des initiatives que nous avons à prendre.\nC\u0026rsquo;est pourquoi nous allons voir maintenant 6 manières différentes de concevoir notre identité personnelle dont certaines sont plus aliénantes que libératrices.\n","date":"9 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/moi-fondamental/","section":"Articles","summary":"","title":"Moi superficiel et moi fondamental","type":"articles"},{"content":"","date":"8 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/diff%C3%A9rence-personnelle/","section":"Tags","summary":"","title":"Différence Personnelle","type":"tags"},{"content":"","date":"8 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/individu/","section":"Tags","summary":"","title":"Individu","type":"tags"},{"content":" Le problème que représente l’individualisme # Nous allons commencé par regarder une petite vidéo à la fois amusante et pertinente concernant le comportement humain :\nCette petite vidéo met en évidence le mimétisme des comportements humains. Nous sommes souvent persuadés que nous sommes originaux dans nos choix alors même qu\u0026rsquo;un tout petit peu de recul nous ferait prendre conscience à quel point nous sommes mimétiques, c\u0026rsquo;est-à-dire imitateurs de nos semblables. Au lieu d\u0026rsquo;assumer notre différence personnelle finalement nous ne sommes que des individus qui imitent leurs semblables pour finalement en devenir les copies.\nC\u0026rsquo;est ce que Jacques Maritain avait déjà pressenti en écrivant son livre Trois réformateurs en 1925. L’un des problème majeur de l’homme moderne selon lui, c’est d’avoir confondu l’individualité et la personnalité. Cette confusion, l’entraîne dans l’individualisme où, paradoxalement, pensant agir pour obtenir le bonheur, il passe de plaisirs en plaisirs en suivant les modes de la société sans obtenir les joies tant recherchées. Souvent, il n\u0026rsquo;obtient que douleurs et désespoir ! Il perd peu à peu le sens de sa propre vie. C’est catastrophique pour lui, c\u0026rsquo;est catastrophique pour ses relations aux autres, c’est catastrophique aussi pour notre planète. Voici ce qu\u0026rsquo;il dit dans Trois Réformateurs, p. 27 :\n« Voyez avec quelle solennité religieuse le monde moderne a proclamé les droits sacrés de l’individu, et de quel prix il a payé cette proclamation. Et cependant l’individu a-t-il jamais été plus complètement dominé, plus facilement façonné par les grandes puissances anonymes de l’État, de l’Argent, de l’Opinion ? Quel est donc ce mystère ? Il n’y a là aucun mystère. Le monde moderne confond simplement deux choses que la sagesse antique avait distinguées : il confond l’individualité et la personnalité. »\nQu’est-ce qu’une personne ? # La personne est « une substance individuelle complète, de nature intellectuelle et maîtresse de ses actions ». Elle est capable de choisir ses fins (ses buts), capable aussi de se déterminer par elle-même, de déterminer les moyens pour atteindre ses fins, et d’introduire dans l’univers, par sa liberté, des séries d’événements nouveaux. En d’autres termes, une personne est capable de décider ce qu’elle veut faire et de se donner par elle-même les moyens de réaliser cette décision. Par l’exercice de cette volonté, elle prend des initiatives : elle initie de nouveaux commencements !\nThomas d’Aquin précisera que le nom de personne signifie la plus noble et la plus élevée des choses qui sont dans la nature entière : « Persona significat id quod est perfectissimum in tota natura1 ». Seuls les êtres humains, les anges et Dieu peuvent être des personnes. Ce qui caractérise une personne, c\u0026rsquo;est donc deux facultés qui s\u0026rsquo;exercent ensemble harmonieusement, l\u0026rsquo;intelligence d\u0026rsquo;un côté, la volonté de l\u0026rsquo;autre. Toutes les deux, quand il s\u0026rsquo;agit de l\u0026rsquo;homme, le font dans leur union et leur dépendance vis-à-vis du corps humain.\nQu’est-ce qu’un individu ? # Le nom individu est commun à la bête, à la plante, au microbe et à l’atome : à tout objet. L’individualité repose sur les exigences de la matière et de la sensibilité. L’individu subit les forces et les influences du monde. Il réagit plus qu’il n’agit. Il imite plus qu’il n’initie. L’individu humain s’il ne reste qu’un individu se transforme en mouton de Panurge. L\u0026rsquo;individu n\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;un membre d\u0026rsquo;une espèce au même titre que les autres membres de cette espèce.\nVoyons ce que dit Jacques Maritain p.29 :\n« De sorte qu’en tant qu’individus, nous ne sommes qu’un fragment de matière, une partie de cet univers, distincte sans doute, mais une partie, un point de cet immense réseau de forces et d’influences, physiques et cosmiques, végétatives et animales, ethniques, ataviques, héréditaires, économiques et historiques, dont nous subissons les lois. »\nL’individu qui reste individu essaie tant bien que mal de se distinguer des autres individus, parce qu’il veut être reconnu comme différent des autres, se faire un nom. Il recherche telle ou telle originalité sans s’apercevoir qu’il est pris par des réseaux d’influences. Il cherche à affirmer sa différence alors même que par nature il est déjà unique et irremplaçable. Il veut se démarquer par ses goûts, ses désirs, ses plaisirs, oubliant qu\u0026rsquo;il est d\u0026rsquo;abord une intelligence capable de maîtriser sa sensibilité grâce à sa volonté. Il ne cherche plus à connaître qui il est, il cherche plutôt à trouver des stratégies pour satisfaires ses désirs. Au lieu d\u0026rsquo;utiliser l\u0026rsquo;intelligence pour s\u0026rsquo;interroger sur sa nature, il utilise son intelligence pour lui donner la meilleure stratégie pour accomplir ses désirs. Au lieu d\u0026rsquo;interroger la pertinence de ses désirs par rapport à ce qu\u0026rsquo;il est, il préfère croire qu\u0026rsquo;il peut construire son être par la satisfaction de ses désirs. Il devient l\u0026rsquo;entrepreneur de lui-même, l\u0026rsquo;ingénieur de lui-même.\nAu lieu de reconnaître que sa personnalité, sa vie propre, lui a été donnée et qu\u0026rsquo;il doit apprendre à la découvrir et à la respecter, il veut la déterminer par son propre choix. Il veut pouvoir tout choisir, même ce qui finalement le conduira à s\u0026rsquo;aliéner lui-même. Il a tellement peur de ressembler aux autres, qu\u0026rsquo;en courant après l\u0026rsquo;originalité, il s\u0026rsquo;en éloigne de plus en plus. Il pense à l\u0026rsquo;élaboration de ses projets, à la meilleure stratégie, la meilleure tactique, pour atteindre la satisfaction de ses désirs. Il oublie d\u0026rsquo;interroger ses désirs, leur origine, leur pertinence. Il oublie la contemplation. Il est dans l\u0026rsquo;agitation plutôt que dans la contemplation.\nQu’est-ce que l’individualisme ? # C’est confondre l’individualité et la personnalité. C’est chercher à satisfaire ses désirs et ses envies au gré où ils se présentent sans développer la force de les trier en fonction de ce qui compte réellement pour le développement de notre personne. C’est réagir d’abord émotionnellement plutôt qu’utiliser notre raison et notre intelligence.\nTrès vite aussi les autres ne sont plus d\u0026rsquo;autres personnes, mais des moyens pour satisfaire nos désirs. L\u0026rsquo;individualiste, c\u0026rsquo;est celui qui voit l\u0026rsquo;autre comme un objet de satisfaction ou comme un obstacle à la satisfaction. À la rigueur, l\u0026rsquo;autre a le droit d\u0026rsquo;être intéressant puisque l\u0026rsquo;individualiste se soucie d\u0026rsquo;abord de son intérêt. Cependant, gare à lui s\u0026rsquo;il est inintéressant. Cet autre doit être donc soit dominé, soit écarté, soit encore intéressant. Bref, il est utile ou inutile, mais il n\u0026rsquo;existe jamais pour lui-même. Il n\u0026rsquo;y a pas de réelle rencontre. Car, pour qu\u0026rsquo;il y ait rencontre, il faut qu\u0026rsquo;il y ait écoute, observation, contemplation, acceptation d\u0026rsquo;un don reçu plutôt que recherche d\u0026rsquo;une fabrication, d\u0026rsquo;une domination.\nL\u0026rsquo;individualiste, paradoxalement, entretient le côté le plus bas de son mimétisme au nom de prétendus goûts personnels, et, souvent sans s\u0026rsquo;en rendre compte, devient un simple pion dans la masse de ceux qui subissent la fabrique du consentement via les divertissements. Vouloir développer notre individualité, c’est laisser grandir nos vices même si nous pouvons le faire sans forcément en prendre au départ conscience. C\u0026rsquo;est triste car avec plus de contemplation, avec plus d\u0026rsquo;acceptation des dons reçus, nous pourrions développer nos vertus. Nous pourrions apprendre à accueillir les autres comme nous pourrions apprendre à nous accueillir nous-mêmes.\nLa personne peut se développer, s\u0026rsquo;épanouir, ou au contraire s\u0026rsquo;éloigner de ce qu\u0026rsquo;elle est. Cependant pour qu\u0026rsquo;elle s\u0026rsquo;épanouisse, il lui faut recevoir ce qu\u0026rsquo;elle est. Il lui faut apprendre peu à peu à se découvrir. L\u0026rsquo;individu rêve de s\u0026rsquo;inventer alors que la seule chose qu\u0026rsquo;une personne puisse faire, c\u0026rsquo;est se découvrir peu à peu. Une personne véritable est ouverte à la vérité de ce qu\u0026rsquo;elle est, l\u0026rsquo;individu au contraire veut construire sa propre narration.\nDéveloppement de la personnalité et développement des vertus # Trop souvent aujourd\u0026rsquo;hui notre société nous incite au culte de la performance où nous devrions devenir les entrepreneurs de nous-mêmes. Nous devrions alors tous devenir notre propre auto-entrepreneur. C\u0026rsquo;est oublier que pour épanouir notre personne, il faut déjà accepter de recevoir sa nature, et que de cette nature nous n\u0026rsquo;en sommes pas les créateurs. Nous en sommes les bénéficiaires, les dépositaires, les héritiers. Cependant, ce dépôt reçu, cet héritage, ne peut fructifier que si nous le respectons d\u0026rsquo;abord pour ce qu\u0026rsquo;il est. Or pour le respecter, pour le voir s\u0026rsquo;épanouir, il faut d\u0026rsquo;abord le protéger. C\u0026rsquo;est justement là le rôle initial des vertus, ces forces morales qui apprivoisent le dépôt vivant reçu pour lui permettre de s\u0026rsquo;épanouir. Une vertu n\u0026rsquo;est pas une fabrication de soi, mais un lent apprivoisement persévérant d\u0026rsquo;une nature reçue.\nPour réussir à développer sa personnalité, il faut donc développer ses vertus. La tradition antique et la tradition chrétienne reconnaissent toutes les deux quatre vertus principales que l’on désigne par l’expression de vertus cardinales. Grâce au philosophe Josef Pieper, nous pouvons les classer ainsi :\nLa prudence La justice Le courage La tempérance Voilà ce que dit précisément Josef Pieper p. 19 de son livre Petite anthologie des vertus du cœur humain :\n« La vertu est donc, au sens général, l’élévation naturelle de la personne humaine ; elle est comme le dit saint Thomas, l\u0026rsquo;ultimum potentiae, la réalisation ultime du potentiel humain ; elle est l’aboutissement de tout ce que peut un être humain — dans le domaine naturel aussi bien que dans le domaine surnaturel. L’homme vertueux « est tel » que ses inclinations les plus profondes l’incitent spontanément à accomplir le bien par ses faits et gestes. »\nÀ la découverte de la profondeur de la notion de personne # Avant de nous intéresser à certaines vertus essentielles pour développer notre personnalité, il est bon d\u0026rsquo;abord de découvrir la complexité de notre identité personnelle. C\u0026rsquo;est ce que nous allons voir maintenant. Ensuite, nous clarifierons le concept de personne pour mieux prendre conscience de la profondeur de ce qu\u0026rsquo;il désigne. Cette découverte prendra du temps car l\u0026rsquo;histoire de ce concept est beaucoup plus riche que ce que l\u0026rsquo;on pense habituellement.\nThomas d’Aquin, Somme Théologique, I, 29, 3.\u0026#160;\u0026#x21a9;\u0026#xfe0e;\n","date":"8 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/individu-personne/","section":"Articles","summary":"","title":"La personne n'est-elle qu'un individu parmi d'autres ?","type":"articles"},{"content":"Vous trouverez le document PDF de ce plan ici : Cours sur la personne.\nPrésentation du cours # En prenant comme fil conducteur la pensée du philosophe français Emmanuel HOUSSET, nous aborderons l’histoire du concept de personne de l’antiquité à nos jours. Ce sera l’occasion pour nous de prendre conscience de l’importance de la spécificité chrétienne et particulièrement de sa réflexion trinitaire dans l’élaboration de ce concept. Nous nous arrêterons plus longuement sur certains auteurs incontournables de la tradition philosophique comme Augustin d’Hippone et Thomas d’Aquin, mais en osant les mettre en correspondance avec des auteurs modernes et contemporains comme Hannah Arendt, Emmanuel Lévinas et Jean-Louis Chrétien.\nNous terminerons en deux temps. D’abord nous essaierons de bien comprendre avec Jacques Maritain, Yves Simon, Hannah Arendt et Josef Pieper, la distinction entre la véritable autorité et l’esprit de domination. En effet, comme la véritable autorité vient encourager et réconforter les personnes humaines pour qu’elles réussissent à croître dans leur identité personnelle, comprendre ses cinq fonctions principales s’avère être essentiel pour voir advenir une saine croissance de nos communautés et de nos cités humaines. Enfin, nous nous intéresserons plus précisément à l’une des vertus principales du leader vertueux, la vertu de magnanimité. Nous le ferons avec le père dominicain René-Antoine Gauthier.\nPlan du cours # Distinction entre individu et personne avec Jacques Maritain ; Moi superficiel et moi fondamental chez Henri Bergson ; L’identité personnelle : de l’identité figée à l’identité d’exode en passant par l’identité brisée ; Les origines grecque et latine du concept de personne ; Importance de la notion d’hypostase ; L’apport d’Augustin d’Hippone ; L’homme intérieur, image de la Trinité ; La personne humaine selon Thomas d’Aquin ; Les substituts modernes des vertus selon Yves Simon ; Le véritable pouvoir humain selon Hannah Arendt ; L’esprit de domination versus la véritable autorité ; La magnanimité. Bibliographie sommaire # Jacques Maritain, Trois réformateurs ; Jacques Maritain, De Bergson à Thomas d’Aquin ; Jacques Maritain, Court Traité de l’existence et de l’existant ; Jacques Maritain, Dieu et la permission du mal ; Henri Bergson, Œuvres complètes ; Emmanuel Housset, La vocation de la personne ; Emmanuel Housset, La différence personnelle ; Augustin d’Hippone, De Trinitate ; Thomas d’Aquin, Somme Théologique ; Emmanuel Lévinas, Totalité et infini ; Jean-Louis Chrétien, Saint Augustin et les actes de parole ; Jean-Louis Chrétien, L’espace intérieur ; Yves Simon, Enquête sur la vertu morale ; Yves Simon, Philosophie du gouvernement démocratique ; Yves Simon, A general theory of authority ; Henri Baruk, Tsedek, droit hébraïque et science de la paix ; Hannah Arendt, La crise de la culture ; Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne ; Hannah Arendt, Du mensonge à la violence ; Hannah Arendt, Considérations morales ; Cardinal Charles Journet, Exigences chrétiennes en politique ; Josef Pieper, Le Quadrige. Conférence d’Emmanuel Housset # https://youtu.be/l2YZ3bKyqQQ\n","date":"5 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/sem2/","section":"Articles","summary":"","title":"Cours sur la profondeur du concept de personne","type":"articles"},{"content":"","date":"5 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/ren%C3%A9-antoine-gauthier/","section":"Philosophes","summary":"","title":"René-Antoine Gauthier","type":"philosophes"},{"content":"","date":"1 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/av%C3%A9rro%C3%A8s/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Avérroès","type":"philosophes"},{"content":"","date":"1 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/denis-de-rougemont/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Denis De Rougemont","type":"philosophes"},{"content":"","date":"1 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/dietrich-bonhoeffer/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Dietrich Bonhoeffer","type":"philosophes"},{"content":"","date":"1 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/jean-no%C3%ABl-dumont/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Jean-Noël Dumont","type":"philosophes"},{"content":"","date":"1 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/john-locke/","section":"Philosophes","summary":"","title":"John Locke","type":"philosophes"},{"content":"Vous trouverez le document PDF de cet article ici : Raisonnement\nIntroduction # Nous continuons notre aventure qui consiste à découvrir le fonctionnement de notre intelligence en suivant principalement Peter Kreeft et son livre Socratic Logic. Il aborde le troisième acte de l’intelligence de la page 186 à la page 335. Autant dire que c’est une gageure de synthétiser ce qu’il dit en un seul article ! Je vais essayer de présenter l’essentiel pour jeter les bases de vos recherches futures. Dans les semaines à venir, il est probable que je rédige de nouveaux articles pour approfondir les notions que nous aurons laissées sans développement ici. Pour comprendre cet article, il est nécessaire d’avoir bien maîtrisé les cours sur la simple appréhension et sur le jugement.\nQue veut dire le mot « raison » ? # Dans l’expression « l’homme est un animal rationnel », le sens courant du mot « rationnel » est très vaste. Il inclut la sagesse, l’intuition, la compréhension de la nature ou de l’essence d’une chose, c’est-à-dire le premier acte de l’intelligence, la connaissance de soi, la conscience morale (la conscience du bien et du mal), l’appréciation de la beauté, ainsi que le raisonnement et le calcul rationnel, c’est-à-dire le troisième acte de l’intelligence. Peter Kreeft reprend alors une distinction classique chère à Thomas d’Aquin qui permet de situer la rationalité humaine entre l’intelligence des Anges et la cogitative des animaux (le mot cogitative est utilisé par Thomas d’Aquin pour parler de l’intelligence animale). On trouve cette distinction classique par exemple dans le livre II de La Somme contre les Gentils de Thomas d’Aquin avec des développements divers dans les chapitres 68, 73 et 76.\nFaiblesse de la raison # Peter Kreeft précise que la raison humaine possède à la fois une faiblesse et une force qui lui sont propres. En comparaison avec les Anges (les purs esprits), nous sommes de lents insectes rampants car nous obtenons toutes les données, qui serviront de base à notre connaissance, à partir de nos cinq sens, ce qui demande beaucoup d’effort et d’attention pour l’exercice de nos facultés d’observation et de mémorisation. Puis, en procédant lentement, étape par étape, nous déduisons ou nous induisons une connaissance d’une autre. Que ce soit dans la déduction ou l’induction, notre connaissance rationnelle est indirecte. Elle dépend à la fois de l’expérience sensible et des connaissances précédemment accumulées. Les Anges, par contraste, possèdent quelque chose comme une télépathie mentale directe avec l’esprit de Dieu, ou au moins avec les essences des choses telles que Dieu lui-même les connaît, immédiatement et intuitivement. Il précise qu’il s’appuie ici sur la définition d’un ange, que les anges existent ou non, qu’il y ait de bonnes raisons de croire en leur existence ou non, et que ces raisons soient suffisantes ou non pour prouver leur existence. Il n’est pas question ici de savoir si les Anges existent ou si même Dieu existe, cependant, l’utilisation du concept d’ange permet de mieux comprendre la nature de la raison humaine en fournissant un contraste éclairant.\nForce de la raison # D’un autre côté, l’esprit humain possède un pouvoir remarquable comparé à la meilleure cogitative animale. La raison humaine dépasse la cogitative animale au moins de trois manières :\nBien que toutes les connaissances humaines commencent avec l’expérience, nous pouvons obtenir des connaissances au-delà de l’expérience, et cela avec une réelle certitude, grâce au raisonnement déductif. Les mathématiques utilisent régulièrement cette spécificité de l’intelligence humaine. Nous pouvons connaître non seulement des vérités particulières mais des vérités universelles comme « 2+2=4 » ou « tous les hommes sont mortels ». Ce deuxième pouvoir présuppose le premier, le pouvoir de connaître au-delà de l’expérience, car l’expérience ne nous présente jamais des universaux, seulement des cas particuliers. Nous pouvons connaître des universaux en les abstrayant de nos expériences particulières, par exemple, la nature humaine à partir des êtres humains rencontrés, ou la vie, à partir des êtres vivants rencontrés. Nous pouvons connaître des vérités nécessaires et immuables ; nous pouvons savoir non seulement que telle ou telle chose peut être ainsi, mais aussi qu’une chose doit nécessairement et toujours être ainsi. Si A est B et B est C, alors A doit nécessairement être C. L’universalité diffère de la nécessité. Pour comprendre la différence, nous pouvons prendre l’exemple suivant. Tous les enfants ont une mère génitrice, mais cette vérité n’est pas forcément nécessaire, car le clonage et l’exogénèse permettront peut-être de faire naître les enfants d’une autre manière. En revanche, la connaissance « la somme des angles d’un triangle euclidien est égale à 180 degrés » est non seulement universelle mais aussi nécessaire et immuable. Les fondements du syllogisme # Le pouvoir de déduction qui nous permet d’obtenir une connaissance certaine et qui s’exprime dans un syllogisme aussi classique que « Tous les hommes sont mortels et Socrate est un homme, donc Socrate est mortel », vient de la vérité nécessaire et évidente des principes suivants :\nTout ce qui est universellement vrai pour un sujet doit être vrai pour chacun des éléments contenus sous ce sujet. Cela veut dire que si x est vrai pour toute la classe désignée par le sujet, alors x doit être vrai pour chacun des éléments de cette classe. En latin, nous appelons ce principe : dictum de omni. Tout ce qui est faux universellement pour un sujet doit être faux pour chacun des éléments contenus sous ce sujet. Cela veut dire que si x est faux pour toute la classe désignée par le sujet, alors x doit être faux pour chacun des éléments de cette classe. En latin, nous appelons ce principe : dictum de nullo. Si deux choses sont identiques à une troisième et même chose alors elles doivent être identiques l’une à l’autre. Car cette « troisième chose » est le « moyen terme », le terme commun à partir duquel les autres choses sont reliées. Dans l’exemple classique ci-dessus, « Socrate » et « mortel » sont tous les deux mis en relation avec un troisième terme commun, ou « moyen terme », « homme ». Si tous les hommes sont mortels et Socrate est un homme, alors Socrate doit être mortel. Le corollaire négatif du troisième principe énonce que si nous avons deux choses dont l’une est identique à une troisième mais que l’autre ne l’est pas, alors ces deux choses ne sont pas identiques. Dans le syllogisme « Aucun homme n’est un ange, et Socrate est un homme, donc Socrate n’est pas un ange », « Socrate » et « ange » sont tous les deux mis en relation avec le troisième terme commun, ou « moyen terme », « homme ». Les principes 3 et 4, à leur tour, présupposent le principe d’identité (« une chose est ce qu’elle est »). Et le corollaire négatif du principe d’identité est le principe de non-contradiction (« une chose n’est pas ce qu’elle n’est pas, x n’est pas non x »). Finalement, tout cela présuppose qu’une chose est soit x soit non x. Un prédicat doit être soit affirmé soit nié du sujet concerné, il n’y a pas de troisième possibilité. C’est ce qu’on appelle le principe du tiers-exclu. Tous ces principes, et particulièrement le dernier, présupposent que les termes ne sont pas ambigus ou confus. Raisonnement et argumentation # Définition du raisonnement # Grâce à Jacques Maritain et son livre Éléments de philosophie, tome II, l’ordre des concepts, nous pouvons distinguer le raisonnement de l’argumentation. Le raisonnement, c’est la troisième opération de l’intelligence sur laquelle porte cet article. Voici la définition précise que Jacques Maritain en donne : c’est « l’acte par lequel l’esprit, au moyen de ce qu’il connaît déjà, acquiert une connaissance nouvelle ». Il ajoute : « Raisonner c’est passer d’une chose intellectuellement saisie à une autre chose intellectuellement saisie grâce à la première, et s’avancer ainsi de proposition en proposition afin de connaître la vérité intelligible »1.\nL\u0026rsquo;argumentation # Un peu plus loin, il nous précise que le mot raisonnement a malheureusement plusieurs sens en français. Il peut donc être assez facilement confondu avec la notion d’argumentation. Il est vrai qu’il peut à la fois désigner, dans notre langue, le troisième acte de notre intelligence et le produit de cet acte. Il est préférable cependant, pour gagner en clarté, de distinguer l’acte de notre intelligence, que l’on désigne alors par le mot raisonnement et le produit de cet acte dans notre esprit que l’on désigne alors plus précisément par le mot argumentation. Ainsi, l’argumentation est au raisonnement ce que la proposition est au jugement. L’argumentation est d’abord mentale avant d’être exprimée de manière écrite ou orale. Le paragraphe est alors le signe écrit qui correspond à l’argumentation mentale.\nEnjeu de la distinction # Ces précisions peuvent paraître trop complexes et peut-être même inutiles. Cependant, il y a un enjeu important pour celui qui veut développer son intelligence. Lorsque nous assistons à un cours donné par un professeur ou lorsque nous lisons un livre d’un philosophe comme Jacques Maritain, nous recevons des signes oraux ou écrits. Si ces signes oraux ou écrits ne sont pas accompagnés d’un effort personnel de la part de notre intelligence, ils risquent fort de ne pas être mémorisés.\nComprendre la distinction entre raisonnement et argumentation, c’est comprendre qu’il ne suffit pas de lire ou d’entendre une argumentation pour la comprendre et la maîtriser. Il faut soi-même être capable de réaliser les 3 actes de l’intelligence pour que l’argumentation soit comprise, maîtrisée et mémorisée. Cela demande donc de l’attention mais aussi un réel effort de participation intellectuelle intérieure. C’est là que le rôle du professeur s’arrête et celui de l’étudiant commence. Tant que l’étudiant n’a pas compris cela en son for intérieur, il ne sera qu’un auditeur de cours mais non un acteur de sa croissance intellectuelle. Il est fort possible que le temps passé en cours soit pour lui un temps perdu.\nVérité et validité # Paralogismes ≠ sophismes # Les arguments sont soit logiquement valides soit logiquement invalides. S’ils sont logiquement invalides, ils contiennent une erreur logique de raisonnement. Alors qu’en anglais le mot « fallacy » désigne toutes les erreurs logiques de raisonnement, la langue française est plus riche. En français nous parlons de paralogisme quand l’erreur de raisonnement est involontaire et qu’elle est due soit à une étourderie soit à un manque de connaissance des règles logiques. En revanche, nous parlons de sophisme quand cette erreur de raisonnement est volontaire et a pour but de tromper l’adversaire. Une proposition peut être erronée ; elle peut dire le faux alors qu’elle devrait dire le vrai, mais elle ne peut pas être un paralogisme ou un sophisme. Les mots « paralogisme » et « sophisme » ne valent que pour les raisonnements et non pour les propositions. Le mot « erreur » en français est un terme générique qui peut valoir à la fois pour les erreurs d’affirmation dans les propositions et pour les erreurs de raisonnement. C’est pourquoi, il est bon de retenir ce que sont les paralogismes et les sophismes. Cela permet en effet de qualifier précisément la nature de nos erreurs.\nClarté, vérité, validité # Nous l’avons dit dans les articles précédents qui portent sur le fonctionnement de l’intelligence : la clarté et la confusion concernent les termes, la vérité et la fausseté concernent les propositions, la validité et l’invalidité concernent les arguments. Ainsi, un bon argument c’est celui qui ne possède que des termes clairs, que des propositions vraies, et une structure argumentative valide, c’est-à-dire un syllogisme valide. Un mauvais argument c’est celui qui possède soit des termes confus, soit des propositions fausses, soit une structure argumentative invalide. En ce qui concerne les raisonnements, on oppose les syllogismes valides aux paralogismes ou aux sophismes. Cependant, un syllogisme même valide ne conduit pas forcément à une conclusion vraie car il peut comporter des termes confus ou des propositions fausses. Un bon argument est donc un syllogisme valide dont les termes sont clairs et les prémisses vraies (la conclusion l’est alors forcément). Pour être encore plus précis et fidèle à Jacques Maritain et à Étienne Gilson, le mot syllogisme désigne un raisonnement avec une dimension logique ; il peut être valide ou invalide. Le mot paralogisme désigne un raisonnement invalide avec une dimension psychologique et épistémologique. Enfin, le mot sophisme désigne un raisonnement invalide avec une dimension psychologique et morale.\nLa vérité est une relation entre une proposition et le monde réel, ou la nature des choses, ou la réalité objective, ou ce qui est à l’extérieur de la proposition et de l’esprit qui la produit. La validité est une relation entre des propositions, entre les prémisses d’un argument et sa conclusion.\nUn argument déductif est valide si la conclusion découle nécessairement des prémisses, si les prémisses prouvent la conclusion, si le fait que les prémisses soient vraies entraîne que la conclusion soit vraie. Un argument valide nous donne donc la certitude que la conclusion conserve la vérité. Cependant cette certitude est relative aux prémisses. Il faut que les deux prémisses soient vraies pour que nous obtenions avec un argument valide une conclusion vraie de manière certaine.\nInvention ≠ Découverte # Ce qu’il faut retenir c’est que ces principes logiques ne sont pas inventés par les hommes mais qu’ils ont été découverts par eux. Ce qui est inventé c’est la langue ordinaire dans laquelle nous les exprimons et la manière pédagogique de les enseigner.\nIl est facile de vérifier la validité d’un argument car il suffit de mettre sous forme logique chacune des propositions pour bien identifier la structure de cet argument. La structure est en elle-même valide ou invalide. Ainsi, il est possible d’automatiser et de formaliser la vérification de la validité d’un argument. Ce qui est difficile en revanche, et nous l’avons déjà dit dans d’autres articles qui portent sur le fonctionnement de notre intelligence, c’est de vérifier que les termes sont bien clairs et que les propositions sont bien vraies. Ainsi s’il est facile de vérifier la validité d’un argument, il est en revanche bien plus difficile de savoir si cet argument nous donne une conclusion vraie.\nDifférents types d\u0026rsquo;arguments # Enfin terminons cette partie en précisant qu’il existe différents types d’arguments. À côté des arguments inductifs que nous présentons ensuite, il existe d’autres catégories d’arguments comme ceux qui expliquent les relations de cause à effet dans le monde physique et ceux qui expliquent les relations entre les motifs et les actes dans le monde psychologique. Selon Peter Kreeft, p. 201, notre monde actuel regorge de confusion entre les arguments psychologiques qui expliquent des motivations et les arguments logiques. Cela se rapproche de la confusion fréquente entre le contenu des propositions ou des arguments et les réactions émotionnelles vécues en lisant ou en entendant ces propositions ou ces arguments.\nRaisonnements déductifs et inductifs # Nature des prémisses # Il y a deux types différents de raisonnement, les raisonnements déductifs et les raisonnements inductifs. L’une des différences qui les distingue c’est la nature de leurs prémisses. Le raisonnement inductif utilise des prémisses particulières ou singulières pour aboutir à une conclusion plus générale, tandis que le raisonnement déductif commence par des prémisses générales ou universelles pour aboutir assez souvent à une conclusion moins générale.\nCette règle générale doit cependant être précisée. Cela ne veut pas dire que dans un un argument déductif la conclusion doit être une proposition I ou O. Elle est souvent une proposition A ou E. Mais c’est toujours en vertu d’une des prémisses, qui joue le rôle de principe, qui s’applique à un cas particulier. Généralement cela conduit à une conclusion moins universelle mais ce n’est pas toujours le cas. Dans le syllogisme classique : « Tous les hommes sont mortels et Socrate est un homme, donc Socrate est mortel, » la conclusion est moins universelle que la première prémisse. Dans le syllogisme suivant, la conclusion, bien qu’étant une proposition A, est aussi moins universelle que la première prémisse :\nTous les hommes sont mortels. Et tous les irlandais sont des hommes. Donc tous les irlandais sont mortels. En revanche dans le syllogisme suivant, la conclusion est aussi universelle que la première prémisse :\nAucun lycéen n’est un sénateur de la République. Or un sénateur de la République touche une indemnité parlementaire de sénateur. Donc aucun lycée ne touche une indemnité parlementaire de sénateur. Observation ≠ compréhension intellectuelle # La plus grande différence entre la déduction et l’induction, c’est que les prémisses de l’induction viennent de l’observation faite à partir de nos sensations ou d’instruments augmentant la portée de nos sensations. Or nous n’observons que des cas individuels. En revanche, au moins l’une des prémisses de la déduction vient d’une compréhension intellectuelle qui comporte toujours quelque chose d’universel.\nDe même que la déduction ne conduit pas toujours de l’universel au particulier, l’induction ne conduit pas toujours non plus du particulier au plus général. Certaines inductions de se terminent pas par une conclusion générale. Prenons un exemple :\nJe suis un professeur et je suis étourdi. Et, elle est une professeure et elle est étourdie aussi. Et, ils sont des professeurs et ils sont aussi étourdis. Et, cet homme est aussi un professeur. Donc, il est probable que ce dernier soit étourdi aussi. Probabilité ≠ Certitude # Grâce à cet exemple on voit non seulement que la conclusion peut être particulière ou singulière (c’est le cas ici) mais qu’elle est surtout seulement probable. C’est la différence essentielle entre le raisonnement déductif et le raisonnement inductif. Le raisonnement déductif bien construit et reposant sur des prémisses vraies composées de concepts clairs conduit à la certitude alors que le raisonnement inductif bien construit et reposant sur des prémisses vraies composées de concepts clairs ne conduit généralement qu’au probable.\nPour qu’un raisonnement inductif bien construit et reposant sur des prémisses vraies conduise à la certitude, il faut avoir vérifié la vérité pour chacun des éléments concernés par la conclusion. Un ordinateur bien programmé pourra vérifier la validité d’un raisonnement déductif, mais il n’arrivera que rarement à vérifier la validité d’un argument inductif car ce dernier repose trop sur l’observation. Prudence cependant, nous n’avons pas dit que l’ordinateur pouvait vérifier la vérité d’un raisonnement déductif, mais bien seulement sa validité.\nL\u0026rsquo;IA n\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;un Perroquet Stochastique # Cette nuance devient essentielle à l’heure où de nombreux étudiants et professeurs se laissent séduire par les algorithmes tels que Chatgpt, Gemini ou Perplexity. Il est difficile de vérifier la vérité des assertions écrites par ces algorithmes car même si certains indiquent certaines sources, ils n’indiquent pas toutes leurs sources et de toute façon jamais les sources de leur « entraînement ». La vérification de toutes les propositions qui conduisent à la conclusion est donc impossible à faire. C’est pourquoi, il est souvent difficile de bien distinguer leurs hallucinations de leurs assertions vraies. Ces algorithmes restent trop opaques, et même s’ils ne l’étaient pas, ils resteraient tellement complexes qu’il est difficile pour un humain seul de comprendre tous les processus suivis par les machines. Il est préférable de voir ces algorithmes comme des perroquets stochastiques plutôt que d’utiliser le terme intelligence artificielle pour les désigner puisqu’ils ne possèdent ni le premier acte de l’intelligence ni le deuxième.\nUn perroquet stochastique ! Treemap sur la raison # Avancée des notions # Jacques Maritain, Éléments de philosophie, tome II, p. 211.\u0026#160;\u0026#x21a9;\u0026#xfe0e;\n","date":"1 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/raisonnement-term/","section":"Articles","summary":"","title":"La démonstration peut-elle nous aider à mieux connaître le réel ?","type":"articles"},{"content":"Vous trouverez le document PDF de cet article ici : vérité-term.\nIntroduction # Cet article complète l’article sur le deuxième acte de l’intelligence, c’est-à-dire le jugement. La notion de vérité est si importante qu’il me semblait préférable de lui dédier un article à part entière. Cela me permet de rassembler à la fois ce que dit Peter Kreeft dans son livre Socratic Logic et ce que j’ai appris en compagnie du philosophe français Jean-Noël Dumont, que j’avais par ailleurs déjà développé ces dernières années dans cet article.\nQu’est-ce que la vérité ? # Réponse facile mais recherche difficile # Selon Peter Kreeft, cette question est l’une des plus faciles parmi les questions philosophiques. Nous savons tous ce que c’est que la vérité et où elle est. La difficulté ne réside pas dans le fait de la définir ou de la localiser mais dans le fait de la rechercher et de la trouver. Comme il le dit si bien : « La vérité est comme le tigre de Sibérie : nous savons tous ce que sont les tigres de Sibérie et où ils vivent, mais réussir à chasser et à attraper l’un d’entre eux s’avère d’une difficulté déconcertante. »\nNous venons de le voir dans l’article sur le jugement, la vérité se situe au niveau de la proposition et la proposition est le fruit d’un acte spirituel qui s’appelle le jugement. Chaque proposition dans un syllogisme est soit vraie soit fausse, mais le syllogisme dans son ensemble n’est ni vrai ni faux, il est seulement valide ou invalide. Rappelons qu’on désigne une proposition d’un syllogisme, prémisse quand il s’agit d’une de ces 2 propositions de départ et conclusion quand il s’agit de la proposition d’arrivée. Le syllogisme représente alors un argument. De plus, on appelle argumentation, l’enchaînement de plusieurs arguments.\nValidité ≠ Vérité # Selon Peter Kreeft, la logique moderne rend confuse cette distinction pourtant assez simple à comprendre. En effet, elle a tendance à réduire la validité à la vérité. Maintenir clairement la distinction entre la vérité et la validité évite pourtant de nombreuses confusions logiques. La validité, c’est ce qui préserve la vérité. L’invalidité en logique, c’est ce qui ne préserve pas la vérité. Un raisonnement est valide s’il préserve la vérité. En clair, si les prémisses sont vraies alors la conclusion est vraie. Un raisonnement est invalide si les prémisses sont vraies et que la conclusion ne l’est pas. La validité n’est pas la vérité car des prémisses fausses peuvent conduire à une conclusion vraie tout en respectant la validité du syllogisme. Pour être plus précis, il faut donc comprendre que la validité, c’est le fait que si les prémisses sont vraies l’argument garantit d’obtenir la vérité au niveau de la conclusion.\nVérité Ontologique ≠ Vérité Logique # Il faut par ailleurs distinguer avec Thomas d’Aquin, la vérité ontologique de la vérité logique. La vérité ontologique, c’est la conformité de la chose avec ce que pense l’esprit de Dieu quand il s’agit des choses naturelles. Quand il s’agit des choses fabriquées par l’artisan, la vérité ontologique, c’est la conformité de la chose avec ce que pense l’esprit de l’artisan. La vérité logique c’est la conformité de notre esprit avec la chose qu’il vise. La vérité est donc une relation, entre les choses et l’esprit de Dieu ou l’esprit de l’artisan quand il s’agit de la vérité ontologique, une relation entre notre esprit et les choses quand il s’agit de la vérité logique. Cette relation, à la différence d’une relation d’égalité, n’est pas une relation symétrique. La notion de conformité ici doit être distinguée de la notion d’égalité. Cette distinction soulève de nombreuses questions que nous n’examinerons pas dans cet article. Celui qui voudrait approfondir cette distinction peut consulter le livre de Thomas d’Aquin intitulé De Veritate, plus précisément la question une et ses deux premiers articles.\nDans ce cours nous nous intéresserons surtout à la vérité logique. Vous vous doutez que la vérité ontologique fait débat aujourd\u0026rsquo;hui d\u0026rsquo;une toute autre manière que du temps de Thomas d’Aquin. Des athées et des agnostiques ne veulent pas entendre parler de cette vérité ontologique. Pour eux, le monde est apparu par hasard, certains vont même jusqu\u0026rsquo;à soutenir que le monde est absurde : il n\u0026rsquo;a aucun sens. Comment justifient-ils alors que le monde soit intelligible ? Comment justifient-ils qu\u0026rsquo;il soit possible d\u0026rsquo;avoir une science de ce monde ? Je laisse ces questions ouvertes puisque ce n\u0026rsquo;est pas le but de ce cours d\u0026rsquo;y répondre. Nous nous contenterons ici d\u0026rsquo;approfondir la vérité logique.\nLa Maison de la Vérité # Peter Kreeft précise que pour le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam, l’ultime « Maison de la Vérité », c’est l’Esprit de Dieu. Dieu crée la vérité de l’univers, comme Sa propre Œuvre ; l’homme ne fait que la découvrir, par l’intermédiaire de ses sciences. Les sciences que les hommes développent petit à petit ne sont donc que la lecture indirecte de l’esprit de Dieu. C’est d’ailleurs ce que croyaient Galilée et Newton, même si cela déplaît à beaucoup de le reconnaître. Cela vous permet de comprendre aussi pourquoi pour un chrétien, il est contradictoire d\u0026rsquo;être contre la science. Seuls les incultes et les hommes de ressentiment croient que le christianisme est incompatible avec la science. Ils sont malheureusement nombreux aujourd\u0026rsquo;hui.\nDe même Avérroès, le philosophe musulman, trouvait absurde qu\u0026rsquo;un musulman soit contre la raison alors que cette faculté lui a été justement donnée par Dieu pour connaître le monde. Le manque de culture religieuse de ceux qui ne s\u0026rsquo;intéressent pas à la religion et parfois même, ce qui est pire, de ceux qui s\u0026rsquo;y intéressent, conduit à des affirmations complètement fausses.\nPeter Kreeft ajoute que le mot vrai fait aussi référence à une qualité qui réside dans les personnes tant qu’elles sont authentiques, fiables et honnêtes. « C’est un homme vrai, c’est une femme vraie ». « Vrai » ici signifie « fidèle à ses paroles, digne de confiance, digne de foi ». Il existe d’ailleurs un mot hébreu particulier pour signifier cela : emeth. Dieu est appelé « digne de confiance et vrai (emeth) » dans les Écritures juives et chrétiennes.\nDéfinition de la vérité # Une fois que nous savons où se situe la vérité, il devient plus facile de dire ce qu’elle est, surtout si nous nous focalisons sur la vérité logique. Aristote définit la vérité, et ce que finalement tout le monde entend par vérité, de la manière la plus simple et la plus fidèle au sens commun quand il dit :\n« Si un homme dit que ce qui est, est, ou que ce qui n’est pas, n’est pas, alors il dit la vérité, mais s’il dit que ce qui n’est pas, est, ou que ce qui est n’est pas, alors il ne dit pas la vérité. » Aristote, Métaphysique, Livre IV, Chapitre VII, Paragraphe 1, 1011b25-27.\nDire la vérité signifie « dire ce qui est » et connaître la vérité signifie « connaître ce qui est ». La vérité est la conformité de notre pensée avec la chose, de notre esprit avec la réalité, de notre pensée subjective (dans le sens où notre pensée est l’acte d’un sujet qui pense) avec l’objet réel qu’elle vise. Et nous exprimons ce qui est, grâce à nos propositions vraies.\nConceptions erronées de la vérité # Peter Kreeft continue en nous donnant des précisions importantes concernant certaines représentations philosophiques. Si nous disons avec le pragmatisme que la vérité, ce n’est pas forcément la conformité de notre pensée avec la chose, mais seulement ce qui fonctionne. Ou, si nous disons avec l’idéalisme que la vérité, c’est seulement la cohérence d’une de nos idées avec toutes les autres. Alors, nous présupposons toujours la définition du sens commun mise en évidence par Aristote1 puisque nous estimons que telle ou telle définition de la vérité est en fait ce que la vérité est réellement. Nous essayons alors avec telle ou telle définition autre que celle d’Aristote de soutenir que nous sommes en train de dire les choses telles qu’elles sont. C’est-à-dire que la vérité n’est réellement que ce qui fonctionne, ou n’est réellement que la cohérence interne de nos idées. Bref, pour soutenir une autre conception de la vérité que celle d’Aristote, il faut d’abord utiliser sa définition. C’est évidemment une victoire implacable d’Aristote sur tous les autres courants de pensée en philosophie, et c’est sans doute pour cela qu’il est parfois si détesté. Il est détesté car il l’emporte même sur ceux qui prétendent le battre.\nArgument de la rétorsion # L’argument que je viens de vous donner est un argument célèbre en philosophie et nous vient d’Aristote. Il a été repris régulièrement depuis par Thomas d’Aquin et plus récemment par Étienne Gilson et Jacques Maritain. Cet argument s’appelle l’argument de la rétorsion, du latin retorquere, « retourner contre ». L’argument consiste à montrer à notre adversaire philosophique que la thèse qu’il soutient se contredit elle-même car ce qu’elle rejette, elle l’utilise elle-même pour pouvoir exister.\nCritique du scepticisme # Même le sceptique le plus prétentieux est battu par Aristote car si le sceptique soutient que l’homme ne pourra jamais connaître la vérité, c’est qu’il veut dire que son scepticisme correspond à ce qui est réel. Le sceptique risque donc de devenir haineux vis-à-vis des aristotéliciens car il se contredit lui-même en s’affirmant sceptique, il prétend savoir que nous ne pouvons pas savoir. Or Aristote lui montrerait immédiatement qu’il se contredit lui-même quand il dit cela et que la seule chose que peut faire un sceptique, c’est tout simplement de ne rien affirmer s’il veut rester sceptique jusqu’au bout. Pour Aristote, le scepticisme est auto-contradictoire.\nLa correspondance chez Aristote ≠ chez John Locke # Peter Kreeft précise encore qu’il existe un point technique en philosophie qui est cependant important, c’est la confusion qui est souvent faite entre la théorie de la correspondance de John Locke et la théorie de la correspondance d’Aristote au sujet de la vérité. La théorie de John Locke est une théorie des images alors que la théorie d’Aristote est une théorie de l’identité formelle. John Locke confond l’imagination avec l’intelligence. Il croit que nos idées sont des copies, des images, de la réalité et que ce que nous connaissons immédiatement et avant toute chose ce sont nos propres idées, nos propres images. John Locke confond l’image et le concept. Cela conduit logiquement au scepticisme même si John Locke lui-même n’est pas allé jusqu’à cette conséquence logique. En effet, si nous ne connaissons pas la réalité directement et immédiatement, nous ne pouvons pas savoir quelles sont les images qui lui correspondent vraiment et celles qui ne lui correspondent pas.\nLe réalisme modéré d\u0026rsquo;Aristote # De manière complètement différente, Aristote soutient que la forme (l’essence, le concept) existe de manière naturelle dans la réalité visée sous forme matérielle, individuelle et concrète, et qu’elle est extraite par notre esprit pour acquérir une existence immatérielle, universelle et abstraite dans notre esprit. Car l’abstraction consiste justement à extraire cette forme, qui est individualisée dans la matière, pour lui donner une existence universelle dans notre esprit. C’est la même forme qui existe dans la matière et dans notre esprit, mais sous deux modes d’être différents, un premier mode matériel, un second, spirituel. C’est pourquoi nous pouvons avec certitude affirmer que le fruit que nous avons sur la table est une pomme. La forme « pomme », le concept de « pomme », nous vient directement de la réalité. Et c’est pratique, car sinon nous risquerions en permanence de nous empoisonner si notre connaissance n’était pas conforme à ce qu’est la réalité. Les sceptiques qui prétendent que l\u0026rsquo;homme ne peut pas connaître la vérité, acceptent pourtant de manger, non ? Ne savent-ils pas vraiment ce qu\u0026rsquo;ils mangent ?\nLes faux-amis de la vérité # L\u0026rsquo;accord des esprits # Une fois que nous avons clairement en tête la définition de la vérité comme conformité de notre pensée avec le réel qu’elle prétend décrire, de nombreux faux-amis de la vérité sont évacués facilement. Beaucoup pensent malheureusement encore que la vérité serait l’accord des esprits. Il suffirait que la majorité des personnes soit d’accord sur une affirmation pour que cette affirmation soit vraie. Cela revient à croire qu’il suffirait de voter pour savoir où se trouve la vérité. Cela voudrait dire que si une assemblée quelconque pense majoritairement qu’une chose est vraie, cela suffirait à rendre cette affirmation vraie. La vérité ne serait donc plus une découverte, mais la production de la croyance de la majorité. Quelle ineptie !\nPhrase de Charles Péguy à retenir # C’est pourquoi Charles Péguy disait que la vérité n’est pas fonction du nombre de personnes qui la proclament. Cela veut dire que la majorité peut se tromper tout comme la minorité. La vérité n’est pas fonction du nombre de personnes, elle est la correspondance de notre esprit avec le réel qu’il décrit. Si ce que nous disons sur une chose correspond à ce que la chose est réellement, alors nous disons vrai, que nous soyons seuls, que nous soyons plusieurs ou que nous soyons nombreux.\nL\u0026rsquo;efficacité # De même, ce n’est pas parce qu’une affirmation semble efficace actuellement qu’elle décrit fidèlement la réalité. L’efficacité ne signifie pas forcément la conformité. L’efficacité d’une affirmation peut correspondre à autre chose que ce que nous pensions. L’efficacité ne nous assure pas d’avoir une connaissance vraie. Nous pouvons méconnaître des causes et attribuer notre efficacité à de fausses raisons. Par exemple, ce n’est pas parce que nous disons que nous aimons une personne que nous l’aimons vraiment, ce n’est pas parce qu’elle dit qu’elle nous aime, qu’elle nous aime vraiment. L’efficacité du couple peut reposer sur de fausses interprétations. Une personne du couple peut confondre l’émotion d’amour avec la bienveillance manifeste réciproque. Ou comme le dit Denis de Rougemont dans l’Amour et l’Occident, elle peut confondre l’amour de l’exaltation amoureuse en elle avec l’amour conjugal vis-à-vis de l’autre.\nElle peut se croire amoureuse de l’autre, alors qu’elle est simplement attachée à sa propre exaltation amoureuse, à sa propre palpitation cardiaque, à ses propres émotions. Deux exaltés égoïstes attachés à leurs propres palpitations cardiaques peuvent pendant un temps efficacement sortir ensemble, aux yeux du monde et à leurs propres yeux. Malheureusement, ce n’est pas l’autre qu’ils rencontrent mais leur propre exaltation personnelle. C’est ce que l’on appelle la passion amoureuse et qui n’a strictement rien à voir avec l’amour conjugal.\nPréjugé, naïveté et illusion # De même, un préjugé est perçu par la personne comme une vérité alors même qu’il n’y a pas eu encore de jugement. C’est ce que veut dire le mot « préjugé », ce qui précède le jugement. Le jugement suppose un travail de clarification des termes, puis un travail de vérification de la vérité des propositions et enfin un travail de vérification de la validité des argumentations, si le jugement en question est une conclusion. Le préjugé, c’est soit de ne pas avoir fait ce travail préalable, et c’est alors de la naïveté, soit de ne pas vouloir le faire au prétexte que ce préjugé est confortable, et c’est alors une illusion.\nEn effet, la naïveté est un préjugé moins grave que l’illusion. Le naïf, c’est souvent celui qui par manque d’expérience ou de connaissance acquise, croit trop facilement ce qu’il voit ou ce qu’il entend. Il suffit de lui montrer la réalité pour qu’il corrige sa naïveté. Il souffrira peut-être de la perdre, mais il acceptera volontiers de la perdre car il reste attaché à la vérité.\nL’illusion est plus grave et beaucoup plus difficile à guérir. En effet, celui qui est dans l’illusion refuse d’abandonner un désir parce qu’il refuse d’accepter une frustration. On a beau lui mettre la réalité en face, il trouvera toujours une interprétation possible pour entretenir son désir et l’espoir illusoire d’une satisfaction future.\nLe naïf accepte de se remettre en question face à l’expérience enseignée par les autres, celui qui est dans l’illusion refuse de recevoir l’enseignement des autres. Seule une conversion personnelle et privée de celui qui est dans l’illusion peut le sauver. Les autres, malheureusement, peuvent peu de choses pour lui.\nDe la bêtise # La bêtise selon Dietrich Bonhoeffer # J’ai choisi de terminer cet article en vous partageant un texte malheureusement prophétique du pasteur et théologien allemand, résistant au nazisme, exécuté par pendaison le 9 avril 1945 par les nazis qui obéissaient aux ordres d’Hitler : Dietrich Bonhoeffer. Ce texte est un extrait de son livre édité à titre posthume qui rassemble une partie des lettres écrites à la fin de sa vie alors qu’il était détenu dans les camps de Berlin, puis de Buchenwald et enfin de Flossenbürg. Ce livre s’intitule : Résistance et soumission, lettres et notes de captivité. Le texte ci-dessous est un extrait du premier chapitre qui s’intitule : Dix ans plus tard, bilan au seuil de l’année 1943 ; et plus précisément de la partie qui s’intitule : De la bêtise. Dans l’actualité récente, ce texte est souvent cité comme la théorie de la stupidité. Dans le texte francophone que je possède, c’est le terme de bêtise qui est choisi à la place. Ce texte est d’une clarté et d’une précision remarquables. Il est triste, cependant, que des stupides s’en servent aujourd’hui pour traiter de stupides ceux qui les critiquent. C’est sans doute cela le comble de la stupidité : être tellement aveugle à sa propre stupidité que l’on prend toutes critiques, et surtout celles qui sont fondées en réalité, pour des formes aggravées de stupidité.\nTexte de Dietrich Bonhoeffer # « La bêtise est une ennemie du bien plus dangereuse que la méchanceté. On peut protester contre le mal, le mettre à nu, l’empêcher par la force ; le mal porte toujours en soi un germe d’auto-désagrégation, en laissant derrière soi un malaise. Nous sommes impuissants contre la bêtise. Nous n’obtenons rien, ni par nos protestations ni par la force ; le raisonnement n’opère pas ; les faits qui contredisent ses préjugés, le stupide ne voit pas la nécessité de les croire – dans ce cas, il va jusqu’à devenir critique – et lorsqu’ils sont inattaquables, il peut les mettre de côté comme cas isolés sans signification. Contrairement au méchant, le stupide est entièrement satisfait de lui-même ; il devient même dangereux lorsque, facilement irrité, il passe à l’attaque. C’est pourquoi la prudence est de mise davantage face au stupide que face au méchant. Nous n’essaierons plus jamais de convaincre le stupide par le raisonnement ; ce procédé est absurde et dangereux.\nPour avoir prise sur la bêtise, il nous faut chercher à comprendre son essence. Elle est un manque qui n’est certainement pas intellectuel, mais bien plutôt humain. Il existe des gens d’une grande souplesse intellectuelle qui sont stupides, et d’autres qui, bien qu’engourdis intellectuellement, sont intelligents. À notre grande surprise, nous avons fait cette découverte dans des situations précises. On constate que la bêtise n’est pas un défaut inné, mais que, dans certaines circonstances, les gens s’abêtissent ou se laissent abêtir. Nous observons en outre que chez les solitaires ce défaut est plus rare que chez les gens ou dans les groupes qui penchent vers la sociabilité ou qui y sont contraints. Ainsi, la bêtise semble être un problème sociologique plutôt que psychologique. Elle est une forme spéciale de l’influence des circonstances historiques sur l’homme, une manifestation psychologique qui accompagne un certain état de choses. En y regardant de plus près, nous constatons que n’importe quel grand déploiement de puissance extérieure, politique ou religieuse, frappe de bêtise une grande partie de l’humanité. Cela semble être carrément une loi psycho-sociologique. La puissance des uns a besoin de la bêtise des autres. Dans ce processus, certaines aptitudes de l’homme, comme l’intelligence, ne viennent pas à manquer brusquement, pas plus qu’elles ne s’étiolent, mais, sous l’influence écrasante de ce déploiement de puissance, l’homme est privé de son indépendance intérieure et renonce consciemment ou inconsciemment dans telle ou telle situation à une attitude personnelle. Qu’on ne s’y trompe pas : l’obstination fréquente du stupide ne doit pas nous faire croire qu’il agit ou pense de façon autonome. Dans la discussion, on sent nettement que ce n’est pas à lui personnellement qu’on a affaire, mais aux grands mots qui le possèdent. Il subit un charme, il est aveugle. On abuse de sa personne, on l’aliène. Devenu ainsi un instrument dépourvu de volonté propre, le stupide sera prêt à commettre n’importe quelle mauvaise action, et en même temps incapable de la reconnaître comme telle. C’est là le danger d’un abus diabolique. Par là, des hommes pourront être abîmés pour toujours.\nIl saute alors aux yeux, précisément, que seul un acte de libération peut vaincre la bêtise, et non pas le raisonnement. On est obligé de convenir qu’une vraie libération intérieure ne peut intervenir que lorsqu’elle est précédée d’une libération extérieure ; jusque-là, il nous faut renoncer à toute tentative de convaincre le stupide. Cet état de choses explique d’ailleurs pourquoi nous nous efforçons toujours en vain de savoir ce que « le peuple » pense réellement, et pourquoi cette question est si inutile pour celui qui pense et agit d’une façon responsable, toujours dans certaines circonstances. Le texte biblique qui dit : « La crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse » (Ps 111,10) déclare que la libération intérieure de l’homme responsable est la seule victoire véritable sur la bêtise. Du reste, ces pensées sur la bêtise sont consolantes en ce sens qu’elles ne permettent absolument pas de croire stupide la majorité des hommes en toute circonstance. Les autorités attendront-elles davantage de la bêtise des hommes ou de leur intelligence et de leur liberté intérieure ? Tout dépendra de cela. »\nAvancée des notions # Cette définition est souvent appelée « théorie de la correspondance de la vérité ».\u0026#160;\u0026#x21a9;\u0026#xfe0e;\n","date":"1 septembre 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/verite-term/","section":"Articles","summary":"","title":"La vérité est-elle accessible ?","type":"articles"},{"content":"","date":"30 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/aldous-huxley/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Aldous Huxley","type":"philosophes"},{"content":"","date":"30 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/categories/emc/","section":"Categories","summary":"","title":"EMC","type":"categories"},{"content":"","date":"30 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/%C3%A9tat/","section":"Tags","summary":"","title":"État","type":"tags"},{"content":"","date":"30 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/langage/","section":"Tags","summary":"","title":"Langage","type":"tags"},{"content":" Texte d’Aldous Huxley # Vous trouverez le document PDF de ce texte ici : Texte d\u0026rsquo;Aldous Huxley\nSynthèse de ses 6 conseils # Dans ce texte Aldous Huxley décrit quelles pourraient être les tactiques utilisées par les nouveaux dictateurs pour manipuler les foules, en cela, il nous met en garde. Nous pouvons résumer ces tactiques ainsi :\nDévelopper de meilleures techniques de suggestion pour manipuler les esprits ; Développer une meilleure science des différences humaines, c’est-à-dire mieux repérer les compétences des personnes pour les affecter aux tâches où elles serviront au mieux les intérêts des puissants ; Inventer de nouvelles drogues pour aider les personnes à s’évader de la réalité tout en contribuant aussi à les maintenir dans un état de dépendance propice au manque de réflexion vis-à-vis des buts poursuivis par les puissants ; Développer des manipulations génétiques pour que l’État puisse choisir les compétences des enfants qu’il fera naître (par GPA avant de pouvoir le faire par exogénèse ?) ; Encourager la promiscuité sexuelle et les jeux sexuels pour faire oublier par ce plaisir fort la disparition grandissante de la liberté. Des personnes rendues addictes au plaisir sexuel sont des personnes qui ont moins d\u0026rsquo;énergie et moins de temps pour réfléchir ; Encourager les personnes à se livrer à des songes en plein jour, via les drogues, le cinéma, la radio. On pourrait y ajouter les séries Netflix ou autres, les jeux vidéos, et évidemment tout le « temps d\u0026rsquo;occupation du cerveau » orchestré par Instagram, TikTok, etc. Là encore cela permet de faire rentrer des schémas de représentation sociales et affectives sans que les téléspectateurs ne s\u0026rsquo;en rendent réellement compte. De plus, plus les personnes passent du temps sur ces médias, moins elles ont du temps pour réfléchir et se cultiver intellectuellement. On les maintient alors dans un état permanent d\u0026rsquo;infantilisation où ce sont essentiellement les émotions et l\u0026rsquo;imagination qui guident la masse populaire. J\u0026rsquo;ai ajouté à ses conseils quelques transpositions valables pour notre époque.\nConséquences pour le cours de HLP # Nous venons de voir que la rhétorique des anciens est toujours utilisée par Edward Bernays et suggérée implicitement par Aldous Huxley. Il peut donc être utile de bien la connaître pour mieux comprendre les manipulations que nous pouvons subir.\nCependant, j’aimerais vous amener à comprendre que nous ne sommes pas tous égaux dans l’utilisation de ces nouvelles techniques de manipulation :\nCeux qui possèdent la connaissance des techniques de fabrique du consentement (et pas seulement de la rhétorique) sont nettement avantagés ; Ceux qui disposent des moyens technologiques de repérer les leaders d’opinion et de diffuser leur propre propagande sont encore plus nettement avantagés. C’est là que des personnes comme Mark Zuckerberg ou Peter Thiel, ou encore Jeff Bezos, sont extraordinairement plus puissants que nous. Il serait donc naïf de croire qu’il suffit d’avoir quelques heures de cours sur la rhétorique en spécialité HLP pour augmenter particulièrement sa propre puissance d’influence, ou de résistance à la manipulation : c’est un travail de longue haleine qui repose sur le développement des vertus. Cela peut nous rendre plus vigilants et surtout plus prudents. J’aurai l’occasion bientôt d’essayer de vous faire comprendre qu’il est possible cependant de développer une autre forme d’influence que celle de la fabrique du consentement, mais pour cela il faut comprendre qu’il y a deux formes d’exercice du pouvoir. Une qui relève de la tentation de domination sur les autres hommes, et l’autre qui relève de la véritable autorité. Ce sont deux cultures complètement opposées : deux modes de vie aux orientations contraires. Vous trouverez un diaporama à ce sujet ici, en attendant que je mette sur ce site mon nouveau cours.\nMalheureusement, comme nous nous situons, selon la philosophe Hannah Arendt, dans notre monde post-moderne, en pleine crise de l’autorité : je crains fort que peu de personnes comprennent ce que veut dire réellement ce mot autorité. C’est pourquoi je vous ferai un cours sur la véritable autorité par opposition à l’autoritarisme ou au désir de domination.\n","date":"30 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/huxley/","section":"Articles","summary":"","title":"Les conseils d'Aldous Huxley aux futurs dictateurs","type":"articles"},{"content":"","date":"30 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/series/propagande/","section":"Series","summary":"","title":"Propagande","type":"series"},{"content":"Voici le document PDF qui correspond à cet article : Edward Bernays.\nDe l’importance de la propagande # Dès les premières pages de son livre Propaganda, Edward Bernays affirme une chose qui pourrait vous paraître surprenante si vous avez cru à la fable démocratique :\n« La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays ».\n« Nous sommes pour une large part gouvernés par des hommes dont nous ignorons tout, qui modèlent nos esprits, forgent nos goûts, nous soufflent nos idées. C’est là une conséquence logique de l’organisation de notre société démocratique. Cette forme de coopération du plus grand nombre est nécessité pour que nous puissions vivre ensemble au sein d’une société au fonctionnement bien huilé. »\n« Le plus souvent, nos chefs invisibles ne connaissent pas l’identité des autres membres du cabinet très fermé auquel ils appartiennent. » (Propaganda, p. 31)\nCette manipulation consciente des masses, il l’appelle propagande :\n« La minorité a découvert qu’elle pouvait influencer la majorité dans le sens de ses intérêts. Il est désormais possible de modeler l’opinion des masses pour les convaincre d’engager leur force nouvellement acquise dans la direction voulue. Étant donné la structure actuelle de la société, cette pratique est inévitable. De nos jours la propagande intervient nécessairement dans tout ce qui a un peu d’importance sur le plan social, que ce soit dans le domaine de la politique ou de la finance, de l’industrie, de l’agriculture, de la charité ou de l’enseignement. La propagande est l’organe exécutif du gouvernement invisible. »\nVoici la définition précise qu’il donne de la propagande :\n« La propagande moderne désigne un effort cohérent et de longue haleine pour susciter ou infléchir des événements dans l’objectif d’influencer les rapports du grand public avec une entreprise, une idée ou un groupe. »\nIl ajoute un peu plus loin :\n« Cette pratique qui consiste à déterminer les circonstances et à créer simultanément des images dans l’esprit de millions de personnes est en réalité très courante. »\n« Ce qu’il faut retenir, c’est d’abord que la propagande est universelle et permanente ; ensuite, qu’au bout du compte elle revient à enrégimenter l’opinion publique, exactement comme une armée enrégimente les corps de ses soldats. »\n« Les gens susceptibles d’être ainsi mobilisés sont légion, et une fois enrégimentés ils font preuve d’une telle opiniâtreté qu’ils exercent collectivement une pression irrésistible sur le législateur, les responsables des journaux et le corps enseignant. Leur groupe défend bec et ongles ses « stéréotypes », ainsi que les appelle Walter Lippmann, et transforme ceux de personnalités pourtant éminentes (les leaders de l’opinion publique) en bois flottant emporté par le courant. » (Propaganda, p. 43)\nLes conseils qu’il donne pour manipuler l’opinion publique # Repérer les leader d’opinion : soit en réussissant à leur faire accepter un rôle, soit en repérant une convergence entre leurs intérêts privés et les buts recherchés par les manipulateurs ; Utiliser les clichés mentaux qui sont liés à la culture du pays et du groupe visés ; Utiliser les ressorts classiques de l’émotion, plus particulièrement la peur des dangers, la colère, et l’attrait des plaisirs. Ne pas hésiter à inventer de toutes pièces des histoires marquantes, des images ou des vidéos impressionnantes en se servant de tous les moyens de communication disponibles. Repérer l’anatomie de la société avec l’imbrication de ses formations collectives et de leurs allégeances diverses. Se servir des médias, des enseignants, des experts comme des intermédiaires pour raconter l’histoire inventée, si possible sans qu’eux-mêmes n’en prennent conscience. Listes des leader d’opinion, des « faiseurs d’opinion » # Le président de la démocratie concernée ; Le conseil des ministres ; Les sénateurs et autres élus ; Les gouverneurs, les maires, etc. Les présidents des chambres de commerce ; Les PDG et les Présidents des Conseils d’Administration des grandes entreprises ; Les présidents des syndicats ; Les responsables des journaux, des magazines ; Les écrivains les plus renommés ; Les producteurs de théâtre et de cinéma les plus connus ; Les présidents des universités ; Les professeurs les plus influents ; Les financiers les plus puissants ; Les sportifs les plus remarqués. Nous pourrions ajouter d\u0026rsquo;autres personnes à sa liste pour être en phase avec notre actualité :\nLes vedettes de cinéma ; Les stars de la musique ; Les youtubeurs les plus connus ; Les stars des autres réseaux sociaux : Facebook, Instagram, Tiktok, Twitch, etc. Les opposants politiques qui peuvent être utilisés comme des chiens de garde, c’est-à-dire des personnalités qui font peur par leurs propos exagérés et qui servent à rabattre la foule dans la direction inverse. Chien de garde et idiot utile # Un chien de garde est d’autant plus efficace qu’il est un idiot utile, c’est-à-dire une personne qui croit réellement à ce qu’elle dit mais qui se laisse emporter par son ressentiment plutôt que par sa raison et son intelligence. Plus elle sera prise par son ressentiment, plus elle en sera rendue idiote, imbécile, mais plus elle sera aussi utile à ceux et celles qui jouent avec son ressentiment. Remarquons qu’un arriviste, c’est-à-dire un homme faible de type fort comme le disait Max Scheler, ou autrement dit, un cupide, un assoiffé de pouvoir, peut tout aussi bien servir d’idiot utile. Au lieu de manipuler son ressentiment, il suffit de manipuler sa cupidité, voire de l’acheter. Cependant, il me semble que celui qui est pris par un réel ressentiment et qui ne se sait pas acheter ou manipuler est plus efficace car plus persuadé que ses pensées sont les siennes. Il ne sera pas vraiment dans le mensonge mais bien plutôt dans une déformation de la réalité qu’il croit vraie.\nLes véritables faiseurs d’opinion # Edward Bernays ajoutent des remarques qui pourraient le faire passer pour un adepte des théories du complot. Cependant, il ne faut pas oublier que c’est d’abord un technicien de la propagande qui possède une grande pratique, qu’il a été très (trop) efficace et qu’il connaît particulièrement bien son domaine. Son carnet d’adresse était particulièrement bien rempli !\nVoilà ce qu’il ajoute pages 50 et 51 concernant l\u0026rsquo;élaboration d\u0026rsquo;une liste de leaders d\u0026rsquo;opinion (évidemment ses propos n\u0026rsquo;engagent que lui) :\n« Une telle liste comprendrait des milliers de gens. Chacun sait, toutefois, que nombre de ces dirigeants sont eux-mêmes dirigés, et par des individus parfaitement inconnus, pour certains, en dehors de leurs petits cercles. Plus d’un représentant à la Chambre, au moment de préparer son programme, suit les suggestions d’un cacique du parti dont le nom n’éveille aucun écho chez ceux qui n’appartiennent pas à l’appareil politique. »\n« Et si, selon la formule consacrée, tel candidat à la présidentielle a été « désigné » pour répondre à « une immense attente populaire », nul n’ignore qu’en réalité son nom a été choisi par une dizaine de messieurs réunis en petit comité. »\nIl prend alors quelques exemples historiques :\n« Le pouvoir des hommes de l’ombre est parfois flagrant. Celui du cabinet secret qui délibéra autour d’une table de poker, dans certaine petite serre de Washington, est entré dans la légende (il fait référence à la Green House on K Street pendant la présidence de Warren G. Harding. »\nCeux qui sont intéressés par cette affaire peuvent lire cet article récent sur la mort possible par empoisonnement de ce président américain.\n« Il y eut un temps où un homme seul, Mark Hanna, dictait au gouvernement national les grandes lignes de sa politique\u0026hellip; »\nEt finalement, il conclut :\n« Oui, des dirigeants invisibles contrôlent les destinées de millions d’êtres humains. Généralement, on ne réalise pas à quel point les déclarations et les actions de ceux qui occupent le devant de la scène leur sont dictées par d’habiles personnages agissant en coulisse. »\n« Plus important encore, nous ne réalisons pas non plus à quel point ces autorités façonnent à leur guise nos pensées et nos comportements. »\nIl prend alors un exemple pp. 51-52 d’influence mise en nous à notre insu dans le domaine de l’habillement :\n« Un homme qui s’achète un costume s’imagine choisir un modèle qui lui plaît, conforme à ses goûts et à sa personnalité. En réalité, il y a de grande chances que, ce faisant, il se plie aux ordres d’un grand tailleur londonien anonyme, lequel est en réalité le commanditaire d’une maison de couture très convenable, qui habille les hommes du monde et les princes de sang. Il suggère à cet échantillon trié sur le volet de porter du drap bleu plutôt que gris, une veste à non pas trois, mais deux boutons, avec des manches un soupçon plus étroites que ce qui se faisait la saison passée. Les distingués clients approuvent. »\n« En quoi, se demandera-t-on, cela concerne-t-il M. John Smith, de Topeka (la capitale du Kansas) ? »\n« Le tailleur londonien travaille sous contrat avec une grande firme américaine spécialisée dans la confection masculine, et il lui transmet au plus vite les modèles retenus pour les arbitres de l’élégance britannique. Dès réception de ces dessins, accompagnés de spécification quant à la couleur, à la qualité et au grain du tissu, la firme passe une commande de plusieurs centaines de milliers de dollars auprès de différents fabricants. Les costumes sont d’abord coupés et cousus selon les indications très précises reçues de Londres, puis présentés comme le nec plus ultra de la mode. À New York, Chicago, Boston, Philadelphie, les hommes soucieux de leur mise les adoptent aussitôt. Et, s’inclinant devant leur autorité, le citoyen de Topeka ne tarde pas à les imiter. »\nNous avons là avant le célèbre philosophe français René Girard, une analyse précise du désir mimétique. Il peut être bon que je vous présente rapidement le fonctionnement des désirs. Vous trouverez de nombreuses articles sur mon ancien site à ce sujet.\nIl faut noter que déjà en 1927, Edward Bernays est conscient de l’importance de l’argent pour contrôler les moyens de communication. Aujourd’hui avec Internet, les réseaux sociaux et les coûts gigantesques que ces nouvelles technologies représentent en infrastructure matérielle et logicielle, il est clair que ce pouvoir d’influencer les masses est concentré dans un nombre de plus en plus restreint de personnalités internationales.\nEdward Bernays le dit clairement p. 53 :\n« La concentration du gouvernement invisible entre les mains de quelques individus s’explique par le coût des dispositifs sociaux à mettre en œuvre pour contrôler les opinions et les comportements des masses. »\nLe rôle du « conseiller en relations publiques » # Voici la définition du « conseiller en relation publiques » (CRP) que donne Edward Bernays p. 54 :\n« Un conseiller en relations publiques est donc quelqu’un qui, en s’appuyant sur les moyens de communication modernes et sur les formations collectives constituées au sein de la société, se charge de porter une idée à la conscience du grand public. »\nIl ajoute :\n« Il ne se borne pas là, loin s’en faut. Il s’intéresse aux façons d’agir, aux doctrines, aux systèmes, aux opinions et aux manières de leur assurer le soutien populaire. Il se passionne pour des choses aussi concrètes que les produits bruts et manufacturés. Il sait ce qui se passe dans les services publics, dans les grandes corporations et dans des associations représentatives de pans entiers de l’industrie. »\nPar ailleurs quand il présente, en bas de la page 54, les moyens que le CRP utilise, on s’aperçoit que tout cela relève en grande partie des arts de la parole et donc d’une profonde maîtrise de la rhétorique :\n« Les moyens qu’il utilise pour y parvenir sont aussi diversifiés que les outils de la communication au sens large : l’échange verbale aussi bien qu’épistolaire, la scène ou le cinéma, la radio, les conférences, la presse quotidienne, hebdomadaire et autre. Le conseiller en relations publiques n’est pas un publiciste mais quelqu’un qui recommande le recours à la publicité chaque fois que cela lui paraît indiqué. »\nDans les pages suivantes, p. 55 à 57, il décrit quatre étapes dans le travail du CRP :\nDans un premier temps, il doit analyser le problème qu’on lui soumet. Il vérifie que l’offre envisagée par son client rencontrera l’adhésion du public ou qu’il y a un moyen d’amener l’opinion à y souscrire. Dans un deuxième temps, il s’intéresse au public potentiel. Il étudie les groupes que son client souhaite toucher, il identifie les leaders qui lui permettront de les approcher. Dans un troisième temps, il établit une ligne de conduite pour son client, les procédures et les usages que ce dernier devra observer dans tous les domaines où il entre en contact avec le public. Dans un quatrième temps, il doit être prêt à corriger les critiques qui pourraient naître vis-à-vis de son client : « Il doit tordre le cou aux rumeurs et à la suspicion, de les tarir à la source en leur opposant dans les meilleurs délais des informations exactes ou plus complètes, par l’intermédiaire de canaux de diffusion réputés pour leur efficacité. »\nTransposition à notre époque actuelle # Peu de personnes ont conscience aujourd’hui des progrès qui ont été réalisés dans la connaissance fine et actualisée des groupes sociaux. 3 facteurs me semblent avoir contribué à ce progrès fulgurant :\nLe développement des mathématiques discrètes et particulièrement ce qui concerne la théorie des graphes ; Le développement de l’application de l’algorithmique informatique à la théorie des graphes ; La généralisation des communications sous forme numérique qui s’est réalisée ces dernières années grâce à l’utilisation du web, des réseaux sociaux et des smartphones. Cela a permis de concentrer entre les mains d’entreprises qui représentent les nouveaux rois de la terre, un pouvoir d’influence qui ferait rougir d’envie notre pauvre Edward Bernays. Les médias américains ont l’habitude de désigner ces entreprises par l’acronyme GAMAM (pour Google, Apple, Meta, Amazon et Microsoft). Elles ne sont évidemment pas les seules, et il est parfois difficile de savoir lesquelles sont finalement les plus puissantes.\nPalantir, par exemple, ne semble pas connue du public, alors qu’elle collecte des données secret/défense de nombreux pays. Il nous est aussi difficile de savoir où en sont rendu la NSA, le FSB et l’équivalent chinois.\nPour ceux qui voudraient en savoir plus sur la théorie des graphes ou seulement prendre un peu mieux conscience des nouvelles puissances mises à disposition des influenceurs, voici quelques liens utiles :\nPrésentation de la théorie des graphes sur wikipedia ; Une liste des algorithmes de la théorie des graphes ; Une présentation de l’analyse des réseaux sociaux ; Un cours du CNAM qui présente les liens entre la théorie des graphes et les recherches possibles au niveau des réseaux sociaux. Une fois qu’on a pris conscience de l’importance de la théorie des graphes pour la fabrique du consentement, on comprend mieux pourquoi nos États s’intéressent autant au Big Data et à la collecte de plus en plus massives de données sur les comportements de leurs citoyens. On comprend mieux aussi pourquoi les États deviennent de plus en plus les serviteurs des GAMAM.\n","date":"29 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/bernays/","section":"Articles","summary":"","title":"Edward Bernays, un expert en « relations publiques »","type":"articles"},{"content":"Vous trouverez le document PDF de cet article ici : propagande\nProblématique # Nous avons vu la distinction entre philosophe et sophiste et combien il était parfois difficile de les distinguer. Nous allons voir maintenant qu\u0026rsquo;il est d\u0026rsquo;autant plus difficile de les distinguer que nous ne connaissons pas le fonctionnement de la rhétorique. Avant d\u0026rsquo;avoir une vision d\u0026rsquo;ensemble des grands principes de la rhétorique, il me semblait important de prendre conscience de son utilisation dans nos sociétés contemporaines, particulièrement dans nos sociétés démocratiques que nous avons parfois tendances à idéaliser.\nPour introduire les pouvoirs de la parole, il m’a semblé bon de vous présenter deux penseurs américains et un penseur anglais qui ont eu un impact majeur sur le devenir du fonctionnement de nos démocraties occidentales :\nWalter Lippmann Edward Bernays Aldous Huxley Nous parlerons essentiellement dans cette série d\u0026rsquo;articles de ce qui s\u0026rsquo;est passé aux États Unis d\u0026rsquo;Amérique au cours du XXème siècle. Il nous restera à nous demander si ce que nous verrons ici est transposable à notre république française actuelle, ou si c\u0026rsquo;est une spécificité américaine.\nOn pourrait croire en effet que la liberté d\u0026rsquo;expression essentielle au fonctionnement républicain des États Unis d\u0026rsquo;Amérique permet au peuple d\u0026rsquo;exercer sa liberté politique. Cependant nous verrons qu\u0026rsquo;il est facile pour les citoyens de se laisser manipuler par des experts en communication. Pour le voir, il nous faut prendre conscience de ces techniques de manipulation que l\u0026rsquo;on désigne depuis Walter Lippmann par l\u0026rsquo;expression : « la fabrique du consentement ». En découvrant ces techniques, nous verrons donc que la liberté d\u0026rsquo;expression ne suffit pas à garantir la liberté politique des citoyens. Nous pourrons nous demander alors s\u0026rsquo;il existe un remède à cette manipulation.\nC\u0026rsquo;est dans la découverte de la distinction faite par Platon dans son livre le Gorgias entre rhétorique et philosophie que nous trouverons l\u0026rsquo;un des remèdes possibles. C\u0026rsquo;est ce que nous verrons dans la suite de nos cours en Humanités Littératures et Philosophie. J\u0026rsquo;ai choisi de commencer par des exemples du XXème siècle pour mieux vous faire prendre conscience que des textes vieux de plus de 2400 ans peuvent toujours être des remèdes efficaces pour vivre nos responsabilités de citoyens de manière éclairée.\nCependant pour clore cette problématique, il me paraissait utile de vous faire connaître cette citation d\u0026rsquo;un autre philosophe plutôt de tendance socialiste, libertaire et anarchiste américain Noam Chomsky :\n« La propagande est à la démocratie ce que la matraque est à un État totalitaire. »\nCette citation est suffisamment provocatrice pour nous maintenir dans un état d\u0026rsquo;interrogation critique vis-à-vis de notre propre rôle de citoyen aujourd\u0026rsquo;hui.\nWalter Lippmann : la propagande est indispensable # Le journaliste et économiste américain Walter Lippmann publie en 1937 un livre qui s’intitule : La cité libre. Ce sera l’un des actes fondateurs du néolibéralisme. Il conseillait en effet aux hommes politiques de nos démocraties de fabriquer le consentement des masses afin de les conduire vers l’adaptation de l’espèce humaine à la mondialisation de notre économie.\nC’était une manière d’utiliser en sa faveur La Déclaration d’Indépendance des États-Unis d’Amérique rédigée par celui qui deviendra le 3ème président des USA, Thomas Jefferson. Celui-ci y stipulait notamment :\n« Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés… » (4 juillet 1776).\nRemarquons que cette citation comporte de très belles valeurs mais que pour qu’elles restent de belles valeurs, il est fort utile de bien définir chacun des concepts, particulièrement ceux de liberté et de recherche du bonheur. En effet, ce n’est pas la même chose de viser la liberté d’indifférence ou de viser la liberté de qualité. Ce n’est pas non plus la même chose de définir le bonheur comme recherche égoïste des plaisirs ou comme actes d’amour et de connaissance. Par ailleurs la notion de consentement peut désigner deux choses très différentes :\nSoit le consentement qui vient d’une persuasion et qui fait donc appelle à la manipulation mentale et affective ; Soit le consentement qui vient d’une conviction et qui fait appelle au travail de l’intelligence et de la raison. Cette mondialisation de l’économie, qu’il envisageait comme un idéal, prétendait en effet servir la liberté. Outre le fait que la mondialisation suppose d’avoir les énergies suffisantes pour nourrir nos esclaves énergétiques, le mot liberté est souvent très séduisant mais aussi très mal compris. Il nous est facile de nous dire amoureux de la liberté sans être sûr pour autant que nous donnions chacun le même sens à ce mot. C’est là qu’une réelle culture philosophique permet de discerner ce que pense réellement tel ou tel écrivain, tel ou tel orateur. C’est là que, par manque de culture, on peut parfois trouver les propos de Walter Lippmann séduisants, alors même qu’il a une fâcheuse tendance à comparer la masse du peuple à une masse de bêtes sauvages. Voilà ce qu’il dit en effet dans son livre The Phantom Public publié en 1927 :\n« Le public doit être mis à sa place afin que les hommes responsables puissent vivre sans craindre d’être piétinés ou encornés par le troupeau de bêtes sauvages. »\nPour réussir à obtenir le consentement des masses, Walter Lippmann préconisait aux hommes politiques ou aux influenceurs de son temps, de prendre le contrôle des médias et des sciences humaines via les universités (ou l’ensemble du système scolaire). Ce contrôle permet en effet de réussir à fabriquer le consentement des masses. C’est ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui de l’ingénierie sociale, des relations publiques ou depuis que la manière de faire c’est encore plus développée, du storytelling. On retrouve alors l’application des grands principes de la rhétorique mis en évidence par les sophistes et les philosophes de l’antiquité, en tenant compte cependant de l’invention des nouveaux médias et des découvertes récentes réalisées au niveau de la psychologie des foules.\nEdward Bernays : le praticien de la propagande # Walter Lippmann aura de nombreux disciples. L’un d’eux aura une influence importante avec son livre Propaganda écrit en 1928 : il s’agit du double neveu du médecin psychologue Sigmund Freud, l’américain Edward Bernays.\nNous allons commencer le cours de philosophie de cette année par un documentaire qui porte justement sur la vie d’Edward Bernays. C’est une entrée en matière qui peut vous sembler surprenante.\nElle nous permettra de nous apercevoir que les vieux débats antiques autour des pouvoirs de la parole sont plus que jamais d’actualité. Même si ces vieux débats sont toujours d’actualité, il ne faudrait cependant pas sous-estimer les puissances tout à fait nouvelles que nous offrent les nouveaux médias, puissances nouvelles que l’antiquité ne connaissait pas. Plus particulièrement, il nous faudra considérer que depuis Walter Lippmann et Edward Bernays, un bon technologique gigantesque a été réalisé grâce en particulier aux G.A.M.A.M..\nLe défi que je vous lance avant de regarder le documentaire sur Edward Bernays, c’est d’essayer de transposer ce que vous allez découvrir comme méthodes de propagande aux nouveaux moyens de communication que représentent les réseaux sociaux, internet, les IA, et les nouveaux moyens de pistage des citoyens que représentent nos téléphones portables avec les techniques de contrôle du Big Data.\nRegardons-le : il est ici. Interview du réalisateur du documentaire : ici. ","date":"29 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/propagande/","section":"Articles","summary":"","title":"La démocratie peut-elle exister sans propagande ?","type":"articles"},{"content":"","date":"29 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/noam-chomsky/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Noam Chomsky","type":"philosophes"},{"content":"","date":"29 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/walter-lippmann/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Walter Lippmann","type":"philosophes"},{"content":"","date":"28 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/categories/logique/","section":"Categories","summary":"","title":"Logique","type":"categories"},{"content":"Vous trouverez le document PDF de cet article ici : jugement.pdf.\nIntroduction # Dans cette partie du cours nous allons nous centrer sur la deuxième opération de l’intelligence, c’est-à-dire le jugement. Je m’appuie toujours sur le livre Socratic Logic de Peter Kreeft. Je rappelle que la première opération est la simple appréhension et que la troisième et dernière opération de l’intelligence est le raisonnement. Pour avoir un aperçu d’ensemble des 3 actes ou 3 opérations de l’intelligence, vous pouvez lire l’article sur le fonctionnement de l’intelligence. Par ailleurs, la notion de démonstration désigne plutôt un raisonnement déductif certain, c’est-à-dire qui possède des prémisses vraies et dont la structure argumentative est valide. Une démonstration est donc un type particulier de raisonnement comme l’induction en est un autre type.\nCette opération de l\u0026rsquo;intelligence est essentielle pour la connaissance humaine et donc pour toutes nos sciences. Il n\u0026rsquo;y a en effet pas de connaissance sans jugement, pas de science sans jugement. Le jugement est en effet l\u0026rsquo;opération de l\u0026rsquo;intelligence qui affirme ou nie l\u0026rsquo;existence d\u0026rsquo;une chose ou l\u0026rsquo;existence d\u0026rsquo;une propriété dans une chose. Le premier type de jugement s\u0026rsquo;appelle un jugement d\u0026rsquo;existence, le deuxième type un jugement de connaissance ou jugement d\u0026rsquo;attribution. Il existe deux autres types de jugement qui sont des conséquences de ces deux premiers types, ce sont les jugements de valeur, et les jugements de justice. Nous verrons les deux derniers plus tard dans nos cours sur la philosophie morale.\nVoici déjà quelques exemples pour vous aider à comprendre et mémoriser cette distinction entre ces 4 types de jugement :\n« La liberté existe. » \u0026ndash;\u0026gt; Jugement d\u0026rsquo;existence ; « C\u0026rsquo;est un chien. » \u0026ndash;\u0026gt; Jugement de connaissance ; « Cet animal que je suis en train de caressé est un chien. » \u0026ndash;\u0026gt; Jugement d\u0026rsquo;existence et jugement de connaissance ; « Il n\u0026rsquo;y a pas de liberté sans volonté. » \u0026ndash;\u0026gt; Jugement de connaissance ; « Il n\u0026rsquo;y a pas de République Française sans liberté. » \u0026ndash;\u0026gt; Jugement de connaissance ; « La liberté est l\u0026rsquo;une des valeurs de la République Française. » \u0026ndash;\u0026gt; Jugement de valeur ; « Tuer un homme est un crime. » \u0026ndash;\u0026gt; Jugement de justice. Avec la querelle des universaux nous avons vu que nos concepts correspondaient au réel et nous avons vu précisément comment avec Aristote. Cette deuxième opération de l\u0026rsquo;intelligence permet d\u0026rsquo;attribuer ou non l\u0026rsquo;existence d\u0026rsquo;une propriété qui correspond au réel à un concept qui correspond à la chose réelle qu\u0026rsquo;il vise. C\u0026rsquo;est donc cette opération qui nous apporte la connaissance, c\u0026rsquo;est-à-dire un savoir vrai sur le réel. Cette connaissance se fait toujours par l\u0026rsquo;intermédiaire de nos concepts car nous ne pouvons connaître la réalité qu\u0026rsquo;à partir de nos concepts.\nLes limites de la Définition # Il eut été utile de voir les limites de la définition avant d\u0026rsquo;aborder cette deuxième opération de l\u0026rsquo;intelligence, cependant le programme de terminale est trop chargé pour que nous puissions nous y arrêter en classe. Ceux qui seront intéressés par ce thème pourront consulter l\u0026rsquo;article que j\u0026rsquo;ai rédigé pour mes étudiants.\nDistinction entre jugements, propositions, et phrases # Le jugement est le deuxième acte de l’intelligence. Il produit un résultat logique que l’on nomme proposition. Ce résultat logique va être exprimé, pour être partagé avec les autres êtres humains, sous la forme d’une phrase déclarative.\nAinsi, de même qu’il faut distinguer le concept, le terme, et le mot, il est bon de distinguer le jugement, la proposition, et la phrase déclarative. De même, quand nous aborderons le troisième acte de l’intelligence, le raisonnement, il faudra distinguer, le raisonnement, le syllogisme et le paragraphe. Le concept, le jugement et le raisonnement sont des actes de l’intelligence ou des opérations de notre esprit. Les termes, les propositions et les syllogismes sont les produits spirituels respectifs de ces actes. Les mots, les phrases déclaratives et les paragraphes sont les expressions écrites ou orales qui expriment les fruits de ces trois actes.\nSeules les propositions sont vraies ou fausses. Les termes sont seulement clairs ou confus. Les prémisses et la conclusion d’un syllogisme sont des propositions, en ce sens, elles peuvent être vraies ou fausses. Cependant le syllogisme en lui-même, c’est-à-dire sa structure argumentative, n’est ni vrai ni faux, mais valide ou invalide. Quand on dit qu’un raisonnement est faux, cela veut dire soit que les termes utilisés dans les phrases déclaratives sont confus, soit que les phrases déclaratives sont fausses, soit que le raisonnement en lui-même ne préserve pas la vérité, il est invalide.\nIl faut retenir que les propositions sont toujours exprimées par des phrases déclaratives. En effet, seules les phrases déclaratives ont un rapport direct avec le vrai ou le faux, avec une connaissance du réel. Les autres types de phrases sont importants mais n’entretiennent pas le même rapport avec le vrai ou le faux. Les phrases interrogatives ne disent pas le vrai ou le faux même si elles cherchent à le connaître. Les phrases exclamatives expriment davantage les émotions que la connaissance du réel. Enfin, les phrases performatives veulent produire un effet dans le réel. Elles ne cherchent pas à connaître le réel.\nImportance de la qualité de nos jugements # Le deuxième acte de l’intelligence est important car la vérité ne se situe qu’au niveau des propositions, et non au niveau des termes, qui sont jugés sur leur clarté, et des syllogismes, qui sont jugés sur leur validité. Or la vérité est ce qui motive notre raison, ce qu’elle recherche, ce qu’elle veut atteindre comme son plus grand bien.\nConfusion entre jugement et réactions émotionnelles # Peter Kreeft précise (p. 139) qu’il est important en logique mais aussi pour notre propre éducation, notre civilisation, et notre honnêteté, de distinguer deux choses qui se produisent en même temps en nous, quand nous lisons ou quand nous entendons ce que les autres déclarent. Nous avons en nous à la fois le contenu de ce qu’ils déclarent et les réactions émotionnelles que ces contenus déclenchent en nous. Le contenu est objectif (si nous sommes fidèles à ce qui a été écrit ou dit), les réactions émotionnelles sont subjectives, elles sont fonction de l’interaction entre ce contenu objectif et notre vécu personnel, nos désirs, nos peurs, nos ressentiments accumulés, nos émotions et nos sentiments en général, ainsi que les produits de notre imagination. Ce contenu objectif n’est pas toujours compris. Avant même la compréhension, la sensibilité et l’imagination peuvent avoir corrompu notre intelligence.\nLe problème, ce serait de confondre les deux et de prendre notre réaction émotionnelle comme source de vérité. Il faut d’abord bien distinguer ce qui a été dit de ce que nous ressentons par rapport à ce qui a été dit. Nos émotions peuvent effectivement être déclenchées par ce qui a été dit, mais elles peuvent aussi être déclenchées par ce que nous croyons ou interprétons ainsi que par notre histoire personnelle. Il n’est pas sûr que nous ayons toujours bien compris ce qui a été dit. Il faut d’abord le vérifier. C’est pourquoi, il est important de se focaliser sur les propositions pour déterminer d’abord ce qui a été dit. De même, si nous n’arrivons pas à bien saisir les concepts qui correspondent aux mots utilisés par l’auteur, il nous faut le questionner pour les clarifier.\nDanger de l\u0026rsquo;interprétation émotionnelle # Peter Kreeft, regardant l’évolution de son propre pays, soutient qu’en un siècle d’éducation de masse, la qualité de la lecture et celle de l’écoute ont eu tendance à se dégrader. L’interprétation émotionnelle est devenue fréquente. Il est donc important de bien distinguer ce que les textes ou les paroles disent réellement de ce que nous croyons qu’ils disent. Pour améliorer notre capacité à discerner ce qu’ils disent réellement, il est donc essentiel de distinguer en nous leur contenu logique, de notre propre réaction émotionnelle vis-à-vis de ce contenu. Il n’y a rien de problématique à ressentir des réactions émotionnelles concernant certains propos. Ce qui est problématique, c’est de laisser nos émotions se substituer au travail de l’intelligence. On commet alors cette erreur très fréquente : mettre les émotions au-dessus de l’intelligence alors qu’elles doivent toujours rester en dessous, puisque ce ne sont pas nos émotions qui connaissent le réel de manière fiable mais bien notre intelligence.\nSeule l\u0026rsquo;intelligence distingue # Peter Kreeft fait la remarque plus loin dans son livre (p. 185) que la différence entre notre intelligence et notre sensibilité, c’est que notre intelligence permet de faire des distinctions conceptuelles précises pour clarifier les informations reçues par la réalité, tandis que notre sensibilité nous fait éprouver une émotion ou plusieurs émotions combinées qu’elle n’arrive pas par elle-même à distinguer. Toute distinction, distinction conceptuelle comme distinction émotionnelle, requiert le travail de l’intelligence. Ainsi, si nous nous laissons emporter par nos émotions, nous serons incapables d’utiliser correctement notre intelligence. Elle risque même d’être mise au service de nos émotions alors qu’elle devrait plutôt servir à les distinguer pour réussir à mieux les tempérer.\nC’est là qu’on comprend pourquoi la vertu de tempérance est si importante. Elle n’est pas importante seulement pour maintenir une bonne relation avec autrui, mais elle est essentielle à toute recherche de vérité sérieuse. Il n’y a donc pas de bon scientifique sans tempérance. Un scientifique sans tempérance se transforme très vite en idéologue. Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur l’importance des vertus dans toute recherche scientifique, je vous recommande le livre du philosophe français Roger Pouivet, L’éthique intellectuelle, une épistémologie des vertus, aux éditions Vrin.\nRemède à cette confusion # L’un des bons remèdes à cette erreur qui consiste à confondre le contenu logique d’une proposition et notre réaction émotionnelle personnelle, c’est de procéder à l’analyse logique des propositions que nous lisons ou que nous entendons. Cette analyse demande de la précision, un recul émotionnel, et, surtout, du temps. Pour l’acquisition sereine du savoir, il faut donc réaliser trois actes différents :\nPenser clairement, c’est-à-dire maîtriser les trois actes de l’intelligence que sont : La compréhension en choisissant des termes clairs ; Le jugement en choisissant des propositions vraies ; Le raisonnement en choisissant des syllogismes valides ou des inductions probables. S’exprimer correctement, ce qui veut dire maîtriser suffisamment la langue : Pour bien choisir les mots qui traduisent au mieux nos termes ; Pour bien choisir les phrases qui traduisent au mieux nos propositions ; Pour bien choisir les paragraphes qui traduisent au mieux nos syllogismes et nos inductions probables. Interpréter correctement ce que les autres disent, c’est-à-dire : Repérer les concepts qui correspondent aux mots utilisés ; Repérer les jugements qui correspondent aux phrases utilisées ; Repérer les raisonnements qui correspondent aux paragraphes utilisés ; Distinguer en nous les contenus logiques de nos réactions émotionnelles ; Essayer de distinguer en l’autre ses contenus logiques de ses réactions émotionnelles. Cette dernière distinction est plus difficile à faire car il n’est pas simple de déterminer avec certitude ce que ressent autrui. Nous pouvons nous tromper dans l’interprétation de ses émotions en raison de notre méconnaissance partielle de son histoire personnelle. Sujet et prédicat # Une fois que notre esprit a compris la nature de quelque chose, son essence, en formant en lui un concept lui correspondant, il va essayer de mettre en relation les différents concepts qu’il possède déjà avec ce nouveau concept. Il va juger. Par exemple, quand nous apercevons un grand oiseau blanc se poser derrière un tracteur qui laboure la terre, nous allons regarder son bec pour déterminer sa forme et sa taille. Cela nous permettra de distinguer si cet oiseau blanc est un héron garde-bœuf ou si c’est une aigrette garzette. Si nous jugeons que cet oiseau blanc a un bec jaune-orangé assez court, nous pourrons en déduire que c’est un héron garde-bœuf. En revanche, si son bec est long et noir, ce sera sans doute une aigrette garzette. Pour réussir à faire cette bonne déduction, il faut d’abord juger. Il faut juger que cet oiseau blanc possède un bec jaune-orangé, il faut attribuer au sujet « oiseau blanc » le prédicat « doté d’un bec jaune-orangé ». Il faut relier des concepts déjà connus, oiseau, blanc, bec, jaune et orange, de telle manière que nous puissions former par notre intelligence un jugement qui produit cette proposition : « cet oiseau blanc est doté d’un bec jaune-orangé ». Le prédicat représente alors une propriété du concept visé par le sujet.\nHérons Garde-Bœuf autour d\u0026rsquo;un tracteur Le sujet, c’est ce dont on parle. Le prédicat, c’est ce que l’on dit du sujet. C’est assez facile d’identifier le sujet et le prédicat d’une proposition quand on a fait un peu de grammaire. En effet, les sujets et prédicats logiques sont généralement les mêmes que les sujets et prédicats grammaticaux. Par ailleurs, le sujet et le prédicat ne sont pas interchangeables. L’attribution d’une propriété, qui se fait par l’intermédiaire du verbe être (la copule), ne possède pas les mêmes propriétés logiques que l’opération d’égalité. On peut certes dire « $2+2=4$ est équivalent à $4=2+2$ » mais on ne peut pas dire que « l’oiseau blanc est doté d’un bec jaune-orangé » est équivalent à « Le bec jaune-orangé est doté d’un oiseau blanc ». L’attribution d’un prédicat à un sujet dans une proposition n’est pas une relation symétrique comme l’est la relation d’égalité.\nFormes des propositions # Il existe différentes formes de propositions, il y a les propositions catégoriques qui sont formées seulement d’un sujet et d’un prédicat reliés par le verbe être, et les propositions composées, qu’on appelle aussi propositions hypothétiques, qui relient plusieurs propositions catégoriques. Il faut aussi distinguer les phrases catégoriques ou composées des phrases impératives, interrogatives, exclamatives et performatives. Cependant, pour commencer, il est bon de maîtriser d’abord les propositions catégoriques et leurs expressions linguistiques correspondantes.\nLes 4 catégories de propositions # Chaque proposition possède une matière, un contenu, et une forme, une structure. La matière d’une proposition correspond aux deux termes qu’elle possède, le sujet et le prédicat. Le contenu de ces deux termes peut varier infiniment. Les propositions peuvent en effet aborder des sujets fort variés. En revanche, la forme d’une proposition catégorique ne possède que deux variables : la quantité et la qualité. La quantité d’une proposition correspond au nombre de sujets qui sont concernés par ce qu’elle dit : tous ou seulement quelques-uns. La quantité est en effet soit universelle (tous) soit particulière (quelques-uns). La qualité d’une proposition correspond au fait qu’elle soit affirmative, si le prédicat est affirmé pour le sujet, ou négative, si le prédicat est nié pour le sujet. Ainsi la matière d’une proposition correspond aux deux termes, et sa forme nous dit comment ces deux termes (le sujet et le prédicat) sont reliés l’un à l’autre.\nLettres représentant ces 4 catégories # Comme une proposition peut être soit universelle soit particulière en quantité et soit affirmative soit négative en qualité, nous avons quatre possibilités :\nA : Les propositions universelles affirmatives, par exemple : « Tous les hommes sont mortels » ; E : Les propositions universelles négatives, par exemple : « Aucun homme n’est mortel » ; I : Les propositions particulières affirmatives, par exemple : « Quelques hommes sont mortels » ; O : Les propositions particulières négatives, par exemple : « Quelques hommes ne sont pas mortels ». Origines latines de ces lettres # Le choix des lettres A, E, I, O vient d’une tradition mnémotechnique latine. J’affirme se dit en latin : affirmo. Les logiciens ont donc mémorisé : « AffIrmo ». Je nie se dit en latin : nego. Ils ont alors mémorisé : « nEgO ». À chaque fois la première voyelle mémorisée désigne les propositions universelles, et la seconde voyelle mémorisée les propositions particulières.\nProposition singulière ≠ proposition particulière # Pour être plus précis, les propositions singulières ne sont pas les mêmes que les propositions particulières. Une proposition singulière ne vaut que pour un seul individu, alors que les propositions particulières valent pour au moins un individu. Les logiciens ont constaté qu’il suffisait de considérer qu’une proposition singulière était une proposition universelle qui caractérisait l’intégralité de l’individu concerné, le tout de l’individu concerné. Ainsi nous avons bien seulement quatre formes possibles de propositions et non pas six. Les propositions singulières comme « Socrate est mortel » sont considérées comme des propositions universelles. Il est possible aussi d’augmenter la difficulté concernant l’analyse des formes possibles des propositions en considérant que les opérateurs modaux comme possible, probable, nécessaire changent la nature de la forme considérée. Depuis le vingtième siècle, la branche de la logique qui s’intéresse à ces connecteurs modaux s’appelle la logique modale. Il n’entre pas dans l’objectif de ce cours de présenter la logique modale, même si ce sont des thèmes fort intéressants. Nous ne considérerons donc ici que les quatre formes classiques de proposition.\nForme logique des propositions # Il est bon de reformuler les propositions du langage courant sous forme de propositions catégoriques. Cela permet de comprendre plus clairement ce qu’elles disent et de calculer plus précisément si les arguments qui contiennent ces propositions sont valides ou non. Les propositions catégoriques peuvent s’écrire ainsi, en écrivant S pour Sujet et P pour Prédicat :\nA : les propositions universelles affirmatives s’écrivent : Tout [S] est [P] ; E : les propositions universelles négatives s’écrivent : Aucun [S] n’est [P] ; I : les propositions particulières affirmatives s’écrivent : Quelques [S] sont [P] ; O : les propositions particulières négatives s’écrivent : Quelques [S] ne sont pas [P]. Exemples de mise en forme logique # Prenons quelques exemples :\nLangage ordinaire : « Les oiseaux volent » ; Forme logique : Tous [les oiseaux] sont [des choses qui volent] —\u0026gt; A ; Langage ordinaire : « Les mortels n’atteindront jamais la perfection absolue » ; Forme logique : Aucun [mortel] n’est [ celui qui atteindra la perfection absolue un jour] —\u0026gt; E ; Langage ordinaire : « Tout ce qui brille n’est pas de l’or » ; Forme logique : Certaines [choses qui brillent] ne sont pas [des choses en or] —\u0026gt; O. Cela peut sembler fastidieux voire inutile de remplacer les propositions du langage ordinaire par leurs formes logiques. Cependant, Peter Kreeft nous conseille de le faire pour éviter de faire des erreurs de raisonnement. Cette mise en forme permet de mieux repérer ce que nous voulons dire et évite de nombreuses erreurs. Encore faut-il prendre le temps de s’entraîner !\nVous trouverez plus de précision dans le livre Socratic Logic de Peter Kreeft, cela serait trop long de tout exposer ici. Retenez cependant qu’il faut connaître les quatre sortes de proposition et savoir remplacer les propositions du langage ordinaire par leurs formes logiques pour pouvoir bien clarifier nos raisonnements et repérer plus facilement leur structure. C’est la condition pour éviter d’utiliser des raisonnements invalides. Il est plus facile de se tromper avec le langage ordinaire qu’avec les formes logiques correspondantes. Bien évidemment, tout cela demande un long apprentissage que, malheureusement, l’école n’organise plus.\nLa notion de contradiction # Comme nous le rappelle Peter Kreeft, en logique la notion de contradiction ne désigne pas la relation psychologique et subjective entre deux êtres humains qui sont en désaccord, mais la relation logique et objective entre deux propositions qui ne peuvent pas être vraies en même temps ou fausses en même temps. Il est crucial en logique de savoir quand deux propositions se contredisent et quand elles ne le font pas. Le manque de clarté concernant ce sur quoi portent les contradictions explique pourquoi nos débats controversés sont souvent stériles et n’arrivent pas à indiquer où se trouve la vérité.\nDéfinition de la contradiction # Pourtant, les conditions qui permettent de repérer les contradictions sont très simples, très rigoureuses et ont aussi une portée très limitée.\nDeux propositions se CONTREDISENT l’une l’autre seulement quand LA VÉRITÉ DE L’UNE SIGNIFIE NÉCESSAIREMENT LA FAUSSETÉ DE L’AUTRE, et quand LA FAUSSETÉ DE L’UNE SIGNIFIE LA VÉRITÉ DE L’AUTRE. Cela n’arrive qu’entre des propositions qui possèdent les mêmes sujets et prédicats, et qui diffèrent à la fois en quantité et en qualité. Les deux sortes de contradiction # Il n’y a que deux ensembles de propositions contradictoires :\nLes propositions ayant pour formes : « Tout S est P » et « Quelques S ne sont pas P » ; —\u0026gt; A et O ; Les propositions ayant pour formes : « Aucun S n’est P » et « Quelques S sont P » ; —\u0026gt; E et I. Le mot contradiction en logique est très précis et se distingue de la contrariété. A et O sont contradictoires, si l\u0026rsquo;une est vrai l\u0026rsquo;autre est fausse, si l\u0026rsquo;une est fausse l\u0026rsquo;autre est vraie. En revanche A et E sont dans une relation de contrariété. Si l\u0026rsquo;une est vrai l\u0026rsquo;autre est fausse, mais elles peuvent toutes les deux être fausses en même temps. Donc ce n\u0026rsquo;est pas exactement le même type de relation que la contradiction.\nPour ceux qui voudraient mieux comprendre, vous pouvez regarder avec profit ce que dit Peter Kreeft dans Socratic Logic lorsqu\u0026rsquo;il présente The Square of Opposition.\nIl est donc plus facile de repérer les contradictions quand les propositions du langage ordinaire sont mises sous leur forme logique. Cela demande du temps et de la précision.\n","date":"28 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/jugement-term/","section":"Articles","summary":"","title":"Pouvons-nous connaître les choses réelles ?","type":"articles"},{"content":"","date":"28 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/roger-pouivet/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Roger Pouivet","type":"philosophes"},{"content":"Vous trouverez le document PDF de cet article ici : La définition\nIntroduction # Dans ce cours nous continuons à découvrir l’importance de la première opération de l’intelligence : la simple appréhension. Je m’appuis, en partie, sur le livre de Peter Kreeft, Socratic Logic, plus précisément, des pages 123 à 130. Vous pouvez d’ailleurs télécharger ce livre en cliquant ici.\nJe synthétise ici le cours que j\u0026rsquo;ai réalisé en mai dernier auquel j\u0026rsquo;ajoute des précisions importantes pour réussir à trouver de bonnes définitions. Je prends donc un peu de distance par rapport à la traduction du livre de Peter Kreeft. Ce cours commence comme celui du mois de mai mais ne donne pas de détails sur la distinction entre définition nominale et définition essentielle pour éviter qu\u0026rsquo;il soit trop long. Ceux qui voudraient en savoir plus devront aller lire la fin du cours indiqué ci-dessus.\nProblématique # La première opération de l\u0026rsquo;intelligence, la simple appréhension, nous conduit à définir clairement les concepts qui nous permettent de comprendre la réalité. Cependant pour que cette compréhension soit la plus claire possible, il nous faut avoir une définition claire de nos concepts. Même si notre esprit humain à cette capacité de définir les concepts qu\u0026rsquo;il utilise, cela ne veut pas dire que c\u0026rsquo;est une chose facile qui ne demanderait aucun effort. Dans un premier temps, il nous faut d\u0026rsquo;abord clarifier ce qu\u0026rsquo;on entend par définition. Il en existe en effet plusieurs types qu\u0026rsquo;il faut bien différencier. Ensuite, une fois qu\u0026rsquo;on a compris que la meilleure définition est celle que l\u0026rsquo;on appelle la définition essentielle, nous verrons quels sont les outils intellectuels que nous pouvons utiliser pour nous aider à la découvrir.\nCes outils intellectuels sont utiles voire nécessaires mais ils ne suffisent pas pour réussir sans difficulté. Il faut souvent procéder par approximations successives pour réussir à trouver la bonne définition. Certains concepts qui nous servent à comprendre la réalité sont évidemment plus faciles à définir que d\u0026rsquo;autres. Cependant, il serait irréaliste de croire que tous les concepts sont faciles à définir. Ce cours a pour but de vous aider à progresser dans cette activité si importante pour la philosophie et pour toutes les sciences, activité qui consiste à définir les concepts que nous utilisons pour comprendre la réalité.\nNature de la définition # La définition est essentielle en logique. C’est elle en effet qui nous dit ce qu’est une chose. C’est la réponse à la première question que l’intelligence se pose : « Qu’est-ce que c’est ? » Et si nous ne savons pas ce qu’est une chose par la première opération de l’intelligence alors nous ne pouvons pas juger correctement, c’est-à-dire utiliser la deuxième opération de l’intelligence. Nous ne savons pas non plus si une propriété appartient à cette chose ou non. De même, si nous ne savons pas ce qu’est une chose, nous n’avons pas de proposition vraie sur elle pour pouvoir commencer la troisième opération de notre intelligence, c’est-à-dire le raisonnement.\nL’art de définir les termes est donc essentiel, puisque c’est le point de départ du fonctionnement de notre intelligence. Nous avons dit auparavant que la première condition que nous devions vérifier pour savoir si nos raisonnements sont vrais, c’était de savoir si les termes utilisés étaient clairs. Or la définition, c’est justement ce qui permet de clarifier le sens des termes que nous utilisons dans nos raisonnements.\nLa définition s’intéresse à la compréhension d’un terme. Elle permet de séparer à l’intérieur de son sens essentiel, ce qui relève de son genre (son aspect commun avec d’autres réalités proches de lui) de sa différence spécifique (ce qui le distingue des autres réalités proches de lui).\nUne définition nous dit ce qu’une chose est. La meilleure définition que nous pouvons trouver pour un terme, c’est sa définition essentielle, elle nous donne l’essence de la chose visée en nous fournissant son genre et sa différence spécifique. C’est la définition maximale que nous pouvons trouver pour un terme. La définition minimale quant à elle, consiste à distinguer la chose définie de toutes les autres choses, de telle manière que nous ne confondions pas cette chose avec les autres choses.\nLa définition maximale, la définition essentielle, est claire et distincte. Tandis que la définition minimale n’est que distincte. Si nous n’arrivons pas à trouver, quand nous écrivons ou quand nous parlons, la clarté parfaite, parce que nous n’arrivons pas à trouver la définition essentielle de la chose considérée, nous devons au minimum savoir ce qu’elle n’est pas (c’est-à-dire la différencier des autres choses). Le mot définition en lui-même veut d’ailleurs dire délimitation, mettre des limites autour de la chose concernée pour la distinguer des autres choses. Si nous ne sommes pas capable de définir une chose, alors nous ne savons pas de quoi nous parlons. C’est pourquoi la qualité d’un écrit ou d’un discours se juge d’abord sur la qualité des définitions. C’est pourquoi je répèterai à de nombreuses reprises qu’une bonne dissertation ou une bonne étude ordonnée prennent soin de bien clarifier les concepts visés par la question posée ou par le texte donné. La limite de la logique formelle actuelle, qu’on appelle aussi logique mathématique, c’est qu’elle ne s’intéresse pas aux définitions essentielles des choses. Elle est implicitement nominaliste, elle exclut la notion d’essence.\n6 règles pour une bonne définition # Il existe 6 règles pour réussir à obtenir une définition acceptable :\nUne définition doit posséder le bon degré de précision, de focus, vis-à-vis de la chose visée. Elle ne doit pas être trop vaste et ainsi confondre la chose avec d’autres choses proches, mais pas trop resserrée pour pouvoir réussir à désigner la chose considérée et toutes celles qui lui ressemblent. Les logiciens parlent alors de coextensivité. Une définition doit être claire, c’est-à-dire non obscure, non ambiguë. Une définition doit être littérale et non pas métaphorique. Une définition doit être brève et non trop longue. Une définition doit être positive et non pas négative, si possible. En effet, seules les réalités négatives demandent à recevoir des définitions négatives. Par exemple, le mal se définit comme la privation d’un bien, le néant, c’est le fait qu’il n’y ait rien. Une définition ne doit pas être circulaire : le terme défini ne doit pas apparaître dans la définition. Autant, cela peut être un jeu de mot en informatique comme GNU is Not Unix, autant cela ne fait pas une définition. Définir un nom commun par son adjectif correspondant est donc une très mauvaise idée. Il est donc inutile de dire que la liberté c’est le fait d’être libre, car en écrivant cela nous ne disons rien. Pour mémoriser plus facilement, il est possible de rassembler ces 3 règles de la manière suivante, une définition doit être :\nCOEXTENSIVE (= AVOIR LE BON FOCUS), CLAIRE, LITTÉRALE et BRÈVE, NI NÉGATIVE, NI CIRCULAIRE. Les types de définition # Il existe plusieurs types de définition et le type le meilleur est le deuxième :\nLa définition nominale, c’est la définition du mot tel qu’il est utilisé à différentes époques plutôt que la définition de la chose visée. C’est une erreur fréquente que certains philosophes font (ou certains professeurs de philosophie, ou certains élèves). Elle consiste à confondre le sens d’un mot avec le sens de la chose visée. C’est pourquoi pour trouver le sens de la chose visée, il vaut mieux chercher le sens du concept, ou le sens du terme, plutôt que le sens du mot. En latin la question correspondante est : quid nomini ? La définition essentielle, elle donne le genre et la différence spécifique. La définition essentielle correspond à la définition par la cause formelle. En latin la question correspondante est : quid rei ? La définition par les propriétés. On appelle propriétés, les caractéristiques essentielles d’une chose, à la différence des caractéristiques accidentelles. Un homme possède la propriété d’avoir la faculté que l’on désigne par le terme de volonté. Cela fait partie de sa nature. En revanche, il peut ne pas avoir de cheveux, et rester un homme. Les cheveux sont donc des caractéristiques accidentelles. La définition par les accidents, elle donne les caractéristiques actuelles de la personne mais qui ne sont pas essentielles. La coupe de cheveux, le vêtement porté, etc. La difficulté, c’est de donner suffisamment d’accidents pour que la chose ne soit pas confondue avec une autre. Lors de certaines enquêtes policières, elle peut cependant être nécessaire pour réussir à arrêter le coupable. La définition par la cause efficiente, on appelle aussi cette définition : définition génétique. Par exemple : une éclipse de soleil est un événement astronomique causé par le passage de la lune entre la lumière provenant du soleil et la terre, l’empêchant de nous parvenir. Autre exemple : un gland est le fruit du chêne. La définition par la cause finale, par exemple : une maison est une construction humaine permettant de se protéger des intempéries. Autre exemple : l’œil est un organe permettant de voir. Autre exemple : un crayon est un instrument permettant d’écrire. La définition par la cause matérielle, ou par sa composition. Par exemple : la molécule d’eau est composée de deux atomes d’hydrogène et d’un atome d’oxygène (H2O). Un poisson est un animal avec des écailles. Cette définition est confuse car on pourrait prendre le pangolin pour un poisson. Peut-être qu’il vaudrait mieux dire : le poisson est un animal possédant des branchies (mais là encore cela risque d’être imprécis). La définition par les effets. Par exemple, un cancérigène est une molécule qui peut provoquer un cancer. Les types de cause # Pour bien comprendre les différents types de définitions, il peut être utile de connaître les différents types de causes. Ceux qui voudraient mieux comprendre ce qui est indiqué ci-dessus peuvent donc avec profit consulter l\u0026rsquo;article suivant :\nLes causes 30 septembre 2025\u0026middot;117 mots\u0026middot;1 min PhiloTerm Séminaire Cause Arbre de Porphyre pour l\u0026rsquo;homme # Le premier outil fort utile pour nous aider à trouver la définition essentielle que je veux vous présenter à été inventé par le philosophe phénicien logicien païen : Porphyre (234-305), né à Tyr (dans l\u0026rsquo;actuel Liban) et mort à Rome. En mémoire de son inventeur, la tradition philosophique l\u0026rsquo;appelle : L\u0026rsquo;arbre de Porphyre. Assez souvent on présente cet arbre en prenant l\u0026rsquo;exemple de la définition de l\u0026rsquo;homme telle que Porphyre la présente lui-même. Habituellement l\u0026rsquo;arbre a sa racine dans le ciel, dans le schéma suivant, j\u0026rsquo;ai remis la racine en bas.\nGrâce à l\u0026rsquo;invention récente d\u0026rsquo;un mode de visualisation des données que l\u0026rsquo;on appelle Treemap, nous pouvons visualiser différemment l\u0026rsquo;arbre de Porphyre. Évidemment, c\u0026rsquo;est un détournement du rôle habituel des treemaps, mais il me semble que cela permet d\u0026rsquo;apporter un support visuel à notre imagination pour mieux nous représenter cet arbre. Vous êtes évidemment libres de choisir le mode de représentation qui vous convient le mieux.\nOutils intellectuels pour mieux utiliser les arbres de Porphyre # Dans les deux modes de présentation de l\u0026rsquo;Arbre de Porphyre pour l\u0026rsquo;homme que nous venons de voir, un certain nombre de notions sont utiles pour bien les comprendre. Ces notions sont rassemblées sous 3 ensembles que la tradition philosophique depuis Aristote nomment précisément :\nLes prédicables ; Les catégories ; Les post-prédicaments. Voici 3 treemaps qui permettent d\u0026rsquo;avoir une vision synthétique de ces 3 ensembles, de ces 3 outils intellectuels qui permettent de mieux définir nos concepts. Le sujet est très vaste et il est difficile de le développer dans un cours de philosophie de terminale. La référence principale à ce sujet reste cependant les livres d\u0026rsquo;Aristote intitulés Les Topiques et Les Catégories.\nLes prédicables # Les prédicables rassemblent les différentes manières de parler d\u0026rsquo;une substance, c\u0026rsquo;est-à-dire d\u0026rsquo;une chose réelle.\nLes catégories # Les catégories permettent de trouver le genre le plus lointain que nous pouvons mettre dans notre Arbre de Porphyre quand nous essayons de définir le concept qui nous permet de comprendre une chose réelle. C\u0026rsquo;est la racine de notre arbre de Porphyre.\nLes post-prédicaments # Parfois pour clarifier nos concepts, il est important de moduler les catégories de l\u0026rsquo;être. C\u0026rsquo;est le rôle de ce que la tradition philosophique appelle post-prédicaments. Ce troisième outil est plus subtile dans son utilisation et si vous arrivez déjà à utiliser l\u0026rsquo;arbre de Porphyre aidé par les prédicables et les catégories, cela vous permettra d\u0026rsquo;obtenir une définition essentielle pour votre concept fort honorable. En revanche, dans vos recherches scientifiques ou philosophiques futures quand vos serez étudiants ou professionnels, il pourra être utile de revenir sur cette notion de post-prédicaments.\nDéfinir : essentiel mais souvent difficile # Ce n\u0026rsquo;est que par la pratique, par l\u0026rsquo;exercice, que nous augmentons notre capacité à définir les concepts que nous utilisons. Or comme le dit Peter Kreeft, il n\u0026rsquo;existe pas de méthode assurée pour trouver une définition. Il n\u0026rsquo;existe pas d\u0026rsquo;algorithme. C\u0026rsquo;est pourquoi une intelligence artificielle ne sera jamais réellement une intelligence. Le mieux qu\u0026rsquo;elle puisse faire c\u0026rsquo;est de nous redonner une définition qu\u0026rsquo;une intelligence humaine a déjà trouvée. Ce n\u0026rsquo;est pas rien d\u0026rsquo;ailleurs puisque cela peut s\u0026rsquo;avérer fort utile pour notre apprentissage. Cependant l\u0026rsquo;intelligence artificielle ne sera pas capable de découvrir une définition. Le processus intellectuel dépasse ce qui peut être codé sous forme d\u0026rsquo;algorithme.\nLa crainte que j\u0026rsquo;ai actuellement c\u0026rsquo;est que par paresse intellectuelle la jeune génération mais aussi les moins jeunes perdent peu à peu leur capacité de définir les concepts qu\u0026rsquo;ils utilisent. C\u0026rsquo;est en effet une grande tentation de poser la question à une IA de nous donner la définition d\u0026rsquo;un concept. La tentation était déjà grande auparavant de rechercher cette définition dans des livres ou sur le web. Il me semble cependant que l\u0026rsquo;IA augmente encore plus notre tendance naturelle à la paresse intellectuelle.\nLe problème, c\u0026rsquo;est que même en apprenant à rédiger des prompts qui orientent la réponse de l\u0026rsquo;IA nous ne sommes jamais à l\u0026rsquo;abri d\u0026rsquo;une de ses hallucinations. L\u0026rsquo;IA peut donc nous induire en erreur sans que nous en prenions conscience par manque de culture. De plus, c\u0026rsquo;est par l\u0026rsquo;effort de définition personnel que nous comprenons réellement un sujet. Un perroquet qui répète un perroquet stochastique reste un perroquet, ce n\u0026rsquo;est plus un humain au sens fort du terme.\nLa question que je vous pose est donc la suivante : qu\u0026rsquo;allez-vous choisir de faire quand vous rencontrerez une difficulté pour définir un concept ? Allez vous vous efforcez de trouver la définition par vous-même quitte à devoir vous y reprendre à plusieurs fois avec quelques jours d\u0026rsquo;intervalle (quand c\u0026rsquo;est possible) ? Ou dès que cela sera possible, allez-vous poser la question à une IA et la prendre comme « parole d\u0026rsquo;Évangiles » ?\nLibre à vous de faire le choix que vous voudrez. Cependant ce choix libre peut paradoxalement entraîner une perte de liberté future. En effet, il n\u0026rsquo;y a pas de liberté véritable sans force intellectuelle personnelle.\n","date":"27 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/definition-term/","section":"Articles","summary":"","title":"Est-ce si facile de définir un concept ?","type":"articles"},{"content":"","date":"22 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/alfred-north-whitehead/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Alfred North Whitehead","type":"philosophes"},{"content":" Cours à venir : du futur proche au futur plus lointain # L\u0026rsquo;art peut-il se passer de la beauté ? L\u0026rsquo;artiste est-il un artisan ? L\u0026rsquo;artiste éveille-t-il à la réalité ? Cours actuellement donnés # Nos activités humaines peuvent-elles devenir des sources d\u0026rsquo;aliénation ? Cours déjà vus : du plus récent aux plus anciens # Travailler et Œuvrer est-ce la même chose qu\u0026rsquo;Agir ? Nos techniques et nos technologies sont-elles dangereuses pour la nature ? La nature est-elle dangereuse ? Est-il possible d\u0026rsquo;éviter la banalité du mal ? Livre d\u0026rsquo;Hannah Arendt : Considérations morales Le langage peut-il blesser notre honneur ? La zizanie est-elle évitable ? Le smartphone modifie-t-il notre perception temporelle ? Notre moi profond se développe-t-il avec le temps ? Peut-on connaître ce qu\u0026rsquo;est le temps ? Le mal peut-il devenir banal ? La justice politique peut-elle se passer de la monnaie ? La vengeance peut-elle conduire à la paix ? Une république peut-elle être démocratique ? L\u0026rsquo;État suffit-il pour contenir la violence et éviter les guerres ? Est-il possible de vivre ensemble sans tolérance ? N\u0026rsquo;y a-t-il qu\u0026rsquo;une manière de définir la notion de religion ? Méthode d\u0026rsquo;étude ordonnée Faut-il renoncer à la notion d'inconscient freudien ? 26 décembre 2025\u0026middot;Mis à jour : 21 janvier 2026\u0026middot;5460 mots\u0026middot;26 mins PhiloTerm Conscience Inconscient Méconnaissance Préconscient Notre conscience sait-elle toujours ce qu'elle fait ? 17 décembre 2025\u0026middot;4177 mots\u0026middot;20 mins PhiloTerm Conscience Inconscient Pouvons-nous être heureux sans vertu ? 7 décembre 2025\u0026middot;2772 mots\u0026middot;14 mins PhiloTerm Bonheur Justice Liberté Nature Le bonheur dépend-il de nous ? 3 décembre 2025\u0026middot;3223 mots\u0026middot;16 mins PhiloTerm Bonheur Le pardon permet-il de guérir du ressentiment ? 29 novembre 2025\u0026middot;Mis à jour : 18 janvier 2026\u0026middot;4248 mots\u0026middot;20 mins PhiloTerm Conscience Ressentiment et pardon 19 novembre 2025\u0026middot;212 mots\u0026middot;1 min PhiloTerm Conscience Notre conscience peut-elle être éclairée ? 21 octobre 2025\u0026middot;Mis à jour : 12 novembre 2025\u0026middot;3429 mots\u0026middot;17 mins PhiloTerm Conscience Justice Œuvre Dans ma vie actuelle ma conscience est-elle éveillée ou entravée ? 20 octobre 2025\u0026middot;3182 mots\u0026middot;15 mins PhiloTerm Conscience La liberté se réduit-elle à suivre nos émotions ? 15 octobre 2025\u0026middot;1445 mots\u0026middot;7 mins PhiloTerm Liberté Les actes volontaires 14 octobre 2025\u0026middot;Mis à jour : 15 octobre 2025\u0026middot;429 mots\u0026middot;3 mins PhiloTerm Séminaire Liberté Pouvons-nous être libres sans volonté ? 13 octobre 2025\u0026middot;Mis à jour : 3 décembre 2025\u0026middot;4356 mots\u0026middot;21 mins PhiloTerm Devoir Liberté Nos désirs sont-ils compatibles avec notre liberté ? 7 octobre 2025\u0026middot;2284 mots\u0026middot;11 mins PhiloTerm Liberté Les sciences peuvent-elles nous conduire à la certitude ? 21 septembre 2025\u0026middot;5411 mots\u0026middot;26 mins PhiloTerm Raison Science Vérité La démonstration peut-elle nous aider à mieux connaître le réel ? 1 septembre 2025\u0026middot;3214 mots\u0026middot;16 mins PhiloTerm Raison Science Vérité La vérité est-elle accessible ? 1 septembre 2025\u0026middot;3620 mots\u0026middot;17 mins PhiloTerm Justice Raison Science Vérité Nos désirs peuvent-ils corrompre notre liberté ? 27 septembre 2025\u0026middot;846 mots\u0026middot;4 mins PhiloTerm Dissertation Méthode de dissertation 27 septembre 2025\u0026middot;1103 mots\u0026middot;6 mins PhiloTerm Dissertation Pouvons-nous connaître les choses réelles ? 28 août 2025\u0026middot;3515 mots\u0026middot;17 mins Logique PhiloTerm Justice Raison Science Vérité Est-ce si facile de définir un concept ? 27 août 2025\u0026middot;Mis à jour : 29 août 2025\u0026middot;2452 mots\u0026middot;12 mins Logique PhiloTerm Langage Raison Science Vérité Nos concepts correspondent-ils aux réels ? 22 août 2025\u0026middot;2141 mots\u0026middot;11 mins PhiloTerm Langage Nature Raison Science Vérité Pouvons-nous comprendre la réalité ? 22 août 2025\u0026middot;2917 mots\u0026middot;14 mins PhiloTerm Langage Nature Raison Science Vérité L'homme n'est-il qu'un animal ? 21 août 2025\u0026middot;2642 mots\u0026middot;13 mins PhiloTerm HLP Première Langage Nature Raison Science Vérité Peut-on confondre le philosophe et le sophiste ? 20 août 2025\u0026middot;2034 mots\u0026middot;10 mins PhiloTerm HLP Première Bonheur Raison Vérité Les émotions peuvent-elles entraver notre pensée ? 19 août 2025\u0026middot;878 mots\u0026middot;5 mins PhiloTerm Bonheur Liberté Raison Peut-on philosopher sans discipline ? 19 août 2025\u0026middot;1424 mots\u0026middot;7 mins PhiloTerm Bonheur Justice Liberté Raison ","date":"22 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/pages/avanc%C3%A9e-philo/","section":"Pages","summary":"","title":"Avancée du cours de philosophie en terminale","type":"pages"},{"content":"","date":"22 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/avicenne/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Avicenne","type":"philosophes"},{"content":"","date":"22 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/david-hume/","section":"Philosophes","summary":"","title":"David Hume","type":"philosophes"},{"content":"Vous trouverez le document PDF pour cet article ici : La Querelle des Universaux.\nIntroduction # La question de la correspondance entre nos concepts et ce qu\u0026rsquo;ils prétendent décrire du réel est une question qui s\u0026rsquo;est particulièrement manifestée dans ce que l\u0026rsquo;on a appelé « la querelle des universaux ». Cette querelle est importante pour comprendre les enjeux de certains choix philosophiques. La présentation que Peter Kreeft en fait dans Socratic Logic est l\u0026rsquo;une des plus claire que j’ai jusqu’ici trouvée. C’est pourquoi je prends le temps de vous présenter sa synthèse en traduisant librement ce qu’il dit. Bien comprendre les différentes positions possibles dans cette querelle, vous permettra de mieux comprendre les conséquences concrètes qui peuvent naître des différentes positions philosophiques et ainsi de mieux vous repérer dans les différents courants philosophiques actuels.\nDerrière cette querelle se cache le statut de la connaissance humaine. L\u0026rsquo;homme décrit-il la réalité quand il utilise des concepts, ou n\u0026rsquo;utilise-t-il que des concepts inventés par lui ? Ces inventions, ces conventions étaient peut-être utiles à une époque donnée, mais seront-elles encore valables demain ?\nPrésentation de l\u0026rsquo;objet de la querelle # Le fait que la plupart des termes soient universels, c’est-à-dire qu’ils peuvent être utilisés pour de nombreuses choses individuelles différentes, à donner naissance au problème qui est devenu célèbre dans l’histoire de la philosophie sous le titre de la querelle des universaux (ou problème des universaux). Le premier à l’avoir développée, c’est le logicien néoplatonicien Porphyre, d’origine phénicienne (il est né à Tyr situé dans l’actuel Liban, en 234 et est mort en 305). Cette querelle apparaît quand nous nous posons cette question : Qu’est-ce qu’il y a dans la réalité qui correspond aux termes universels que nous utilisons ? Par exemple, qu’est-ce qui correspond au termes abstraits beauté ou humanité dans la réalité ?\nIl est clair que les termes concrets et particuliers comme Socrate ou la lune correspondent à des entités individuelles concrètes qui existent dans un espace et un temps particuliers. Mais où et quand pouvons-nous trouver la beauté ou l’humanité en général de manière distincte de cette belle chose ou de cet être humain ?\nNous avons dit que les termes expriment des concepts (ce sont les produits mentaux de nos actes mentaux), ces concepts sont universels, et les concepts correspondent aux essences ou aux natures des choses. Est-ce que ces essences, ces natures, sont universelles comme les concepts que nous avons d’elles ?\nSi les natures ne sont pas universelles alors il semblerait que nos concepts que nous avons d’elles ne correspondent plus vraiment à leur réalité. Et alors, les concepts déformeraient plutôt que révèleraient la vraie nature des choses.\nOn peut le dire autrement. Est-ce que les universaux sont des choses réelles ? Est-ce que la beauté est aussi réelle que le sont les choses belles ? Est-ce que l’humanité, la nature humaine, l’espèce humaine, existe en plus des 8 milliards d’êtres humains qui possèdent la même nature humaine essentielle ?\nLa position de Platon # Platon pensait que oui. Il appelait ces universaux des Formes ou des Idées, non pas des idées dans nos esprits, mais des Idées à l’extérieur de nos esprits, des vérités objectives. Non pas des pensées, mais des objets de nos pensées. Il croyait qu’il y avait deux sortes de réalité, deux mondes : un monde de choses concrètes, individuelles et matérielles situées dans un temps et un espace que nous connaissons par nos sens corporels, et un autre monde de Formes, d’Idées universelles et immatérielles que nous connaissons par notre esprit grâce à nos concepts.\nLa théorie des deux mondes semble assez fantastique pour le sens commun et ressemble à un exemple de ce que le philosophe Alfred North Whitehead appelle « l’erreur de la concrétude mal placée » ou « l’erreur de la réification mal placée ». Cette erreur correspond selon lui à traiter un aspect abstrait d’une chose (sa nature essentielle par exemple) comme si elle était une autre chose concrète. Cette théorie de Platon est parfois appelée Réalisme extrême à cause du fait qu’elle proclame que les universaux sont extrêmement réels, car ils ne sont pas seulement aussi réels que les choses individuelles, ils sont plus réels qu’elles car ils sont indépendants du temps, ils sont immortels et permanents. Un beau visage change avec le temps, mais la beauté reste la beauté. En France, il est plus fréquent de parler de l’Idéalisme de Platon que de son Réalisme extrême, mais cette deuxième appellation est utile à retenir.\nLa position de Guillaume d\u0026rsquo;Ockham # La théorie qui s’oppose complètement à celle de Platon est appelé le Nominalisme. Le philosophe Guillaume d’Ockham, philosophe du XIVème siècle est la plupart du temps désigné comme étant l’inventeur de cette théorie philosophique. Le Nominalisme déclare que les universaux ne sont que des noms (nomini en latin, d’où nominalisme) que nous utilisons comme raccourcis ou comme abréviations. Au lieu de donner à chaque arbre un nom différent et individuel (un nom propre), nous groupons ensemble pour nous faciliter la vie sous la forme d’un nom vague « arbre », toutes les choses qui se ressemblent d’une certaine manière (par exemple, elles ont en commun d’avoir un tronc et des feuilles ainsi que des racines). Mais en réalité, tous les arbres sont différents, ils ne sont pas les mêmes. Il n’y a pas d’universel, d’un en plusieurs, mais seulement plusieurs individus.\nLe nominalisme semble logiquement auto-contradictoire, car si tous les arbres sont différents, comment peut-il être vrai de les appeler des arbres ? La phrase-même qui dit que tous les arbres ne sont pas les mêmes, présuppose qu’ils le sont sinon nous ne serions même pas capables de la comprendre. Si les universaux sont seulement nos noms pour les individus qui se ressemblent les uns les autres d’une certaine manière, cette « certaine manière » doit être réellement universelle (par exemple avoir un tronc, avoir des racines, avoir des feuilles) sinon nous ne pourrions pas repérer cette certaine manière en commun. Ainsi nous avons éliminer un universel, arbre, seulement en faisant appel à 3 autres universaux (tronc, racine, feuille). Quelque chose dans les arbres doit justifier l’utilisation d’un universel comme arbre. Qu’est-ce que c’est ? Est-ce une ressemblance, une similitude ? Mais ils doivent se ressembler les uns les autres en quelque chose, non ? Qu’est-ce que cela pourrait être si ce n’est pas leur nature, leur essence, leur essence arborée (treeness en anglais), ce que les arbres sont réellement ?\nLa position d\u0026rsquo;Aristote # Nous alons trouver chez Aristote une position intermédiaire, un juste milieu entre ces deux extrêmes représentés par l’Idéalisme ou le Réalisme extrême de Platon et le Nominalisme de Guillaume d’Ockham. Sa pensée s’accorde d’ailleurs mieux avec le sens commun. Cette position aristotélicienne est aussi défendue par le philosophe persan Avicenne et par le philosophe chrétien Thomas d’Aquin au Moyen Âge. On appelle cette position philosophique le Réalisme modéré.\nLe réalisme modéré soutient que les essences sont objectivement réelles (contrairement au nominalisme) mais ne sont pas des choses réelles (contrairement au réalisme extrême de Platon). Elles sont les formes ou les natures essentielles des choses. Les formes existent dans le monde seulement dans les choses individuelles matérielles mais elles existent aussi dans nos esprits sous la formes de nos concepts quand notre esprit les abstrait des choses réelles. C’est la même nature (par exemple l’humanité) qui existe dans deux états : un état matériel dans les choses matérielles, un état spirituel dans notre esprit. Autrement nos concepts ne correspondraient pas au réel, ils ne seraient pas des concepts de la chose visée, de ce qu’est la réalité dans les choses. Une forme universelle comme l’humanité, existe dans le monde seulement individuellement, mais la même forme existe dans notre esprit universellement, grâce à l’acte d’abstraction réalisé par notre esprit à partir des choses réelles individuelles.\nDonc Aristote aurait répondu aux nominalistes qu’ils ont raison de dire que l’universalité n’existe que dans notre esprit non dans les choses concrètes (qui sont toujours individuelles) mais qu’ils ont tort de dire qu’il n’y a rien dans la réalité qui est l’objet de nos concepts universels. Et il répondait à Platon que le Réalisme extrême a raison d’affirmer que les universaux sont objectivement réels et qu’ils ne sont pas seulement des noms, mais qu’il a tort de penser que ce sont des substances. En effet, le terme aristotélicien pour désigner les choses concrètes individuelles est le terme de substance. Les universaux pour Aristote sont les formes des substances (l’humanité des humains, la nature arborée des arbres, la beauté des choses belles). Certaines formes sont essentielles (comme l’humanité pour les êtres humains) car les choses ne peuvent pas rester elles-mêmes si elles ne les possèdent pas, et d’autres sont accidentelles (comme la blondeur d’une personne) car elles peuvent rester elles-mêmes sans les posséder (un blond reste un humain même s’il perd ses cheveux ou si ses cheveux blanchissent). Le rouge de la tomate n’est pas essentiel mais accidentel car une tomate reste une tomate même si elle est verte.\nAstuce pour définir la notion de concept # Ce n\u0026rsquo;est pas toujours facile de trouver une définition essentielle de la notion de concept qui soit valable pour les 3 courants philosophiques présentés plus haut. Il y a cependant une astuce qui permet de le faire, c\u0026rsquo;est d\u0026rsquo;utiliser une définition essentielle dont la focalisation n\u0026rsquo;est pas trop précise. Il sera alors possible de préciser la focalisation pour chaque auteur ensuite.\nSi nous disons que les concepts sont des efforts intellectuels qui visent des choses particulières, cela peut correspondre aux 3 courants philosophiques présentés :\nChez Platon, cet effort consiste à voir le concept qui pré-existe dans le monde intelligible, c\u0026rsquo;est donc un effort de vision, c\u0026rsquo;est comme si l\u0026rsquo;intelligence était une sorte de troisième œil (je sais, c\u0026rsquo;est surprenant). Chez Guillaume d’Ockham, c\u0026rsquo;est un effort d\u0026rsquo;appellation conventionnelle qui rassemble les choses qui se ressemblent en quelque manière. Chez Aristote, c\u0026rsquo;est un effort d\u0026rsquo;abstraction intellectuelle de la forme intelligible déjà présente dans la chose particulière pour lui donner une existence universelle dans notre esprit. Les dangers d\u0026rsquo;un certain idéalisme # Cette querelle logique apparemment très technique, très abstraite, possède de nombreuses conséquences pratiques. Si les universaux sont plus réels que les individus, alors les individus, et les individus humains particulièrement, sont moins importants que l’humanité. Il est alors possible de sacrifier des individus humains pour des prétendus principes d’humanité. Cette manière de pensée est la matrice de nombreux totalitarismes. Et si les choses individuelles sont moins réelles que les universaux, alors les sens ne nous révèlent rien de véritablement important, et seulement les rares cerveaux pouvant penser de manière abstraite avec facilité sont de vrais sages. Vous reconnaissez-là tous les idéologues qui sont à la fois prêt à sacrifier des personnes pour leur idéologie et qui se croient investis d’une mission réservée à une élite à laquelle ils appartiennent.\nLes dangers du nominalisme # D’un autre côté, si les universaux ne sont pas réels du tout, nous avons la conséquence encore plus radicale du scepticisme : la réalité est un chaos inconnaissable, ce que nous osons appeler des vérités universelles ne sont que des choses subjectives et inventées par les hommes. Il n’y a ni principes universels pour la science ni principes universels pour l’éthique et la morale. Il n’y a que des choses relatives à ce qu’imaginent les hommes. Vous reconnaissez là les sources du relativisme morale. Or, comme je le dis souvent, si tout est relatif et fonction de ce qu’imaginent les hommes, alors ceux qui seront assez forts pour imposer leur imagination aux autres l’emporteront. Le relativisme moral n’est en définitif rien d’autre que la loi du plus fort travestie. Soit le plus fort impose ce qu\u0026rsquo;il imagine par la force brute, soit il l\u0026rsquo;impose par la ruse et la fabrique du consentement. Et on voudrait nous faire croire au nom de la tolérance que le relativisme moral serait un progrès pour l’humanité ? Il est difficile de faire pire mensonge que cela !\nOn utilise une vertu noble, la tolérance, pour masquer des intentions perverses : on déguise la volonté d\u0026rsquo;imposer le pouvoir d\u0026rsquo;un groupe en ouverture d\u0026rsquo;esprit ! Et nombreux sont ceux qui se laissent séduire par ce mensonge.\nLe pire des dangers # Le pire des dangers serait une forme d\u0026rsquo;idéalisme qui voudrait imposer par principe d\u0026rsquo;humanité son nominalisme. Les individus seraient là aussi sacrifiables pour le plus grand bien de l\u0026rsquo;humanité. Seulement, cette humanité ne serait plus l\u0026rsquo;humanité réelle mais l\u0026rsquo;humanité imaginée par un groupe de puissants, une nouvelle définition de l\u0026rsquo;humanité : une humanité fabriquée, une humanité 2.0. Évidemment ce type d\u0026rsquo;idéalisme nominaliste ne se présentera pas en s\u0026rsquo;affichant comme tel dans un premier temps, il se présentera sous la forme d\u0026rsquo;un progrès et d\u0026rsquo;une ouverture à la différence. Ce n\u0026rsquo;est que lorsque son pouvoir sera devenu suffisamment écrasant qu\u0026rsquo;il révèlera sa finalité.\n","date":"22 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/querelle-term/","section":"Articles","summary":"","title":"Nos concepts correspondent-ils aux réels ?","type":"articles"},{"content":"","date":"22 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/pages/","section":"Pages","summary":"","title":"Pages","type":"pages"},{"content":"","date":"22 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/categories/plans/","section":"Categories","summary":"","title":"Plans","type":"categories"},{"content":"","date":"22 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/porphyre/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Porphyre","type":"philosophes"},{"content":" Vous trouverez le document PDF correspondant à cet article ici : la compréhension.\nCeux qui voudraient approfondir ce qui est dit ici peuvent aussi profiter de l\u0026rsquo;article réalisé pour mes étudiants à ce sujet. Il a servi de base à l\u0026rsquo;élaboration de ce cours mais comporte plus d\u0026rsquo;explications et de remarques.\nIntroduction # Après avoir donné une vision d\u0026rsquo;ensemble du fonctionnement de notre intelligence, nous allons maintenant nous intéresser à la première opération de l\u0026rsquo;intelligence, la simple appréhension qu\u0026rsquo;on peut aussi appeler la compréhension (même si ce dernier terme peut avoir plusieurs sens différents).\nL’homme diffère de la bête et de l\u0026rsquo;IA # La première chose qui distingue l’homme de la bête et de l’ordinateur, c’est que l’homme, lui, se pose des questions. Les ordinateurs n’interrogent pas leur programme sauf s’ils sont programmés pour le faire. Les animaux bien qu’ils puissent être curieux, ne peuvent pas formuler clairement des questions car leur communication est trop primitive pour pouvoir le faire. Les animaux peuvent identifier certains objets, mais ils ne semblent pas être capables de les conceptualiser. Or sans conceptualisation, il n\u0026rsquo;y a pas de questionnement possible. La logique est une science qui s’est justement spécialisée dans l’art du questionnement.\nTrois questions que se pose l\u0026rsquo;homme # Les trois questions principales que nous nous posons généralement sont :\n« Qu’est-ce que c’est ? » Cela relève de la première opéraction de l’intelligence : la simple appréhension ; « Est-ce ? » ou « Est-ce que cela existe ? » ou « Est-ce ainsi ? » Cela relève de la deuxième opération de l’intelligence : le jugement ; « Pourquoi est-ce ainsi ? » Cela relève de la troisième opération de l’intelligence : le raisonnement. L\u0026rsquo;IA ne comprend rien, l\u0026rsquo;animal comprend peu # Selon Peter Kreeft, ce qui distingue surtout l’homme de l’ordinateur, c’est que l’ordinateur ne comprend rien. Il peut donner l’impression de comprendre parce que ses algorithmes de programmation sont tellement complexes qu’ils peuvent déterminer, grâce à la complexité du calcul des probabilités utilisant d’immenses bases de données, quel mot devrait probablement suivre un autre mot et un ainsi de suite. Cela peut nous donner l’impression que l’IA sait parler. C’est en effet cette impression que nous font les LLM (Large Language Model).\nUn animal peut par habitude comprendre certains ordres, mais nous verront avec la définition du concept que cela se fait plutôt par l\u0026rsquo;intermédiaire d\u0026rsquo;images, images olfactives, sonores ou visuelles (entre autres). Un concept diffère d\u0026rsquo;une image car il est universel alors qu\u0026rsquo;une image est toujours particulière.\nToutes les IA « hallucinent » # L’ordinateur ne possède pas un petit esprit intégré qui lui permettrait de comprendre la question qu’on lui pose. C’est pourquoi d’ailleurs il peut halluciner . Parfois malheureusement, il faut être assez cultivé pour repérer ses hallucinations. Or comme l’algorithme a réussi à simuler correctement une écriture grammaticalement bien faite, une personne manquant de culture sur le sujet interrogé, ne remarquera pas forcément l’hallucination. L’IA lui semble prodigieuse alors que c’est juste des algorithmes nourris par des bases de données gigantesques, alimentées par le travail de milliers voire de millions d’intelligences humaines. Et, tout cela se fait grâce une dépense non moins gigantesque d’énergie (pétrole, charbon, gaz, électricité, en raison de tous les métaux et terres rares dont nous avons besoin pour fabriquer nos fermes de serveurs informatiques).\nIl y a bien de l’intelligence à l’œuvre dans l’IA, cependant elle ne se trouve pas au niveau des ordinateurs qui font tourner l’IA, mais dans le caractère intelligent des programmes qui ont été codés par des êtres humains intelligents, ainsi que dans le contenu intelligent présent dans les bases de données gigantesques, accumulé par le travail de milliers ou de millions d\u0026rsquo;intelligences humaines. Il ne faut pas oublier non plus que ces « IA » hallucineraient encore bien plus s\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;y avait pas l’intelligence des êtres humains, souvent des africains d\u0026rsquo;ailleurs, qui travaillent en étant sous-payés, en étiquettant des images ou des textes ou en vérifiant et en corrigeant à la chaîne les incohérences et les erreurs des IA. Nous nous soucions malheureusement peu de leurs conditions de travail et de leur aide quand nous interrogeons nos « IA ». Nous nous émerveillons de nos machines en croyant qu\u0026rsquo;elles sont intelligentes alors que leur \u0026ldquo;merveille\u0026rdquo; vient de l\u0026rsquo;intelligence de milliers et de millions d\u0026rsquo;êtres humains, parfois très modestes et peu célèbres.\nDangers de l\u0026rsquo;utilisation de l\u0026rsquo;IA # À l’heure de la généralisation de l’IA sur la planète, à l’heure où les lycéens et les étudiants, par des tentations qui associent le mimétisme social à la paresse intellectuelle, préfèrent de plus en plus faire leurs recherches grâce à l’IA quand ce n’est pas une partie-même de leurs travaux de production, à l’heure où même les professeurs sont tentés de les utiliser pour alléger le travail qu’ils ont à faire, il devient d’autant plus crucial de bien comprendre ce qu’est la première opération de l’intelligence, la simple appréhension. Le danger est en effet réel de voir les humains démissionner des efforts que recquiert cette première opération de l\u0026rsquo;intelligence. Le pire, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;ils penseront peut-être qu\u0026rsquo;en démissionnant de ces efforts, ils seront libérés de contraintes désagréables. Ils ne voient pas assez que ce qui fait la grandeur de l\u0026rsquo;homme, c\u0026rsquo;est justement cette faculté de comprendre le réel. Or comme toutes nos capacités, quelles soient physiques, sportives, ou intellectuelles, elle ne peut se développer que si nous nous y exerçons régulièrement avec des efforts répétés et constants. Nos mimétismes sociaux et nos paresses intellectuelles peuvent venir handicaper le développement de cette faculté en nous.\nLes masses populaires s\u0026rsquo;engouffrent dans l\u0026rsquo;utilisation de l\u0026rsquo;IA pendant que quelques rares élites s\u0026rsquo;amusent en voyant combien « ses insectes incapables de réguler leurs émotions » comme le dirait Walter Lippmann, se laissent appâter par les prouesses apparemment prodigieuses de nos technologies. Ces masses populaires confondent séduction de libération et véritable liberté, c\u0026rsquo;est pourquoi il sera si important de clarifier ce qu\u0026rsquo;est la véritable liberté.\nCela ne veut pas dire que l\u0026rsquo;IA ne peut pas être un outil utile dans certaines circonstances particulières, mais son utilisation est devenue tellement séduisante qu\u0026rsquo;elle risque de développer en nous une addiction à la paresse intellectuelle.\nDe l\u0026rsquo;importance de nos concepts # Distinction entre concept et idée # L\u0026rsquo;acte de comprendre, qu’on appelle aussi simple appréhension, agit en saisissant la réalité par l\u0026rsquo;intermédiaire d\u0026rsquo;un concept. Parfois la notion d’idée est synonyme de ce que l’on désigne par concept, mais d’autres fois la notion d’idée est plus vaste et rassemble à la fois les concepts, les jugements, et les arguments. Par ailleurs, comme nous le verrons dans l\u0026rsquo;article sur la querelle des universaux, la notion d\u0026rsquo;idée appartient aussi au vocablaire de Platon, ce qui ajoute encore une nouvelle ambigüité. Il vaut donc mieux utiliser la notion de concept plutôt que celle d’idée pour éviter les ambiguïtés de langage quand on parle de la première opération de l\u0026rsquo;intelligence.\nLes 5 propriétés de nos concepts # Les concepts possèdent au moins 5 propriétés que les choses matérielles n’ont pas :\nLes concepts sont SPIRITUELS, c’est-à-dire IMMATÉRIELS ; Ils sont ABSTRAITS ; Ils sont UNIVERSELS ; Les RELATIONS ENTRE CONCEPTS sont NÉCESSAIRES ; Les concepts sont PERMANENTS. Ils sont spirituels # Le concept de pomme ne possède ni de taille, ni de hauteur, ni de masse, ni de couleur, ni d’énergie cinétique, ni de molécules, ni d’atomes, ni de formes, et n’occupe aucun espace. Il ne faut pas confondre le concept de la représentation que nous nous faisons par notre imagination. Le concept de pomme vaut pour toutes les pommes, les rouges comme les jaunes, comme les vertes. Cependant quand nous pensons au concept de pomme, il est fort possible que nous nous représentions par notre imagination une image d’une pomme rouge. Il ne faut pas confondre l’image que produit notre imagination quand nous pensons à la pomme avec le concept de pomme qui vaut pour toutes les pommes possibles.\nLe concept n’est pas matériel tout simplement parce qu’il n’existe pas par lui-même, il existe dans notre esprit. Il n’est pas dans notre corps, il est dans notre esprit, même si notre cerveau travaille et consomme de l’énergie quand nous pensons à nos concepts.\nIls sont abstraits # Le latin abstraho veut dire tirer de. En effet, notre esprit est capable de séparer une chose d’une autre chose. Nous sommes par exemple capable d’extraire la forme rectangulaire présente dans la table, de la table réelle présente devant nous. Une fois cette forme rectangulaire extraite de la table réelle pour venir exister dans notre esprit sous forme de concept, nous pouvons par notre esprit, qui peut étudier ce qui est présent en lui grâce à la réflexion, analyser cette forme rectangulaire et réfléchir aux propriétés qui la composent et dire qu\u0026rsquo;elle possède toujours 2 largeurs et 2 longueurs.\nC’est ce que nous désignons par le concept d’abstraction. L’abstraction désigne l’acte mental qui permet d’extraire d’une chose réelle une forme qui existe dans cette chose réelle et de la faire exister de manière spirituelle dans notre esprit. Par exemple, nous pouvons aussi extraire la couleur de la table et dire que cette table est beige. Le beige peut exister alors dans notre esprit indépendamment de la table. Il n’existe cependant aucun moyen physique de séparer la couleur beige physique de la forme rectangulaire physique. Si nous sommes capables de séparer la couleur de la forme, c’est par l’activité de notre esprit, et chacun d’entre nous peut le faire naturellement parce que chacun d’entre nous en même temps qu’il est un être corporel est aussi un être spirituel.\nIl n’y a pas de prouesse technologique sans avoir d’abord abstrait du réel des concepts que nous pouvons recombiner ensemble par la suite. Par exemple, nous n’aurions pas réussi à inventer des avions, si nous n’avions pas d’abord abstrait le concept d’aile en regardant les oiseaux. Toutes nos découvertes technologiques reposent sur notre capacité de conceptualiser.\nPar ailleurs, l’acte d’abstraction le plus important est celui par lequel nous sommes capables de distinguer l’essentiel de l’accidentel. Votre vie est essentielle, mais votre coupe de cheveux est accidentelle. Si vous perdez votre vie corporelle vous n’êtes plus une personne humaine complète et vous n’êtes plus complètement vous-mêmes, en revanche si vous perdez vos cheveux, vous restez vous-mêmes (même si c\u0026rsquo;est une chose difficile à vivre). C’est pourquoi depuis la philosophie grecque nous distinguons l’essentiel de l’accidentel, l’essence, ce qui fait partie intégrante de la nature de la chose considérée, de l’accident ce qui peut lui appartenir mais qui n’engage pas sa nature. Quand on cherche à définir une chose, on cherche à décrire ce qui est essentiel à cette chose pour la caractériser et la distinguer des autres choses. On ne choisit pas ce qui lui est accidentel pour la caractériser, car cela ferait des définitions qui n’en finiraient pas. Dans certaines circonstances cependant comme des enquêtes policières, nous avons besoin des accidents pour distinguer une chose des autres. Mais le mieux, c’est de rechercher la définition essentielle.\nIls sont universels # Le concept d’arbre est un concept universel car il est valable pour tous les arbres de la planète. Nous utilisons un seul concept pour désigner tous les arbres particuliers que nous pouvons rencontrer. La beauté est un concept universel et quand nous jugeons que Nantes est une plus belle ville que Paris, nous jugeons les deux villes avec le concept universel de beauté (ou de ville belle). Le sens littéral d’universel, c’est d’être une chose qui concerne plusieurs (unum versus alia en latin). Cela veut dire qu’un concept, alors qu’il reste bien unique, qu’il possède une essence, une signification, peut être vrai pour plusieurs choses, peut être utilisé pour désigner plusieurs choses, peut être applicable à plusieurs choses différentes.\nLes relations entre les concepts sont nécessaires # Tous les arbres ont un tronc et des racines. La relation du concept arbre avec le concept de tronc est une relation de nécessité. Il n’y a pas d’arbre sans tronc. De même, un triangle a forcément trois côtés. La relation du triangle avec le fait d’avoir 3 côtés est une relation de nécessité. Ces relations nécessaires font partie de l’essence du concept. La force de l’intelligence, c’est de peu à peu mettre en évidence, par l’expérience et la réflexion, les relations de nécessité qui appartiennent en propre à un concept.\nC\u0026rsquo;est justement le rôle principal des sciences : mettre en évidence les relations de nécessité qui existent entre nos concepts qui nous servent à comprendre les choses réelles. Les sciences mathématiques n’existeraient pas si nous n’avions pas cette capacité d’utiliser des concepts et de les étudier. Sans le premier acte de l’intelligence, il n’existe aucune compréhension donc aucune science. Nous pouvons donc être certains que la somme des angles d’un triangle euclidien fait 180 degrés. Ce n’est pas une croyance, c’est une certitude. Notre intelligence peut atteindre la certitude, ce n’est pas une petite information à retenir.\nLes concepts sont permanents # 2 + 2 font 4 et cela ne changera jamais. Le fait qu\u0026rsquo;un arbre est un être végétal possédant des racines et un tronc, ne changera jamais non plus. Peut-être que cet arbre du jardin perdra son tronc et deviendra une souche morte, mais le concept d’arbre sera toujours associé au concept de tronc et au concept de racine. Les concepts sont donc permanents. Même si dans le futur tous les arbres de la planète venaient à disparaître (ce qui serait peut-être d’ailleurs la fin de la vie sur Terre), le concept d’arbre continuerait à exister tant qu’il y aurait un esprit pour le penser.\nLien entre les concepts et la notion de science # Les concepts sont des entités impressionnantes car sans eux la réalité ne pourrait pas être intelligible pour nous. C’est grâce aux concepts que nous comprenons le réel et donc que nous pouvons aussi avoir autant de développements scientifiques et technologiques qui ont des impacts sur ce réel. Il n’y a pas de technique et de technologie possible sans concept. C’est pourquoi les animaux n’ont pas de technologie. Ils ont des fabrications instinctives et brillantes parfois dans leur complexité, mais ils n’ont pas de science de ces fabrications, c’est l’instinct et leur cogitative qui leur permet de fabriquer. Par définition, la science porte sur des concepts et les relations nécessaires entre les concepts. C’est par la science que nous pouvons mieux comprendre le réel, car la science c’est justement l’activité humaine qui approfondit nos connaissances conceptuelles. Souvenons-nous que nous ne connaissons la réalité que par l’intermédiaire des concepts, non par l’intermédiaire des images. Une image peut aider à visualiser un concept, mais une image n’est pas un concept. Il n’y a donc pas de science sans amour des concepts, et donc sans amour de l’abstraction.\nIl est essentiels de distinguer les concepts, les termes et les mots # Les concepts n’existent que de manière privée dans notre esprit, c’est l’acte mental de notre esprit. Cependant nous arrivons cependant à nous comprendre avec des mots, et plus encore nous arrivons à nous comprendre avec des mots de langues différentes qui désignent pourtant les mêmes choses. Il faut donc distinguer 3 choses différentes :\nD’un côté le concept qui est l’acte mental qui relie un terme puis un mot à une réalité par l’acte de compréhension, c’est un acte personnel de compréhension. Il demande un effort intellectuel. Le mot qui permet d’exprimer grâce à notre corps ce que nous avons compris, Et le terme qui est le produit mental commun à tous de notre acte mental personnel. Le concept, c’est l’acte mental privé ou personnel qui produit un terme général qui pourra être traduit par tel ou tel mot dans des langues différentes. Tant que vous n’êtes pas capables de forger, par VOTRE PROPRE EFFORT INTELLECTUEL PERSONNEL, le concept correspondant au terme désigné par le mot, vous ne comprendrez pas ce que désigne le mot. Je remets ici la treemap que nous avons vu dans le cours précédent car elle permet de visualiser la différence entre concept et terme :\n3 opérations de l\u0026rsquo;intelligence On distingue l’extension d\u0026rsquo;un terme de sa compréhension # Chaque terme (et chaque concept qu’il exprime) possède à la fois une extension et une compréhension. Le vocabulaire est un peu technique, et peut porter à confusion. En effet, le mot compréhension peut désigner d’un côté la première opération de l’intelligence, comme il peut désigner d’un autre côté une propriété des termes. C’est d’ailleurs peut-être pourquoi pour la première opération de l’intelligence, la tradition réaliste retient plutôt la notion de simple appréhension. Il est possible que ce soit pour éviter la confusion possible entre ce qui caractérise la première opération de l’intelligence, et ce qui représente une propriété des termes.\nL’extension d’un terme désigne toutes les choses qui sont visées par ce terme, c’est donc le cardinal de l’ensemble des choses qui sont désignés par ce terme, sa « population » (analogie). L’extension du terme de maison est donc le nombre de maisons existantes dans le monde. L’extension du terme « homme » correspond donc au nombre d’être humains sur la Terre. Selon les dernières estimations de l’ONU réalisées en 2024, il y aurait 8,1 milliards d’habitants sur Terre.\nLa compréhension d’un terme désigne la richesse de sa connotation interne, tout ce qu’il signifie, sa nature, ses propriétés essentielles. Par exemple la compréhension du terme « homme » c’est « animal rationnel ». Même si la compréhension d’un terme n’est pas l’acte de compréhension, on voit bien cependant que le mot compréhension désigne le fait de comprendre ce qui est signifié.\n","date":"22 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/comprehension/","section":"Articles","summary":"","title":"Pouvons-nous comprendre la réalité ?","type":"articles"},{"content":"","date":"21 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/d%C3%A9finition/","section":"Tags","summary":"","title":"Définition","type":"tags"},{"content":"","date":"21 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/series/intelligence-sem/","section":"Series","summary":"","title":"Intelligence-Sem","type":"series"},{"content":"","date":"21 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/juger/","section":"Tags","summary":"","title":"Juger","type":"tags"},{"content":"Voici la version PDF de l\u0026rsquo;article ici présenté : notre-intelligence.\nCet article reprend un article écrit initialement en mai 2025 auquel il retranche certaines précisions. Pour ceux qui voudraient lire l\u0026rsquo;article initial un peu plus détaillé, il se trouve ici : Fonctionnement de notre intelligence.\nL\u0026rsquo;intelligence est la spécificité humaine qui le différencie des autres animaux # Les philosophes depuis longtemps définissent l’homme comme l’animal rationnel. Être humain, c’est donc essentiellement être capable de comprendre, de juger, et de raisonner, c\u0026rsquo;est-à-dire de donner des justifications pour reconnaître que des choses sont vraies. Nous avons certes d’autres capacités que nous partageons avec les animaux, comme la sensibilité, l\u0026rsquo;imagination, le sens commun et la cogitative. Cependant, il est bon de bien connaître nos propres spécificités. Retenons alors que le propre de l’être humain qui le différencie des autres animaux, c’est qu’il est capable de comprendre des concepts, de connaître des vérités de manière consciente, et qu’il est capable de découvrir de nouvelles vérités à partir d’autres vérités déjà connues. Il est aussi capable de raisonner sur le possible, le probable, le bien et le beau.\nLa première chose qu’il faut donc mémoriser, c’est que l’homme est certes un animal parmi les autres animaux, mais un animal différent des autres animaux. Avec les animaux il partage la sensibilité ainsi que la capacité à communiquer cette sensibilité. Cependant, ce qui le distingue des animaux, c’est qu’il a une faculté supplémentaire que les animaux ne possèdent pas, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;intelligence. Dans ce cours, je me focaliserai sur les spécificités de l’intelligence humaine. L’homme possède deux autres facultés qui le distingue des animaux, c’est la volonté et le cœur (appelée aussi « syndérèse »). Cependant, je ne développerai pas ces 2 autres facultés ici.\nLa logique étudie le fonctionnement de l\u0026rsquo;intelligence # Le mot « logique » vient du grec « logos » # La science qui s’intéresse au fonctionnement de l\u0026rsquo;intelligence s’appelle la logique. Le mot logique vient du grec ancien logos, qui signifiait à la fois, propos, discours, paroles mais aussi en ionien-attique (le grec ancien parlé entre autre par la cité d’Athènes) récit, compte, explication, considération, raisonnement, raison et paroles. Dans la théologie catholique, ce mot désigne encore aujourd’hui la Deuxième Personne de la Trinité, c’est-à-dire Le Christ. Le nom commun logos est dérivé du verbe legein qui signifie d’abord rassembler, cueillir, choisir puis dire, compter, dénombrer. J’aimerais déjà vous aider à mémoriser que dans l’origine du mot logique, il y a un verbe qui veut dire rassembler, qui veut dire, si on prend le temps d’y réfléchir, prendre ensemble. Or en français, le verbe qui veut dire prendre ensemble se dit actuellement comprendre. L’acte réalisé par ce verbe, est désigné en français par le nom compréhension. Si j’insiste sur ce mot de compréhension sous-entendu dès l’origine dans le mot logique, c’est parce qu’aujourd’hui on oublie la plupart du temps de dire que c’est l’une des principales opérations de l’intelligence, et qu’il est en définitive abusif de dire qu’un être ou qu’une machine pourrait être intelligente si elle ne possède pas cette faculté de comprendre qui correspond à la première opération de notre intelligence.\nLa logique permet de distinguer l\u0026rsquo;expression animale du langage humain. # Bien comprendre le fonctionnement de l\u0026rsquo;intelligence grâce à la logique permet aussi de comprendre pourquoi il paraît difficile de parler d’un langage animal même si évidemment il ne s’agit pas de remettre en question l’existence de communications animales voire de communications inter-espèces. D’ailleurs les grecs anciens conscients de la différence entre l’expression animale et le langage humain, ne disaient pas « zōike logos » pour désigner l’expression animale mais bien « zōike opa » ou opa signifie le son plutôt que la parole intelligente.\nLa communication animale existe bien, il est facile de le constater dans la réalité. Cependant comme nous confondons souvent les deux facultés pourtant très différentes que sont la cogitative d\u0026rsquo;un côté et l\u0026rsquo;intelligence de l\u0026rsquo;autre, nous avons tendance à laisser notre affectivité nous dire que les animaux et les hommes possèdent le même genre de communication. Cependant ce n\u0026rsquo;est pas notre sensibilité qui est capable de nous faire connaître consciemment la distinction entre la communication animale et le langage humain. Seule l\u0026rsquo;intelligence permet de faire des distinctions conceptuelles précises. C\u0026rsquo;est d\u0026rsquo;ailleurs ce que les animaux ne savent pas faire. Nous n\u0026rsquo;avons en effet aucune preuve solide que les animaux soient capables de comprendre et d\u0026rsquo;utiliser des concepts même si certains animaux peuvent reconnaître des images. Une erreur très fréquente dans l\u0026rsquo;histoire de la pensée, et même dans l\u0026rsquo;histoire de la philosophie, consiste en effet à confondre les concepts avec les images. C\u0026rsquo;est pourquoi dans un autre cours nous prendrons le temps de clarifier cette distinction fondamentale entre concept et image.\nLa logique met en évidence des structures universelles # Si nous regardons l\u0026rsquo;ensemble des raisonnements humains qui s’expriment grâce à notre faculté de parler, nous apercevons dans ces raisonnements des formes reconnaissables, des structures reconnaissables. Peu importe les sujets abordés, le contexte dont on parle, nous trouvons toujours les mêmes structures. La science qu’on appelle la logique étudie justement les structures universelles du raisonnement. La structure fondamentale de tous nos raisonnements, c’est le mouvement que notre esprit réalise en passant des prémisses à une conclusion. La conclusion est justement ce que l’on essaie de prouver comme étant vraie. Les prémisses sont les raisons qui justifient la vérité de la conclusion. Si les prémisses sont vraies et que le raisonnement est valide, alors la conclusion sera vraie. Si les prémisses sont possibles et que le raisonnement est valide, alors la conclusion sera possible ou probable (parfois certaine, mais à condition que la conclusion soit particulière). Si les prémisses sont fausses et que le raisonnement est valide, la conclusion sera tout de même fausse. Si le raisonnement est invalide, les cas de figures sont variables, mais il est à craindre que la conclusion soit fausse.\nLa logique distingue 3 opérations de l\u0026rsquo;intelligence # Dans la suite des cours nous étudierons ces 3 opérations de l\u0026rsquo;intelligence. Ici, je vais seulement rapidement les distinguer. Le philosophe qui est à l\u0026rsquo;origine de cette distinction est ARISTOTE. C\u0026rsquo;est le premier à avoir constitué la logique comme une science à part entière.\nLes 3 opérations de l\u0026rsquo;intelligence sont :\nLa SIMPLE APPRÉHENSION ; Le JUGEMENT ; Le RAISONNEMENT. La simple appréhension # C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;opération de l\u0026rsquo;esprit qui permet de saisir la chose visée grâce à un concept. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;acte qui nous permet de comprendre la réalité de la chose visée. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;acte qui nous permet de définir le concept qui nous permet de saisir la réalité qu\u0026rsquo;il vise. Sans cette opération, aucune compréhension n\u0026rsquo;est possible. Si nous apprenons par cœur la définition d\u0026rsquo;un concept sans comprendre cette définition, c\u0026rsquo;est-à-dire sans réussir par nous-même à comprendre le concept utilisé, alors notre effort de mémorisation est presqu\u0026rsquo;inutile.\nUn concept est soit clair, soit confus, il n\u0026rsquo;est ni vrai ni faux, ni valide, ni invalide. Plus nos concepts seront clairs plus nos démonstrations seront réalistes. Plus nos concepts seront confus, plus nous risquerons de faire des erreurs dans notre appréciation du réel.\nCette opération de l\u0026rsquo;esprit répond à la question : Qu\u0026rsquo;est-ce que c\u0026rsquo;est ?\nLe jugement # C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;opération de l\u0026rsquo;esprit qui permet d\u0026rsquo;affirmer ou de nier un prédicat d\u0026rsquo;un sujet. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;acte qui nous permet de savoir si une affirmation qui concerne la réalité d\u0026rsquo;une chose est vraie ou fausse. Cette opération demande soit d\u0026rsquo;avoir réalisé l\u0026rsquo;expérience soi-même pour pouvoir affirmer ou nier de manière réaliste. Dans ce cas, nous avons été acteurs ou témoins de l\u0026rsquo;événement visé. Soit elle demande d\u0026rsquo;avoir suffisamment confiance dans l\u0026rsquo;affirmation ou la négation transmise par un tiers.\nUn jugement est avant tout vrai ou faux. Cependant, si le sujet ou le prédicat sont confus, il est difficile de savoir si le jugement est vrai ou faux. Ainsi, la deuxième opération de l\u0026rsquo;esprit, le jugement, dépend de la qualité de la première opération de l\u0026rsquo;esprit, la simple appréhension.\nCette opération de l\u0026rsquo;esprit répond aux questions : Est-ce ?, Est-ce que cela existe ?, Est-ce que la chose est bien ainsi ?.\nJ\u0026rsquo;anticipe une chose importante à retenir que nous reverrons dans notre cours sur la vérité. Charles Péguy, avec son célèbre art de la formule, nous aide à la mémoriser :\n« LA VÉRITÉ N\u0026rsquo;EST PAS FONCTION DU NOMBRE DE PERSONNES QUI LA PROCLAMENT ! ». Le raisonnement # C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;opération de l\u0026rsquo;esprit qui permet de déduire de prémisses vraies une conclusion vraie. Elle permet donc d\u0026rsquo;augmenter nos connaissances à partir de connaissances déjà connues sans passer par l\u0026rsquo;expérience. Elle permet d\u0026rsquo;étendre nos connaissances au-delà de ce qui est pour l\u0026rsquo;instant accessible par les 5 sens ou les sens augmentés par les instruments de mesure. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;opération qui préserve la vérité qui se trouve au début de l\u0026rsquo;argumentation pour qu\u0026rsquo;elle se retrouve à la fin de la démonstration. On parle alors de validité. La validité d\u0026rsquo;une argumentation consiste justement à préserver la vérité des prémisses pour qu\u0026rsquo;elle se retrouve dans la conclusion.\nUn raisonnement est soit valide, soit invalide. Il peut être valide et vrai comme il peut être valide mais faux. Il peut aussi être valide et clair comme il peut être valide mais confus. Pour que nos sciences soient véritablement des sciences, il faut que les raisonnements scientifiques soient à la fois clairs, vrais et valides.\nCette opération de l\u0026rsquo;esprit répond aux questions : Est-ce valide ?, Est-ce démontré ?, Est-ce justifié ?.\nIl existe deux types de raisonnement # L\u0026rsquo;induction # L’induction raisonne à partir de prémisses particulières (par exemple, « je suis mortel », « vous êtes mortels », « elle est mortelle », « il est mortel »), pour déduire une affirmation plus générale voire une affirmation universelle (par exemple, « tous les hommes sont mortels »). L’induction est donc le raisonnement qui va du particulier au général ou à l’universel.\nL’induction ne conduit généralement qu’au probable et que rarement à la certitude (il y a quelques exceptions). On ne peut pas être certain que tous les hommes soient effectivement mortels en constatant seulement la mortalité de tel ou tel homme.\nLa déduction # La déduction commence d’abord par au moins une prémisse universelle vraie (par exemple, « tous les hommes sont mortels ») pour aboutir à une conclusion plus particulière (par exemple, « Socrate est mortel »). La déduction représente donc le mouvement inverse de celui de l\u0026rsquo;induction. Elle part de l’universel pour aboutir au particulier.\nQuand la déduction est bien conduite, elle aboutit à la certitude. Nous sommes certains que si tous les hommes sont mortels, et que je suis un homme, alors je suis aussi mortel. Cependant, prudence ! Un raisonnement déductif ne réussit à prouver que sa conclusion est vraie que si et seulement si il remplit 3 conditions.\nLes 3 conditions d\u0026rsquo;un raisonnement déductif vrai # Les termes utilisés doivent être clairs et donc non-ambigus. Si un terme est ambigu, il faut alors le définir pour le rendre clair. Les prémisses doivent être vraies. Sinon on pourrait prouver n’importe quoi avec un raisonnement valide. Par exemple, le raisonnement suivant est valide dans sa structure argumentative, mais il est pourtant complètement faux. « Tous les martiens sont infaillibles, or je suis un martien, donc je suis infaillible ». Les arguments doivent être valides. Cela veut dire que la conclusion doit venir nécessairement des prémisses, de telles manières que si les prémisses sont vraies, la conclusion ne peut qu’être vraie aussi. Précisions importantes au niveau du vocabulaire utilisé # Un terme en logique est le sujet ou le prédicat d’une proposition, c’est-à-dire d’une phrase déclarative. Les termes sont soit clairs soit confus. Les termes ne sont ni vrais ni faux. Quand je dis par exemple mortel, ce terme n’est ni vrai ni faux, il est seulement clair si vous le comprenez. En revanche, la proposition « tous les hommes sont mortels » est vraie, et la proposition « certains hommes sont immortels » est fausse. Les propositions sont des phrases déclaratives. Elles sont soit vraies, soit fausses. Il n’y a pas de troisième possibilité. C’est ce que l’on appelle le principe du tiers exclu. Pour être précis, vrai veut dire « qui correspond à la réalité », et faux, qui ne correspond pas à la réalité. Il n’existe malheureusement pas un unique moyen infaillible de dire si une proposition est vraie ou fausse. Il faut donc faire une recherche et une vérification pour chaque proposition. Certaines vérifications sont aisées, d’autres non. Concernant la vérité d’une proposition il faut bien faire la différence entre la vérité de cette proposition et la connaissance que nous avons ou non de cette vérité. Ce n’est pas parce que la vérité d’une proposition ne nous est pas connue que cette proposition est indéterminée. Elle est vraie ou fausse, mais pas les deux en même temps. L’impossibilité de connaître la vérité à notre niveau ne dit rien de la vérité ou de la fausseté de la proposition. Il faut donc distinguer deux plans, deux niveaux quand on parle de vérité, le plan du réel, c’est ce que l’on nomme plan ontologique, et le plan de notre connaissance, que l’on nomme plan épistémologique. Beaucoup de confusions philosophiques viennent de la confusion de ces deux plans. En revanche, il existe des moyens simples et infaillibles pour déterminer si un argument est valide ou invalide, ce sont les règles de la logique. C’est entre autre à cela que sert cette science qu’on appelle la logique. 3 questions à se poser quand on argumente # Est-ce que les TERMES sont CLAIRS et NON-AMBIGUS, NON CONFUS ? Est-ce que les PRÉMISSES sont TOUTES VRAIES ? Est-ce que le RAISONNEMENT (l’argument) est logiquement VALIDE ? Si la réponse à ces 3 questions est positive, alors la conclusion du raisonnement (de l’argument) est nécessairement vraie.\nEn revanche, si vous êtes en désaccord avec telle ou telle conclusion, vous devez montrer qu’il y a soit un terme confus, soit une prémisse fausse, soit une erreur logique (on parle aussi d’erreur fallacieuse, de sophisme ou de paralogisme) dans le raisonnement. En faisant cela, vous prouvez alors à votre interlocuteur que sa conclusion ne découle pas nécessairement de ses prémisses.\nSi vous ne pouvez pas faire ces trois choses, alors l’honnêteté vous demande d’admettre que la conclusion a été prouvée comme vraie. Évidemment ceci ne s’applique qu’aux arguments déductifs car les arguments inductifs ne prétendent généralement pas atteindre la certitude.\nSophismes ≠ Paralogismes # On distingue les sophismes des paralogismes :\nUn sophisme est une erreur VOLONTAIRE de raisonnement pour tromper les personnes qu\u0026rsquo;on veut convaincre (et pas seulement persuader). un paralogisme est une erreur INVOLONTAIRE de raisonnement. La personne qui la réalise le fait soit par manque de connaissance soit par étourderie. Les arguments inductifs conduisent au mieux, au probable, et au pire, au possible. Dans de rares exceptions, pour les ensembles finis et humainement dénombrables, l’induction peut conduire à la certitude. Cela n’est possible que si nous avons pu vérifier tous les cas disponibles et si la conclusion ne généralise que sur les cas vérifiés.\nLes arguments inductifs qui prétendent atteindre l’universel alors qu’ils portent sur un ensemble de cas impossibles à vérifier dans leur totalité font partie des sophismes ou des paralogismes, ce sont des généralisations abusives.\nTreemap récapitulative des 3 opérations de l\u0026rsquo;intelligence # 3 opérations de l\u0026rsquo;intelligence Code source de cette image : 3opi.mmd.\nQuelques précisions pour comprendre la Treemap # Les concepts, les jugements et les raisonnements sont des actes de l\u0026rsquo;esprit ; Les termes, les propositions et les arguments sont des objets spirituels produits par les actes de l\u0026rsquo;esprit correspondants ; Les mots, les phrases et les paragraphes sont les incarnations matérielles de ces objets spirituels. Ce sont soit des ensembles de dessins sur du papier, sur un tableau, sur un écran, soit des sons, c\u0026rsquo;est-à-dire des vibrations sonores qui se propagent dans l\u0026rsquo;air que nous respirons. Ils sont donc corporels. ","date":"21 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/intelligence-term/","section":"Articles","summary":"","title":"L'homme n'est-il qu'un animal ?","type":"articles"},{"content":" Introduction # Cet article complète l’article sur le deuxième acte de l’intelligence, c’est-à-dire le jugement. La notion de vérité est si importante qu’il me semblait préférable de lui dédier un article à part entière. Cela me permet de rassembler à la fois ce que dit Peter Kreeft dans son livre Socratic Logic et ce que j’ai appris en compagnie du philosophe français Jean-Noël Dumont, que j’avais par ailleurs déjà développé ces dernières années dans cet article.\nQu’est-ce que la vérité ? # Réponse facile mais recherche difficile # Selon Peter Kreeft, cette question est l’une des plus faciles parmi les questions philosophiques. Nous savons tous ce que c’est que la vérité et où elle est. La difficulté ne réside pas dans le fait de la définir ou de la localiser mais dans le fait de la rechercher et de la trouver. Comme il le dit si bien : « La vérité est comme le tigre de Sibérie : nous savons tous ce que sont les tigres de Sibérie et où ils vivent, mais réussir à chasser et à attraper l’un d’entre eux s’avère d’une difficulté déconcertante. »\nNous venons de le voir dans l’article sur le jugement, la vérité se situe au niveau de la proposition et la proposition est le fruit d’un acte spirituel qui s’appelle le jugement. Chaque proposition dans un syllogisme est soit vraie soit fausse, mais le syllogisme dans son ensemble n’est ni vrai ni faux, il est seulement valide ou invalide. Rappelons qu’on désigne une proposition d’un syllogisme, prémisse quand il s’agit d’une de ces 2 propositions de départ et conclusion quand il s’agit de la proposition d’arrivée. Le syllogisme représente alors un argument. De plus, on appelle argumentation, l’enchaînement de plusieurs arguments.\nValidité ≠ Vérité # Selon Peter Kreeft, la logique moderne rend confuse cette distinction pourtant assez simple à comprendre. En effet, elle a tendance à réduire la validité à la vérité. Maintenir clairement la distinction entre la vérité et la validité évite pourtant de nombreuses confusions logiques. La validité, c’est ce qui préserve la vérité. L’invalidité en logique, c’est ce qui ne préserve pas la vérité. Un raisonnement est valide s’il préserve la vérité. En clair, si les prémisses sont vraies alors la conclusion est vraie. Un raisonnement est invalide si les prémisses sont vraies et que la conclusion ne l’est pas. La validité n’est pas la vérité car des prémisses fausses peuvent conduire à une conclusion vraie tout en respectant la validité du syllogisme. Pour être plus précis, il faut donc comprendre que la validité, c’est le fait que si les prémisses sont vraies l’argument garantit d’obtenir la vérité au niveau de la conclusion.\nVérité Ontologique ≠ Vérité Logique # Il faut par ailleurs distinguer avec Thomas d’Aquin, la vérité ontologique de la vérité logique. La vérité ontologique, c’est la conformité de la chose avec ce que pense l’esprit de Dieu quand il s’agit des choses naturelles. Quand il s’agit des choses fabriquées par l’artisan, la vérité ontologique, c’est la conformité de la chose avec ce que pense l’esprit de l’artisan. La vérité logique c’est la conformité de notre esprit avec la chose qu’il vise. La vérité est donc une relation, entre les choses et l’esprit de Dieu ou l’esprit de l’artisan quand il s’agit de la vérité ontologique, une relation entre notre esprit et les choses quand il s’agit de la vérité logique. Cette relation, à la différence d’une relation d’égalité, n’est pas une relation symétrique. La notion de conformité ici doit être distinguée de la notion d’égalité. Cette distinction soulève de nombreuses questions que nous n’examinerons pas dans cet article. Celui qui voudrait approfondir cette distinction peut consulter le livre de Thomas d’Aquin intitulé De Veritate, plus précisément la question une et ses deux premiers articles.\nLa Maison de la Vérité # Peter Kreeft précise que pour le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam, l’ultime « Maison de la Vérité », c’est l’Esprit de Dieu. Dieu crée la vérité de l’univers, comme Sa propre Œuvre ; l’homme ne fait que la découvrir, par l’intermédiaire de ses sciences. Les sciences que les hommes développent petit à petit ne sont donc que la lecture indirecte de l’esprit de Dieu. C’est d’ailleurs ce que croyaient Galilée et Newton, même si cela déplaît à beaucoup de le reconnaître.\nPeter Kreeft ajoute que le mot vrai fait aussi référence à une qualité qui réside dans les personnes tant qu’elles sont authentiques, fiables et honnêtes. « C’est un homme vrai, c’est une femme vraie ». « Vrai » ici signifie « fidèle à ses paroles, digne de confiance, digne de foi ». Il existe d’ailleurs un mot hébreu particulier pour signifier cela : emeth. Dieu est appelé « digne de confiance et vrai (emeth) » dans les Écritures.\nDéfinition de la vérité # Une fois que nous savons où se situe la vérité, il devient plus facile de dire ce qu’elle est, surtout si nous nous focalisons sur la vérité logique. Aristote définit la vérité, et ce que finalement tout le monde entend par vérité, de la manière la plus simple et la plus fidèle au sens commun quand il dit :\n« Si un homme dit que ce qui est, est, ou que ce qui n’est pas, n’est pas, alors il dit la vérité, mais s’il dit que ce qui n’est pas, est, ou que ce qui est n’est pas, alors il ne dit pas la vérité. » Aristote, Métaphysique, Livre IV, Chapitre VII, Paragraphe 1, 1011b25-27.\nDire la vérité signifie « dire ce qui est » et connaître la vérité signifie « connaître ce qui est ». La vérité est la conformité de notre pensée avec la chose, de notre esprit avec la réalité, de notre pensée subjective (dans le sens où notre pensée est l’acte d’un sujet qui pense) avec l’objet réel qu’elle vise. Et nous exprimons ce qui est, grâce à nos propositions vraies.\nConceptions erronées de la vérité # Peter Kreeft continue en nous donnant des précisions importantes concernant certaines représentations philosophiques. Si nous disons avec le pragmatisme que la vérité, ce n’est pas forcément la conformité de notre pensée avec la chose, mais seulement ce qui fonctionne. Ou, si nous disons avec l’idéalisme que la vérité, c’est seulement la cohérence d’une de nos idées avec toutes les autres. Alors, nous présupposons toujours la définition du sens commun mise en évidence par Aristote1 puisque nous estimons que telle ou telle définition de la vérité est en fait ce que la vérité est réellement. Nous essayons alors avec telle ou telle définition autre que celle d’Aristote de soutenir que nous sommes en train de dire les choses telles qu’elles sont. C’est-à-dire que la vérité n’est réellement que ce qui fonctionne, ou n’est réellement que la cohérence interne de nos idées. Bref, pour soutenir une autre conception de la vérité que celle d’Aristote, il faut d’abord utiliser sa définition. C’est évidemment une victoire implacable d’Aristote sur tous les autres courants de pensée en philosophie, et c’est sans doute pour cela qu’il est parfois si détesté. Il est détesté car il l’emporte même sur ceux qui prétendent le battre.\nArgument de la rétorsion # L’argument que je viens de vous donner est un argument célèbre en philosophie et nous vient d’Aristote. Il a été repris régulièrement depuis par Thomas d’Aquin et plus récemment par Étienne Gilson et Jacques Maritain. Cet argument s’appelle l’argument de la rétorsion, du latin retorquere, « retourner contre ». L’argument consiste à montrer à notre adversaire philosophique que la thèse qu’il soutient se contredit elle-même car ce qu’elle rejette, elle l’utilise elle-même pour pouvoir exister.\nCritique du scepticisme # Même le sceptique le plus prétentieux est battu par Aristote car si le sceptique soutient que l’homme ne pourra jamais connaître la vérité, c’est qu’il veut dire que son scepticisme correspond à ce qui est réel. Le sceptique risque donc de devenir haineux vis-à-vis des aristotéliciens car il se contredit lui-même en s’affirmant sceptique, il prétend savoir que nous ne pouvons pas savoir. Or Aristote lui montrerait immédiatement qu’il se contredit lui-même quand il dit cela et que la seule chose que peut faire un sceptique, c’est tout simplement de ne rien affirmer s’il veut rester sceptique jusqu’au bout. Pour Aristote, le scepticisme est auto-contradictoire.\nLa correspondance chez Aristote ≠ chez John Locke # Peter Kreeft précise encore qu’il existe un point technique en philosophie qui est cependant important, c’est la confusion qui est souvent faite entre la théorie de la correspondance de John Locke et la théorie de la correspondance d’Aristote au sujet de la vérité. La théorie de John Locke est une théorie des images alors que la théorie d’Aristote est une théorie de l’identité formelle. John Locke confond l’imagination avec l’intelligence. Il croit que nos idées sont des copies, des images, de la réalité et que ce que nous connaissons immédiatement et avant toute chose ce sont nos propres idées, nos propres images. John Locke confond l’image et le concept. Cela conduit logiquement au scepticisme même si John Locke lui-même n’est pas allé jusqu’à cette conséquence logique. En effet, si nous ne connaissons pas la réalité directement et immédiatement, nous ne pouvons pas savoir quelles sont les images qui lui correspondent vraiment et celles qui ne lui correspondent pas.\nLe réalisme modéré d\u0026rsquo;Aristote # De manière complètement différente, Aristote soutient que la forme (l’essence, le concept) existe de manière naturelle dans la réalité visée sous forme matérielle, individuelle et concrète, et qu’elle est extraite par notre esprit pour acquérir une existence immatérielle, universelle et abstraite dans notre esprit. Car l’abstraction consiste justement à extraire cette forme, qui est individualisée dans la matière, pour lui donner une existence universelle dans notre esprit. C’est la même forme qui existe dans la matière et dans notre esprit, mais sous deux modes d’être différents, un premier mode matériel, un second, spirituel. C’est pourquoi nous pouvons avec certitude affirmer que le fruit que nous avons sur la table est une pomme. La forme « pomme », le concept de « pomme », nous vient directement de la réalité. Et c’est pratique, car sinon nous risquerions en permanence de nous empoisonner si notre connaissance n’était pas conforme à ce qu’est la réalité.\nLes faux-amis de la vérité # L\u0026rsquo;accord des esprits # Une fois que nous avons clairement en tête la définition de la vérité comme conformité de notre pensée avec le réel qu’elle prétend décrire, de nombreux faux-amis de la vérité sont évacués facilement. Beaucoup pensent malheureusement encore que la vérité serait l’accord des esprits. Il suffirait que la majorité des personnes soit d’accord sur une affirmation pour que cette affirmation soit vraie. Cela revient à croire qu’il suffirait de voter pour savoir où se trouve la vérité. Cela voudrait dire que si une assemblée quelconque pense majoritairement qu’une chose est vraie, cela suffirait à rendre cette affirmation vraie. La vérité ne serait donc plus une découverte, mais la production de la croyance de la majorité. Quelle ineptie !\nPhrase de Charles Péguy à retenir # C’est pourquoi Charles Péguy disait que la vérité n’est pas fonction du nombre de personnes qui la proclament. Cela veut dire que la majorité peut se tromper tout comme la minorité. La vérité n’est pas fonction du nombre de personnes, elle est la correspondance de notre esprit avec le réel qu’il décrit. Si ce que nous disons sur une chose correspond à ce que la chose est réellement, alors nous disons vrai, que nous soyons seuls, que nous soyons plusieurs ou que nous soyons nombreux.\nL\u0026rsquo;efficacité # De même, ce n’est pas parce qu’une affirmation semble efficace actuellement qu’elle décrit fidèlement la réalité. L’efficacité ne signifie pas forcément la conformité. L’efficacité d’une affirmation peut correspondre à autre chose que ce que nous pensions. L’efficacité ne nous assure pas d’avoir une connaissance vraie. Nous pouvons méconnaître des causes et attribuer notre efficacité à de fausses raisons. Par exemple, ce n’est pas parce que nous disons que nous aimons une personne que nous l’aimons vraiment, ce n’est pas parce qu’elle dit qu’elle nous aime, qu’elle nous aime vraiment. L’efficacité du couple peut reposer sur de fausses interprétations. Une personne du couple peut confondre l’émotion d’amour avec la bienveillance manifeste réciproque. Ou comme le dit Denis de Rougemont dans l’Amour et l’Occident, elle peut confondre l’amour de l’exaltation amoureuse en elle avec l’amour conjugal vis-à-vis de l’autre. Elle peut se croire amoureuse de l’autre, alors qu’elle est simplement attachée à sa propre exaltation amoureuse, à sa propre palpitation cardiaque, à ses propres émotions. Deux exaltés égoïstes attachés à leurs propres palpitations cardiaques peuvent pendant un temps efficacement sortir ensemble, aux yeux du monde et à leurs propres yeux. Malheureusement, ce n’est pas l’autre qu’ils rencontrent mais leur propre exaltation personnelle. C’est ce que l’on appelle la passion amoureuse et qui n’a strictement rien à voir avec l’amour conjugal.\nPréjugé, naïveté et illusion # De même, un préjugé est perçu par la personne comme une vérité alors même qu’il n’y a pas eu encore de jugement. C’est ce que veut dire le mot « préjugé », ce qui précède le jugement. Le jugement suppose un travail de clarification des termes, puis un travail de vérification de la vérité des propositions et enfin un travail de vérification de la validité des argumentations, si le jugement en question est une conclusion. Le préjugé, c’est soit de ne pas avoir fait ce travail préalable, et c’est alors de la naïveté, soit de ne pas vouloir le faire au prétexte que ce préjugé est confortable, et c’est alors une illusion.\nEn effet, la naïveté est un préjugé moins grave que l’illusion. Le naïf, c’est souvent celui qui par manque d’expérience ou de connaissance acquise, croit trop facilement ce qu’il voit ou ce qu’il entend. Il suffit de lui montrer la réalité pour qu’il corrige sa naïveté. Il souffrira peut-être de la perdre, mais il acceptera volontiers de la perdre car il reste attaché à la vérité.\nL’illusion est plus grave et beaucoup plus difficile à guérir. En effet, celui qui est dans l’illusion refuse d’abandonner un désir parce qu’il refuse d’accepter une frustration. On a beau lui mettre la réalité en face, il trouvera toujours une interprétation possible pour entretenir son désir et l’espoir illusoire d’une satisfaction future.\nLe naïf accepte de se remettre en question face à l’expérience enseignée par les autres, celui qui est dans l’illusion refuse de recevoir l’enseignement des autres. Seule une conversion personnelle et privée de celui qui est dans l’illusion peut le sauver. Les autres, malheureusement, peuvent peu de choses pour lui.\nDe la bêtise # La bêtise selon Dietrich Bonhoeffer # J’ai choisi de terminer cet article en vous partageant un texte malheureusement prophétique du pasteur et théologien allemand, résistant au nazisme, exécuté par pendaison le 9 avril 1945 par les nazis qui obéissaient aux ordres d’Hitler : Dietrich Bonhoeffer. Ce texte est un extrait de son livre édité à titre posthume qui rassemble une partie des lettres écrites à la fin de sa vie alors qu’il était détenu dans les camps de Berlin, puis de Buchenwald et enfin de Flossenbürg. Ce livre s’intitule : Résistance et soumission, lettres et notes de captivité. Le texte ci-dessous est un extrait du premier chapitre qui s’intitule : Dix ans plus tard, bilan au seuil de l’année 1943 ; et plus précisément de la partie qui s’intitule : De la bêtise. Dans l’actualité récente, ce texte est souvent cité comme la théorie de la stupidité. Dans le texte francophone que je possède, c’est le terme de bêtise qui est choisi à la place. Ce texte est d’une clarté et d’une précision remarquables. Il est triste, cependant, que des stupides s’en servent aujourd’hui pour traiter de stupides ceux qui les critiquent. C’est sans doute cela le comble de la stupidité : être tellement aveugle à sa propre stupidité que l’on prend toutes critiques, et surtout celles qui sont fondées en réalité, pour des formes aggravées de stupidité.\nTexte de Dietrich Bonhoeffer # « La bêtise est une ennemie du bien plus dangereuse que la méchanceté. On peut protester contre le mal, le mettre à nu, l’empêcher par la force ; le mal porte toujours en soi un germe d’auto-désagrégation, en laissant derrière soi un malaise. Nous sommes impuissants contre la bêtise. Nous n’obtenons rien, ni par nos protestations ni par la force ; le raisonnement n’opère pas ; les faits qui contredisent ses préjugés, le stupide ne voit pas la nécessité de les croire – dans ce cas, il va jusqu’à devenir critique – et lorsqu’ils sont inattaquables, il peut les mettre de côté comme cas isolés sans signification. Contrairement au méchant, le stupide est entièrement satisfait de lui-même ; il devient même dangereux lorsque, facilement irrité, il passe à l’attaque. C’est pourquoi la prudence est de mise davantage face au stupide que face au méchant. Nous n’essaierons plus jamais de convaincre le stupide par le raisonnement ; ce procédé est absurde et dangereux.\nPour avoir prise sur la bêtise, il nous faut chercher à comprendre son essence. Elle est un manque qui n’est certainement pas intellectuel, mais bien plutôt humain. Il existe des gens d’une grande souplesse intellectuelle qui sont stupides, et d’autres qui, bien qu’engourdis intellectuellement, sont intelligents. À notre grande surprise, nous avons fait cette découverte dans des situations précises. On constate que la bêtise n’est pas un défaut inné, mais que, dans certaines circonstances, les gens s’abêtissent ou se laissent abêtir. Nous observons en outre que chez les solitaires ce défaut est plus rare que chez les gens ou dans les groupes qui penchent vers la sociabilité ou qui y sont contraints. Ainsi, la bêtise semble être un problème sociologique plutôt que psychologique. Elle est une forme spéciale de l’influence des circonstances historiques sur l’homme, une manifestation psychologique qui accompagne un certain état de choses. En y regardant de plus près, nous constatons que n’importe quel grand déploiement de puissance extérieure, politique ou religieuse, frappe de bêtise une grande partie de l’humanité. Cela semble être carrément une loi psycho-sociologique. La puissance des uns a besoin de la bêtise des autres. Dans ce processus, certaines aptitudes de l’homme, comme l’intelligence, ne viennent pas à manquer brusquement, pas plus qu’elles ne s’étiolent, mais, sous l’influence écrasante de ce déploiement de puissance, l’homme est privé de son indépendance intérieure et renonce consciemment ou inconsciemment dans telle ou telle situation à une attitude personnelle. Qu’on ne s’y trompe pas : l’obstination fréquente du stupide ne doit pas nous faire croire qu’il agit ou pense de façon autonome. Dans la discussion, on sent nettement que ce n’est pas à lui personnellement qu’on a affaire, mais aux grands mots qui le possèdent. Il subit un charme, il est aveugle. On abuse de sa personne, on l’aliène. Devenu ainsi un instrument dépourvu de volonté propre, le stupide sera prêt à commettre n’importe quelle mauvaise action, et en même temps incapable de la reconnaître comme telle. C’est là le danger d’un abus diabolique. Par là, des hommes pourront être abîmés pour toujours.\nIl saute alors aux yeux, précisément, que seul un acte de libération peut vaincre la bêtise, et non pas le raisonnement. On est obligé de convenir qu’une vraie libération intérieure ne peut intervenir que lorsqu’elle est précédée d’une libération extérieure ; jusque-là, il nous faut renoncer à toute tentative de convaincre le stupide. Cet état de choses explique d’ailleurs pourquoi nous nous efforçons toujours en vain de savoir ce que « le peuple » pense réellement, et pourquoi cette question est si inutile pour celui qui pense et agit d’une façon responsable, toujours dans certaines circonstances. Le texte biblique qui dit : « La crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse » (Ps 111,10) déclare que la libération intérieure de l’homme responsable est la seule victoire véritable sur la bêtise. Du reste, ces pensées sur la bêtise sont consolantes en ce sens qu’elles ne permettent absolument pas de croire stupide la majorité des hommes en toute circonstance. Les autorités attendront-elles davantage de la bêtise des hommes ou de leur intelligence et de leur liberté intérieure ? Tout dépendra de cela. »\nCette définition est souvent appelée « théorie de la correspondance de la vérité ».\u0026#160;\u0026#x21a9;\u0026#xfe0e;\n","date":"21 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/verite/","section":"Articles","summary":"","title":"La vérité","type":"articles"},{"content":" Introduction # Dans cette partie du cours nous allons nous centrer sur la deuxième opération de l’intelligence, c’est-à-dire le jugement. Je m’appuie toujours sur le livre Socratic Logic de Peter Kreeft. Je rappelle que la première opération est la simple appréhension et que la troisième et dernière opération de l’intelligence est le raisonnement. Pour avoir un aperçu d’ensemble des 3 actes ou 3 opérations de l’intelligence, vous pouvez lire l’article sur le fonctionnement de l’intelligence. Par ailleurs, la notion de démonstration désigne plutôt un raisonnement déductif certain, c’est-à-dire qui possède des prémisses vraies et dont la structure argumentative est valide. Une démonstration est donc un type particulier de raisonnement comme l’induction en est un autre type.\nDistinction entre jugements, propositions, et phrases # Le jugement est le deuxième acte de l’intelligence. Il produit un résultat logique que l’on nomme proposition. Ce résultat logique va être exprimé, pour être partagé avec les autres êtres humains, sous la forme d’une phrase déclarative.\nAinsi, de même qu’il faut distinguer le concept, le terme, et le mot, il est bon de distinguer le jugement, la proposition, et la phrase déclarative. De même, quand nous aborderons le troisième acte de l’intelligence, le raisonnement, il faudra distinguer, le raisonnement, le syllogisme et le paragraphe. Le concept, le jugement et le raisonnement sont des actes de l’intelligence ou des opérations de notre esprit. Les termes, les propositions et les syllogismes sont les produits spirituels respectifs de ces actes. Les mots, les phrases déclaratives et les paragraphes sont les expressions écrites ou orales qui expriment les fruits de ces trois actes.\nSeules les propositions sont vraies ou fausses. Les termes sont seulement clairs ou confus. Les prémisses et la conclusion d’un syllogisme sont des propositions, en ce sens, elles peuvent être vraies ou fausses. Cependant le syllogisme en lui-même, c’est-à-dire sa structure argumentative, n’est ni vrai ni faux, mais valide ou invalide. Quand on dit qu’un raisonnement est faux, cela veut dire soit que les termes utilisés dans les phrases déclaratives sont confus, soit que les phrases déclaratives sont fausses, soit que le raisonnement en lui-même ne préserve pas la vérité, il est invalide.\nIl faut retenir que les propositions sont toujours exprimées par des phrases déclaratives. En effet, seules les phrases déclaratives ont un rapport direct avec le vrai ou le faux, avec une connaissance du réel. Les autres types de phrases sont importants mais n’entretiennent pas le même rapport avec le vrai ou le faux. Les phrases interrogatives ne disent pas le vrai ou le faux même si elles cherchent à le connaître. Les phrases exclamatives expriment davantage les émotions que la connaissance du réel. Enfin, les phrases performatives veulent produire un effet dans le réel. Elles ne cherchent pas à connaître le réel.\nImportance de la qualité de nos jugements # Le deuxième acte de l’intelligence est important car la vérité ne se situe qu’au niveau des propositions, et non au niveau des termes, qui sont jugés sur leur clarté, et des syllogismes, qui sont jugés sur leur validité. Or la vérité est ce qui motive notre raison, ce qu’elle recherche, ce qu’elle veut atteindre comme son plus grand bien.\nConfusion entre jugement et réactions émotionnelles # Peter Kreeft précise (p. 139) qu’il est important en logique mais aussi pour notre propre éducation, notre civilisation, et notre honnêteté, de distinguer deux choses qui se produisent en même temps en nous, quand nous lisons ou quand nous entendons ce que les autres déclarent. Nous avons en nous à la fois le contenu de ce qu’ils déclarent et les réactions émotionnelles que ces contenus déclenchent en nous. Le contenu est objectif (si nous sommes fidèles à ce qui a été écrit ou dit), les réactions émotionnelles sont subjectives, elles sont fonction de l’interaction entre ce contenu objectif et notre vécu personnel, nos désirs, nos peurs, nos ressentiments accumulés, nos émotions et nos sentiments en général, ainsi que les produits de notre imagination. Ce contenu objectif n’est pas toujours compris. Avant même la compréhension, la sensibilité et l’imagination peuvent avoir corrompu notre intelligence.\nLe problème, ce serait de confondre les deux et de prendre notre réaction émotionnelle comme source de vérité. Il faut d’abord bien distinguer ce qui a été dit de ce que nous ressentons par rapport à ce qui a été dit. Nos émotions peuvent effectivement être déclenchées par ce qui a été dit, mais elles peuvent aussi être déclenchées par ce que nous croyons ou interprétons ainsi que par notre histoire personnelle. Il n’est pas sûr que nous ayons toujours bien compris ce qui a été dit. Il faut d’abord le vérifier. C’est pourquoi, il est important de se focaliser sur les propositions pour déterminer d’abord ce qui a été dit. De même, si nous n’arrivons pas à bien saisir les concepts qui correspondent aux mots utilisés par l’auteur, il nous faut le questionner pour les clarifier.\nDanger de l\u0026rsquo;interprétation émotionnelle # Peter Kreeft, regardant l’évolution de son propre pays, soutient qu’en un siècle d’éducation de masse, la qualité de la lecture et celle de l’écoute ont eu tendance à se dégrader. L’interprétation émotionnelle est devenue fréquente. Il est donc important de bien distinguer ce que les textes ou les paroles disent réellement de ce que nous croyons qu’ils disent. Pour améliorer notre capacité à discerner ce qu’ils disent réellement, il est donc essentiel de distinguer en nous leur contenu logique, de notre propre réaction émotionnelle vis-à-vis de ce contenu. Il n’y a rien de problématique à ressentir des réactions émotionnelles concernant certains propos. Ce qui est problématique, c’est de laisser nos émotions se substituer au travail de l’intelligence. On commet alors cette erreur très fréquente : mettre les émotions au-dessus de l’intelligence alors qu’elles doivent toujours rester en dessous, puisque ce ne sont pas nos émotions qui connaissent le réel de manière fiable mais bien notre intelligence.\nSeule l\u0026rsquo;intelligence distingue # Peter Kreeft fait la remarque plus loin dans son livre (p. 185) que la différence entre notre intelligence et notre sensibilité, c’est que notre intelligence permet de faire des distinctions conceptuelles précises pour clarifier les informations reçues par la réalité, tandis que notre sensibilité nous fait éprouver une émotion ou plusieurs émotions combinées qu’elle n’arrive pas par elle-même à distinguer. Toute distinction, distinction conceptuelle comme distinction émotionnelle, requiert le travail de l’intelligence. Ainsi, si nous nous laissons emporter par nos émotions, nous serons incapables d’utiliser correctement notre intelligence. Elle risque même d’être mise au service de nos émotions alors qu’elle devrait plutôt servir à les distinguer pour réussir à mieux les tempérer. C’est là qu’on comprend pourquoi la vertu de tempérance est si importante. Elle n’est pas importante seulement pour maintenir une bonne relation avec autrui, mais elle est essentielle à toute recherche de vérité sérieuse. Il n’y a donc pas de bon scientifique sans tempérance. Un scientifique sans tempérance se transforme très vite en idéologue. Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur l’importance des vertus dans toute recherche scientifique, je vous recommande le livre du philosophe français Roger Pouivet, L’éthique intellectuelle, une épistémologie des vertus, aux éditions Vrin.\nRemède à cette confusion # L’un des bons remèdes à cette erreur qui consiste à confondre le contenu logique d’une proposition et notre réaction émotionnelle personnelle, c’est de procéder à l’analyse logique des propositions que nous lisons ou que nous entendons. Cette analyse demande de la précision, un recul émotionnel, et, surtout, du temps. Pour l’acquisition sereine du savoir, il faut donc réaliser trois actes différents :\nPenser clairement, c’est-à-dire maîtriser les trois actes de l’intelligence que sont : La compréhension en choisissant des termes clairs ; Le jugement en choisissant des propositions vraies ; Le raisonnement en choisissant des syllogismes valides ou des inductions probables. S’exprimer correctement, ce qui veut dire maîtriser suffisamment la langue : Pour bien choisir les mots qui traduisent au mieux nos termes ; Pour bien choisir les phrases qui traduisent au mieux nos propositions ; Pour bien choisir les paragraphes qui traduisent au mieux nos syllogismes et nos inductions probables. Interpréter correctement ce que les autres disent, c’est-à-dire : Repérer les concepts qui correspondent aux mots utilisés ; Repérer les jugements qui correspondent aux phrases utilisées ; Repérer les raisonnements qui correspondent aux paragraphes utilisés ; Distinguer en nous les contenus logiques de nos réactions émotionnelles ; Essayer de distinguer en l’autre ses contenus logiques de ses réactions émotionnelles. Cette dernière distinction est plus difficile à faire car il n’est pas simple de déterminer avec certitude ce que ressent autrui. Nous pouvons nous tromper dans l’interprétation de ses émotions en raison de notre méconnaissance partielle de son histoire personnelle. Sujet et prédicat # Une fois que notre esprit a compris la nature de quelque chose, son essence, en formant en lui un concept lui correspondant, il va essayer de mettre en relation les différents concepts qu’il possède déjà avec ce nouveau concept. Il va juger. Par exemple, quand nous apercevons un grand oiseau blanc se poser derrière un tracteur qui laboure la terre, nous allons regarder son bec pour déterminer sa forme et sa taille. Cela nous permettra de distinguer si cet oiseau blanc est un héron garde-bœuf ou si c’est une aigrette garzette. Si nous jugeons que cet oiseau blanc a un bec jaune-orangé assez court, nous pourrons en déduire que c’est un héron garde-bœuf. En revanche, si son bec est long et noir, ce sera sans doute une aigrette garzette. Pour réussir à faire cette bonne déduction, il faut d’abord juger. Il faut juger que cet oiseau blanc possède un bec jaune-orangé, il faut attribuer au sujet « oiseau blanc » le prédicat « doté d’un bec jaune-orangé ». Il faut relier des concepts déjà connus, oiseau, blanc, bec, jaune et orange, de telle manière que nous puissions former par notre intelligence un jugement qui produit cette proposition : « cet oiseau blanc est doté d’un bec jaune-orangé ». Le prédicat représente alors une propriété du concept visé par le sujet.\nHérons Garde-Bœuf autour d\u0026rsquo;un tracteur Le sujet, c’est ce dont on parle. Le prédicat, c’est ce que l’on dit du sujet. C’est assez facile d’identifier le sujet et le prédicat d’une proposition quand on a fait un peu de grammaire. En effet, les sujets et prédicats logiques sont généralement les mêmes que les sujets et prédicats grammaticaux. Par ailleurs, le sujet et le prédicat ne sont pas interchangeables. L’attribution d’une propriété, qui se fait par l’intermédiaire du verbe être (la copule), ne possède pas les mêmes propriétés logiques que l’opération d’égalité. On peut certes dire « $2+2=4$ est équivalent à $4=2+2$ » mais on ne peut pas dire que « l’oiseau blanc est doté d’un bec jaune-orangé » est équivalent à « Le bec jaune-orangé est doté d’un oiseau blanc ». L’attribution d’un prédicat à un sujet dans une proposition n’est pas une relation symétrique comme l’est la relation d’égalité.\nFormes des propositions # Il existe différentes formes de propositions, il y a les propositions catégoriques qui sont formées seulement d’un sujet et d’un prédicat reliés par le verbe être, et les propositions composées, qu’on appelle aussi propositions hypothétiques, qui relient plusieurs propositions catégoriques. Il faut aussi distinguer les phrases catégoriques ou composées des phrases impératives, interrogatives, exclamatives et performatives. Cependant, pour commencer, il est bon de maîtriser d’abord les propositions catégoriques et leurs expressions linguistiques correspondantes.\nLes 4 catégories de propositions # Chaque proposition possède une matière, un contenu, et une forme, une structure. La matière d’une proposition correspond aux deux termes qu’elle possède, le sujet et le prédicat. Le contenu de ces deux termes peut varier infiniment. Les propositions peuvent en effet aborder des sujets fort variés. En revanche, la forme d’une proposition catégorique ne possède que deux variables : la quantité et la qualité. La quantité d’une proposition correspond au nombre de sujets qui sont concernés par ce qu’elle dit : tous ou seulement quelques-uns. La quantité est en effet soit universelle (tous) soit particulière (quelques-uns). La qualité d’une proposition correspond au fait qu’elle soit affirmative, si le prédicat est affirmé pour le sujet, ou négative, si le prédicat est nié pour le sujet. Ainsi la matière d’une proposition correspond aux deux termes, et sa forme nous dit comment ces deux termes (le sujet et le prédicat) sont reliés l’un à l’autre.\nLettres représentant ces 4 catégories # Comme une proposition peut être soit universelle soit particulière en quantité et soit affirmative soit négative en qualité, nous avons quatre possibilités :\nA : Les propositions universelles affirmatives, par exemple : « Tous les hommes sont mortels » ; E : Les propositions universelles négatives, par exemple : « Aucun homme n’est mortel » ; I : Les propositions particulières affirmatives, par exemple : « Quelques hommes sont mortels » ; O : Les propositions particulières négatives, par exemple : « Quelques hommes ne sont pas mortels ». Origines latines de ces lettres # Le choix des lettres A, E, I, O vient d’une tradition mnémotechnique latine. J’affirme se dit en latin : affirmo. Les logiciens ont donc mémorisé : « AffIrmo ». Je nie se dit en latin : nego. Ils ont alors mémorisé : « nEgO ». À chaque fois la première voyelle mémorisée désigne les propositions universelles, et la seconde voyelle mémorisée les propositions particulières.\nProposition singulière ≠ proposition particulière # Pour être plus précis, les propositions singulières ne sont pas les mêmes que les propositions particulières. Une proposition singulière ne vaut que pour un seul individu, alors que les propositions particulières valent pour au moins un individu. Les logiciens ont constaté qu’il suffisait de considérer qu’une proposition singulière était une proposition universelle qui caractérisait l’intégralité de l’individu concerné, le tout de l’individu concerné. Ainsi nous avons bien seulement quatre formes possibles de propositions et non pas six. Les propositions singulières comme « Socrate est mortel » sont considérées comme des propositions universelles. Il est possible aussi d’augmenter la difficulté concernant l’analyse des formes possibles des propositions en considérant que les opérateurs modaux comme possible, probable, nécessaire changent la nature de la forme considérée. Depuis le vingtième siècle, la branche de la logique qui s’intéresse à ces connecteurs modaux s’appelle la logique modale. Il n’entre pas dans l’objectif de ce cours de présenter la logique modale, même si ce sont des thèmes fort intéressants. Nous ne considérerons donc ici que les quatre formes classiques de proposition.\nForme logique des propositions # Il est bon de reformuler les propositions du langage courant sous forme de propositions catégoriques. Cela permet de comprendre plus clairement ce qu’elles disent et de calculer plus précisément si les arguments qui contiennent ces propositions sont valides ou non. Les propositions catégoriques peuvent s’écrire ainsi, en écrivant S pour Sujet et P pour Prédicat :\nA : les propositions universelles affirmatives s’écrivent : Tout [S] est [P] ; E : les propositions universelles négatives s’écrivent : Aucun [S] n’est [P] ; I : les propositions particulières affirmatives s’écrivent : Quelques [S] sont [P] ; O : les propositions particulières négatives s’écrivent : Quelques [S] ne sont pas [P]. Exemples de mise en forme logique # Prenons quelques exemples :\nLangage ordinaire : « Les oiseaux volent » ; Forme logique : Tous [les oiseaux] sont [des choses qui volent] —\u0026gt; A ; Langage ordinaire : « Les mortels n’atteindront jamais la perfection absolue » ; Forme logique : Aucun [mortel] n’est [ celui qui atteindra la perfection absolue un jour] —\u0026gt; E ; Langage ordinaire : « Tout ce qui brille n’est pas de l’or » ; Forme logique : Certaines [choses qui brillent] ne sont pas [des choses en or] —\u0026gt; O. Cela peut sembler fastidieux voire inutile de remplacer les propositions du langage ordinaire par leurs formes logiques. Cependant, Peter Kreeft nous conseille de le faire pour éviter de faire des erreurs de raisonnement. Cette mise en forme permet de mieux repérer ce que nous voulons dire et évite de nombreuses erreurs. Encore faut-il prendre le temps de s’entraîner !\nVous trouverez plus de précision dans le livre Socratic Logic de Peter Kreeft, cela serait trop long de tout exposer ici. Retenez cependant qu’il faut connaître les quatre sortes de proposition et savoir remplacer les propositions du langage ordinaire par leurs formes logiques pour pouvoir bien clarifier nos raisonnements et repérer plus facilement leur structure. C’est la condition pour éviter d’utiliser des raisonnements invalides. Il est plus facile de se tromper avec le langage ordinaire qu’avec les formes logiques correspondantes. Bien évidemment, tout cela demande un long apprentissage que, malheureusement, l’école n’organise plus.\nLa notion de contradiction # Comme nous le rappelle Peter Kreeft, en logique la notion de contradiction ne désigne pas la relation psychologique et subjective entre deux êtres humains qui sont en désaccord, mais la relation logique et objective entre deux propositions qui ne peuvent pas être vraies en même temps ou fausses en même temps. Il est crucial en logique de savoir quand deux propositions se contredisent et quand elles ne le font pas. Le manque de clarté concernant ce sur quoi portent les contradictions explique pourquoi nos débats controversés sont souvent stériles et n’arrivent pas à indiquer où se trouve la vérité.\nDéfinition de la contradiction # Pourtant, les conditions qui permettent de repérer les contradictions sont très simples, très rigoureuses et ont aussi une portée très limitée.\nDeux propositions se contredisent l’une l’autre seulement quand la vérité de l’une signifie nécessairement la fausseté de l’autre, et quand la fausseté de l’une signifie la vérité de l’autre. Cela n’arrive qu’entre des propositions qui possèdent les mêmes sujets et prédicats, et qui diffèrent à la fois en quantité et en qualité. Les deux sortes de contradiction # Il n’y a que deux ensembles de propositions contradictoires :\nLes propositions ayant pour formes : « Tout S est P » et « Quelques S ne sont pas P » ; —\u0026gt; A et O ; Les propositions ayant pour formes : « Aucun S n’est P » et « Quelques S sont P » ; —\u0026gt; E et I. Il est donc plus facile de repérer les contradictions quand les propositions du langage ordinaire sont mises sous leur forme logique. Cela demande du temps et de la précision.\n","date":"21 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/jugement/","section":"Articles","summary":"","title":"Le jugement","type":"articles"},{"content":" Introduction # Nous continuons notre aventure qui consiste à découvrir le fonctionnement de notre intelligence en suivant principalement Peter Kreeft et son livre Socratic Logic. Il aborde le troisième acte de l’intelligence de la page 186 à la page 335. Autant dire que c’est une gageure de synthétiser ce qu’il dit en un seul article ! Je vais essayer de présenter l’essentiel pour jeter les bases de vos recherches futures. Dans les semaines à venir, il est probable que je rédige de nouveaux articles pour approfondir les notions que nous aurons laissées sans développement ici. Pour comprendre cet article, il est nécessaire d’avoir bien maîtrisé les cours sur la simple appréhension et sur le jugement.\nQue veut dire le mot « raison » ? # Dans l’expression « l’homme est un animal rationnel », le sens courant du mot « rationnel » est très vaste. Il inclut la sagesse, l’intuition, la compréhension de la nature ou de l’essence d’une chose, c’est-à-dire le premier acte de l’intelligence, la connaissance de soi, la conscience morale (la conscience du bien et du mal), l’appréciation de la beauté, ainsi que le raisonnement et le calcul rationnel, c’est-à-dire le troisième acte de l’intelligence. Peter Kreeft reprend alors une distinction classique chère à Thomas d’Aquin qui permet de situer la rationalité humaine entre l’intelligence des Anges et la cogitative des animaux (le mot cogitative est utilisé par Thomas d’Aquin pour parler de l’intelligence animale). On trouve cette distinction classique par exemple dans le livre II de La Somme contre les Gentils de Thomas d’Aquin avec des développements divers dans les chapitres 68, 73 et 76.\nFaiblesse de la raison # Peter Kreeft précise que la raison humaine possède à la fois une faiblesse et une force qui lui sont propres. En comparaison avec les Anges (les purs esprits), nous sommes de lents insectes rampants car nous obtenons toutes les données, qui serviront de base à notre connaissance, à partir de nos cinq sens, ce qui demande beaucoup d’effort et d’attention pour l’exercice de nos facultés d’observation et de mémorisation. Puis, en procédant lentement, étape par étape, nous déduisons ou nous induisons une connaissance d’une autre. Que ce soit dans la déduction ou l’induction, notre connaissance rationnelle est indirecte. Elle dépend à la fois de l’expérience sensible et des connaissances précédemment accumulées. Les Anges, par contraste, possèdent quelque chose comme une télépathie mentale directe avec l’esprit de Dieu, ou au moins avec les essences des choses telles que Dieu lui-même les connaît, immédiatement et intuitivement. Il précise qu’il s’appuie ici sur la définition d’un ange, que les anges existent ou non, qu’il y ait de bonnes raisons de croire en leur existence ou non, et que ces raisons soient suffisantes ou non pour prouver leur existence. Il n’est pas question ici de savoir si les Anges existent ou si même Dieu existe, cependant, l’utilisation du concept d’ange permet de mieux comprendre la nature de la raison humaine en fournissant un contraste éclairant.\nForce de la raison # D’un autre côté, l’esprit humain possède un pouvoir remarquable comparé à la meilleure cogitative animale. La raison humaine dépasse la cogitative animale au moins de trois manières :\nBien que toutes les connaissances humaines commencent avec l’expérience, nous pouvons obtenir des connaissances au-delà de l’expérience, et cela avec une réelle certitude, grâce au raisonnement déductif. Les mathématiques utilisent régulièrement cette spécificité de l’intelligence humaine. Nous pouvons connaître non seulement des vérités particulières mais des vérités universelles comme « 2+2=4 » ou « tous les hommes sont mortels ». Ce deuxième pouvoir présuppose le premier, le pouvoir de connaître au-delà de l’expérience, car l’expérience ne nous présente jamais des universaux, seulement des cas particuliers. Nous pouvons connaître des universaux en les abstrayant de nos expériences particulières, par exemple, la nature humaine à partir des êtres humains rencontrés, ou la vie, à partir des êtres vivants rencontrés. Nous pouvons connaître des vérités nécessaires et immuables ; nous pouvons savoir non seulement que telle ou telle chose peut être ainsi, mais aussi qu’une chose doit nécessairement et toujours être ainsi. Si A est B et B est C, alors A doit nécessairement être C. L’universalité diffère de la nécessité. Pour comprendre la différence, nous pouvons prendre l’exemple suivant. Tous les enfants ont une mère génitrice, mais cette vérité n’est pas forcément nécessaire, car le clonage et l’exogénèse permettront peut-être de faire naître les enfants d’une autre manière. En revanche, la connaissance « la somme des angles d’un triangle euclidien est égale à 180 degrés » est non seulement universelle mais aussi nécessaire et immuable. Les fondements du syllogisme # Le pouvoir de déduction qui nous permet d’obtenir une connaissance certaine et qui s’exprime dans un syllogisme aussi classique que « Tous les hommes sont mortels et Socrate est un homme, donc Socrate est mortel », vient de la vérité nécessaire et évidente des principes suivants :\nTout ce qui est universellement vrai pour un sujet doit être vrai pour chacun des éléments contenus sous ce sujet. Cela veut dire que si x est vrai pour toute la classe désignée par le sujet, alors x doit être vrai pour chacun des éléments de cette classe. En latin, nous appelons ce principe : dictum de omni. Tout ce qui est faux universellement pour un sujet doit être faux pour chacun des éléments contenus sous ce sujet. Cela veut dire que si x est faux pour toute la classe désignée par le sujet, alors x doit être faux pour chacun des éléments de cette classe. En latin, nous appelons ce principe : dictum de nullo. Si deux choses sont identiques à une troisième et même chose alors elles doivent être identiques l’une à l’autre. Car cette « troisième chose » est le « moyen terme », le terme commun à partir duquel les autres choses sont reliées. Dans l’exemple classique ci-dessus, « Socrate » et « mortel » sont tous les deux mis en relation avec un troisième terme commun, ou « moyen terme », « homme ». Si tous les hommes sont mortels et Socrate est un homme, alors Socrate doit être mortel. Le corollaire négatif du troisième principe énonce que si nous avons deux choses dont l’une est identique à une troisième mais que l’autre ne l’est pas, alors ces deux choses ne sont pas identiques. Dans le syllogisme « Aucun homme n’est un ange, et Socrate est un homme, donc Socrate n’est pas un ange », « Socrate » et « ange » sont tous les deux mis en relation avec le troisième terme commun, ou « moyen terme », « homme ». Les principes 3 et 4, à leur tour, présupposent le principe d’identité (« une chose est ce qu’elle est »). Et le corollaire négatif du principe d’identité est le principe de non-contradiction (« une chose n’est pas ce qu’elle n’est pas, x n’est pas non x »). Finalement, tout cela présuppose qu’une chose est soit x soit non x. Un prédicat doit être soit affirmé soit nié du sujet concerné, il n’y a pas de troisième possibilité. C’est ce qu’on appelle le principe du tiers-exclu. Tous ces principes, et particulièrement le dernier, présupposent que les termes ne sont pas ambigus ou confus. Raisonnement et argumentation # Définition du raisonnement # Grâce à Jacques Maritain et son livre Éléments de philosophie, tome II, l’ordre des concepts, nous pouvons distinguer le raisonnement de l’argumentation. Le raisonnement, c’est la troisième opération de l’intelligence sur laquelle porte cet article. Voici la définition précise que Jacques Maritain en donne : c’est « l’acte par lequel l’esprit, au moyen de ce qu’il connaît déjà, acquiert une connaissance nouvelle ». Il ajoute : « Raisonner c’est passer d’une chose intellectuellement saisie à une autre chose intellectuellement saisie grâce à la première, et s’avancer ainsi de proposition en proposition afin de connaître la vérité intelligible »1.\nL\u0026rsquo;argumentation # Un peu plus loin, il nous précise que le mot raisonnement a malheureusement plusieurs sens en français. Il peut donc être assez facilement confondu avec la notion d’argumentation. Il est vrai qu’il peut à la fois désigner, dans notre langue, le troisième acte de notre intelligence et le produit de cet acte. Il est préférable cependant, pour gagner en clarté, de distinguer l’acte de notre intelligence, que l’on désigne alors par le mot raisonnement et le produit de cet acte dans notre esprit que l’on désigne alors plus précisément par le mot argumentation. Ainsi, l’argumentation est au raisonnement ce que la proposition est au jugement. L’argumentation est d’abord mentale avant d’être exprimée de manière écrite ou orale. Le paragraphe est alors le signe écrit qui correspond à l’argumentation mentale.\nEnjeu de la distinction # Ces précisions peuvent paraître trop complexes et peut-être même inutiles. Cependant, il y a un enjeu important pour celui qui veut développer son intelligence. Lorsque nous assistons à un cours donné par un professeur ou lorsque nous lisons un livre d’un philosophe comme Jacques Maritain, nous recevons des signes oraux ou écrits. Si ces signes oraux ou écrits ne sont pas accompagnés d’un effort personnel de la part de notre intelligence, ils risquent fort de ne pas être mémorisés.\nComprendre la distinction entre raisonnement et argumentation, c’est comprendre qu’il ne suffit pas de lire ou d’entendre une argumentation pour la comprendre et la maîtriser. Il faut soi-même être capable de réaliser les 3 actes de l’intelligence pour que l’argumentation soit comprise, maîtrisée et mémorisée. Cela demande donc de l’attention mais aussi un réel effort de participation intellectuelle intérieure. C’est là que le rôle du professeur s’arrête et celui de l’étudiant commence. Tant que l’étudiant n’a pas compris cela en son for intérieur, il ne sera qu’un auditeur de cours mais non un acteur de sa croissance intellectuelle. Il est fort possible que le temps passé en cours soit pour lui un temps perdu.\nVérité et validité # Paralogismes ≠ sophismes # Les arguments sont soit logiquement valides soit logiquement invalides. S’ils sont logiquement invalides, ils contiennent une erreur logique de raisonnement. Alors qu’en anglais le mot « fallacy » désigne toutes les erreurs logiques de raisonnement, la langue française est plus riche. En français nous parlons de paralogisme quand l’erreur de raisonnement est involontaire et qu’elle est due soit à une étourderie soit à un manque de connaissance des règles logiques. En revanche, nous parlons de sophisme quand cette erreur de raisonnement est volontaire et a pour but de tromper l’adversaire. Une proposition peut être erronée ; elle peut dire le faux alors qu’elle devrait dire le vrai, mais elle ne peut pas être un paralogisme ou un sophisme. Les mots « paralogisme » et « sophisme » ne valent que pour les raisonnements et non pour les propositions. Le mot « erreur » en français est un terme générique qui peut valoir à la fois pour les erreurs d’affirmation dans les propositions et pour les erreurs de raisonnement. C’est pourquoi, il est bon de retenir ce que sont les paralogismes et les sophismes. Cela permet en effet de qualifier précisément la nature de nos erreurs.\nClarté, vérité, validité # Nous l’avons dit dans les articles précédents qui portent sur le fonctionnement de l’intelligence : la clarté et la confusion concernent les termes, la vérité et la fausseté concernent les propositions, la validité et l’invalidité concernent les arguments. Ainsi, un bon argument c’est celui qui ne possède que des termes clairs, que des propositions vraies, et une structure argumentative valide, c’est-à-dire un syllogisme valide. Un mauvais argument c’est celui qui possède soit des termes confus, soit des propositions fausses, soit une structure argumentative invalide. En ce qui concerne les raisonnements, on oppose les syllogismes valides aux paralogismes ou aux sophismes. Cependant, un syllogisme même valide ne conduit pas forcément à une conclusion vraie car il peut comporter des termes confus ou des propositions fausses. Un bon argument est donc un syllogisme valide dont les termes sont clairs et les prémisses vraies (la conclusion l’est alors forcément). Pour être encore plus précis et fidèle à Jacques Maritain et à Étienne Gilson, le mot syllogisme désigne un raisonnement avec une dimension logique ; il peut être valide ou invalide. Le mot paralogisme désigne un raisonnement invalide avec une dimension psychologique et épistémologique. Enfin, le mot sophisme désigne un raisonnement invalide avec une dimension psychologique et morale.\nLa vérité est une relation entre une proposition et le monde réel, ou la nature des choses, ou la réalité objective, ou ce qui est à l’extérieur de la proposition et de l’esprit qui la produit. La validité est une relation entre des propositions, entre les prémisses d’un argument et sa conclusion.\nUn argument déductif est valide si la conclusion découle nécessairement des prémisses, si les prémisses prouvent la conclusion, si le fait que les prémisses soient vraies entraîne que la conclusion soit vraie. Un argument valide nous donne donc la certitude que la conclusion conserve la vérité. Cependant cette certitude est relative aux prémisses. Il faut que les deux prémisses soient vraies pour que nous obtenions avec un argument valide une conclusion vraie de manière certaine.\nInvention ≠ Découverte # Ce qu’il faut retenir c’est que ces principes logiques ne sont pas inventés par les hommes mais qu’ils ont été découverts par eux. Ce qui est inventé c’est la langue ordinaire dans laquelle nous les exprimons et la manière pédagogique de les enseigner.\nIl est facile de vérifier la validité d’un argument car il suffit de mettre sous forme logique chacune des propositions pour bien identifier la structure de cet argument. La structure est en elle-même valide ou invalide. Ainsi, il est possible d’automatiser et de formaliser la vérification de la validité d’un argument. Ce qui est difficile en revanche, et nous l’avons déjà dit dans d’autres articles qui portent sur le fonctionnement de notre intelligence, c’est de vérifier que les termes sont bien clairs et que les propositions sont bien vraies. Ainsi s’il est facile de vérifier la validité d’un argument, il est en revanche bien plus difficile de savoir si cet argument nous donne une conclusion vraie.\nDifférents types d\u0026rsquo;arguments # Enfin terminons cette partie en précisant qu’il existe différents types d’arguments. À côté des arguments inductifs que nous présentons ensuite, il existe d’autres catégories d’arguments comme ceux qui expliquent les relations de cause à effet dans le monde physique et ceux qui expliquent les relations entre les motifs et les actes dans le monde psychologique. Selon Peter Kreeft, p. 201, notre monde actuel regorge de confusion entre les arguments psychologiques qui expliquent des motivations et les arguments logiques. Cela se rapproche de la confusion fréquente entre le contenu des propositions ou des arguments et les réactions émotionnelles vécues en lisant ou en entendant ces propositions ou ces arguments.\nRaisonnements déductifs et inductifs # Nature des prémisses # Il y a deux types différents de raisonnement, les raisonnements déductifs et les raisonnements inductifs. L’une des différences qui les distingue c’est la nature de leurs prémisses. Le raisonnement inductif utilise des prémisses particulières ou singulières pour aboutir à une conclusion plus générale, tandis que le raisonnement déductif commence par des prémisses générales ou universelles pour aboutir assez souvent à une conclusion moins générale.\nCette règle générale doit cependant être précisée. Cela ne veut pas dire que dans un un argument déductif la conclusion doit être une proposition I ou O. Elle est souvent une proposition A ou E. Mais c’est toujours en vertu d’une des prémisses, qui joue le rôle de principe, qui s’applique à un cas particulier. Généralement cela conduit à une conclusion moins universelle mais ce n’est pas toujours le cas. Dans le syllogisme classique : « Tous les hommes sont mortels et Socrate est un homme, donc Socrate est mortel, » la conclusion est moins universelle que la première prémisse. Dans le syllogisme suivant, la conclusion, bien qu’étant une proposition A, est aussi moins universelle que la première prémisse :\nTous les hommes sont mortels. Et tous les irlandais sont des hommes. Donc tous les irlandais sont mortels. En revanche dans le syllogisme suivant, la conclusion est aussi universelle que la première prémisse :\nAucun lycéen n’est un sénateur de la République. Or un sénateur de la République touche une indemnité parlementaire de sénateur. Donc aucun lycée ne touche une indemnité parlementaire de sénateur. Observation ≠ compréhension intellectuelle # La plus grande différence entre la déduction et l’induction, c’est que les prémisses de l’induction viennent de l’observation faite à partir de nos sensations ou d’instruments augmentant la portée de nos sensations. Or nous n’observons que des cas individuels. En revanche, au moins l’une des prémisses de la déduction vient d’une compréhension intellectuelle qui comporte toujours quelque chose d’universel.\nDe même que la déduction ne conduit pas toujours de l’universel au particulier, l’induction ne conduit pas toujours non plus du particulier au plus général. Certaines inductions de se terminent pas par une conclusion générale. Prenons un exemple :\nJe suis un professeur et je suis étourdi. Et, elle est une professeure et elle est étourdie aussi. Et, ils sont des professeurs et ils sont aussi étourdis. Et, cet homme est aussi un professeur. Donc, il est probable que ce dernier soit étourdi aussi. Probabilité ≠ Certitude # Grâce à cet exemple on voit non seulement que la conclusion peut être particulière ou singulière (c’est le cas ici) mais qu’elle est surtout seulement probable. C’est la différence essentielle entre le raisonnement déductif et le raisonnement inductif. Le raisonnement déductif bien construit et reposant sur des prémisses vraies composées de concepts clairs conduit à la certitude alors que le raisonnement inductif bien construit et reposant sur des prémisses vraies composées de concepts clairs ne conduit généralement qu’au probable.\nPour qu’un raisonnement inductif bien construit et reposant sur des prémisses vraies conduise à la certitude, il faut avoir vérifié la vérité pour chacun des éléments concernés par la conclusion. Un ordinateur bien programmé pourra vérifier la validité d’un raisonnement déductif, mais il n’arrivera que rarement à vérifier la validité d’un argument inductif car ce dernier repose trop sur l’observation. Prudence cependant, nous n’avons pas dit que l’ordinateur pouvait vérifier la vérité d’un raisonnement déductif, mais bien seulement sa validité.\nL\u0026rsquo;IA n\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;un Perroquet Stochastique # Cette nuance devient essentielle à l’heure où de nombreux étudiants et professeurs se laissent séduire par les algorithmes tels que Chatgpt, Gemini ou Perplexity. Il est difficile de vérifier la vérité des assertions écrites par ces algorithmes car même si certains indiquent certaines sources, ils n’indiquent pas toutes leurs sources et de toute façon jamais les sources de leur « entraînement ». La vérification de toutes les propositions qui conduisent à la conclusion est donc impossible à faire. C’est pourquoi, il est souvent difficile de bien distinguer leurs hallucinations de leurs assertions vraies. Ces algorithmes restent trop opaques, et même s’ils ne l’étaient pas, ils resteraient tellement complexes qu’il est difficile pour un humain seul de comprendre tous les processus suivis par les machines. Il est préférable de voir ces algorithmes comme des perroquets stochastiques plutôt que d’utiliser le terme intelligence artificielle pour les désigner puisqu’ils ne possèdent ni le premier acte de l’intelligence ni le deuxième.\nUn perroquet stochastique ! Jacques Maritain, Éléments de philosophie, tome II, p. 211.\u0026#160;\u0026#x21a9;\u0026#xfe0e;\n","date":"21 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/raisonnement/","section":"Articles","summary":"","title":"Le raisonnement","type":"articles"},{"content":" Les limites de la définition # Peter Kreeft rappelle que la tradition philosophique a montré qu’il existait cinq choses qui ne pouvaient pas véritablement être définies. Cela ne veut pas dire qu’il est impossible de dire des choses utiles ou vraies sur ces 5 choses. Mais plutôt qu’il est impossible de leur donner une définition essentielle, qu’il est impossible de réussir à bien les délimiter.\nL’infini ne peut pas être défini # Ce qui est infini ne peut pas être défini car une définition, c’est la délimitation d’une chose. Or justement, une chose infinie, c’est quelque chose qui n’a pas de limite, qui ne peut pas être délimitée. La seule définition possible pour quelque chose d’infini, c’est une définition négative, c’est-à-dire une définition qui dit ce que la chose n’est pas. Ainsi, l’éternité veut dire qu’il n’y a pas de temps en ce sens que la chose éternelle est hors du temps, en revanche définir positivement l’éternité nous est impossible, même si analogiquement on peut parler d’un éternel présent (mais parler de l’éternité comme d’un éternel présent, revient à faire une définition circulaire, ce qu’il faut évidemment éviter).\nDe même, il est impossible de définir Dieu si Dieu est un être infini ou l’être infini. En revanche, il serait possible de définir des dieux finis s’ils existaient, comme les dieux de l’Olympe.\nDès que l’on essaie de parler de Dieu, au sens chrétien du terme (ou au sens juif, ou au sens musulman), nous ne pouvons dire de lui que ce qu’il n’est pas, ou que ce que nous pouvons dire de lui analogiquement. Un chrétien peut dire que Dieu est comme un père, mais cela ne veut évidemment pas dire qu’il est père au sens humain du terme. L’analogie n’est pas une définition. C’est une égalité de rapports, non une délimitation de la chose visée.\nOn pourrait dire avec les chrétiens que Dieu est comme un père pour nous, ce qui veut dire : de même que l’homme est capable de comprendre ce qu’est un père pour lui, de même il peut comprendre que Dieu est comme un père pour lui. Bien évidemment, ce n’est pas une description de ce que Dieu est, c’est plutôt une indication qui permet à l’homme de mieux comprendre sa relation à Dieu. Cela ne nous dit évidemment pas si le Dieu des chrétiens existe, mais ce qu’il faut comprendre, c’est que lorsque les chrétiens disent que Dieu est leur père, ils ne sont pas idiots au point de croire qu’il est leur père biologique. De même, ils ne sont pas idiots, comme le pensait notre cher Sigmund Freud, au point de croire que le Dieu auquel ils croient est le fruit de leur imagination ayant projeté dans le ciel de leurs idées un père idéalisé pour remplacer leur père réel toujours décevant. Il faut vraiment n’avoir jamais pris le temps de parler avec un chrétien pour croire que le fruit de leur imagination peut être comparé à ce qu’ils appellent « avoir la foi ». Les chrétiens savent très bien que l’imagination peut produire des choses fantaisistes. La foi n’est pas la crédulité, la foi, c’est l’assentiment de l’intelligence après le travail de doute. C’est la confiance en des vérités qui dépassent l’intelligence humaine parce qu’elles ont été reçues d’une personne qui dépasse la médiocrité humaine, le Christ, la deuxième Personne de la Trinité pour les chrétiens.\nLes individus ne peuvent pas être définis # Les individus ne peuvent pas être définis par une définition essentielle, c’est seulement leur espèce qui peut être définie. Il me semble cependant qu’il y a une petite confusion possible à la lecture de ce que dit Peter Kreeft quand il précise qu’il n’y a pas de différence spécifique qui distingue un individu d’un autre. À la fois, il a raison de le dire puisque spécifique, c’est l’adjectif qui correspond à espèce. Cependant en philosophie contemporaine, entre autres avec les travaux du philosophe français Emmanuel Housset, il est tout à fait possible de parler de différence personnelle. Le concept de différence personnelle désigne justement ce qui permet de distinguer une personne d’une autre personne. Alors, certes, ce n’est pas une différence spécifique, mais cela peut cependant être une différence extraordinaire.\nPrécisons que cette notion de différence personnelle ne veut pas dire qu’il est possible pour l’homme de la connaître par le moyen de concepts, mais là encore ce serait faire une erreur logique que de confondre la connaissance de cette différence personnelle avec son existence. La notion de différence personnelle n’est pas une définition stipulative, c’est bien une appellation qui vise une chose réelle, c’est donc une définition indicative. Nous avons donc là une neuvième sorte de définition. Cependant, même si nous pouvons « corriger » un peu ce que dit Peter Kreeft, il faut reconnaître avec lui qu’il nous est impossible de définir pleinement un individu, ou une personne, car même si nous pouvons utiliser correctement l’expression différence personnelle, nous sommes incapables de la définir avec des concepts : la personnalité d’une personne est trop riche pour être fidèlement définie avec quelques concepts. Il a donc raison de dire qu’il est impossible pour l’homme de donner une définition essentielle d’un individu ou d’une personne.\nEn revanche, il est possible de préciser des caractéristiques propres à la personne pour la distinguer des autres personnes, soit par des accidents qu’elle possède actuellement, soit par des propriétés qui lui appartiennent en propre. Pour réussir à bien faire la distinction entre les personnes, il faut un nombre suffisant de propriétés ou d’accidents. Il est donc possible d’avoir une définition distincte d’une personne même si elle ne sera jamais claire et distincte. Nous connaissons une personne toujours dans un halo de méconnaissance, comme aimait à nous le dire Jacques Maritain, même si, par l’amour que nous éprouvons pour elle, nous pouvons spirituellement la reconnaître en sa personnalité propre.\nLes summa genera, les genres les plus hauts ne sont pas définissables # La tradition appelle summa genera, les genres les plus hauts qui nous servent à classer les choses de la réalité. On parle aussi de catégories ou de prédicaments. La tradition philosophique avec Aristote en distingue dix : la substance, la quantité, la qualité, la relation, le lieu, le temps, la position (ou situation ou posture), la possession (ou habitus), l’action, la passion. Comme ces genres sont les plus hauts, il nous est impossible de leur donner une définition essentielle puisque pour pouvoir le faire, il faudrait trouver un genre plus générique qu’eux-mêmes.\nL’Être ne peut pas être défini # La notion d’Être étant la notion la plus générale qui soit, il est impossible de lui trouver un genre supérieur pour la définir. Ce qui vaut pour les dix prédicaments, vaut évidemment encore plus pour l’Être.\nLes transcendantaux ne peuvent pas être définis # On appelle « transcendantaux », dans la philosophie de Thomas d’Aquin, les propriétés absolument universelles de tous les êtres. Il y a donc l’être d’abord. Ensuite, tout être possède 5 ou 6 propriétés essentielles (nous mettons le nom latin avant de donner la description en français) :\nRes, être une chose avec une essence déterminée ; Unum, être une unité substantielle (le fait d’être un tout unifié) ; Aliquid, être quelque chose qui se distingue des autres choses, être unique ; Verum, être vrai, c’est-à-dire intelligible par l’intellect (c’est pourquoi on parle avec le philosophe Pierre Rousselot de l’intellectualisme de Saint Thomas) ; Bonum, être un bien ; Pulchrum, être est beau (pour Jacques Maritain le beau est la splendeur du bien et du vrai réunis). Ces transcendantaux peuvent être décrits, nous pouvons en parler et dire des choses intéressantes à leur sujet, mais ils ne peuvent pas être définis. En effet, ils sont tellement génériques qu’il est, là encore, impossible de trouver un genre plus général qu’eux pour produire une définition essentielle.\n","date":"21 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/limites-def/","section":"Articles","summary":"","title":"Les limites de la définition","type":"articles"},{"content":"","date":"20 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/carl-von-linn%C3%A9/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Carl Von Linné","type":"philosophes"},{"content":"","date":"20 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/charles-darwin/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Charles Darwin","type":"philosophes"},{"content":"","date":"20 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/georges-cuvier/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Georges Cuvier","type":"philosophes"},{"content":"","date":"20 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/hegel/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Hegel","type":"philosophes"},{"content":"","date":"20 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/series/introduction-philoterm/","section":"Series","summary":"","title":"Introduction PhiloTerm","type":"series"},{"content":"Cet article sert de complément à l\u0026rsquo;introduction du cours de philosophie en terminale générale. Il peut aussi être utile pour des étudiants. Vous trouverez le document PDF de cet article ici : Les 11 passions de l\u0026rsquo;âme.\nMindmaps # Thomas d\u0026rsquo;Aquin, dans la Somme Théologique I-II, 22-48, donne une liste de 11 passions de l\u0026rsquo;âme. Selon lui, toutes les autres passions de l\u0026rsquo;âme peuvent se ramener à un mélange de ces 11 passions. Pour mieux mémoriser ce qu\u0026rsquo;il nous dit, j\u0026rsquo;ai réalisé 2 mindmaps, les voici :\nLes 6 passions qui relèvent du concupiscible selon Thomas d\u0026rsquo;Aquin Les 5 passions qui relèvent de l\u0026rsquo;irascible selon Thomas d\u0026rsquo;Aquin Explications # À côté de la volonté qui est un appétit intellectuel, nous avons aussi des appétits sensibles que Thomas d\u0026rsquo;Aquin appelle passions de l\u0026rsquo;âme. Par appétit, il faut entendre aujourd\u0026rsquo;hui, à la fois le mot besoin et le mot désir, ainsi que ce que nous désignerions par notre mot émotion.\nDans cette partie de son œuvre, Thomas d\u0026rsquo;Aquin ne semble pas considérer le mimétisme des désirs, ni celui des émotions. Ce qu\u0026rsquo;il dit envisage plutôt ce que nous pourrions désigner aujourd\u0026rsquo;hui par le terme de désirs personnels ou d\u0026rsquo;émotions personnelles, même si quand on parle de désir ici, il ne s\u0026rsquo;agit que d\u0026rsquo;une des passions de l\u0026rsquo;âme parmi les 11.\nIl est bon aussi d\u0026rsquo;ajouter que la sensibilité, qui nous donne généralement les passions, perçoit les individus, c\u0026rsquo;est-à-dire les objets individuels (avec le sens générique du mot objet qui désigne _toute chose qui se présente à nous*). L\u0026rsquo;intelligence, quant à elle, perçoit aussi les relations entre les objets individuels.\nLe concupiscible et l\u0026rsquo;irascible # Thomas d\u0026rsquo;Aquin désigne par le concupiscible l\u0026rsquo;ensemble des appétits sensibles qui nous poussent vers un bien ou nous détournent d\u0026rsquo;un mal. De manière assez surprenante, on s\u0026rsquo;aperçoit que les découvertes récentes sur les émotions redisent ce que Il disait déjà au XIIIème siècle : les émotions ne sont pas des ennemis mais plutôt des sources précieuses d\u0026rsquo;information. Bien sûr, il nous faut apprendre à les apprivoiser par la tempérance ou la mansuétude, mais elles ne sont pas mauvaises en elles-mêmes bien qu\u0026rsquo;elles peuvent être très désagréables à vivre.\nIl désigne par l\u0026rsquo;irascible l\u0026rsquo;ensemble des appétits sensibles qui nous indiquent qu\u0026rsquo;un bien va être difficile à obtenir ou qu\u0026rsquo;un mal va être difficile à éviter. Là encore, les passions qui relèvent de l\u0026rsquo;irascible nous sont précieuses car elle nous permettent de repérer rapidement les difficultés à venir.\nNotre âme est donc dotée d\u0026rsquo;une sorte de boussole intérieure qui nous indique ce qui est bon pour nous et ce qui est mauvais : Thomas d\u0026rsquo;Aquin parle des inclinations naturelles. Nous verrons dans le cours sur la conscience que ce qui fournit les principes généraux du fonctionnement de cette boussole s\u0026rsquo;appelle la syndérèse. La syndérèse, c\u0026rsquo;est la petite voix de la conscience qui nous aide à discerner le bien du mal, qui nous incite à faire le bien et qui murmure en nous contre le mal. Malheureusement, cette syndérèse subit parfois des entraves qui l\u0026rsquo;empêchent de jouer son plein rôle. Ces entraves sont multiples, mais c\u0026rsquo;est souvent en lien avec des émotions ardentes, ou encore avec le ressentiment.\nVoici une mindmap présentant les principales entraves à la syndérèse :\nLes principales entraves à la syndérèse Ici dans cette présentation des 11 passions de l\u0026rsquo;âme, nous n\u0026rsquo;évoquerons pas les dysfonctionnements des passions. Nous étudierons les passions (les émotions) telles qu\u0026rsquo;elles se présentent quand elles jouent leur rôle naturel.\nLes 11 passions de l\u0026rsquo;âme # Les 6 passions du concupiscible # Parmi les 11 passions de l\u0026rsquo;âme, les passions du concupiscible sont au nombre de 6, l\u0026rsquo;amour, le désir, le plaisir (ou la joie), la haine, l\u0026rsquo;aversion, la douleur (ou la tristesse) :\nL\u0026rsquo;amour est la passion qui nous avertit de la présence d\u0026rsquo;un bien pour nous (ce bien peut être réel, mais malheureusement, si notre âme est déboussolée, il peut aussi n\u0026rsquo;être qu\u0026rsquo;apparent. La distinction entre bien réel et bien apparent est essentielle car elle permet de comprendre l\u0026rsquo;origine de nos mauvaises actions. Le désir est la passion qui nous met en mouvement pour rejoindre un bien (réel ou apparent). C\u0026rsquo;est une tendance qui nous porte vers un bien aimé. Le plaisir est la satisfaction ressentie quand nous atteignons ce bien aimé et désiré. Il est possible de distinguer le plaisir de la joie dans le sens où le plaisir relèverait plutôt du corps et la joie plutôt de l\u0026rsquo;âme. Cependant, Thomas d\u0026rsquo;Aquin les met ensemble car ce sont des passions qui correspondent à une satisfaction dans la présence d\u0026rsquo;un bien. La haine est la passion qui se manifeste à nous sous forme d\u0026rsquo;une répulsion vis-à-vis d\u0026rsquo;un objet mauvais ou d\u0026rsquo;un mal, mal réel ou mal apparent. C\u0026rsquo;est la passion qui nous avertit qu\u0026rsquo;un objet est mauvais pour nous. La haine n\u0026rsquo;est donc pas quelque chose de négatif en soi. Ce qui est négatif, c\u0026rsquo;est quand cette haine l\u0026rsquo;emporte sur le discernement ou quand elle se porte sur un objet qui n\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;un mal apparent, ou qu\u0026rsquo;un mal partiel. L\u0026rsquo;aversion ou le dégoût est la passion qui nous met en mouvement pour fuir le mal désigné par la haine. Là encore, le mal en question est soit apparent soit réel. La douleur est la passion qui nous avertit que le mal est présent et que nous le vivons ou le subissons. Il est possible de distinguer la douleur de la tristesse, la douleur relevant plutôt du corps et la tristesse, plutôt de l\u0026rsquo;âme. La notion de mal # J\u0026rsquo;en profite pour rappeler que le mal, au sens ontologique, se définit par Thomas D'Aquin comme la privation d\u0026rsquo;un bien dû. Un bien dû, c\u0026rsquo;est un bien qui correspond à notre nature, c\u0026rsquo;est un besoin qui est requis par notre constitution (notre espèce), par notre unicité (ce qui fait que nous sommes différents de tous les autres membres de notre espèce). Ce besoin peut aussi bien être corporel, psychique ou spirituel, puisque nous sommes l\u0026rsquo;union d\u0026rsquo;un corps, d\u0026rsquo;une âme et d\u0026rsquo;un esprit.\nL\u0026rsquo;origine du mal que nous causons vient d\u0026rsquo;un défaut d\u0026rsquo;attention à la droite règle (donnée par la syndérèse) de notre part. Nous nous laissons prendre par les entraves à la syndérèse et au lieu d\u0026rsquo;écouter notre syndérèse nous prenons des décisions influencées par des émotions ardentes, des désirs ardents, etc. C\u0026rsquo;est pourquoi on distingue le mal au sens ontologique, c\u0026rsquo;est-à-dire l\u0026rsquo;impact qu\u0026rsquo;il a dans la réalité, du mal au sens moral, c\u0026rsquo;est-à-dire ce qui cause ce mal ontologique.\nDéfinition du mal dans la philosophie de Thomas d\u0026rsquo;Aquin Le mal dans la tradition chrétienne Les 5 passions de l\u0026rsquo;irascible # Parmi les 11 passions de l\u0026rsquo;âme, les passions de l\u0026rsquo;irascible sont au nombre de 5, l\u0026rsquo;espoir, l\u0026rsquo;audace, le désespoir, la crainte et la colère :\nL\u0026rsquo;espoir se manifeste devant un bien futur qui paraît ou s\u0026rsquo;avère difficile à obtenir. Il nous pousse vers ce bien malgré la difficulté qui nous paraît ou s\u0026rsquo;avère surmontable. On peut distinguer l\u0026rsquo;espoir de l\u0026rsquo;espérance dans le sens où l\u0026rsquo;espoir, c\u0026rsquo;est de croire que nous avons en nous-mêmes les forces suffisantes pour atteindre ce bien futur malgré la difficulté. L\u0026rsquo;espérance serait alors le fait de croire que même si nous n\u0026rsquo;avons pas nous-mêmes les forces suffisantes pour le faire, nos proches ou d\u0026rsquo;autres personnes bienveillantes pourront nous aider à atteindre ce bien futur. Il ne faut pas confondre l\u0026rsquo;espoir et l\u0026rsquo;espérance avec la vertu théologale qu\u0026rsquo;on désigne aussi par le nom Espérance. Il faut donc distinguer l\u0026rsquo;espérance de l\u0026rsquo;Espérance, on pourrait dire l\u0026rsquo;espérance au sens horizontal du terme avec l\u0026rsquo;Espérance au sens vertical du terme. La vertu d\u0026rsquo;Espérance, est une vertu qui nous est donnée par Dieu (dans la tradition judéo-chrétienne), où nous obtenons la confiance dans l\u0026rsquo;aide bienveillante de Dieu à notre égard, même si cette aide est parfois difficile à comprendre pour notre pauvre intelligence, on appelle cette aide : la Providence. Nous pouvons posséder l\u0026rsquo;Espérance sans posséder ni l\u0026rsquo;espoir ni l\u0026rsquo;espérance : nous ne croyons pas forcément en effet à la suffisance de nos propres forces ou à la suffisance des forces humaines, en revanche nous pouvons croire en la Toute Puissance de Dieu. De même nous pouvons posséder l\u0026rsquo;espoir et l\u0026rsquo;espérance sans posséder la vertu théologale de l\u0026rsquo;Espérance : nous croyons en nos propres forces mais pas en l\u0026rsquo;aide de Dieu (peut-être parce que nous ne croyons pas en l\u0026rsquo;existence de Dieu). L\u0026rsquo;audace nous met en mouvement pour faire face à un mal futur qui représente un obstacle pour notre bien. ce bien peut être réel ou apparent. Le désespoir se manifeste en nous quand la difficulté pour atteindre un bien futur nous paraît ou s\u0026rsquo;avère être trop grande pour nos seules forces. Cette difficulté nous repousse à cause de sa grandeur. La crainte (ou la peur), c\u0026rsquo;est le mouvement de retrait face à un mal futur. La peur est donc une passion qui nous avertit de l\u0026rsquo;approche d\u0026rsquo;un mal et nous incite à le fuir pour éviter la douleur ou la tristesse. Il peut exister des peurs illégitimes car nous prenons pour un mal réel, un mal apparent. Mais autrement, la crainte est globalement une bonne chose. Elle peut même être beaucoup plus qu\u0026rsquo;une passion de l\u0026rsquo;âme puisqu\u0026rsquo;elle peut même être un Don de l\u0026rsquo;Esprit Saint (un don de l\u0026rsquo;Esprit Saint dépasse en quelque sorte une vertu). Dans la tradition chrétienne la notion de crainte peut en effet désigner des choses très différentes. Jean de Saint-Thomas, disciple de Thomas d\u0026rsquo;Aquin du XVIIème siècle, distingue dans son livre Les dons du Saint-Esprit, 4 sortes de crainte. Pour comprendre les distinctions qui suivent, il faut déjà distinguer le mal de peine du mal de faute. Le mal de peine désigne la douleur ou la tristesse que nous pouvons éprouver face à un mal que nous subissons. Le mal de faute désigne la douleur ou la tristesse que nous pouvons éprouver face à un mal que nous causons. La crainte mondaine : c\u0026rsquo;est le fait de préférer plaire au monde pour ne pas souffrir plutôt que de défendre la vérité ou la justice. Cette crainte est mauvaise, il est possible que ce soit elle qui soit en partie impliquée dans ce qu\u0026rsquo;Hannah Arendt appelle la « banalité du mal ». La crainte servile : c\u0026rsquo;est le fait d\u0026rsquo;obéir à une autorité pour éviter le mal de faute. Elle est servile car c\u0026rsquo;est se comporter comme un esclave vis-à-vis de cette autorité, ce n\u0026rsquo;est pas par un choix volontaire. Elle est cependant bonne car elle nous évite d\u0026rsquo;être cause du mal (à condition évidemment que l\u0026rsquo;autorité en question soit bonne aussi). La crainte initiale : c\u0026rsquo;est un mélange de crainte de mal de peine (de la douleur ou de la tristesse) et de crainte du mal de faute. Nous ne voulons pas faire de mal et nous craignons de le faire, et en même temps nous avons peur de souffrir. C\u0026rsquo;est une initiative personnelle à la différence de la crainte servile. Cette crainte est positive dans le sens où elle développe en nous la charité (le fait de ne pas faire le mal au prochain, ou de résister au mal pour faire le bien). Elle est cependant imparfaite car étant mélangée de la crainte du mal de peine, nous pouvons manquer d\u0026rsquo;initiatives dans certaines circonstances par peur de la douleur ou de la tristesse. La crainte filiale ou révérentielle : c\u0026rsquo;est la crainte du mal de faute qui vient de l\u0026rsquo;amour que nous avons pour Dieu. Ce que nous craignons dans la crainte filiale c\u0026rsquo;est de ne pas réussir à faire le bien que Dieu aimerait nous voir faire. C\u0026rsquo;est la peur de le décevoir, non pas parce que nous aurions peur de son jugement, mais parce que nous avons peur de ne pas réussir à le remercier par nos actes pour sa bienveillance. C\u0026rsquo;est une sorte de peur de notre propre ingratitude à son égard. Le don de crainte correspond à la crainte filiale. C\u0026rsquo;est comme la crainte que tout enfant ressent quand il aime vraiment son père ou sa mère : il a peur de les décevoir, non pas parce qu\u0026rsquo;il a peur d\u0026rsquo;eux, mais au contraire parce qu\u0026rsquo;il les aime tellement qu\u0026rsquo;il veut réussir à leur dire merci en faisant preuve d\u0026rsquo;autant de bonté qu\u0026rsquo;eux dans ses propres actes. Cette peur est très positive car elle nous donne l\u0026rsquo;énergie, le courage, d\u0026rsquo;affronter les douleurs et les tristesses pour réussir à faire le bien. En fait, la crainte filiale est le témoignage que nous avons un amour puissant en nous pour Dieu (au sens de « Deus caritas est ») et que cet amour est plus puissant que la peur des douleurs ou des tristesses et nous rend alors capable d\u0026rsquo;agir en recherchant la justice dans nos actes. Chez une personne non-chrétienne, ce serait le don que l\u0026rsquo;amour de la bonté et de la justice lui fait pour la rendre capable de faire le bien sans craindre les souffrances et les rejets du monde. La colère, c\u0026rsquo;est la passion qui nous avertit de la présence d\u0026rsquo;un mal actuel (mal réel ou apparent). Le mal est donc présent ici et maintenant, ou il nous apparaît comme présent. Aristote opposait le calme à la colère, mais Thomas d\u0026rsquo;Aquin ne considère pas que le calme soit une passion de l\u0026rsquo;âme. Au contraire, il juge que le calme est l\u0026rsquo;absence de passion et non la passion opposée à la colère. Je vous mets ici, une mindmap résumant les distinctions concernant la crainte :\nLes différentes craintes # Les différentes craintes selon Jean de Saint Thomas L\u0026rsquo;espoir et l\u0026rsquo;Espérance # Je reviens maintenant sur des choses que j\u0026rsquo;ai déjà dites plus haut, elles me semblent essentielles donc un peu de répétition ne fera pas de mal.\nIl faut distinguer l\u0026rsquo;espoir de l\u0026rsquo;Espérance. L\u0026rsquo;espoir est une passion de l\u0026rsquo;âme, il indique qu\u0026rsquo;un bien futur difficile à obtenir reste cependant accessible pour nous grâce à des efforts. L\u0026rsquo;Espérance, n\u0026rsquo;est pas une passion de l\u0026rsquo;âme, c\u0026rsquo;est une vertu théologale. Par théologale, on entend ce qui nous est donné par l\u0026rsquo;intelligence de Dieu. L\u0026rsquo;Espérance, c\u0026rsquo;est la vertu qui permet de nous en remettre à la Providence Divine. Pour le dire autrement, c\u0026rsquo;est la force morale qui nous fait connaître et qui nous motive pour un bien qui nous est inaccessible par notre propre force, mais qui peut le devenir par l\u0026rsquo;augmentation de notre force par l\u0026rsquo;action de Dieu en nous, ou par l\u0026rsquo;action mystérieuse de Dieu sur l\u0026rsquo;harmonie des événements du monde. L\u0026rsquo;Espérance, c\u0026rsquo;est la confiance en l\u0026rsquo;action de Dieu dans le gouvernement du monde. Attention cependant, l\u0026rsquo;Espérance n\u0026rsquo;est pas un laisser faire ni une acceptation des injustices. Manquer de courage pour défendre la Justice au nom de l\u0026rsquo;Espérance, ce n\u0026rsquo;est pas de l\u0026rsquo;Espérance mais de la bêtise ou de la lâcheté. De même croire que notre indignation est un signe d\u0026rsquo;Espérance, c\u0026rsquo;est confondre l\u0026rsquo;indignation avec le désir de Justice. Beaucoup d\u0026rsquo;amalgames doivent être évités quand nous abordons ce genre de sujet.\nAvec cette distinction, il devrait apparaître clair que de nombreuses personnes peuvent être plein d\u0026rsquo;espoir mais sans Espérance puisqu\u0026rsquo;il faut une autre vertu théologale pour obtenir l\u0026rsquo;Espérance, c\u0026rsquo;est la vertu théologale de Foi. Bref, ceux qui ne croient pas en l\u0026rsquo;existence de Dieu, ni en sa bonté, ne connaissent peut-être pas l\u0026rsquo;Espérance mais peuvent très bien connaître l\u0026rsquo;espoir.\nDe manière réaliste nous devons constater que certains athées, certains agnostiques ou certaines personnes d\u0026rsquo;autres religions, qui disent ne pas avoir la foi chrétienne sont capables d\u0026rsquo;agir pour le bien et contre le mal, alors même qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;y a aucun espoir. C\u0026rsquo;est une sorte de pari fou pour le bien qu\u0026rsquo;ils font envers et contre tout. On ne peut qu\u0026rsquo;être admiratif de cette approche quand d\u0026rsquo;autres personnes disant avoir la foi, baissent les bras face au mal voire pire perpétue le mal. C\u0026rsquo;est pourquoi nous ne pouvons jamais juger les personnes selon les apparences : seuls leurs actes réels parlent de leur bonté.\nApprofondissement # Voici deux documents complémentaires :\nUn article plus détaillé sur « les passions et la temporalité », écrit par Luc-Thomas Somme, parue dans la revue d\u0026rsquo;Éthique et de morale de 2009. Une des vidéos du père Luc-Thomas Somme, celle qui porte sur les passions de l\u0026rsquo;âme : ","date":"20 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/11passions/","section":"Articles","summary":"","title":"Les 11 passions de l'âme","type":"articles"},{"content":"","date":"20 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/luc-thomas-somme/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Luc-Thomas Somme","type":"philosophes"},{"content":"J\u0026rsquo;ai choisi comme fond d\u0026rsquo;écran pour cet article une chouette en pensant à la célèbre phrase du philosophe allemand Hegel dans ses Principes de la philosophie du droit (1820) :\n« Ce n\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;au début du crépuscule que la chouette de Minerve prend son envol ».\nIl faut en effet du temps pour devenir réellement philosophe, et la chouette de Minerve, qui symbolise la Sagesse pour les grecs anciens, nous le rappelle. Aristote pensait d\u0026rsquo;ailleurs qu\u0026rsquo;il était très rare de devenir philosophe avant l\u0026rsquo;âge de 50 ans.\nVous trouverez le document PDF correspondant à cet article ici : Philosophe.\nLe philosophe n\u0026rsquo;est pas un sophiste # Le mot philosophe vient du grec ancien philosophos composé à partir de philo et de sophia. Philo signifie celui qui aime d\u0026rsquo;un amour d\u0026rsquo;amitié et sophia sgnifie la sagesse. Le philosophe c\u0026rsquo;est donc l\u0026rsquo;ami de la sagesse. C\u0026rsquo;est en tout cas le sens originel du mot. Cela ne veut pas dire que le philosophe prétend détenir la sagesse. Cela veut dire que le philosophe recherche la sagesse de tout son cœur.\nSocrate semble être l\u0026rsquo;un des premiers à avoir utilisé le mot. Il l\u0026rsquo;opposait aux maîtres avec lesquels il avait étudié que l\u0026rsquo;on désignait à son époque par le mot sophistes. Le sophiste, c\u0026rsquo;est celui qui proclame posséder la sagesse et qui se fait payer pour enseigner cette sagesse à ceux qui veulent l\u0026rsquo;obtenir. Le mot sophiste vient lui aussi de sophia, la sagesse.\nDès le départ nous avons donc le philosophe qui s\u0026rsquo;oppose aux sophistes. Les sophistes sont célèbres et reconnus par la société, mais ce qu\u0026rsquo;ils recherchent, c\u0026rsquo;est surtout le pouvoir, les richesses et les honneurs. Le philosophe n\u0026rsquo;est pas forcément aussi connu mais ce qui le différencie surtout des sophistes, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;il recherche avant tout la sagesse, c\u0026rsquo;est-à-dire la vérité et le bien. Les philosophes ont donc tendance à déplaire aux puissants cupides et aux foules manipulées par eux. Il est certainement plus dangereux d\u0026rsquo;être philosophes qu\u0026rsquo;être sophistes. Le sophiste sait plaire. Le philosophe ne cherche pas à plaire, il cherche à connaître le réel et à faire le bien.\nPour le sophiste, la sagesse n\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;un moyen, un moyen de séduction, un instrument au service de ses intérêts. Le mensonge et la dissimulation sont ses armes principales. Il peut d\u0026rsquo;ailleurs utiliser ces armes sans s\u0026rsquo;en apercevoir car il peut aussi se mentir à lui-même en croyant rechercher la vérité alors qu\u0026rsquo;il recherche le pouvoir et la reconnaissance.\nLe sophiste, ce n\u0026rsquo;est pas l\u0026rsquo;idiot du village, ou le paresseux. Le sophiste est motivé et studieux. C\u0026rsquo;est un homme intelligent, rusé et entreprenant. Ce qu\u0026rsquo;il veut, c\u0026rsquo;est plaire au monde pour augmenter ses richesses, et cela demande donc de réels efforts de sa part. Une fois que nous avons repéré un homme comme étant sophiste, il peut être un maître utile à fréquenter. Il possède en effet une réelle connaissance du monde et de sa logique mercantile, des hiérarchies sociales et des honneurs reconnus.\nDifficulté à distinguer le sophiste du philosophe # Il est difficile de distinguer le philosophe du sophiste car le pouvoir de séduction du sophiste fait sa force. La renommée d\u0026rsquo;une personne, qu\u0026rsquo;elle soit sociale, médiatique ou officielle, ne garantit malheureusement rien. Le nombre d\u0026rsquo;admirateurs ne garantit rien non plus. En effet, comme nous le verrons dans le cours sur la vérité, la vérité n\u0026rsquo;est pas fonction du nombre de personnes qui la proclament. C\u0026rsquo;est pourquoi la réputation n\u0026rsquo;est pas un signe suffisant pour distinguer le philosophe du sophiste.\nNous verrons un peu plus loin ce qui peut nous aider à les distinguer. Mais avant cela revenons aux origines historiques de la philosophie.\nOrigine historique de la philosophie # Socrate # Socrate (-470,-399) est le premier grec ancien à distinguer le philosophe du sophiste, en se disant philosophe. Il apprend aux jeunes hommes qu\u0026rsquo;il rencontre dans les rues d\u0026rsquo;Athènes à s\u0026rsquo;interroger sur ce qu\u0026rsquo;ils savent vraiment. Sa méthode d\u0026rsquo;enseignement et de questionnement est surprenante, on l\u0026rsquo;appelle maïeutique, en référence à Maïa, l\u0026rsquo;aînée des Pléiades, la mère du dieu Hermès. Maïa était la déesse des sages-femmes. La maïeutique est une méthode qui consiste à aider à l\u0026rsquo;accouchement de l\u0026rsquo;âme de l\u0026rsquo;interlocuteur.\nPlaton # Socrate n\u0026rsquo;a écrit aucun livre, on le connaît donc essentiellement grâce à deux de ses élèves : Xénophon (-430,-355) et Platon (-427,-347). Le Socrate dont on parle en philosophie est le plus souvent celui qui est décrit dans les Dialogues de Platon. Ce dernier a eu Socrate comme professeur. Il a ensuite fondé une école, l\u0026rsquo;Académie, dont la devise était : « Que nul n\u0026rsquo;entre ici s\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;est géomètre ! »\nAristote # Platon a eu de nombreux élèves, mais le plus célèbre et aussi le plus doué fut Aristote (-384,-322). Il est le fils du médecin personnel du Roi de Macédoine, mais il perd ses parents quand il n\u0026rsquo;est encore qu\u0026rsquo;un enfant. Après avoir été élevé à la cour du Roi de Macédoine avec le Prince Philippe, il part à Athènes où il devient le meilleur élève de Platon à l\u0026rsquo;Académie. Mais à la mort de Platon, au lieu de prendre sa suite, il est appelé à la cour du nouveau Roi de Macédoine (son ami d\u0026rsquo;enfance) pour devenir le précepteur de son fils, le futur Alexandre Le Grand. Quand Alexandre devient empereur, Aristote retourne à Athènes pour fonder une nouvelle école : Le Lycée.\nC\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;un des plus grands philosophes de tous les temps, et encore aujourd\u0026rsquo;hui sa pensée reste une référence dans de nombreux domaines. Il est le père fondateur de la biologie, de la logique et de la métaphysique. Il faudra attendre Carl von Linné (1707-1778) pour que sa classification des animaux soient retouchées. De plus, Georges Cuvier reprendra les intuitions d\u0026rsquo;Aristote pour améliorer la classification de Linné. Comme nous le rappel le philosophe français Pierre Pellegrin dans son livre Des animaux dans le monde, Cinq questions sur la biologie d\u0026rsquo;Aristote :\n“C’est d’ailleurs dans une lettre qu’il a écrite à William Ogle le 22 février 1882 en remerciement de l’envoi de sa traduction des Parties des animaux que Darwin a écrit la phrase, devenue très fameuse et souvent citée, « Linné et Cuvier ont été mes deux dieux, bien que de manières très différentes, mais ils n’étaient que des écoliers par rapport au vieil Aristote ».”\nCeux qui opposent Darwin et Aristote ne connaissent généralement pas les textes d\u0026rsquo;Aristote sur la biologie. Il faut dire qu\u0026rsquo;il a fallu attendre les années 1950 aux États Unis d\u0026rsquo;Amérique pour que les philosophes contemporains relisent ses textes sur la biologie à la lumière des avancées scientifiques de notre époque. Autant la physique d\u0026rsquo;Aristote peut nous sembler dépassée, autant certaines de ses intuitions en biologie sont toujours d\u0026rsquo;actualité même s\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;avait évidemment pas les moyens technologiques à l\u0026rsquo;époque pour découvrir l\u0026rsquo;ADN.\nLe grand philosophe du Moyen-Âge, Thomas d\u0026rsquo;Aquin, l\u0026rsquo;étudiera de manière très précise, et quand il le cite, il l\u0026rsquo;appelle Le Philosophe. C\u0026rsquo;est dire l\u0026rsquo;estime qu\u0026rsquo;il porte à Aristote et il est loin d\u0026rsquo;être le seul philosophe à penser de la sorte. Il est bon de noter que Napoléon Ier a choisi d\u0026rsquo;appeler l\u0026rsquo;institution chargée d\u0026rsquo;éduquer les personnes de votre âge : Le Lycée. La République Française a aussi conservé cette appellation.\nAstuce pour distinguer le philosophe du sophiste # Pour les reconnaître il est bon d\u0026rsquo;utiliser le proverbe chrétien suivant : « On reconnaît un arbre à ses fruits ». Pour le comprendre, il est bon de se poser les questions suivante :\nCombien de temps faut-il pour qu\u0026rsquo;un fruit pousse et mûrisse ? Que désigne la métaphore du fruit ? Qui peut savoir si le fruit est bon ? Si nous réussissons à reconnaître le sophiste pour ce qu\u0026rsquo;il est, il peut nous apprendre des choses car il ne ment pas tout le temps sinon il ne séduirait pas. PRUDENCE cependant.\nLa Sagesse comme amour du Bien et de la Vérité # Faire le bien demande de rechercher la vérité # Pour faire le bien, il est nécessaire :\nDe connaître au mieux le monde qui nous entoure, avec l\u0026rsquo;idée qu\u0026rsquo;une connaissance confuse ou une connaissance partielle est meilleure qu\u0026rsquo;une absence de connaissance ; De se connaître au mieux soi-même : ce qui est loin d\u0026rsquo;être facile ! La recherche de la vérité est donc indispensable. Par exemple, pour l\u0026rsquo;orientation post-bac, ne faut-il pas :\nConnaître le fonctionnement de son intelligence, de sa mémoire, de sa volonté ? Connaître les contraintes de la formation et celles des débouchés ? Distinguer l\u0026rsquo;envie passagère du désir profond ? Définition de la vérité # LA VÉRITÉ, c\u0026rsquo;est la correspondance de LA PENSÉE avec LE RÉEL qu\u0026rsquo;elle vise. Cela veut dire deux choses :\nUne proposition est vraie si et seulement si elle correspond à la réalité qu\u0026rsquo;elle décrit. Une pensée peut être vraie sans réussir à s\u0026rsquo;exprimer correctement en mots de notre langue. Cependant tant que nous ne pouvons pas l\u0026rsquo;exprimer, elle ne peut ni être communiquée ni être critiquée. C\u0026rsquo;est pourquoi la devise de Socrate que nous avons déjà vue, « Connais-toi toi-même ! » est si importante. Pour commencer à introduire le cours sur la liberté, il est bon de préciser que la connaissance de soi commence par la connaissance de ses désirs. C\u0026rsquo;est ce que disait Augustin dans cette phrase célèbre : « Ce n\u0026rsquo;et que lorsque nous commencerons à réfléchir à nos désirs que nous commencerons à réfléchir tout court ! »\nL\u0026rsquo;amitié pour la Sagesse # La philosophie c\u0026rsquo;est, comme nous l\u0026rsquo;avons déjà dit, l\u0026rsquo;amour de la Sagesse, et donc aimer faire le bien et aimer la vérité pour être efficace dans le bien que l\u0026rsquo;on veut faire. De quel amour s\u0026rsquo;agit-il ici ? Pour les premiers philosophes grecs, il s\u0026rsquo;agit de l\u0026rsquo;amitié. Mais qu\u0026rsquo;est-ce que l\u0026rsquo;amitié ?\nFausses et véritable amitiés # Aristote dans son livre Éthique à Nicomaque distingue deux fausses amitiés et une véritable amitié :\nLes fausses amitiés : L\u0026rsquo;amitié selon le plaisir ; L\u0026rsquo;amitié selon l\u0026rsquo;intérêt. La véritable amitié qui est la Bienveillance Manifeste Réciproque. Distinction entre amitié et fraternité # Nous choisissons nos amis et nous sommes choisis par eux. Nous ne choisissons pas nos frères et sœurs, mais cela ne nous empêche pas de nous aimer. D\u0026rsquo;où l\u0026rsquo;importance de la famille : c\u0026rsquo;est le lieu où nous pouvons apprendre à aimer ceux que nous n\u0026rsquo;avons pas choisis. C\u0026rsquo;est pourquoi le fait que nos familles connaissent des conflits peut nous atteindre au plus profond et nous désespérer.\nTrois concepts différents de fraternité # Nous pouvons retenir la distinction conceptuelle suivante :\nLa fraternité familiale ; Les fraternités électives qui ne reconnaissent que ceux qui appartiennent au même CLAN. On peut parler alors d\u0026rsquo;esprit clanique. Il se manifeste par le rejet de ceux que nous n\u0026rsquo;avons pas choisi avec l\u0026rsquo;excuse, d\u0026rsquo;une stupidité malheureusement trop commune, qu\u0026rsquo;il serait impossible d\u0026rsquo;aimer tout le monde. C\u0026rsquo;est évidemment confondre l\u0026rsquo;amour avec l\u0026rsquo;affection ou l\u0026rsquo;émotion d\u0026rsquo;amour. La fraternité universelle qui envisage l\u0026rsquo;humanité comme notre famille humaine. Elle considère que chaque personne est riche de ses différences et que la multiplication des différences enrichit l\u0026rsquo;humanité. La fraternité universelle n\u0026rsquo;est cependant possible que si nous cessons d\u0026rsquo;être naïf concernant la méchanceté humaine. La méchanceté existe, il est donc impossible de défendre la fraternité universelle sans la vertu de prudence. Cependant il est bon de rappeler cette vérité indubitable : tout ami est d\u0026rsquo;abord un inconnu. Bienveillance de la Sagesse à notre égard # De manière surprenante et parfois difficile à croire sans l\u0026rsquo;avoir vécu, la Sagesse nous rend l\u0026rsquo;amour que nous lui portons. C\u0026rsquo;est une foi en la Sagesse que l\u0026rsquo;on trouve dans plusieurs cultures :\nChez les philosophes grecs comme Socrate, Platon et Aristote ; Chez les juifs ; Ches les chrétiens ; Chez les musulmans ; Mais aussi dans différentes religions du monde. Cette confiance en la Sagesse et son action pour nous ne doit être ni naïve ni illusoire. En effet, la justice immanente est rarement de ce monde. Les injustices existent réellement, malheureusement ! Et pourtant, celui qui choisit la Sagesse, bien que parfois rejeté par le monde, peut recevoir énormément et donner énormément aux autres : pensons par exemple à Martin Luther King au XXème siècle et à l\u0026rsquo;impact qu\u0026rsquo;il a eu sur son propre Pays et sur le monde, malgré son assassinat.\n","date":"20 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/philosophe/","section":"Articles","summary":"","title":"Peut-on confondre le philosophe et le sophiste ?","type":"articles"},{"content":"","date":"20 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/pierre-pellegrin/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Pierre Pellegrin","type":"philosophes"},{"content":"","date":"20 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/x%C3%A9nophon/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Xénophon","type":"philosophes"},{"content":"Vous trouverez le document PDF de cet article ici : Tempérance et Philosophie.\nApprivoiser ses émotions. # Nous avons dit dans la première partie de cette introduction qu\u0026rsquo;Être duc de sa vie, c\u0026rsquo;est être suffisamment maître de soi pour apprivoiser sa sensibilité, apprivoiser ses émotions. Cependant, il n\u0026rsquo;est pas facile de réussir à apprivoiser ses émotions. La première chose qu\u0026rsquo;il nous faut pour réussir à le faire, c\u0026rsquo;est d\u0026rsquo;apprendre à mieux les connaître.\nIl est bon de comprendre aussi que les émotions ne sont pas mauvaises en soi, même si elles peuvent être difficiles à vivre et parfois en décalage avec la réalité. L\u0026rsquo;idée d\u0026rsquo;utiliser le verbe apprivoiser me vient d\u0026rsquo;une méditation qui prend sa source dans l\u0026rsquo;un des vieux mots de la langue française qui désigne une modalité de la tempérance. C\u0026rsquo;est le mot mansuétude, une sorte d\u0026rsquo;habitude de la main. La mansuétude, c\u0026rsquo;est une disposition spirituelle et corporelle qui s\u0026rsquo;obtient par l\u0026rsquo;exercice habituel du corps (la main) afin de faire preuve de juste mesure vis-à-vis des personnes que nous rencontrons.\nLa mansuétude, c\u0026rsquo;est la force morale qui nous permet d\u0026rsquo;apprivoiser l\u0026rsquo;animal que nous sommes. Nous savons tous que les animaux sont sensibles et éprouvent des émotions. De même qu\u0026rsquo;il nous faut faire preuve de patience et d\u0026rsquo;intelligence pour réussir à apprivoiser un petit chat qui aurait peur de nous, de même il nous faut faire preuve de patience et d\u0026rsquo;intelligence pour réussir à apprivoiser nos émotions.\nLa mansuétude est un exercice habituel. Il demande de la volonté (faculté spirituelle) pour devenir une habitude et une mise en œuvre corporelle, c\u0026rsquo;est-à-dire des exercices pratiques. Cependant la volonté ne peut correctement s\u0026rsquo;exercer que si elle est guidée par l\u0026rsquo;intelligence. C\u0026rsquo;est en effet l\u0026rsquo;intelligence qui nous permet de connaître le réel tel qu\u0026rsquo;il est.\nLa sensibilité nous dit qu\u0026rsquo;il y a du réel mais de manière confuse, elle ne nous dit pas quel est précisément ce réel. Nous pouvons avoir peur sans être capable de bien identifier l\u0026rsquo;origine de cette peur. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;intelligence qui va nous permettre de clarifier le réel, c\u0026rsquo;est-à-dire de le connaître.\nThomas d\u0026rsquo;Aquin est sans doute le philosophe le plus clair sur l\u0026rsquo;analyse des émotions humaines. Il désigne les émotions par des termes qu\u0026rsquo;on utilise plus rarement aujourd\u0026rsquo;hui ou dans un autre sens : passion, inclination naturelle ou appétit sensible. Le mot passion est encore utilisé, mais dans un sens très différent, le mot est donc polysémique. C\u0026rsquo;est dans son livre La Somme de Théologie, précisément en I-II q. 22 à q. 48 qu\u0026rsquo;il va distinguer deux grandes catégories d\u0026rsquo;émotions : le concupiscible et l\u0026rsquo;irascible.\nLe concupiscible # Le concupiscible chez Thomas d\u0026rsquo;Aquin L\u0026rsquo;irascible # L\u0026rsquo;irascible chez Thomas d\u0026rsquo;Aquin Tempérance et Prudence # Réussir à apprivoiser ses émotions demande aussi de développer la Vertu de Prudence. La Dilectio Prudentiae, c’est l’amour librement choisi pour la Vertu de Prudence. Sans cet amour pour la prudence, il sera difficile de bien connaître ses émotions et donc difficile de bien les apprivoiser. Nous aurons l\u0026rsquo;occasion dans notre cours sur le bonheur de revenir sur la vertu de prudence. Ce qu\u0026rsquo;il faut déjà retenir, c\u0026rsquo;est que la prudence, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;intelligence pratique. Elle demande de développer une connaissance fine de la réalité, particulièrement de notre réalité intérieure. Elle demande de développer non pas seulement une intelligence théorique mais aussi une intelligence pratique, une Phronésis, comme le disait les grecs anciens. Apprivoiser ses émotions demande donc de développer une phronésis des différentes catégories d’émotions. C\u0026rsquo;est ce que nous allons voir maintenant.\n7 catégories d\u0026rsquo;émotions # En nous aidant du philosophe allemand Dietrich von Hildebrand (1889, 1977), du philosophe français René Girard, (1923, 2015), et du psychiatre français Henri Baruk (1897, 1999), nous distinguerons 7 catégories d’émotions.Les 6 premières méritent d’être appeler des passions. On entend par passion des émotions qui peuvent pirater notre liberté, qui peuvent diminuer notre liberté, parfois jusqu’à nous rendre esclaves. Seule la dernière catégorie (7) _respecte notre liberté _: non seulement elle la respecte mais elle lui permet de croître.\n(DvH) Des passions ardentes et persistantes que la tradition a pris l’habitude d’appeler des vices : l’ambition, la soif de pouvoir, la cupidité, l’avarice, la lubricité, etc. ; (DvH) Des passions explosives, ou passions ardentes comme certaines colères, certains ressentiments, qui sont pourtant motivées par de justes motifs mais qui manquent de mesure dans leurs réactivités exagérées ; (DvH) Des pulsions, telles celles que vivent les alcooliques, les drogués, ceux qui sont atteint de la maladie du jeux : « Ces pulsions ont le caractère d’une camisole de force ou les tentacules d’un poulpe »; (DvH) La passion amoureuse qui est un amour de l’exaltation amoureuse au lieu d’être le véritable amour d’une personne_: voir le livre L’Amour et l’Occident de Denis De Rougemont, (1906, 1985). (HB) Les émotions purement somatiques, liées à des phénomènes hormonaux, des dérèglements hormonaux, des maladies du corps dont les symptômes ne sont pas encore bien déclarés, parfois en lien avec des sortes d’empoisonnement. (RG) Les émotions mimétiques que nous attrapons des personnes que nous rencontrons soit directement, soit indirectement (personnages historiques, personnages de fiction), soit de nos médiateurs externes, soit de nos médiateurs internes, soit par la publicité ou la fabrique du consentement. (DvH) Les émotions du Cœur qui sont des expériences affectives motivées par des biens vécus comme véritables valeurs. ","date":"19 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/emotions/","section":"Articles","summary":"","title":"Les émotions peuvent-elles entraver notre pensée ?","type":"articles"},{"content":"Vous trouverez le document PDF de cet article ici : Tempérance et Philosophie.\nFinalité du cours de Philosophie # Préparer les épreuves du bac ; Prendre de bonnes habitudes pour les études supérieures ; Développer sa maîtrise de soi pour fortifier sa liberté. Importance de la Tempérance # La devise de Socrate # Platon (-427, -347) nous dit que son maître Socrate (-469, -399) avait pour devise celle qui était inscrite sur le temple de Delphes dédié au dieu Apollon : « Connais-toi toi-même ! ». Il ajoute dans son livre Protagoras qu\u0026rsquo;elle était suivi de cette précision : « Rien de trop ! »\nCette devise vise la Sophrosunè. La Sophrosunè, c’est la vertu de tempérance, celle qui permet de rester sain d’esprit et qui pour ce faire préserve le jugement.\nLa vertu de Tempérance # Nous prendrons le temps de revenir sur les notions de Vertu et de Tempérance, mais il est bon déjà de mémoriser ce qui suit :\nLe mot tempérance en français est assez fade par rapport à ce que le mot latin temperantia et le mot grec sophrosunè signifient ; La vertu de tempérance, c\u0026rsquo;est l’Intelligence Ordonnatrice ; Le latin temperare signifie « réaliser une unité harmonieuse à partir d’une multiplicité » ; Le latin temperamentum, qui a donné notre tempérament, signifie « juste mélange » ; Le latin temperatio signifie « disposition adéquate » ; Enfin, le latin temperator signifie « ordonnateur, organisateur ». La vertu de Tempérance, en tant qu\u0026rsquo;Intelligence Ordonnatrice est une vertu de discipline et de mesure. Par discipline, il faut entendre avec Thomas d\u0026rsquo;Aquin (1225, 1274) la paix du Cœur (quies animi). Le Cœur dont il est question, c’est le noyau décisionnel de la personne. Même si la notion de cœur en philosophie a un lien avec les émotions, il est beaucoup plus proche de ce que nous désignons par le mot français Courage qui a d’ailleurs la même racine étymologique. Discipline veut donc dire : « Mettre de l’ordre en soi-même », « Mettre de l’ordre dans son Cœur ».\nAuto-conservation désintéressée # Le philosophe allemand Josef Pieper (1904, 1997), dans son livre Le Quadrige, soutient que la vertu de tempérance, en tant qu\u0026rsquo;intelligence ordonnatrice est une auto-conservation de soi désintéressée. Pour comprendre ce qu\u0026rsquo;il veut dire, il faut revenir au sens du XVIIème siècle du mot intérêt : qualité de ce qui retient l\u0026rsquo;attention. Être désintéressé prend alors un sens très précis, c\u0026rsquo;est réussir à ne pas laisser notre attention se faire capter pour décider par nous-même où nous devons porter notre attention en priorité. La _tempérance est donc une force intérieure qui dirige notre attention. Cette force intérieure correspond à ce que l\u0026rsquo;on désigne avec les expressions de liberté intérieure ou de sérénité.\nAinsi si nous utilisons des anciens termes romains, le temperator, celui qui est tempérant, est un Dux, c\u0026rsquo;est-à-dire un Duc en français. Le tempérant est le duc de soi-même, il est tel un général d\u0026rsquo;armée capable de l\u0026rsquo;emporter sur ses ennemis, c\u0026rsquo;est-à-dire l\u0026rsquo;ensemble des choses qui captent son attention. Il est suffisamment exercé, expérimenté, pour mettre le bon ordre, l\u0026rsquo;ordre cosmique, dans l\u0026rsquo;organisation de sa vie sans que son attention ne se laisse éparpiller par des choses futiles.\nL\u0026rsquo;ordre cosmique # Ce bon ordre est simple à retenir. Il faut mettre dans son existence ses facultés dans l\u0026rsquo;ordre qui convient pour être heureux, l\u0026rsquo;ordre qui convient pour assurer le Bien Commun. Cet ordre est l\u0026rsquo;ordre cosmique, l\u0026rsquo;adjectif cosmique en grec signifie « qui est bien rangé », « qui est ajusté à l\u0026rsquo;ordre de la réalité ». Pourquoi cet ordre ? Tout simplement parce que nous vivons dans la réalité et non dans notre imagination. Nous vivons dans les contraintes du réel, non dans nos souhaits ou nos rêves. Et, si nous voulons incarner nos rêves, il nous faudra les réaliser dans les contraintes du réel, non dans la facilité de l\u0026rsquo;imagination. Quel est cet ordre ? Le voici :\nI. Mettre en premier son INTELLIGENCE pour connaître le réel tel qu\u0026rsquo;il est avec ses contraintes ; V. Utiliser sa VOLONTÉ pour fortifier son intelligence et mettre en pratique ce qu\u0026rsquo;elle conseille ; S. Prendre soin d\u0026rsquo;écouter sa SENSIBILITÉ pour avoir accès au réel extérieur et au réel intérieur ; I. Utiliser son IMAGINATION dès qu\u0026rsquo;elle peut être utile aux trois autres facultés. Temperator ≠ Imperator # Si nous continuons de filer la métaphore des termes romains utilisés, le dux, le général d\u0026rsquo;armée, s\u0026rsquo;il sortait victorieux de toutes les batailles, obtenait le titre d\u0026rsquo;Imperator, qui voulait dire du temps de la République Romaine, « le général victorieux ». Ce titre sera utilisé ensuite dans l\u0026rsquo;Empire Romain, pour désigné le chef suprême des armées, c\u0026rsquo;est-à-dire l\u0026rsquo;Empereur. Si nous revenons à notre tempérant, le tempérant c\u0026rsquo;est le duc de sa vie, mais ce n\u0026rsquo;est pas l\u0026rsquo;empereur de sa vie. Cela signifierait qu\u0026rsquo;il réussirait à être toujours victorieux des batailles contre tous les ennemis qui captent son attention. Or cela demande une force surhumaine de pouvoir toujours contrôler son attention. Nous pouvons augmenter notre force d\u0026rsquo;attention, mais cette force restera limitée. Certes, ne pas augmenter sa force d\u0026rsquo;attention, c\u0026rsquo;est peu à peu perdre sa liberté, mais croire qu\u0026rsquo;il serait possible de toujours diriger son attention n\u0026rsquo;est pas réaliste.\nÊtre temperator, être Duc de sa vie, c\u0026rsquo;est donc être maître de soi, c\u0026rsquo;est-à-dire suffisamment fort moralement pour garantir sa liberté. Cette force ne sera pas infinie, mais il est préférable qu\u0026rsquo;elle soit suffisamment grande. Sinon, nous rêverons beaucoup, mais nous réalisereons peu et nous finirons notre vie en regrettant le courage qui nous a manqué. Ce courage n\u0026rsquo;est possible que grâce à la tempérance. Sans tempérance, pas de courage.\nBut : la Justice # Cette tempérance, cet ordre cosmique, possède un but précis. Ce but c\u0026rsquo;est la Justice en tant que vertu. La vertu de justice, c\u0026rsquo;est la force morale qui permet de rendre à chacun selon son dû. On entend par dû, ce que la nature du vivant concerné recquiert pour vivre et s\u0026rsquo;épanouir. Le dû, c\u0026rsquo;est le bien dû, le bien qui lui appartient en propre ou qui doit lui appartenir en raison de sa nature propre. Par exemple, une personne humaine pour pouvoir vivre et s\u0026rsquo;épanouir a besoin d\u0026rsquo;avoir suffisamment à manger et à boire. La justice demande donc de satisfaire les besoins essentiels des personnes. Le manger et le boire sont donc des biens dus pour tout être humain, il ne saurait y avoir de justice sans respect de ces biens.\nDuc de sa propre vie # Être Duc de sa vie veut donc dire être capable de mettre son intelligence au-dessus de sa volonté, elle-même au-dessus de sa sensibilité, pour conserver son imagination en 4ème position. Cela veut dit qu\u0026rsquo;il ne laisse pas son attention être captée par autre chose que le bon ordre qu\u0026rsquo;il veut. Non pas l\u0026rsquo;ordre qu\u0026rsquo;il désire mais l\u0026rsquo;ordre qu\u0026rsquo;il veut. La volonté n\u0026rsquo;est pas le désir. Le désir relève de la sensibilité, non de la volonté. Être duc de sa vie, c\u0026rsquo;est donc être suffisamment maître de soi pour apprivoiser sa sensibilité, apprivoiser ses émotions. Cela ne veut pas dire qu\u0026rsquo;il faut rejeter ses émotions. Cela veut dire qu\u0026rsquo;il faut les apprivoiser, c\u0026rsquo;est-à-dire les organiser dans le bon ordre. Cela demande de développer une véritable connaissance de ses émotions. Ce n\u0026rsquo;est pas un mince travail. La suite de cette introduction présentera justement les principales émotions.\nDiscipline # Philosopher recquiert d\u0026rsquo;être duc de sa vie, d\u0026rsquo;être tempérant. Ce n\u0026rsquo;est pas une petite aventure. Philosopher ne peut donc pas se faire sans discipline. Pour bien le comprendre, nous aurons besoin de distinguer le philosophe du sophiste. C\u0026rsquo;est ce que nous ferons dans la troisième partie de cette introduction. Plus encore, il nous faudra comprendre comment bien utiliser notre intelligence, c\u0026rsquo;est ce que nous verrons dans la deuxième série de cours.\nDevise de cette année # Pour terminer ce cours, nous prendrons une devise qui orientera le cours de philosophie tout au long de l\u0026rsquo;année. C\u0026rsquo;est une devise qui nous vient d\u0026rsquo;Augustin : « Aime et fais ce que tu veux ! ». Pour bien la comprendre, il faut distinguer l\u0026rsquo;amour comme bienveillance manifeste et l\u0026rsquo;émotion d\u0026rsquo;amour. Nous reverrons l\u0026rsquo;émotion d\u0026rsquo;amour dans le cours suivant. Disons déjà que l\u0026rsquo;amour véritable ne se réduit pas à une émotion ou un sentiment. L\u0026rsquo;amour véritable, c\u0026rsquo;est la volonté de faire son possible pour faire le bien de l\u0026rsquo;autre. Donc pour comprendre cette devise, il faut bien comprendre ce qu\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;amour véritable et ce qu\u0026rsquo;est la volonté. C\u0026rsquo;est justement le rôle de cette discipline que nous nommons philosophie.\n","date":"19 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/temperance/","section":"Articles","summary":"","title":"Peut-on philosopher sans discipline ?","type":"articles"},{"content":"","date":"18 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/bernard-mandeville/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Bernard Mandeville","type":"philosophes"},{"content":"","date":"18 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/condorcet/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Condorcet","type":"philosophes"},{"content":"","date":"18 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/dany-robert-dufour/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Dany-Robert Dufour","type":"philosophes"},{"content":"","date":"18 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/francis-bacon/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Francis Bacon","type":"philosophes"},{"content":"","date":"18 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/galil%C3%A9e/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Galilée","type":"philosophes"},{"content":"Plan du cours en HLP Première Lien vers le code source de cette timeline : PlanCoursHLP1ère.mmd Lien vers le document PDF du plan : PlanCoursHLP1ère Introduction # Le philosophe n\u0026rsquo;est pas un sophiste, début septembre La parole : un art et des séductions # Documentaire « Propaganda », début septembre La démocratie peut-elle exister sans propagande ?, mi-septembre, début octobre Edward Bernays, un expert en « relations publiques », mi-septembre, début octobre Méthode de mini-dissertation en HLP, début octobre. Le Gorgias de Platon comme remède à la propagande, mi-octobre L\u0026rsquo;art de la parole # Le triangle rhétorique, début novembre Le Logos et le fonctionnement de l\u0026rsquo;intelligence, début novembre Le Pathos dans le triangle rhétorique, mi-novembre L\u0026rsquo;Éthos dans le triangle rhétorique, mi-novembre Aristote et les réfutations sophistiques, fin novembre L\u0026rsquo;Autorité de la parole # Pouvoir et Autorité, début décembre Un aperçu de la vision de l\u0026rsquo;autorité dans l\u0026rsquo;Énéide de Virgile, mi-décembre La modération d\u0026rsquo;Auguste comparée à la folie de Caligula dans Vie des douze Césars de Suétone, fin décembre et début janvier Débat : Est-ce facile d\u0026rsquo;avoir de l\u0026rsquo;autorité grâce à la parole ?, début janvier Découverte du Monde # L\u0026rsquo;Affaire Galilée, géocentrisme et héliocentrisme, début janvier Étienne Klein sur Galilée, mi-janvier Olivier Rey sur Galilée, mi-janvier Pluralité des cultures # La Traite des Noirs en Afrique, aperçu historique, fin janvier Montesquieu dénonçant l\u0026rsquo;esclavage, début mars Méthode de rédaction d\u0026rsquo;une question d\u0026rsquo;interprétation philosophique, début mars Décrire, figurer et imaginer # La fable des Abeilles de Bernard Mandeville, mi-mars Une histoire souterraine du capitalisme selon Dany-Robert Dufour, mi-mars La Nouvelle Atlantide de Francis Bacon, fin mars Les Magnalia Naturae, début avril Un rêve d\u0026rsquo;oligarchie techno-scientifique précurseur du transhumanisme ?, fin avril L\u0026rsquo;homme et l\u0026rsquo;animal # Différence entre l\u0026rsquo;homme et l\u0026rsquo;animal, début mai Intelligence ≠ Instinct, début mai Concept et définition, mi-mai Peut-on parler légitimement d\u0026rsquo;un langage animal ?, fin mai, début juin ","date":"18 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/planhlp1/","section":"Articles","summary":"","title":"HLP en première","type":"articles"},{"content":"","date":"18 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/montesquieu/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Montesquieu","type":"philosophes"},{"content":"","date":"18 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/olivier-rey/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Olivier Rey","type":"philosophes"},{"content":"","date":"15 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/comprendre/","section":"Tags","summary":"","title":"Comprendre","type":"tags"},{"content":"","date":"15 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/concept/","section":"Tags","summary":"","title":"Concept","type":"tags"},{"content":"Vous trouverez le document PDF de cet article ici : La définition\nIntroduction # Dans ce cours nous continuons à découvrir l’importance de la première opération de l’intelligence : la simple appréhension. Je m’appuis, là encore, sur le livre de Peter Kreeft, Socratic Logic, plus précisément, des pages 123 à 130. Vous pouvez d’ailleurs télécharger ce livre en cliquant ici.\nNature de la définition # La définition est essentielle en logique. C’est elle en effet qui nous dit ce qu’est une chose. C’est la réponse à la première question que l’intelligence se pose : « Qu’est-ce que c’est ? » Et si nous ne savons pas ce qu’est une chose par la première opération de l’intelligence alors nous ne pouvons pas juger correctement, c’est-à-dire utiliser la deuxième opération de l’intelligence. Nous ne savons pas non plus si une propriété appartient à cette chose ou non. De même, si nous ne savons pas ce qu’est une chose, nous n’avons pas de proposition vraie sur elle pour pouvoir commencer la troisième opération de notre intelligence, c’est-à-dire le raisonnement.\nL’art de définir les termes est donc essentiel, puisque c’est le point de départ du fonctionnement de notre intelligence. Nous avons dit auparavant que la première condition que nous devions vérifier pour savoir si nos raisonnements sont vrais, c’était de savoir si les termes utilisés étaient clairs. Or la définition, c’est justement ce qui permet de clarifier le sens des termes que nous utilisons dans nos raisonnements.\nLa définition s’intéresse à la compréhension d’un terme. Elle permet de séparer à l’intérieur de son sens essentiel, ce qui relève de son genre (son aspect commun avec d’autres réalités proches de lui) de sa différence spécifique (ce qui le distingue des autres réalités proches de lui).\nUne définition nous dit ce qu’une chose est. La meilleure définition que nous pouvons trouver pour un terme, c’est sa définition essentielle, elle nous donne l’essence de la chose visée en nous fournissant son genre et sa différence spécifique. C’est la définition maximale que nous pouvons trouver pour un terme. La définition minimale quant à elle, consiste à distinguer la chose définie de toutes les autres choses, de telle manière que nous ne confondons pas cette chose avec les autres choses.\nLa définition maximale, la définition essentielle, est claire et distincte. Tandis que la définition minimale n’est que distincte. Si nous n’arrivons pas à trouver, quand nous écrivons ou quand nous parlons, la clarté parfaite, parce que nous n’arrivons pas à trouver la définition essentielle de la chose considérée, nous devons au minimum savoir ce qu’elle n’est pas (c’est-à-dire la différencier des autres choses). Le mot définition en lui-même veut d’ailleurs dire délimitation, mettre des limites autour de la chose concernée pour la distinguer des autres choses. Si nous ne sommes pas capable de définir une chose, alors nous ne savons pas de quoi nous parlons. C’est pourquoi la qualité d’un écrit ou d’un discours se juge d’abord sur la qualité des définitions. C’est pourquoi je vous ai répété à de nombreuses reprises qu’une bonne dissertation ou une bonne étude ordonnée prennent soin de bien clarifier les concepts visés par la question posée ou par le texte donné. La limite de la logique formelle actuelle, qu’on appelle aussi logique mathématique, c’est qu’elle ne s’intéresse pas aux définitions essentielles des choses. Elle est implicitement nominaliste, elle exclut la notion d’essence.\n6 règles pour une bonne définition # Il existe 6 règles pour réussir à obtenir une définition acceptable :\nUne définition doit posséder le bon degré de précision, de focus, vis-à-vis de la chose visée. Elle ne doit pas être trop vaste et ainsi confondre la chose avec d’autres choses proches, mais pas trop resserrée pour pouvoir réussir à désigner la chose considérée et toutes celles qui lui ressemblent. Les logiciens parlent alors de coextensivité. Une définition doit être claire, c’est-à-dire non obscure, non ambiguë. Une définition doit être littérale et non pas métaphorique. Une définition doit être brève et non trop longue. Une définition doit être positive et non pas négative, si possible. En effet, seules les réalités négatives demandent à recevoir des définitions négatives. Par exemple, le mal se définit comme la privation d’un bien, le néant, c’est le fait qu’il n’y ait rien. Une définition ne doit pas être circulaire : le terme défini ne doit pas apparaître dans la définition. Autant, cela peut être un jeu de mot en informatique comme GNU is Not Unix, autant cela ne fait pas une définition. Définir un nom commun par son adjectif correspondant est donc une très mauvaise idée. Il est donc inutile de dire que la liberté c’est le fait d’être libre, car en écrivant cela nous ne disons rien. Pour mémoriser plus facilement, il est possible de rassembler ces 3 règles de la manière suivante, une définition doit être :\nCoextensive (= avoir le bon focus), Claire, littérale et brève, Ni négative, ni circulaire. Les types de définition # Il existe plusieurs types de définitions et le type le meilleur est le deuxième :\nLa définition nominale, c’est la définition du mot tel qu’il est utilisé à différentes époques plutôt que la définition de la chose visée. C’est une erreur fréquente que certains philosophes font (ou certains professeurs de philosophie, ou certains élèves). Elle consiste à confondre le sens d’un mot avec le sens de la chose visée. C’est pourquoi pour trouver le sens de la chose visée, il vaut mieux chercher le sens du concept, ou le sens du terme Voir le cours sur la compréhension, plutôt que le sens du mot. En latin la question correspondante est : quid nomini ? La définition essentielle, elle donne le genre et la différence spécifique. La définition essentielle correspond à la définition par la cause formelle. En latin la question correspondante est : quid rei ? La définition par les propriétés. On appelle propriétés, les caractéristiques essentielles d’une chose, à la différence des caractéristiques accidentelles. Un homme possède la propriété d’avoir la faculté que l’on désigne par le terme de volonté. Cela fait partie de sa nature. En revanche, il peut ne pas avoir de cheveux, et rester un homme. Les cheveux sont donc des caractéristiques accidentelles. La définition par les accidents, elle donne les caractéristiques actuelles de la personne mais qui ne sont pas essentielles. La coupe de cheveux, le vêtement porté, etc. La difficulté, c’est de donner suffisamment d’accidents pour que la chose ne soit pas confondue avec une autre. Lors de certaines enquêtes policières, elle peut cependant être nécessaire pour réussir à arrêter le coupable. La définition par la cause efficiente, on appelle aussi cette définition : définition génétique. Par exemple : une éclipse de soleil est un événement astronomique causé par le passage de la lune entre la lumière provenant du soleil et la terre, l’empêchant de nous parvenir. Autre exemple : un gland est le fruit du chêne. La définition par la cause finale, par exemple : une maison est une construction humaine permettant de se protéger des intempéries. Autre exemple : l’œil est un organe permettant de voir. Autre exemple : un crayon est un instrument permettant d’écrire. La définition par la cause matérielle, ou par sa composition. Par exemple : la molécule d’eau est composée de deux atomes d’hydrogène et d’un atome d’oxygène (H2O). Un poisson est un animal avec des écailles. Cette définition est confuse car on pourrait prendre le pangolin pour un poisson. Peut-être qu’il vaudrait mieux dire : le poisson est un animal possédant des branchies (mais là encore cela risque d’être imprécis). La définition par les effets. Par exemple, un cancérigène est une molécule qui peut provoquer un cancer. Les définitions nominales # Les définitions nominales sont des définitions d’un nom ou d’un mot. Elles ne sont pas nécessairement des définitions des réalités sous-jacentes au nom ou au mot. Elles répondent à la question : « Comment ce mot est-il utilisé ? » plutôt qu’à celle-ci : « Quelle est cette chose ? » Une bonne partie des définitions du dictionnaire ont tendance à être des définitions nominales.\nIl existe plusieurs sortes de définitions nominales :\nCelle qui donne le sens usuel du mot ou son sens conventionnel, c’est la définition lexicale. Celle qui donne un sens spécialisé du mot, celui qui est fixé par l’auteur. Par exemple : « Nous définirons comme “pratique socialement acceptable” toute pratique que plus de 50% de la société approuve ». On appelle aussi ces définitions, des définitions stipulatives. Celle qui donne un synonyme. Celle qui donne l’étymologie du mot. L’étymologie peut parfois nous indiquer dans quelle direction chercher la définition essentielle du mot, mais ce n’est pas toujours le cas. Celle qui donne des exemples de son utilisation, même si donner des exemples, ce n’est pas vraiment définir. Socrate dans Le Ménon de Platon montre combien Ménon se trompe quand il essaie de définir la vertu en général en prenant des exemples de vertus particulières. Même si les définitions nominales ne sont pas à strictement parler des définitions des choses visées, mais plutôt des définitions de mots, et même si on ne peut donc pas vraiment leur appliquer les 6 règles pour obtenir une bonne définition, il faut cependant éviter d’avoir une définition nominale trop vaste ou trop resserrée (voir la notion de focus dont nous parlions).\nLes définitions essentielles # Les définitions idéales donnent l’essence ou la nature de la chose définie en analysant le sens de cette essence en deux parties :\nLa part commune, générique ou générale, c’est-à-dire le genre prochain auquel appartient la chose considérée ; La part spécifique, propre ou distinctive, c’est-à-dire la différence spécifique de la chose considérée. Le genre nous donne la classe générale à laquelle la chose appartient essentiellement. L’homme est un animal, le triangle est un polygone, un marteau est un outil, la démocratie est une forme de gouvernement. Le genre que l’on doit donner est le genre prochain, c’est-à-dire celui qui est le plus proche de l’essence de la chose considérée. Non pas substance ou organisme mais animal pour l’homme. Non pas figure, mais polygone pour le triangle. Non pas société, mais forme de gouvernement pour la démocratie. L’arbre de Porphyre permet de mieux visualiser l\u0026rsquo;imbrication des genres pour réussir à trouver le genre prochain. C\u0026rsquo;est pourquoi vous trouverez à la fin de cet article sur le site Dilectio.fr, un schéma le représentant avec l\u0026rsquo;exemple classique de la définition essentielle de l\u0026rsquo;homme.\nLa différence spécifique nous dit comment la chose définie diffère de toutes les autres choses appartenant au même genre prochain. L’homme est un animal rationnel, les triangles sont des polygones à trois côtés, la démocratie, c’est le gouvernement par le peuple et pour le peuple.\nAinsi une définition essentielle donne l’espèce de la chose considérée. On appelle en effet espèce en logique le genre prochain plus la différence spécifique. Il faut comprendre aussi que l’espèce d’une chose, son genre prochain, sa différence spécifique, ne sont pas des catégories inventées par les hommes mais des formes extraites de la réalité et existant réellement dans la réalité par cette capacité d’abstraction que possède notre intelligence. L’homme est donc vraiment un animal, et vraiment un animal rationnel. Ce n’est pas une convention humaine qui a établi cette définition, c’est ce que la nature nous donne à connaître.\nArbre de Porphyre pour l\u0026rsquo;homme # ","date":"15 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/definition/","section":"Articles","summary":"","title":"La Définition","type":"articles"},{"content":" Brève biographie # Ce site n\u0026rsquo;est pas réalisé par une IA mais par un être humain. Je m\u0026rsquo;appelle Yann Lebatard et je suis professeur de philosophie au lycée Notre Dame de Rezé en France. Je suis marié et nous avons trois enfants : trois jeunes adultes, un jeune homme et deux jeunes femmes.\nAprès avoir commencé des études de médecine après mon bac C, je me suis vite aperçu que je n\u0026rsquo;y étais pas à ma place. Je me suis donc ré-orienté en philosophie à la fac de Nantes. J\u0026rsquo;y ai découvert la logique et j\u0026rsquo;ai gardé une affinité particulière avec cette discipline. Après avoir hésité entre continuer mon doctorat en logique d\u0026rsquo;un côté, avec une thèse qui portait inititialement sur les différentes logiques utiles pour le développement de l\u0026rsquo;intelligence artificielle, et me consacrer à l\u0026rsquo;enseignement de la philosophie en lycée d\u0026rsquo;un autre côté, j\u0026rsquo;ai finalement opté pour cette dernière possibilité.\nPar la suite, après avoir été directeur adjoint d\u0026rsquo;un lycée industriel, puis directeur de collèges, je suis revenu plus modestement à l\u0026rsquo;enseignement de la philosophie en lycée général, pour des raisons professionnelles et familiales. Ce qui a facilité mon retour, ce fut la découverte de la disponibilité d\u0026rsquo;un poste de professeur de philosophie qui se libérait au lycée Notre Dame de Rezé à la rentrée scolaire 2010. J\u0026rsquo;y enseigne encore aujourd\u0026rsquo;hui.\nFinalité de Dilectio.org et Dilectio.fr # Ces deux sites visent à rendre publiquement disponibles mes cours et mes recherches philosophiques. Je les mets à disposition de mes lycéens, de mes étudiants, mais aussi de toutes les personnes de bonne volonté qui cherchent à mieux se repérer en philosophie.\nPrécision technologique # Mon ancien site est toujours disponible à cette adresse dilectio.fr. C\u0026rsquo;est pourquoi vous voyez cette adresse en haut à droite de ce site. Il fonctionne grâce à Wordpress et à un certain nombre de plugins. Avec le recul et tenant compte des évolutions informatiques, j\u0026rsquo;ai pris conscience que ce système était trop lourd et pas assez efficient pour ce que je voulais faire. Je conserverai pendant plusieurs années si nécessaire les deux sites en parallèle. L\u0026rsquo;ancien bénéficiera de mises à jour de sécurité, en revanche, toutes mes nouvelles réalisations apparaîtront sur ce nouveau site.\nAprès plus d\u0026rsquo;un an de réflexion et d\u0026rsquo;études, j\u0026rsquo;ai décidé de changer le moteur de rendu de mon site. Je suis passé à Hugo avec le thème Blowfish. Cela me permet d\u0026rsquo;utiliser de manière plus efficace et efficiente les outils que j\u0026rsquo;ai appris à utiliser dans ma longue pratique des logiciels libres ces dernières années. Mes articles sont donc réalisés en markdown sous Neovim avec la configuration Nvchad. Ils sont alors disponibles directement pour être transposés par Hugo pour ce nouveau site, et par Pandoc et LaTeX pour générer des documents PDF. Je peux donc me concentrer plus facilement sur la rédaction même des articles, plutôt que sur tous les aléas technologiques propre aux évolutions de la plateforme Wordpress. Par ailleurs, je compte utiliser de plus en plus Mermaid pour réaliser des Timelines ou des Treemaps. J\u0026rsquo;hésite encore pour utiliser la fonction Mindmap de Mermaid car elle est très rudimentaire par rapport à des logiciels dédiés.\n","date":"12 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/pages/auteur/","section":"Pages","summary":"","title":"Présentation","type":"pages"},{"content":"","date":"11 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/art/","section":"Tags","summary":"","title":"Art","type":"tags"},{"content":"","date":"11 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/notions/","section":"Tags","summary":"","title":"Notions","type":"tags"},{"content":"Vous trouverez le programme de philosophie en terminale générale dans ce document PDF.\nLes notions au programme de terminale générale sont par ordre alphabétique dans la liste suivante. J\u0026rsquo;ajoute par ailleurs le lien vers l\u0026rsquo;œuvre étudiée à la fin :\nArt, Bonheur, Conscience Devoir, État, Inconscient Justice, Langage, Liberté Nature, Raison, Religion Science, Technique, Temps Travail, Vérité, Œuvre ","date":"11 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/notions/","section":"Articles","summary":"","title":"Notions au programme","type":"articles"},{"content":"Agenda prévisionnel des notions au programme Lien vers le fichier du code source de cette timeline : AgendaNotions.mmd\nAgenda prévisionnel du cours Lien vers le fichier du code source de cette timeline : AgendaCours.mmd ; Lien vers le fichier PDF du plan : Plan d\u0026rsquo;année. Introduction à la philosophie # Peut-on philosopher sans discipline ? début septembre, Bonheur, Justice, Liberté, Raison. Les émotions peuvent-elles entraver notre pensée ? début septembre, Bonheur, Liberté, Raison. Peut-on confondre le philosophe et le sophiste ? début septembre, Bonheur, Raison, Vérité Méthode de dissertation, fin septembre, Raison, Vérité Philosophie de la connaissance # Raison, Langage, Nature, Vérité, Science L\u0026rsquo;homme n\u0026rsquo;est-il qu\u0026rsquo;un animal ? mi-septembre Pouvons-nous comprendre la réalité ? mi-septembre Nos concepts correspondent-ils aux réels ? La Querelle des Universaux, mi-septembre Est-ce si facile de définir un concept ? mi-septembre Pouvons-nous connaître les choses réelles ? mi-septembre La vérité est-elle accessible ? fin septembre La démonstration peut-elle nous aider à mieux connaître le réel ? fin septembre Les sciences peuvent-elle conduire à la certitude ? début octobre Philosophie morale # Nature : comme la morale suppose de respecter la nature des choses et des personnes, le concept de nature se trouve sous-entendu dans tous les cours suivants. Nous le reverrons plus précisément dans notre cours sur le travail. Nos désirs sont-ils compatibles avec notre liberté ? mi-octobre, Liberté Pouvons-nous être libres sans volonté ? mi-octobre, Liberté, Devoir La liberté se réduit-elle à suivre nos émotions ? mi-octobre, Liberté Dans ma vie actuelle ma conscience est-elle éveillée ou entravée ? début novembre, Conscience Notre conscience peut-elle être éclairée ? mi-novembre, Conscience Ressentiment et pardon, fin novembre, Conscience Le pardon permet-il de guérir du ressentiment ? début décembre, Conscience Le bonheur dépend-il de nous ? mi-décembre, Bonheur Pouvons-nous être heureux sans vertu ? mi-décembre, Bonheur, Justice Notre conscience sait-elle toujours ce qu\u0026rsquo;elle fait ? début janvier, Conscience, Inconscient Faut-il renoncer à la notion d\u0026rsquo;inconscient freudien ? début janvier, Conscience, Inconscient Le devoir est-il incompatible avec le bonheur ? Valeur et Devoir, mars ou avril, Bonheur, Devoir Philosophie politique # Nature Méthode d\u0026rsquo;étude ordonnée, mi-janvier N\u0026rsquo;y a-t-il qu\u0026rsquo;une manière de définir la notion de religion ?, mi-janvier, Religion Est-il possible de vivre ensemble sans tolérance ?, mi-janvier, Religion L\u0026rsquo;État suffit-il pour contenir la violence et éviter les guerres ?, fin janvier, État, Justice Une république peut-elle être démocratique ?, fin janvier, État, Justice La vengeance peut-elle conduire à la paix ?, début février, État, Justice La justice politique peut-elle se passer de la monnaie ?, début févier, État, Justice Le mal peut-il devenir banal ?, mi-février, État, Justice L\u0026rsquo;existence humaine et la culture # Peut-on connaître ce qu\u0026rsquo;est le temps ?, début mars, Temps Notre moi profond se développe-t-il avec le temps ?, début mars, Temps Le smartphone modifie-t-il notre perception temporelle ?, mi-mars, Temps La zizanie est-elle évitable ? Zizanie et injustices langagières mi-mars, Langage Le langage peut-il blesser notre honneur ? Honnêté et honneur, début avril, Langage Est-il possible d\u0026rsquo;éviter la banalité du mal ? Livre d\u0026rsquo;Hannah Arendt, Considérations morale, fin mars, Œuvre La nature est-elle dangereuse ?, début avril, Nature, Technique, Travail Nos techniques et nos technologies sont-elles dangereuses pour la nature ?, début mai, Nature, Technique Travailler et Œuvrer est-ce la même chose qu\u0026rsquo;Agir ?, fin avril, Travail Nos activités humaines peuvent-elles devenir des sources d\u0026rsquo;aliénation ?, début mai, Nature, Technique, Travail L\u0026rsquo;art peut-il se passer de la beauté ? La Beauté, mi-mai, Art L\u0026rsquo;artiste est-il un artisan ? L\u0026rsquo;art chez Hannah Arendt, mi-mai, Art L\u0026rsquo;artiste éveille-t-il à la réalité ? L\u0026rsquo;art chez Bergson, mi-mai, Art Révisions : fin mai, début juin # ","date":"11 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/plan-philo/","section":"Articles","summary":"","title":"Plan du cours de philosophie en terminale générale","type":"articles"},{"content":"","date":"11 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/religion/","section":"Tags","summary":"","title":"Religion","type":"tags"},{"content":"","date":"11 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/technique/","section":"Tags","summary":"","title":"Technique","type":"tags"},{"content":"","date":"11 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/temps/","section":"Tags","summary":"","title":"Temps","type":"tags"},{"content":"","date":"11 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/timeline/","section":"Tags","summary":"","title":"Timeline","type":"tags"},{"content":"","date":"11 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/travail/","section":"Tags","summary":"","title":"Travail","type":"tags"},{"content":"","date":"8 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/image/","section":"Tags","summary":"","title":"Image","type":"tags"},{"content":"Vous trouverez le document PDF pour cet article ici : La Querelle des Universaux.\nIntroduction # La querelle des universaux est une querelle importante pour comprendre les enjeux de certains choix philosophiques. La présentation que Peter Kreeft en fait dans Socratic Logic est l\u0026rsquo;une des plus claire que j’ai jusqu’ici trouvée. C’est pourquoi je prends le temps de vous présenter la synthèse faite par Peter Kreeft en traduisant librement ce qu’il dit. Bien comprendre les différentes positions possibles dans cette querelle, vous permettra de mieux comprendre les conséquences concrètes qui peuvent naître des différentes positions et ainsi de mieux vous repérer dans les différents courants philosophiques actuels.\nPrésentation de l\u0026rsquo;objet de la querelle # Le fait que la plupart des termes soient universels, c’est-à-dire qu’ils peuvent être utilisés pour de nombreuses choses individuelles différentes, à donner naissance au problème qui est devenu célèbre dans l’histoire de la philosophie sous le titre de la querelle des universaux (ou problème des universaux). Le premier à l’avoir développée, c’est le logicien néoplatonicien Porphyre, d’origine phénicienne (il est né à Tyr situé dans l’actuel Liban, en 234 et est mort en 305). Cette querelle apparaît quand nous nous posons cette question : Qu’est-ce qu’il y a dans la réalité qui correspond aux termes universels que nous utilisons ? Par exemple, qu’est-ce qui correspond au termes abstraits beauté ou humanité dans la réalité ?\nIl est clair que les termes concrets et particuliers comme Socrate ou la lune correspondent à des entités individuelles concrètes qui existent dans un espace et un temps particuliers. Mais où et quand pouvons-nous trouver la beauté ou l’humanité en général de manière distincte de cette belle chose ou de cet être humain ?\nNous avons dit que les termes expriment des concepts (ce sont les produits mentaux de nos actes mentaux), ces concepts sont universels, et les concepts correspondent aux essences ou aux natures des choses. Est-ce que ces essences, ces natures, sont universelles comme les concepts que nous avons d’elles ?\nSi les natures ne sont pas universelles alors il semblerait que nos concepts que nous avons d’elles ne correspondent plus vraiment à leur réalité. Et alors, les concepts déformeraient plutôt que révèleraient la vraie nature des choses.\nOn peut le dire autrement. Est-ce que les universaux sont des choses réelles ? Est-ce que la beauté est aussi réelle que le sont les choses belles ? Est-ce que l’humanité, la nature humaine, l’espèce humaine, existe en plus des 8 milliards d’êtres humains qui possèdent la même nature humaine essentielle ?\nLa position de Platon # Platon pensait que oui. Il appelait ces universaux des Formes ou des Idées, non pas des idées dans nos esprits, mais des Idées à l’extérieur de nos esprits, des vérités objectives. Non pas des pensées, mais des objets de nos pensées. Il croyait qu’il y avait deux sortes de réalité, deux mondes : un monde de choses concrètes, individuelles et matérielles situées dans un temps et un espace que nous connaissons par nos sens corporels, et un autre monde de Formes, d’Idées universelles et immatérielles que nous connaissons par notre esprit grâce à nos concepts.\nLa théorie des deux mondes semble assez fantastique pour le sens commun et ressemble à un exemple de ce que le philosophe Alfred North Whitehead appelle « l’erreur de la concrétude mal placée » ou « l’erreur de la réification mal placée ». Cette erreur correspond selon lui à traiter un aspect abstrait d’une chose (sa nature essentielle par exemple) comme si elle était une autre chose concrète. Cette théorie de Platon est parfois appelée Réalisme extrême à cause du fait qu’elle proclame que les universaux sont extrêmement réels, car ils ne sont pas seulement aussi réels que les choses individuelles, ils sont plus réels qu’elles car ils sont indépendants du temps, ils sont immortels et permanents. Un beau visage change avec le temps, mais la beauté reste la beauté. En France, il est plus fréquent de parler de l’Idéalisme de Platon que de son Réalisme extrême, mais cette deuxième appellation est utile à retenir.\nLa position de Guillaume d\u0026rsquo;Ockham # La théorie qui s’oppose complètement à celle de Platon est appelé le Nominalisme. Le philosophe Guillaume d’Ockham, philosophe du XIVème siècle est la plupart du temps désigné comme étant l’inventeur de cette théorie philosophique. Les philosophies modernes comme l’Empirisme, le Pragmatisme, le Marxisme, le Positivisme, l’ont soutenue et l’ont rendue populaire. Le Nominalisme déclare que les universaux ne sont que des noms (nomini en latin, d’où nominalisme) que nous utilisons comme raccourcis ou comme abréviations. Au lieu de donner à chaque arbre un nom différent et individuel (un nom propre), nous groupons ensemble pour nous faciliter la vie sous la forme d’un nom vague « arbre », toutes les choses qui se ressemblent d’une certaine manière (par exemple, elles ont en commun d’avoir un tronc et des feuilles ainsi que des racines). Mais en réalité, tous les arbres sont différents, ils ne sont pas les mêmes. Il n’y a pas d’universel, d’un en plusieurs, mais seulement plusieurs individus.\nLe nominalisme semble logiquement auto-contradictoire, car si tous les arbres sont différents, comment peut-il être vrai de les appeler des arbres ? La phrase-même qui dit que tous les arbres ne sont pas les mêmes, présuppose qu’ils le sont sinon nous ne serions même pas capables de la comprendre. Si les universaux sont seulement nos noms pour les individus qui se ressemblent les uns les autres d’une certaine manière, cette « certaine manière » doit être réellement universelle (par exemple avoir un tronc, avoir des racines, avoir des feuilles) sinon nous ne pourrions pas repérer cette certaine manière en commun. Ainsi nous avons éliminer un universel, arbre, seulement en faisant appel à 3 autres universaux (tronc, racine, feuille). Quelque chose dans les arbres doit justifier l’utilisation d’un universel comme arbre. Qu’est-ce que c’est ? Est-ce une ressemblance, une similitude ? Mais ils doivent se ressembler les uns les autres en quelque chose, non ? Qu’est-ce que cela pourrait être si ce n’est pas leur nature, leur essence, leur essence arborée (treeness en anglais), ce que les arbres sont réellement ?\nLa position d\u0026rsquo;Aristote # Nous alons trouver chez Aristote une position intermédiaire, un juste milieu entre ces deux extrêmes représentés par l’Idéalisme ou le Réalisme extrême de Platon et le Nominalisme de Guillaume d’Ockham. Sa pensée s’accorde d’ailleurs mieux avec le sens commun. Cette position aristotélicienne est aussi défendue par le philosophe persan Avicenne et par le philosophe chrétien Thomas d’Aquin au Moyen Âge. On appelle cette position philosophique le Réalisme modéré.\nLe réalisme modéré soutient que les essences sont objectivement réelles (contrairement au nominalisme) mais ne sont pas des choses réelles (contrairement au réalisme extrême de Platon). Elles sont les formes ou les natures essentielles des choses. Les formes existent dans le monde seulement dans les choses individuelles matérielles mais elles existent aussi dans nos esprits sous la formes de nos concepts quand notre esprit les abstrait des choses réelles. C’est la même nature (par exemple l’humanité) qui existe dans deux états : un état matériel dans les choses matérielles, un état spirituel dans notre esprit. Autrement nos concepts ne correspondraient pas au réel, ils ne seraient pas des concepts de la chose visée, de ce qu’est la réalité dans les choses. Une forme universelle comme l’humanité, existe dans le monde seulement individuellement, mais la même forme existe dans notre esprit universellement, grâce à l’acte d’abstraction réalisé par notre esprit à partir des choses réelles individuelles.\nDonc Aristote aurait répondu aux nominalistes qu’ils ont raison de dire que l’universalité n’existe que dans notre esprit non dans les choses concrètes (qui sont toujours individuelles) mais qu’ils ont tort de dire qu’il n’y a rien dans la réalité qui est l’objet de nos concepts universels. Et il répondait à Platon que le Réalisme extrême a raison d’affirmer que les universaux sont objectivement réels et qu’ils ne sont pas seulement des noms, mais qu’il a tort de penser que ce sont des substances. En effet, le terme aristotélicien pour désigner les choses concrètes individuelles est le terme de substance. Les universaux pour Aristote sont les formes des substances (l’humanité des humains, la nature arborée des arbres, la beauté des choses belles). Certaines formes sont essentielles (comme l’humanité pour les êtres humains) car les choses ne peuvent pas rester elles-mêmes si elles ne les possèdent pas, et d’autres sont accidentelles (comme la blondeur d’une personne) car elles peuvent rester elles-mêmes sans les posséder (un blond reste un humain même s’il perd ses cheveux ou si ses cheveux blanchissent). Le rouge de la tomate n’est pas essentiel mais accidentel car une tomate reste une tomate même si elle est verte.\nLes dangers d\u0026rsquo;un certain idéalisme # Cette querelle logique apparemment très technique, très abstraite, possède de nombreuses conséquences pratiques. Si les universaux sont plus réels que les individus, alors les individus, et les individus humains particulièrement, sont moins importants que l’humanité. Il est alors possible de sacrifier des individus humains pour des prétendus principes d’humanité. Cette manière de pensée est la matrice de nombreux totalitarismes. Et si les choses individuelles sont moins réelles que les universaux, alors les sens ne nous révèlent rien de véritablement important, et seulement les rares cerveaux pouvant penser de manière abstraite avec facilité sont de vrais sages. Vous reconnaissez-là tous les idéologues qui sont à la fois prêt à sacrifier des personnes pour leur idéologie et qui se croient investis d’une mission réservée à une élite à laquelle ils appartiennent.\nLe prototype français qui servira de modèle au futurs totalitaires du XXème siècle n’est autre que Lazare Carnot le réel organisateur et le réel planificateur de la terreur de 1793, dont la réputation a été malheureusement préservée en utilisant Robespierre comme bouc émissaire (qui a plus eu le rôle d\u0026rsquo;un orateur que d\u0026rsquo;un organisateur). Et, comme Lazare Carnot est aussi l’un des pères fondateurs de la célèbre École Polytechnique, cela ferait désordre pour les républicains grand admirateurs de Carnot de rappeler à la mémoire des citoyens français le côté sombre du personnage. Il est donc de bon ton de taire ses atrocités, et de n’applaudir que ses réalisations. Mais la triste réalité, c’est que Lazare Carnot voyaient les hommes et les femmes comme des chiffres, et que le meilleur calcul pour sauver l’humanité consistait selon lui à supprimer tous ceux et celles qui pouvaient porter atteintes à ses projets, à commencer par les femmes et les enfants. Les femmes parce qu’elles auraient pu donner naissance à de futurs rebelles, les enfants car si on tuait leurs mamans ils risquaient plus tard d’organiser une rébellion vengeresse vis-à-vis des meurtriers. C’est donc « par principe d’humanité » qu’il ordonna l’exécution des femmes et des enfants de Vendée. Et par précaution, pour que la mémoire de la République ne se souvienne pas de ces atrocités, on fera brûler aussi les actes de naissances et les actes de baptêmes, comme ça il ne restera aucune trace de ces méfaits puisqu’il deviendra impossible de compter le nombre de morts ne sachant pas quel était le nombre des vivants.\nLes dangers du nominalisme # D’un autre côté, si les universaux ne sont pas réels du tout, nous avons la conséquence encore plus radicale du scepticisme : la réalité est un chaos inconnaissable, ce que nous osons appeler des vérités universelles ne sont que des choses subjectives et inventées par les hommes. Il n’y a ni principes universels pour la science ni principes universels pour l’éthique et la morale. Il n’y a que des choses relatives à ce qu’imaginent les hommes. Vous reconnaissez là les sources du relativisme morale. Or, comme je le dis souvent, si tout est relatif et fonction de ce qu’imaginent les hommes, alors ceux qui seront assez forts pour imposer leur imagination aux autres l’emporteront. Le relativisme moral n’est en définitif rien d’autre que la loi du plus fort travestie. Soit le plus fort impose ce qu\u0026rsquo;il imagine par la force brute, soit il l\u0026rsquo;impose par la ruse et la fabrique du consentement. Et on voudrait nous faire croire au nom de la tolérance que le relativisme moral serait un progrès pour l’humanité ? Il est difficile de faire pire mensonge que cela !\nOn utilise une vertu noble, la tolérance, pour masquer des intentions perverses : on déguise la volonté d\u0026rsquo;imposer le pouvoir d\u0026rsquo;un groupe en ouverture d\u0026rsquo;esprit ! Et nombreux sont ceux qui se laissent séduire par ce mensonge.\nLe pire des dangers # Le pire des dangers serait une forme d\u0026rsquo;idéalisme qui voudrait imposer par principe d\u0026rsquo;humanité son nominalisme. Les individus seraient là aussi sacrifiables pour le plus grand bien de l\u0026rsquo;humanité. Seulement, cette humanité ne serait plus l\u0026rsquo;humanité réelle mais l\u0026rsquo;humanité imaginée par un groupe de puissants, une nouvelle définition de l\u0026rsquo;humanité : une humanité fabriquée, une humanité 2.0. Évidemment ce type d\u0026rsquo;idéalisme nominaliste ne se présentera pas en s\u0026rsquo;affichant comme tel dans un premier temps, il se présentera sous la forme d\u0026rsquo;un progrès et d\u0026rsquo;une ouverture à la différence. Ce n\u0026rsquo;est que lorsque son pouvoir sera devenu suffisamment écrasant qu\u0026rsquo;il révèlera sa finalité.\n","date":"8 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/querelle/","section":"Articles","summary":"","title":"La Querelle des Universaux","type":"articles"},{"content":"","date":"8 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/nature-humaine/","section":"Tags","summary":"","title":"Nature Humaine","type":"tags"},{"content":"","date":"7 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/philosophes/bernard-manin/","section":"Philosophes","summary":"","title":"Bernard Manin","type":"philosophes"},{"content":"","date":"7 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/tags/d%C3%A9mocraties/","section":"Tags","summary":"","title":"Démocraties","type":"tags"},{"content":"","date":"7 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/categories/emc-term/","section":"Categories","summary":"","title":"EMC-Term","type":"categories"},{"content":" Vous trouverez le document PDF correspondant à cet article ici : la simple appréhension.\nIntroduction # Après avoir donné une vision d\u0026rsquo;ensemble du fonctionnement de notre intelligence, nous allons maintenant nous intéresser à la première opération de l\u0026rsquo;intelligence, la simple appréhension.\nL’homme diffère de la bête et de l\u0026rsquo;IA # La première chose qui distingue l’homme de la bête et de l’ordinateur, c’est que l’homme, lui, se pose des questions. Les ordinateurs n’interrogent pas leur programme sauf s’ils sont programmés pour le faire. Les animaux bien qu’ils puissent être curieux, ne peuvent pas formuler clairement des questions car leur communication est trop primitive pour pouvoir le faire. Les animaux peuvent identifier certains objets, mais ils ne semblent pas être capables de les conceptualiser. Or sans conceptualisation, il n\u0026rsquo;y a pas de questionnement possible. La logique est une science qui s’est justement spécialisée dans l’art du questionnement.\nTrois questions que se pose l\u0026rsquo;homme # Les trois questions principales que nous nous posons généralement sont :\n« Qu’est-ce que c’est ? » Cela relève de la première opéraction de l’intelligence : la simple appréhension ; « Est-ce ? » ou « Est-ce que cela existe ? » ou « Est-ce ainsi ? » Cela relève de la deuxième opération de l’intelligence : le jugement ; « Pourquoi est-ce ainsi ? » Cela relève de la troisième opération de l’intelligence : le raisonnement. L\u0026rsquo;IA ne comprend rien, l\u0026rsquo;animal comprend peu # Selon Peter Kreeft, ce qui distingue surtout l’homme de l’ordinateur, c’est que l’ordinateur ne comprend rien. Il peut donner l’impression de comprendre parce que ses algorithmes de programmation sont tellement complexes qu’ils peuvent déterminer, grâce à la complexité du calcul des probabilités utilisant d’immenses bases de données, quel mot devrait probablement suivre un autre mot et un ainsi de suite. Cela peut nous donner l’impression que l’IA sait parler. C’est en effet cette impression que nous font les LLM (Large Language Model).\nUn animal peut par habitude comprendre certains ordres, mais nous verront avec la définition du concept que cela se fait plutôt par l\u0026rsquo;intermédiaire d\u0026rsquo;images, images olfactives, sonores ou visuelles (entre autres). Un concept diffère d\u0026rsquo;une image car il est universel alors qu\u0026rsquo;une image est toujours particulière.\nToutes les IA « hallucinent » # L’ordinateur ne possède pas un petit esprit intégré qui lui permettrait de comprendre la question qu’on lui pose. C’est pourquoi d’ailleurs il peut halluciner . Parfois malheureusement, il faut être assez cultivé pour repérer ses hallucinations. Or comme l’algorithme a réussi à simuler correctement une écriture grammaticalement bien faite, une personne manquant de culture sur le sujet interrogé, ne remarquera pas forcément l’hallucination. L’IA lui semble prodigieuse alors que c’est juste des algorithmes nourris par des bases de données gigantesques, alimentées par le travail de milliers voire de millions d’intelligences humaines. Et, tout cela se fait grâce une dépense non moins gigantesque d’énergie (pétrole, charbon, gaz, électricité, en raison de tous les métaux et terres rares dont nous avons besoin pour fabriquer nos fermes de serveurs informatiques).\nIl y a bien de l’intelligence à l’œuvre dans l’IA, cependant elle ne se trouve pas au niveau des ordinateurs qui font tourner l’IA, mais dans le caractère intelligent des programmes qui ont été codés par des êtres humains intelligents, ainsi que dans le contenu intelligent présent dans les bases de données gigantesques, accumulé par le travail de milliers ou de millions d\u0026rsquo;intelligences humaines. Il ne faut pas oublier non plus que ces « IA » hallucineraient encore bien plus s\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;y avait pas l’intelligence des êtres humains, souvent des africains d\u0026rsquo;ailleurs, qui travaillent en étant sous-payés, en étiquettant des images ou des textes ou en vérifiant et en corrigeant à la chaîne les incohérences et les erreurs des IA. Nous nous soucions malheureusement peu de leurs conditions de travail et de leur aide quand nous interrogeons nos « IA ». Nous nous émerveillons de nos machines en croyant qu\u0026rsquo;elles sont intelligentes alors que leur \u0026ldquo;merveille\u0026rdquo; vient de l\u0026rsquo;intelligence de milliers et de millions d\u0026rsquo;êtres humains, parfois très modestes et peu célèbres.\nDangers de l\u0026rsquo;utilisation de l\u0026rsquo;IA # À l’heure de la généralisation de l’IA sur la planète, à l’heure où les lycéens et les étudiants, par des tentations qui associent le mimétisme social à la paresse intellectuelle, préfèrent de plus en plus faire leurs recherches grâce à l’IA quand ce n’est pas une partie-même de leurs travaux de production, à l’heure où même les professeurs sont tentés de les utiliser pour alléger le travail qu’ils ont à faire, il devient d’autant plus crucial de bien comprendre ce qu’est la première opération de l’intelligence, la simple appréhension. Le danger est en effet réel de voir les humains démissionner des efforts que recquiert cette première opération de l\u0026rsquo;intelligence. Le pire, c\u0026rsquo;est qu\u0026rsquo;ils penseront peut-être qu\u0026rsquo;en démissionnant de ces efforts, ils seront libérés de contraintes désagréables. Ils ne voient pas assez que ce qui fait la grandeur de l\u0026rsquo;homme, c\u0026rsquo;est justement cette faculté de comprendre le réel. Or comme toutes nos capacités, quelles soient physiques, sportives, ou intellectuelles, elle ne peut se développer que si nous nous y exerçons régulièrement avec des efforts répétés et constants. Nos mimétismes sociaux et nos paresses intellectuelles peuvent venir handicaper le développement de cette faculté en nous.\nLes masses populaires s\u0026rsquo;engouffrent dans l\u0026rsquo;utilisation de l\u0026rsquo;IA pendant que quelques rares élites s\u0026rsquo;amusent en voyant combien « ses insectes incapables de réguler leurs émotions » comme le dirait Walter Lippmann, se laissent appâter par les prouesses apparemment prodigieuses de nos technologies. Ces masses populaires confondent séduction de libération et véritable liberté, c\u0026rsquo;est pourquoi il sera si important de clarifier ce qu\u0026rsquo;est la véritable liberté.\nCela ne veut pas dire que l\u0026rsquo;IA ne peut pas être un outil utile dans certaines circonstances particulières, mais son utilisation est devenue tellement séduisante qu\u0026rsquo;elle risque de développer en nous une addiction à la paresse intellectuelle.\nDe l\u0026rsquo;importance de nos concepts # Distinction entre concept et idée # L\u0026rsquo;acte de comprendre, qu’on appelle aussi simple appréhension, agit en saisissant la réalité par l\u0026rsquo;intermédiaire d\u0026rsquo;un concept. Parfois la notion d’idée est synonyme de ce que l’on désigne par concept, mais d’autres fois la notion d’idée est plus vaste et rassemble à la fois les concepts, les jugements, et les arguments. Par ailleurs, comme nous le verrons dans l\u0026rsquo;article sur la querelle des universaux, la notion d\u0026rsquo;idée appartient aussi au vocablaire de Platon, ce qui ajoute encore une nouvelle ambigüité. Il vaut donc mieux utiliser la notion de concept plutôt que celle d’idée pour éviter les ambiguïtés de langage quand on parle de la première opération de l\u0026rsquo;intelligence.\nPour être précis, nous ne comprenons pas vraiment les concepts, mais plutôt nous comprenons la réalité grâce à des concepts. Le concept de maison est le moyen par lequel nous comprenons la maison réelle, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;acte de l\u0026rsquo;esprit par lequel nous comprenons cette maison. La maison réelle est physique, les concepts ne le sont pas, ils sont spirituels ou mentaux. La maison existe de manière indépendante de notre esprit, les concepts n’existent que dans des esprits. Si nous ne comprenions que nos concepts, nous serions incapables de comprendre la réalité. Or comprendre, c’est bien comprendre la réalité. Cependant, nous ne pouvons pas comprendre la réalité directement sans concept, ce sont nos concepts qui nous permettent de comprendre la réalité.\nLes concepts sont des choses impressionnantes. Ils peuvent faire ce qu’aucune chose matérielle ne peut faire. Ils peuvent transcender l’espace et le temps. Par exemple aucune chose physique ne peut être à deux endroits à la fois, alors que le concept de maison peut exister à la fois dans mon esprit et dans le vôtre, tout en restant le même. Vous pouvez par exemple comparer deux villes que vous connaissez grâce à votre esprit utilisant les concepts que vous avez de ces 2 villes, et cela sans être obligé d’être à la fois dans une ville et dans l’autre. Vos concepts peuvent faire des choses que votre corps ne peut pas faire.\nLes 5 propriétés de nos concepts # Les concepts possèdent au moins 5 propriétés que les choses matérielles n’ont pas :\nLes concepts sont spirituels, c’est-à-dire immatériels ; Ils sont abstraits ; Ils sont universels ; Les relations entre concepts sont nécessaires ; Les concepts sont permanents. Ils sont spirituels # Le concept de pomme ne possède ni de taille, ni de hauteur, ni de masse, ni de couleur, ni d’énergie cinétique, ni de molécules, ni d’atomes, ni de formes, et n’occupe aucun espace. Il ne faut pas confondre le concept de la représentation que nous nous faisons par notre imagination. Le concept de pomme vaut pour toutes les pommes, les rouges comme les jaunes, comme les vertes. Cependant quand nous pensons au concept de pomme, il est fort possible que nous nous représentions par notre imagination une image d’une pomme rouge. Il ne faut pas confondre l’image que produit notre imagination quand nous pensons à la pomme avec le concept de pomme qui vaut pour toutes les pommes possibles.\nLe concept n’est pas matériel tout simplement parce qu’il n’existe pas par lui-même, il existe dans notre esprit. Il n’est pas dans notre corps, il est dans notre esprit, même si notre cerveau travaille et consomme de l’énergie quand nous pensons à nos concepts.\nPar contraste avec le concept de pomme, le mot « pomme » est aussi physique qu’une pomme car il est soit un ensemble de signes écrits soit un ensemble de sons. Pour que nous nous comprenions quand nous désignons la pomme réelle avec le mot « pomme » nous avons besoin d’un objet mental intermédiaire dans notre esprit_ qui relie le mot à la chose réelle désignée par lui, c’est le terme. Ce terme est produit par un acte mental qui permet de relier le mot à la chose désignée. Cet acte mental producteur d\u0026rsquo;un terme, c’est justement ce qu’on appelle le concept. L’acte mental de compréhension est donc ce que l’on désigne par la notion de concept. Le concept général de simple appréhension rassemble tous les actes mentaux qui forgent des concepts capables de relier des choses réelles à des mots par l\u0026rsquo;intermédiaire des termes.\nBien sûr, notre capacité d’avoir des concepts dans notre esprit est dépendante de l’existence de notre corps. Elle dépend par exemple des yeux qui nous permettent de voir la pomme réelle, et de notre cerveau qui travaille à chaque fois que nous avons un concept. Si nous n’avons jamais vu de pomme, nous n’aurons sans doute jamais le concept de pomme, et si nous n’avons pas de cerveau, nous ne pourrons pas penser au concept de pomme (à l\u0026rsquo;exception peut-être dans l\u0026rsquo;attente de la résurrection, mais nous avons peu d\u0026rsquo;informations à ce sujet). Cependant, quand une chose est connue, elle acquière une deuxième forme d’existence, une existence mentale, une existence conceptuelle, une existence spirituelle.\nIls sont abstraits # Le latin abstraho veut dire tirer de. En effet, notre esprit est capable de séparer une chose d’une autre chose. Nous sommes par exemple capable d’extraire la forme rectangulaire présente dans la table, de la table réelle présente devant nous. Une fois cette forme rectangulaire extraite de la table réelle pour venir exister dans notre esprit sous forme de concept, nous pouvons par notre esprit, qui peut étudier ce qui est présent en lui grâce à la réflexion, analyser cette forme rectangulaire et réfléchir aux propriétés qui la composent et dire qu\u0026rsquo;elle possède toujours 2 largeurs et 2 longueurs.\nC’est ce que nous désignons par le concept d’abstraction. L’abstraction désigne l’acte mental qui permet d’extraire d’une chose réelle une forme qui existe dans cette chose réelle et de la faire exister de manière spirituelle dans notre esprit. Par exemple, nous pouvons aussi extraire la couleur de la table et dire que cette table est beige. Le beige peut exister alors dans notre esprit indépendamment de la table. Il n’existe cependant aucun moyen physique de séparer la couleur beige physique de la forme rectangulaire physique. Si nous sommes capables de séparer la couleur de la forme, c’est par l’activité de notre esprit, et chacun d’entre nous peut le faire naturellement parce que chacun d’entre nous en même temps qu’il est un être corporel est aussi un être spirituel.\nPar ailleurs, nous pouvons séparer par notre esprit un adjectif du nom qu’il qualifie, nous pouvons donc abstraire l’adjectif du nom qualifié par lui. L’animal lui ne perçoit que l’herbe verte. L’homme le plus primitif est capable de distinguer le vert de l’herbe et l’herbe en elle-même. Il peut alors imaginer une vache verte ou de l’herbe rouge, même s’il n’a jamais vu une vache verte ou de l’herbe rouge dans le monde réel. Il est capable de recomposer par l’imagination des choses qui n’existent pas car il est d’abord capable d’extraire de la réalité des concepts. Il ne pourrait pas recomposer par l’imagination Pégase, s’il n’avait pas pu d’abord abstraire le concept de cheval à partir d’un cheval réel, et le concept d’aile à partir d’oiseaux réels.\nIl n’y a pas de prouesse technologique sans avoir d’abord abstrait du réel des concepts que nous pouvons recombiner ensemble par la suite. Par exemple, nous n’aurions pas réussi à inventer des avions, si nous n’avions pas d’abord abstrait le concept d’aile en regardant les oiseaux. Toutes nos découvertes technologiques reposent sur notre capacité de conceptualiser.\nPar ailleurs, l’acte d’abstraction le plus important est celui par lequel nous sommes capables de distinguer l’essentiel de l’accidentel. Votre vie est essentielle, mais votre coupe de cheveux est accidentelle. Si vous perdez votre vie corporelle vous n’êtes plus une personne humaine complète et vous n’êtes plus complètement vous-mêmes, en revanche si vous perdez vos cheveux, vous restez vous-mêmes (même si c\u0026rsquo;est une chose difficile à vivre). C’est pourquoi depuis la philosophie grecque nous distinguons l’essentiel de l’accidentel, l’essence, ce qui fait partie intégrante de la nature de la chose considérée, de l’accident ce qui peut lui appartenir mais qui n’engage pas sa nature. Quand on cherche à définir une chose, on cherche à décrire ce qui est essentiel à cette chose pour la caractériser et la distinguer des autres choses. On ne choisit pas ce qui lui est accidentel pour la caractériser, car cela ferait des définitions qui n’en finiraient pas. Dans certaines circonstances cependant comme des enquêtes policières, nous avons besoin des accidents pour distinguer une chose des autres. Mais le mieux, c’est de rechercher la définition essentielle.\nL’abstraction n’est pas forcément à la mode et de nombreuses personnes préfèrent dire d’elles qu’elles vivent dans le réel et non dans l’abstrait, qu’elles préfèrent être concrètes. C’est confondre deux choses différentes. C’est confondre le plan de l’intelligence avec le plan de la volonté. La volonté vise l’incarnation du bien dans la réalité, donc la volonté se soucie des choses concrètes de la vie de tous les jours, des personnes concrètes qu’elle peut aimer et servir.\nL’intelligence quant à elle a besoin de l’abstraction pour connaître le réel. Sans abstraction, il n’y a pas de connaissance du réel, il n’y a que des essais et des erreurs qui se reproduiraient à l’infini sans acquisition de connaissances puisque la mémoire mémorise justement les concepts. Or pour pouvoir incarner le bien dans le réel, encore faut-il que l’intelligence connaisse un minimum le réel visé. Car sans connaissance du réel, l’intention de bien faire peut nuire à la réalité. Notre action a besoin d’être guidée par notre intelligence, notre intelligence théorique (= la science) d’un côté et notre intelligence pratique (= la prudence) de l’autre. Alors certes, il ne faut pas être abstrait dans nos actions mais bien concrets, mais nous ne pourrons pas faire le bien correctement si nous ne connaissons pas d’abord un minimum le réel pour lequel nous devons agir. Or pour connaître le réel, il faut travailler sur les concepts que nous avons abstraits de ce réel.\nIls sont universels # Le concept d’arbre est un concept universel car il est valable pour tous les arbres de la planète. Nous utilisons un seul concept pour désigner tous les arbres particuliers que nous pouvons rencontrer. La beauté est un concept universel et quand nous jugeons que Nantes est une plus belle ville que Paris, nous jugeons les deux villes avec le concept universel de beauté (ou de ville belle). Le sens littéral d’universel, c’est d’être une chose qui concerne plusieurs (unum versus alia en latin). Cela veut dire qu’un concept, alors qu’il reste bien unique, qu’il possède une essence, une signification, peut être vrai pour plusieurs choses, peut être utilisé pour désigner plusieurs choses, peut être applicable à plusieurs choses différentes.\nCe chêne à côté de notre jardin, cet autre chêne qui se trouve au bord de la Maine, ces peupliers qui se trouvent sur le bord du chemin qui conduit à Saint Fiacre et ces bouleaux qui sont dans le jardin qui borde la route menant au centre du bourg, bien qu’étant tous différents sont pourtant tous des arbres. Nous pouvons en vérité appliquer l’unique concept d’arbre à tous ces êtres végétaux différents.\nLe concept est donc quelque chose de commun à plusieurs choses différentes, c’est ce que veut dire « universel », commun à plusieurs. Le chêne et le peuplier sont différents êtres végétaux, mais ils ont en commun une même nature, une même essence, désignée par le concept d’arbre. Et c’est ce que nous cherchons à savoir quand nous demandons « Qu’est-ce que c’est ? » en désignant tel ou tel être végétal.\nLes sensations, les perceptions, ne peuvent pas nous faire connaître le concept d’arbre, car les sensations et les perceptions ne nous font sentir et percevoir que des individus concrets dans leurs particularités propres. Seule l’intelligence peut connaître le concept d’arbre qu’elle repère dans cet individu végétal concret. Sans les perceptions et sans les sensations, l’intelligence ne pourrait pas faire non plus son travail d’abstraction de la forme arbre de cet individu végétal, mais sans l’intelligence, les perceptions et les sensations ne nous apprendraient rien parce que nous ne comprendrions rien. Pour apprendre, il faut d’abord avoir mémoriser ce que nous avons compris. Nous ne pouvons pas toucher les concepts, ni les sentir, ni les voir, nous pouvons seulement les comprendre avec notre esprit. Rappelons-nous aussi qu’il ne faut pas confondre les mots avec les concepts, les mots ne sont que les moyens que nous utilisons pour communiquer nos concepts aux autres.\nLes relations entre les concepts sont nécessaires # Tous les arbres ont un tronc et des racines. La relation du concept arbre avec le concept de tronc est une relation de nécessité. Il n’y a pas d’arbre sans tronc. De même, un triangle a forcément trois côtés. La relation du triangle avec le fait d’avoir 3 côtés est une relation de nécessité. Ces relations nécessaires font partie de l’essence du concept. La force de l’intelligence, c’est de peu à peu mettre en évidence, par l’expérience et la réflexion, les relations de nécessité qui appartiennent en propre à un concept. Les sciences mathématiques n’existeraient pas si nous n’avions pas cette capacité d’utiliser des concepts et de les étudier. Sans le premier acte de l’intelligence, il n’existe aucune compréhension donc aucune science. Nous pouvons donc être certains que la somme des angles d’un triangle euclidien fait 180 degrés. Ce n’est pas une croyance, c’est une certitude. Notre intelligence peut atteindre la certitude, ce n’est pas une petite information à retenir.\nLes concepts sont permanents # 2 + 2 font 4 et cela ne changera jamais. Le fait qu\u0026rsquo;un arbre est un être végétal possédant des racines et un tronc, ne changera jamais non plus. Peut-être que cet arbre du jardin perdra son tronc et deviendra une souche morte, mais le concept d’arbre sera toujours associé au concept de tronc et au concept de racine. Les concepts sont donc permanents. Même si dans le futur tous les arbres de la planète venaient à disparaître (ce qui serait peut-être d’ailleurs la fin de la vie sur Terre), le concept d’arbre continuerait à exister tant qu’il y aurait un esprit pour le penser.\nRemarques importantes à retenir concernant nos concepts et la notion de science # Les concepts sont des entités impressionnantes car sans eux la réalité ne pourrait pas être intelligible pour nous. C’est grâce aux concepts que nous comprenons le réel et donc que nous pouvons aussi avoir autant de développements scientifiques et technologiques qui ont des impacts sur ce réel. Il n’y a pas de technique et de technologie possible sans concept. C’est pourquoi les animaux n’ont pas de technologie. Ils ont des fabrications instinctives et brillantes parfois dans leur complexité, mais ils n’ont pas de science de ces fabrications, c’est l’instinct et leur cogitative qui leur permet de fabriquer. Par définition, la science porte sur des concepts et les relations nécessaires entre les concepts. C’est par la science que nous pouvons mieux comprendre le réel, car la science c’est justement l’activité humaine qui approfondit nos connaissances conceptuelles. Souvenons-nous que nous ne connaissons la réalité que par l’intermédiaire des concepts, non par l’intermédiaire des images. Une image peut aider à visualiser un concept, mais une image n’est pas un concept. Il n’y a donc pas de science sans amour des concepts, et donc sans amour de l’abstraction.\nL’universalité des concepts est la propriété des concepts la plus importante pour faire de la philosophie. Sans l’universalité des concepts, la métaphysique, la science qui étudie les principes de la réalité, serait impossible. Or la métaphysique, qui ne s’enseigne pas vraiment en lycée, est la branche principale de la philosophie. C’est la branche de la philosophie qui étudie l’être et la réalité en tant que telle. Elle étudie entre autre, l’être en tant qu’être. En effet, le plus universel des concepts c’est le concept d’être. Tout ce qui existe est une sorte d’être. Ainsi, l’être est le plus fondamental des concepts. Avant de connaître les spécificités d’une chose, nous savons que la chose est. Si je vous montre ce crayon, avant même de savoir la nature précise de ce crayon, vous savez avec certitude que ce crayon est. Ce sont les deux premiers actes de votre intelligence, travaillant sur les données de vos sens, qui vous font savoir que ce crayon est. Il n’est pas un produit de votre imagination, c’est un être qui existe réellement dans le monde réel.\nEn logique, la notion d’être est essentielle. Le premier acte de l’intelligence nous permet de le comprendre, et le deuxième acte permet de juger qu’une chose est ainsi ou autrement. En logique, les deux mots les plus important sont est (utile pour les 2 premiers actes) et donc (utile pour le troisième acte).\nIl est essentiels de distinguer les concepts, les termes et les mots # Les concepts n’existent que de manière privée dans notre esprit, c’est l’acte mental de notre esprit. Cependant nous arrivons cependant à nous comprendre avec des mots, et plus encore nous arrivons à nous comprendre avec des mots de langues différentes qui désignent pourtant les mêmes choses. Il faut donc distinguer 3 choses différentes :\nD’un côté le concept qui est l’acte mental qui relie un terme puis un mot à une réalité par l’acte de compréhension, c’est un acte personnel de compréhension. Il demande un effort intellectuel. Le mot qui permet d’exprimer grâce à notre corps ce que nous avons compris, Et le terme qui est le produit mental commun à tous de notre acte mental personnel. Le concept, c’est l’acte mental privé ou personnel qui produit un terme général qui pourra être traduit par tel ou tel mot dans des langues différentes. Il existe donc plusieurs choses différentes, le concept d’arbre, le terme d’arbre, et les mots arbre en français, tree en anglais ou garab en wolof, l\u0026rsquo;une des langues nationales du Sénégal.\nLes termes sont importants en logique car ce sont les atomes de bases de nos raisonnements et de nos significations. Les concepts sont les actes mentaux privés. Les termes sont les objets mentaux produits par nos actes mentaux privés, qui sont communs à tous les humains, même à ceux qui ne parlent pas la même langue.\nLe mot « terme » a été inventé par les logiciens et il vient du latin « terminus » qui veut dire « une fin ». Dans une proposition la plus simple possible en logique on a deux termes, le sujet et le prédicat, deux fins, deux bouts. Les concepts sont les actes mentaux qui permettent de comprendre les termes désignés par les mots.\nTant que vous n’êtes pas capables de forger, par VOTRE PROPRE EFFORT INTELLECTUEL PERSONNEL, le concept correspondant au terme désigné par le mot, vous ne comprendrez pas ce que désigne le mot. Le terme correspond sans doute à ce qu’Augustin d’Hippone désignait par l’expression verbum mentis, le verbe mental, c’est-à-dire ce verbe informulé (c’est-à-dire non formulé dans telle ou telle langue) qui nous permet de traduire un mot d’une langue par un mot d’une autre langue.\nOn distingue l’extension d\u0026rsquo;un terme de sa compréhension # Chaque terme (et chaque concept qu’il exprime) possède à la fois une extension et une compréhension. Le vocabulaire est un peu technique, et peut porter à confusion. En effet, le mot compréhension peut désigner d’un côté la première opération de l’intelligence, comme il peut désigner d’un autre côté une propriété des termes. C’est d’ailleurs peut-être pourquoi pour la première opération de l’intelligence, la tradition réaliste retient plutôt la notion de simple appréhension. Il est possible que ce soit pour éviter la confusion possible entre ce qui caractérise la première opération de l’intelligence, et ce qui représente une propriété des termes.\nL’extension d’un terme désigne toutes les choses qui sont visées par ce terme, c’est donc le cardinal de l’ensemble des choses qui sont désignés par ce terme, sa « population » (analogie). L’extension du terme de maison est donc le nombre de maisons existantes dans le monde. L’extension du terme « homme » correspond donc au nombre d’être humains sur la Terre. Selon les dernières estimations de l’ONU réalisées en 2024, il y aurait 8,1 milliards d’habitants sur Terre.\nLa compréhension d’un terme désigne la richesse de sa connotation interne, tout ce qu’il signifie, sa nature, ses propriétés essentielles. Par exemple la compréhension du terme « homme » c’est « animal rationnel ». Même si la compréhension d’un terme n’est pas l’acte de compréhension, on voit bien cependant que le mot compréhension désigne le fait de comprendre ce qui est signifié.\nGénéralement, plus la compréhension d’un terme est complexe, plus son extension diminue. Et inversement, plus l’extension est grande plus la compréhension diminue. Par exemple, il y a plus d’animaux que d’hommes sur Terre, parce que le terme d’animal a un sens plus générique (et donc moins complexe et moins précis que le terme homme). De même le terme « être vivant » concerne encore plus d’individus sur la Terre (car il faut compter les bactéries et les végétaux), mais en même temps sa compréhensions est plus simple (possède moins de propriétés) que le terme d’animal. Autre exemple, le terme « Pelagibacter Ubique » est plus complexe au niveau de sa compréhension puisqu’il distingue la plus petite bactérie capable de vivre de manière autonome dans les océans de toutes les autres bactéries. Son extension est donc moins grande que celle des bactéries en général, et évidemment moins grande que l’extension des animaux. Plus un terme est abstrait, générique, plus son extension augmente, moins sa compréhension est complexe.\nL’une des erreurs courante dans nos raisonnements, c’est de confondre ce que l’on dit sur l’extension d’un terme avec ce que l’on dit de la compréhension d’un terme. Si l’on dit que généralement les hommes mâles sont plus grands que les femmes, cela ne vise pas l’extension du terme homme mâle, mais sa compréhension. Selon la nature des êtres humains, l’homme mâle est plus grand que la femme en général. Bien évidemment, cela ne veut pas dire que les 4 milliards environ d’hommes mâles sur la Terre sont plus grands effectivement que les 4 milliards environ de femmes.\nDe même quand Aristote dit que « tous les hommes par nature désirent connaître », cela ne veut pas dire que tous les individus de l’espèce humaine sont curieux d’un point de vue intellectuel. Aristote parle alors de la compréhension du terme homme, non de son extension. La présence du déterminant tous peut nous inciter à la confusion. Il faut donc être attentif. Ainsi quand on dit « tous les hommes sont mortels », on ne parle pas de l’extension du terme « homme », mais de sa compréhension. C’est comme si nous disions : « la mortalité fait partie de la nature humaine ».\nEn revanche, si nous disons « tous les français sont blancs », là nous visons l’extension du terme « français », et cette affirmation est évidemment fausse puisqu’il existe des français de couleur. Par ailleurs, il est évident que la compréhension du terme « français » ne comporte pas de précision de couleur de peau (même si de nombreux racistes voudraient nous faire croire l’inverse), puisque la couleur de la peau n’est pas une propriété qui différencie les français des autres peuples. La compréhension d’un terme est universelle dans le sens où sa signification est valable pour tous les individus qu’elle rassemble.\n","date":"7 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/articles/simple-apprehension/","section":"Articles","summary":"","title":"La première opération de l'intelligence : la simple appréhension","type":"articles"},{"content":" Présentation # Nous commencerons par prendre conscience de l\u0026rsquo;importance de l\u0026rsquo;éducation des citoyens aux enjeux des nouveaux médias de masse pour la vitalité de nos démocraties. Nous partirons de l\u0026rsquo;expérience de la démocratie américaine de 1914 à 1970 en prenant mieux conscience de l\u0026rsquo;influence qu\u0026rsquo;Edward Bernays a pu avoir pour l\u0026rsquo;orientation des masses américaines à partir du documentaire Propaganda réalisé par Jimmy Leipold et coproduit par Arte France et INA (2017). Cela nous permettra de nous interroger sur les fondements de nos démocraties. D\u0026rsquo;abord en distinguant la démocratie et la république des autres régimes politiques possibles.\nEnsuite nous prendrons mieux conscience de ce qui distingue les démocraties directes des régimes représentatifs. Nous interrogerons alors les tendances aristocratiques du système électoral pour réfléchir à l\u0026rsquo;importance de l\u0026rsquo;engagement citoyen. D\u0026rsquo;abord en prenant conscience de ces tendances aristocratiques, puis en voyant combien la délibération politique et le principe du contradictoire est essentiel au fonctionnement de nos systèmes représentatifs. Enfin nous prendrons mieux conscience de l\u0026rsquo;importance du tissu associatif et des syndicats dans le fonctionnement de nos régimes représentatifs.\nNous terminerons par une ouverture au problème de la défense des droits de l\u0026rsquo;homme dans le contexte des relations internationales en prenant l\u0026rsquo;exemple de la triste réalité de l\u0026rsquo;excision et mutilations génitales féminines encore présente malheureusement au Sénégal telle que le dénonce le Musée de la Femme de Dakar. Cela nous permettra de faire un lien avec le projet humanitaire de l\u0026rsquo;établissement concernant l\u0026rsquo;éducation au Sénégal qui s\u0026rsquo;est traduit par un voyage en février dernier vécu par des élèves qui sont actuellement en terminale.\nProgression d\u0026rsquo;année # Voici le calendrier prévisionnel de la répartition des différents thèmes prévus :\nLa concurrence des propagandes selon Edward Bernays, un danger pour nos démocraties ? septembre-octobre :\nDocumentaire « Propaganda » ; La démocratie peut-elle exister sans propagande ? ; Edward Bernays, un expert en « relations publiques ». Les différents régimes politiques selon Aristote : monarchies, tyrannies, aristocraties, oligarchies, politéia (républiques) et démocraties, novembre ;\nHannah Arendt sur la dictature, la tyrannie et le totalitarisme, début décembre ;\nLes principes de la démocratie directe selon Bernard Manin dans Principes du gouvernement représentatif, mi-décembre, début janvier ;\nLes principes du gouvernement représentatif selon Bernard Manin dans Principes du gouvernement représentatif, mi-janvier, début février ;\nLe caractère aristocratique de l\u0026rsquo;élection selon le chapitre IV de Principes du gouvernement représentatif de Bernard Manin, mars ;\nDélibération politique et principe du contradictoire selon le collectif dirigé par Loïc Blondiaux et Bernard Manin, Le tournant délibératif de la démocratie, avril ;\nL\u0026rsquo;engagement associatif et syndical comme témoignage de vitalité démocratique, début mai ;\nL\u0026rsquo;importance de la défense des droits de l\u0026rsquo;homme dans les relations internationales : le triste exemple du Sénégal concernant le respect de la dignité des femmes, fin mai, début juin.\n","date":"7 août 2025","externalUrl":null,"permalink":"/pages/planemc-term/","section":"Pages","summary":"","title":"Plan d'année en Éducation Morale et Civique (EMC) en Terminale","type":"pages"},{"content":"Voici la version PDF de l\u0026rsquo;article ici présenté : notre-intelligence.\nL\u0026rsquo;intelligence est la spécificité humaine qui le différencie des autres animaux # Les philosophes depuis longtemps définissent l’homme comme l’animal rationnel. Être humain, c’est donc essentiellement être capable de comprendre, de juger, et de raisonner, c\u0026rsquo;est-à-dire de donner des justifications pour reconnaître que des choses sont vraies. Nous avons certes d’autres capacités que nous partageons avec les animaux, comme la sensibilité, l\u0026rsquo;imagination, le sens commun et la cogitative. Cependant, il est bon de bien connaître nos propres spécificités. Retenons alors que le propre de l’être humain qui le différencie des autres animaux, c’est qu’il est capable de comprendre des concepts, de connaître des vérités de manière consciente, et qu’il est capable de découvrir de nouvelles vérités à partir d’autres vérités déjà connues. Il est aussi capable de raisonner sur le possible, le probable, le bien et le beau.\nLa première chose qu’il faut donc mémoriser, c’est que l’homme est certes un animal parmi les autres animaux, mais un animal différent des autres animaux. Avec les animaux il partage la sensibilité ainsi que la capacité à communiquer cette sensibilité. Cependant, ce qui le distingue des animaux, c’est qu’il a une faculté supplémentaire que les animaux ne possèdent pas, c\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;intelligence. Dans ce cours, je me focaliserai sur les spécificités de l’intelligence humaine. L’homme possède deux autres facultés qui le distingue des animaux, c’est la volonté et le cœur (appelée aussi « syndérèse »). Cependant, je ne développerai pas ces 2 autres facultés dans ce cours.\nLa logique étudie le fonctionnement de l\u0026rsquo;intelligence # Le mot « logique » vient du grec « logos » # La science qui s’intéresse au fonctionnement de l\u0026rsquo;intelligence s’appelle la logique. Le mot logique vient du grec ancien logos, qui signifiait à la fois, propos, discours, paroles mais aussi en ionien-attique (le grec ancien parlé entre autre par la cité d’Athènes) récit, compte, explication, considération, raisonnement, raison et paroles. Dans la théologie catholique, ce mot désigne encore aujourd’hui la Deuxième Personne de la Trinité, c’est-à-dire Le Christ. Le nom commun logos est dérivé du verbe legein qui signifie d’abord rassembler, cueillir, choisir puis dire, compter, dénombrer. J’aimerais déjà vous aider à mémoriser que dans l’origine du mot logique, il y a un verbe qui veut dire rassembler, qui veut dire, si on prend le temps d’y réfléchir, prendre ensemble. Or en français, le verbe qui veut dire prendre ensemble se dit actuellement comprendre. L’acte réalisé par ce verbe, est désigné en français par le nom compréhension. Si j’insiste sur ce mot de compréhension sous-entendu dès l’origine dans le mot logique, c’est parce qu’aujourd’hui on oublie la plupart du temps de dire que c’est l’une des principales opérations de l’intelligence, et qu’il est en définitive abusif voire mensonger de dire qu’un être ou qu’une machine pourrait être intelligente si elle ne possède pas cette faculté de comprendre.\nIl existe un problème de transmission de la logique # Malheureusement, la logique ne s’enseigne presque plus aujourd’hui. Il est possible que ce soit l\u0026rsquo;un des effets du développement d\u0026rsquo;un enseignement pour les masses populaires. Elle ne s’enseigne de manière explicite ni à l\u0026rsquo;école, ni au collège, ni au lycée (sauf par ce cours). L’enseignement de la logique dans les études supérieures n’existe que dans de rares disciplines (mathématiques, informatique et philosophie). Et même alors, elle n’aborde plus certains sujets qu’abordaient les anciens. L’opération qu\u0026rsquo;elle ne présente plus du tout, c\u0026rsquo;est l’opération qui consiste à comprendre : la « simple appréhension ». De même l\u0026rsquo;opération appelée « le jugement » est très peu enseignée. En revanche, la 3ème opération de l\u0026rsquo;intelligence qu\u0026rsquo;on appelle « le raisonnement » reste enseignée en partie par les mathématiques, les sciences et toutes les disciplines qui demandent un savoir faire dans l\u0026rsquo;argumentation. Ainsi, peu de nos contemporains ont eu de réels cours de logique qui embrassent l\u0026rsquo;ensemble de cette discipline. Ils raisonnent donc en connaissant mal ce que représente cet acte de raisonner et en connaissant très mal les règles d’un bon raisonnement. C\u0026rsquo;est très problématique pour le développement des sciences. C\u0026rsquo;est sans doute encore plus problématique pour l\u0026rsquo;impact que les sciences peuvent avoir par l\u0026rsquo;intermédiaire des développements technologiques sur notre planète et sur ses êtres vivants.\nLa solution consiste à lire certains philosophes logiciens # Pour vous aider à découvrir ce qui vous manque dans votre formation logique, nous allons voir un aperçu d\u0026rsquo;ensemble de son enseignement complet. Nous verrons cela grâce à un philosophe américain toujours vivant qui s’appelle Peter KREEFT, connu aux USA pour son livre Socratic Logic. Ce livre n’est malheureusement pas traduit en français. Je traduis donc en partie, et assez librement car je rajoute certaines remarques, les pages 26-27 de ce livre pour vous faire cette petite présentation de la logique, c’est-à-dire de la science du fonctionnement de l\u0026rsquo;intelligence. L\u0026rsquo;intelligence, faculté qui représente l’une des spécificités de notre espèce humaine, doit d’abord être bien comprise avant de pouvoir être bien développée en nous.\nJe trouve que Socratic Logic de Peter Kreeft est l\u0026rsquo;un des meilleurs livres pour donner une vision d\u0026rsquo;ensemble de la logique. Cependant, comme il n\u0026rsquo;existe pas de traduction française et que vous n\u0026rsquo;êtes pas forcément fluide dans votre capacité de lecture en anglais, il est bon que je vous indique d\u0026rsquo;autres références françaises. Voici les trois livres que je connais qui peuvent vous aider :\nÉléments de philosophie (surtout le second tome) aux éditions Pierre Téqui, de Jacques Maritain ; Raisonner en vérité aux éditions Desclée de Brouwer, de Bruno Couillaud ; L\u0026rsquo;art de penser aux éditions Pierre Téqui, de Pascal Ide. Les 4 auteurs que je vous donne en référence sont des philosophes catholiques. Il existe aussi un site protestant où un informaticien a pris le temps de traduire et commenter le livre Socratic Logic de Peter Kreeft, voici ses articles. Il est surprenant de voir que je n\u0026rsquo;ai trouvé que des chrétiens à tenir compte de l\u0026rsquo;intégralité de la logique dans sa tradition classique. Les autres références les plus connues dans le monde universitaire francophone ou anglophone font souvent l\u0026rsquo;impasse sur la première et la deuxième opération de l\u0026rsquo;intelligence. Autant ces autres références sont précises concernant la troisième opération de l\u0026rsquo;intelligence en fournissant toutes les avancées de la logique mathématique (qu\u0026rsquo;on appelle logique symbolique), autant elles perdent en richesse par rapport à la riche tradition occidentale de la logique qui nous vient du premier grand maître en la matière à avoir systématisé par écrit cette discipline : Aristote.\nJ\u0026rsquo;avoue ne pas comprendre pourquoi cette riche tradition a été autant amputée de toutes ses avancées. Je ne sais pas si cela est dû à la massification de l\u0026rsquo;enseignement qui en visant les masses populaires a renoncé à un certain élitisme, ou si c\u0026rsquo;est dû à un choix idéologique pour ne pas avoir à revenir à la philosophie enseignée par Thomas d\u0026rsquo;Aquin qui reprend abondamment cette tradition en la complétant par sa synthèse médiévale, ou si c\u0026rsquo;est dû à la mathématisation de la logique qui a fait le choix de ne conserver que les parties pouvant être étudiées de manière fonctionnelle (c\u0026rsquo;est-à-dire algorithmique).\nL\u0026rsquo;un des manuels de logique les plus connus dans le monde anglo-saxon (dans les universités américaines) est Le Hurley du nom de son auteur Patrick J. Hurley de l\u0026rsquo;Université de San Diego, vous le trouverez ici. Il est surprenant à la page 44 de ce manuel de voir qu\u0026rsquo;il préfère présenter la validité avant la vérité, c\u0026rsquo;est-à-dire ce qui relève de la troisième opération de l\u0026rsquo;intelligence avant de présenter ce qui relève de la deuxième. Et quand on avance un peu dans la lecture, on s\u0026rsquo;aperçoit qu\u0026rsquo;il n\u0026rsquo;y a pas réellement de définition claire de la notion de vérité. De même quand on avance un peu plus encore jusqu\u0026rsquo;aux différents types de définitions, la définition essentielle n\u0026rsquo;apparaît pas, alors même qu\u0026rsquo;au début l\u0026rsquo;auteur cite pourtant Platon. Bref, dans le Hurley, c\u0026rsquo;est surtout une présentation de la logique mathématisée qui est faite. Elle est utile, elle est immensément vaste, mais elle reste tronquée, et tronquée de ces 2 parties les plus essentielles, la partie qui étudie les concepts, la partie qui étudie la vérité. Il faut dire qu\u0026rsquo;il est impossible de mathématiser ces deux parties, et qu\u0026rsquo;elles relèvent plus de la philosophie.\nEn tout cas, je suis preneur de références autres que chrétiennes présentant la synthèse actuelle de la logique dans toute son ampleur, c\u0026rsquo;est-à-dire en tant que science du fonctionnement de l\u0026rsquo;intelligence et non pas seulement du raisonnement. N\u0026rsquo;hésitez pas à me faire connaître ces références que j\u0026rsquo;ai cherchées mais que je n\u0026rsquo;ai pas trouvées. Je crains fort que Peter Kreeft n\u0026rsquo;ait raison : l\u0026rsquo;enseignement logique actuel repose principalement sur des présupposés nominalistes. C\u0026rsquo;est pourquoi il est si important de comprendre la querelle des universaux.\nLa logique permet de distinguer l\u0026rsquo;expression animale du langage humain. # Bien comprendre le fonctionnement de l\u0026rsquo;intelligence grâce à la logique permet aussi de comprendre pourquoi il paraît difficile de parler d’un langage animal même si évidemment il ne s’agit pas de remettre en question l’existence de communications animales voire de communications inter-espèces. D’ailleurs les grecs anciens conscients de la différence entre l’expression animale et le langage humain, ne disaient pas « zōike logos » pour désigner l’expression animale mais bien « zōike opa » ou opa signifie le son plutôt que la parole intelligente.\nLa communication animale existe bien, il est facile de le constater dans la réalité. Cependant comme nous confondons souvent les deux facultés pourtant très différentes que sont la cogitative d\u0026rsquo;un côté et l\u0026rsquo;intelligence de l\u0026rsquo;autre, nous avons tendance à laisser notre affectivité nous dire que les animaux et les hommes possèdent le même genre de communication. Cependant ce n\u0026rsquo;est pas notre sensibilité qui est capable de nous faire connaître consciemment la distinction entre la communication animale et le langage humain. Seule l\u0026rsquo;intelligence permet de faire des distinctions conceptuelles précises. C\u0026rsquo;est d\u0026rsquo;ailleurs ce que les animaux ne savent pas faire. Nous n\u0026rsquo;avons en effet aucune preuve solide que les animaux soient capables de comprendre et d\u0026rsquo;utiliser des concepts même si certains animaux peuvent reconnaître des images. Une erreur très fréquente dans l\u0026rsquo;histoire de la pensée, et même dans l\u0026rsquo;histoire de la philosophie, consiste en effet à confondre les concepts avec les images. C\u0026rsquo;est pourquoi dans un autre cours nous prendrons le temps de clarifier cette distinction fondamentale entre concept et image.\nLa logique met en évidence des structures universelles # Si nous regardons l\u0026rsquo;ensemble des raisonnements humains qui s’expriment grâce à notre faculté de parler, nous apercevons dans ces raisonnements des formes reconnaissables, des structures reconnaissables. Peu importe les sujets abordés, le contexte dont on parle, nous trouvons toujours les mêmes structures. La science qu’on appelle la logique étudie justement les structures universelles du raisonnement. La structure fondamentale de tous nos raisonnements, c’est le mouvement que notre esprit réalise en passant des prémisses à une conclusion. La conclusion est justement ce que l’on essaie de prouver comme étant vraie. Les prémisses sont les raisons qui justifient la vérité de la conclusion. Si les prémisses sont vraies et que le raisonnement est valide, alors la conclusion sera vraie. Si les prémisses sont possibles et que le raisonnement est valide, alors la conclusion sera possible ou probable (parfois certaine, mais à condition que la conclusion soit particulière). Si les prémisses sont fausses et que le raisonnement est valide, la conclusion sera tout de même fausse. Si le raisonnement est invalide, les cas de figures sont variables, mais il est à craindre que la conclusion soit fausse.\nLa logique distingue 3 opérations de l\u0026rsquo;intelligence # Dans la suite des cours nous étudierons ces 3 opérations de l\u0026rsquo;intelligence. Ici, je vais seulement rapidement les distinguer. Le philosophe qui est à l\u0026rsquo;origine de cette distinction est ARISTOTE. Elle sera reprise par BOÈCE, AVICENNE, AVERROÈS, THOMAS D\u0026rsquo;AQUIN, et tous les philosophes thomistes fidèles à la pensée de THOMAS D\u0026rsquo;AQUIN, au XXème siècles, nous pouvons citer par exemple : Jacques MARITAIN, Étienne GILSON, Yves R. SIMON, Bernard LONERGAN, Josef PIEPER, Servais PINCKAËRS, Peter KREEFT entre autres.\nLes 3 opérations de l\u0026rsquo;intelligence (on peut dire aussi les 3 actes de l\u0026rsquo;intelligence), sont :\nLa simple appréhension ; Le jugement ; Le raisonnement. La simple appréhension # C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;opération de l\u0026rsquo;esprit qui permet de saisir la chose visée grâce à un concept. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;acte qui nous permet de comprendre la réalité de la chose visée. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;acte qui nous permet de définir le concept qui nous permet de saisir la réalité qu\u0026rsquo;il vise. Sans cette opération, aucune compréhension n\u0026rsquo;est possible. Si vous apprenez par cœur la définition d\u0026rsquo;un concept sans comprendre cette définition, c\u0026rsquo;est-à-dire sans réussir par vous-même à comprendre le concept utilisé, alors votre effort de mémorisation est presqu\u0026rsquo;inutile.\nUn concept est soit clair, soit confus, il n\u0026rsquo;est ni vrai ni faux, ni valide, ni invalide. Plus vos concepts seront clairs plus vos démonstrations seront réalistes. Plus vos concepts seront confus, plus vous risquerez de faire des erreurs dans votre appréciation du réel.\nCette opération de l\u0026rsquo;esprit répond à la question : Qu\u0026rsquo;est-ce que c\u0026rsquo;est ?\nLe jugement # C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;opération de l\u0026rsquo;esprit qui permet d\u0026rsquo;affirmer ou de nier un prédicat d\u0026rsquo;un sujet. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;acte qui nous permet de savoir si une affirmation qui concerne la réalité d\u0026rsquo;une chose est vraie ou fausse. Cette opération demande soit d\u0026rsquo;avoir réalisé l\u0026rsquo;expérience soi-même pour pouvoir affirmer ou nier de manière réaliste. Dans ce cas, nous avons été acteurs ou témoins de l\u0026rsquo;événement visé. Soit elle demande d\u0026rsquo;avoir suffisamment confiance dans l\u0026rsquo;affirmation ou la négation transmise par un tiers.\nUn jugement est avant tout vrai ou faux. Cependant, si le sujet ou le prédicat sont confus, il est difficile de savoir si le jugement est vrai ou faux. Ainsi, la deuxième opération de l\u0026rsquo;esprit, le jugement, dépend de la qualité de la première opération de l\u0026rsquo;esprit, la simple appréhension.\nCette opération de l\u0026rsquo;esprit répond aux questions : Est-ce ?, Est-ce que cela existe ?, Est-ce que la chose est bien ainsi ?.\nJ\u0026rsquo;anticipe une chose importante à retenir que nous reverrons dans notre cours sur la vérité. Charles PÉGUY, avec son célèbre art de la formule, nous aide à la mémoriser :\n« La vérité n\u0026rsquo;est pas fonction du nombre de personnes qui la proclament ». Le raisonnement # C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;opération de l\u0026rsquo;esprit qui permet de déduire de prémisses vraies une conclusion vraie. Elle permet donc d\u0026rsquo;augmenter nos connaissances à partir de connaissances déjà connues sans passer par l\u0026rsquo;expérience. Elle permet d\u0026rsquo;étendre nos connaissances au-delà de ce qui est pour l\u0026rsquo;instant accessible par les 5 sens ou les sens augmentés par les instruments de mesure. C\u0026rsquo;est l\u0026rsquo;opération qui préserve la vérité qui se trouve au début de l\u0026rsquo;argumentation pour qu\u0026rsquo;elle se retrouve à la fin de la démonstration. On parle alors de validité. La validité d\u0026rsquo;une argumentation consiste justement à préserver la vérité des prémisses pour qu\u0026rsquo;elle se retrouve dans la conclusion.\nUn raisonnement est soit valide, soit invalide. Il peut être valide et vrai comme il peut être valide mais faux. Il peut aussi être valide et clair comme il peut être valide mais confus. Pour que nos sciences soient véritablement des sciences, il faut que les raisonnements scientifiques soient à la fois clairs, vrais et valides.\nCette opération de l\u0026rsquo;esprit répond aux questions : Est-ce valide ?, Est-ce démontré ?, Est-ce justifié ?.\nIl existe deux grands types de raisonnement : la déduction et l\u0026rsquo;induction # Les deux formes principales de raisonnement sont l’induction et la déduction. L’induction raisonne à partir de prémisses particulières (par exemple, « je suis mortel », « vous êtes mortels », « elle est mortelle », « il est mortel »), pour déduire une affirmation plus générale voire une affirmation universelle (par exemple, « tous les hommes sont mortels »). L’induction est donc le raisonnement qui va du particulier au général ou à l’universel.\nLa déduction commence d’abord par au moins une prémisse universelle vraie (par exemple, « tous les hommes sont mortels ») pour aboutir à une conclusion plus particulière (par exemple, « Socrate est mortel »). La déduction représente donc le mouvement inverse de celui de l\u0026rsquo;induction. Elle part de l’universel pour aboutir au particulier.\nCe qu’il faut retenir, c’est que l’induction ne conduit généralement qu’au probable et que rarement à la certitude (il y a quelques exceptions). On ne peut pas être certain que tous les hommes soient effectivement mortels en constatant seulement la mortalité de tel ou tel homme.\nAn revanche, quand la déduction est bien conduite, elle aboutit à la certitude. Nous sommes certains que si tous les hommes sont mortels, et que je suis un homme, alors je suis aussi mortel. Cependant, prudence ! Un raisonnement déductif ne réussit à prouver que sa conclusion est vraie que si et seulement si il remplit 3 conditions. Si vous voulez comprendre ce que c’est que bien raisonner vous devez retenir ces 3 conditions. Ces 3 conditions sont les 3 items de votre check-liste que vous devez cocher si vous voulez que votre raisonnement conduise à la vérité. Retenons en effet que la puissance de l\u0026rsquo;intelligence humaine, c’est exactement cela : être capable de connaître des vérités. Encore faut-il bien utiliser notre intelligence pour réussir à le faire !\nIl y a 3 conditions pour qu\u0026rsquo;un raisonnement déductif soit vrai # Les termes utilisés doivent être clairs et donc non-ambigus. Si un terme est ambigu, il faut alors le définir pour le rendre clair. Sinon nous pouvons croire que les différentes parties du raisonnement parlent de la même chose alors que ce n’est pas forcément le cas. Les prémisses doivent être vraies. Sinon on pourrait prouver n’importe quoi avec un raisonnement valide. Par exemple, le raisonnement suivant est valide dans sa structure argumentative, mais il est pourtant complètement faux. « Tous les martiens sont infaillibles, or je suis un martien, donc je suis infaillible ». Les arguments doivent être valides. Cela veut dire que la conclusion doit venir nécessairement des prémisses, de telles manières que si les prémisses sont vraies, la conclusion ne peut qu’être vraie aussi. Précisions importantes au niveau du vocabulaire utilisé # Un terme en logique est le sujet ou le prédicat d’une proposition, c’est-à-dire d’une phrase déclarative. Les termes sont soit clairs soit confus. Les termes ne sont ni vrais ni faux. Quand je dis par exemple mortel, ce terme n’est ni vrai ni faux, il est seulement clair si vous le comprenez. En revanche, la proposition « tous les hommes sont mortels » est vraie, et la proposition « certains hommes sont immortels » est fausse. Les propositions sont des phrases déclaratives. Elles sont soit vraies, soit fausses. Il n’y a pas de troisième possibilité. C’est ce que l’on appelle le principe du tiers exclu. Pour être précis, vrai veut dire « qui correspond à la réalité », et faux, qui ne correspond pas à la réalité. Il n’existe malheureusement pas un unique moyen infaillible de dire si une proposition est vraie ou fausse. Il faut donc faire une recherche et une vérification pour chaque proposition. Certaines vérifications sont aisées, d’autres non. Concernant la vérité d’une proposition il faut bien faire la différence entre la vérité de cette proposition et la connaissance que nous avons ou non de cette vérité. Ce n’est pas parce que la vérité d’une proposition ne nous est pas connue que cette proposition est indéterminée. Elle est vraie ou fausse, mais pas les deux en même temps. L’impossibilité de connaître la vérité à notre niveau ne dit rien de la vérité ou de la fausseté de la proposition. Il faut donc distinguer deux plans, deux niveaux quand on parle de vérité, le plan du réel, c’est ce que l’on nomme plan ontologique, et le plan de notre connaissance, que l’on nomme plan épistémologique. Beaucoup de confusions philosophiques viennent de la confusion de ces deux plans. En revanche, il existe des moyens simples et infaillibles pour déterminer si un argument est valide ou invalide, ce sont les règles de la logique. C’est entre autre à cela que sert cette science qu’on appelle la logique. Il est bon de retenir certaines spécificités des arguments logiques # Un argument déductif est logiquement valide si sa conclusion découle nécessairement de ses prémisses. Il est logiquement invalide si ce n’est pas le cas. Il existe de nombreuses formes d’argument déductif différentes, et chaque forme possède ses propres règles de validité. C’est pourquoi la logique est une science (= un ensemble de connaissances) et un art (= une capacité effective de mettre en pratique cette science). Elle demande de connaître les différentes formes de raisonnement et les différentes règles de validité et de savoir les utiliser.\nToutes les règles de chaque forme d’argument déductif sont naturelles à cette forme d’argument (elles n’ont pas été inventées par les êtres humains mais découvertes). Elles font donc partie de la nature de notre esprit humain. Elles ont été découvertes par cette capacité que l’esprit humain possède de réfléchir à son propre fonctionnement.\nLa logique ne fait rien de plus que de rendre explicite les règles que les personnes humaines connaissent normalement de manière innée grâce à leur sens commun. Les arguments sont composés de propositions (les prémisses et la conclusion). Les propositions sont composés de termes (sujet et prédicat). Les termes sont soit clairs soit confus. Les propositions (que ce soient les prémisses ou la conclusion) sont soit vraies soit fausses. Les arguments sont soit logiquement valides soit logiquement invalides. Seuls les termes peuvent être clairs et confus, seules les propositions peuvent être vraies ou fausses, seuls les arguments peuvent être logiquement valides ou invalides. Ainsi les trois questions que vous devriez vous poser quand vous écrivez ou quand vous parlez, ou encore quand vous lisez ou que vous écoutez des propos d\u0026rsquo;un philosophe ou d\u0026rsquo;une autre personne sont:\nEst-ce que les termes sont clairs et non-ambigus, non confus ? Est-ce que les prémisses sont toutes vraies ? Est-ce que le raisonnement (l’argument) est logiquement valide ? Si la réponse à ces 3 questions est positive, alors la conclusion du raisonnement (de l’argument) est nécessairement vraie.\nEn revanche, si vous êtes en désaccord avec telle ou telle conclusion, vous devez montrer qu’il y a soit un terme confus, soit une prémisse fausse, soit une erreur logique (on parle aussi d’erreur fallacieuse, de sophisme ou de paralogisme) dans le raisonnement. En faisant cela, vous prouvez alors à votre interlocuteur que sa conclusion ne découle pas nécessairement de ses prémisses.\nSi vous ne pouvez pas faire ces trois choses, alors l’honnêteté vous demande d’admettre que la conclusion a été prouvée comme vraie. Évidemment ceci ne s’applique qu’aux arguments déductifs car les arguments inductifs ne prétendent généralement pas atteindre la certitude.\nLes arguments inductifs conduisent le plus souvent, au mieux, au probable, et au pire, au possible. Dans de rares exceptions, pour les ensembles finis et humainement dénombrables, l’induction peut conduire à la certitude. Cela n’est possible que si nous avons pu vérifier tous les cas disponibles et si la conclusion ne généralise que sur les cas vérifiés. Les arguments inductifs qui prétendent atteindre l’universel alors qu’ils portent sur un ensemble de cas impossibles à vérifier dans leur totalité font partie des sophismes (= erreurs volontaires) ou des paralogismes (= erreurs involontaires), ce sont des généralisations abusives. Cependant, même si les raisonnements inductifs conduisent le plus souvent au possible ou au probable, il reste utile d\u0026rsquo;utiliser les 3 questions citées plus haut pour savoir s\u0026rsquo;ils sont ajustés ou non à la réalité de ce qu\u0026rsquo;ils prétendent affirmer ou nier.\nTreemap récapitulative des 3 opérations de l\u0026rsquo;intelligence # 3 opérations de l\u0026rsquo;intelligence Code source de cette image : 3opi.mmd.\nQuelques précisions pour comprendre la Treemap # Les concepts, les jugements et les raisonnements sont des actes de l\u0026rsquo;esprit ; Les termes, les propositions et les arguments sont des objets spirituels produits par les actes de l\u0026rsquo;esprit correspondants ; Les mots, les phrases et les paragraphes sont les incarnations matérielles de ces objets spirituels. Ce sont soit des ensembles de dessins sur du papier, sur un tableau, sur un écran, soit des sons, c\u0026rsquo;est-à-dire des vibrations sonores qui se propagent dans l\u0026rsquo;air que nous respirons. Ils sont donc corporels. 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